ÉMEUTES POUR CAUSE DE RELIGION
qu'une question de liberté religieuse. Il n'en fut pas ainsi du parti du mouvement : il se mil en campagne avec son activité et son zèle ordinaires; on lit des motions au Palais-Poyal, dans les carrefonrs ît dans les marchés; les orateurs des rues se mirent à haranguer les passants qui voulaient s'ariêler pour les entendre. Une émeute ^e prépara, se forma et se grossit sans que personne y mit ohsiacle. Le 9 avril, elle se porta sur les couvents, en força les portes et maltraita, d'une manière odieuse, les personnes qu'elle y rencontra.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, il y a toujours, dans les grandes villes conmie Paris, une masse d'individus, habitnés à tous les genres de dépravation, consacrés en quelf|ue sorte à tous les genres Lrinfamie et vivant de cett^^. infamie même. Ils y vivent à l'abri des regards de la loi, et en dehors de toute moralité. Partout où il y a fou'e, dans toutes les occasions de trouble et de désordre, quand la police ne peut veiller, ces misérables se montrent et manifestent leurs détestables instincts. C est ce qui arriva en cette circonstance. Nous laisserons parler les journaux :
« Depuis plusieurs jours, on entendait dire partout, écrit rAmi du Roi, que le prélat qui a été assez hardi pour s'asseoir sur le siège de M. Juigné encore vivant, honteux et ell'rayé de la solitude des églises réputées schismatiqucs, avait conçu le projet do fermer aux catholiques l'entrée des monastères où ils se léfugiaient pour assister aux saints mystères, sans participer au schisme; que, pour seconier ses desseins et fournir un prétexte d'interdire l'accès des temples spécialement consacrés aux vierges saintes, on devait violer leurs asiles. En effet, un beau matin (le samedi, 9 avril), dans les différents quartiers de la capitale, à la même heure, une foule innombrable de femmes, parmi lescpielles se trouvaient, diton, beaucoup d'hommes déguisés, se porta sur les monastères et les communautés de lilles.
« La municipalité aurait dû naturellement être avertie de ce qui se tramait, au moins par les bruits publics que les factieux ne manquent jamais de répandre, pour faire croire qu'ils se tiennent assurés de la connivence et de la protection des corps administratifs. Mais, soit que, toujours pleine de confiance dans le respect de ce bon peuple pour la loi, la municipalité ne put le croire capable des excès qu'on lui imputait de méditer; soit que l'infidèle renommée n'eût pas porté aux oreilles des municipaux une nouvelle universelleiuent répandue, ils ne prirent aucune précaution, et les asiles de la pudeur, abandonnés sans défense, furent forcés et violés... Cependant le bruit des excès scandaleu.v qui se commettaient détermina le commandant d(î la garde parisienne à faire marcher sa
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troupe. Elle accuuriit, au premier ordre, avec l'activité et le zèle qu'elle témoigue dans toutes les occasions, et si Ton n'eût enchaîné les bras de ces protecteurs de la vraie liberté et de la tranquillité publique, ils auraient, par la seule teneur que leur présence inspire, non pas prévenu, car il était trop tard, mais du moins fait cesser les désordres :
« Nos braves gardes nationaux eurent la douleur, comme à rhôtel de Castries, de se voir, faute d'ordres (la proclamation de la loi martiale qui devait être faite par un officier municipal), condamnés à l'inaction au milieu des plus bonleux excès... Us virent des vierges sacrées de tout âge, la jeunesse timide, la vieillesse infirme, des adolescentes, des octogénaires, des dames respectables recluses volontaires, mises toutes nues, battues de verges, poursuivies dans cet état affreux de nudité, dans tous les coins de leurs maisons et de leurs jardins, terrassées, meurtries de coups, accablées d'injures plus cruelles que la mort même, ils virent jusqu'à ces pieuses filles de saint Vincent, dont le dévouenient est si héroïque et l'humilité si profonde... ils les virent fustigées, ensanglantées par les mains mêmes de ces femmes, de ces hommes dont elles avaient si souvent nourri la misère, couvert la nudité, soigné les plaies cadavéreuses. Us eurent, en un mot, la douleur de voir épuiser sur ces filles innocentes tout ce que la rage d'une soldatesque effrénée pourrait se permettre dans une ville prise d'assaut ; et plusieurs heures se passèrent dans ces tourments... Enfin quand la rage des bourreaux fut épuisée, les profanateurs des couvents défilèrent à travers les haies de soldats sans être troublés dans leur marche triomphale.
« Et voilà ce qu'on appelle le règne de la liberté et l'empire des lois! Voilà le règne de cette philosophie qui réclamait la liberté et la tolérance! » {VAmi du Roi, n° CCCXXX.)
Cet acte odieux révolta tout Paris. 11 n'y eut pas un parti sérieux qui n'en repoussât la responsabilité. Il n'y en eut pas non plus de positivement accusé. Personne ne méprisait assez ses ennemis poui leur imputer une pareille infamie. On a vu cependant que l'Aini du Roi indique assez clairement l'abbé Gobel, qui en était, sans doute, fort innocent; car rien n'était plus [iropre à éloigner tout le monde de lui. L'ensemble et la simultanéité qui présidèrent à l'attaque des couvents donnent l'idée d'un plan arrêté d'avance; mais ne suftisait-il pas, dans ce tenqjs d'émeutes, des délibérations du Palais-Royal et des places publiques, d'un mot jeté la veille an milieu de la foule, pour donn^er aux rassemblements ces apparences de discipline. Quoi qu'il en soif, le même jour 9 avril,
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le ministre de rintérieiir écrivit au directoire du département : « Le roi, messieurs, n'a pu apprendre sans une peine extrême les mauvais traitements exercés sur des personnes à qui leur sexe et leur état devaient servir de défense. Les mœurs et les lois sont également blessées par des violences de celte nature. Si cette licence coupable n'était pas enfin réprimée; si, à chaque événement, à chaque circonstance ; si, dans la capitale, sous les yeux du roi et de l'assemblée nationale, de semblables scènes doivent se renouveler, il n'y aurait elïectivement ni liberté, ni sûreté, et la constitution ne s'élablirail jamais. C'est donc au nom de la constitution même, c'est au nom de l'ordre et pour l'honneur du gouvernement que le roi vous enjoint d'employer les moyens les plus prompts et les plus sûrs pour faire poursuivre et punir les auteurs de ces délits. Mais en même temps que Sa Majesté vous commande d'opposer l'autorité des lois à ces excès, elle désire encore davantage que, par l'autorité de la raison, vous puissiez faire régner cet esprit de tolérance et de modération qui convient à des hommes éclairés et libres, et qui doit être un des plus beaux résultats de notre constitution. »
A la suite de cette lettre, le directoire fit afficher, dès le lendemain 10, une proclamation dans laquelle, blâmant énergiquement les excès de la veille, il défendait les attroupements devant les églises ou maisons religieuses, proscrivait toute violence contre les personnes, ordonnait à la force publique de sévir à la moindre infraction, et enfin invitait l'évèque constitutionnel à prendre toutes les mesures pour empêcher les ecclésiastiques sans pouvoirs de s'immiscer dans aucune fonction publique ecclésiastique.
Le lendemain, 11 avril, le directoire, en partie, dit-on, sur la demande de l'cvêque Gobel, prit un arrêté qui plus tard donna lieu à une discussion dans l'assemblée nationale. Considérant, disait-il, que la nation en se chargeant des frais du culte n'entend pas y consacrer plus d'édifices qu'il n'est nécessaire... que la liberté du citoyen dans ses opinions religieuses et dans tout ce qui ne blesse pas l'ordre public, doit lui être garantie contre toute espèce d'atteintes, arrête : 1° la municipalité nonnnera pour chaque église paroissiale un officier public, sous le nom de préposé laïque, lequel aura la garde de l'édifice, etc., et le soin de la police intérieure... T)" tout préposé laïque sera tenu d'empêcher qu'aucune fonction ecclésiastique ne soit remplie dans son église par d'autres que par des fonctionnaires publics ecclésiastiques salariés par la nation... 5" toute autre église apparlenant à la nation, dans la ville de Paris, sera fermée dans les viiigl-quatre heures, si elle n'est du
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nombre de celles qui sont expressément excepte'es par l'article suivant. 6° Sont exceptées les chapelles des hôpitaux et autres maisons de charité, des prisons et autres maisons de détention; les chapelles des couvents de religieuses cloîtrées qui n'ont pas été supprimées; celles des collèges de Paris en plein exercice; celles enfin des séminaires, en attendant qu'il soient tous réunis en un seul, aux termes du décret... 7° Les exceptions portées en l'article précédent n'auront lieu qu'aux conditions suivantes : que ces chapelles, ne devant servir qu'à l'usage particulier de la maison, ne seront point ouvertes au public; qu'aucune fonclion ecclésiastique ne pourra y être exercée que par ceux qui auront, à cet effet, une mis.-ion parlicul'ière de l'évêque de Paris, visée par le curé de la paroisse, laquelle mission n'aura pu être accordée que sur la demande des supérieurs de ces maisons... 10° Les églises et chapelles fermées seront mises en vente. Les acquéreurs de ces édifices resteront libres d'en faire tel usage qu'ils jugeront à propos. dP Tout édifice que des particuliers destineront à l'exercice du culte religieux pcrtei'a une inscription pour la distinguer des églises publiques... 16° Le directoire ordonne expressément à la municipalité d'employer tous les moyens pour réprimei- efficacement les coupables etTets de l'odieuse intolérance qui s'est manifestée récemment et pour prévenir les mêmes délits contre la pleine liberté religieuse reconnue et garantie par la nouvelle constitution.
A la lecture de cet arrêté, on remarqua tout de suite que l'article 7 tendait un piéi^e aux réfractaires, puisque la demande du "visa était une approbation indirecte de la constitution civile. {Mém. de Ferrières.) Quoi qu'il en soit, grâce à la proclamation de la numicipalité, à la menace de sévir, et enfin à la présence de nombreux piquets de la garde nationale, la journée du dimanche fut tranquille. La presse révolutionnaire ne dit rien de toutes ces mesures; elle ne les blâma ni les approuva. En général, elle dit à peine quelques mots sur ce qui s'était passé ; il semble qu'elle ait eu boute d'en parler, et crainte, en même temps, en le condamnant de paraître condamner l'émeute. Sans 1'^»^/ du Roi, sans les mémoires contemporains et les mesures rigoureuses du directoire, on ne se douterait pas que l'événement ait été aussi grave.
Voici l'arfiile le |)lus étendu et le moins convenable que l'on trouve dans tous les écrits révolutionnaires à celte occasion.
Annales patriotiques ÙQ. Carra, 9 avril. — a Des moines honteux, encore relégués dans leurs cloîtres, et quelques béguines, en qualité de femmes dociles, imitatrices de leurs amants tonsurés et porte-frocs, se sont avisés hier et avant-hier de donner de petites
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scènes de réliellion dans bnirs églises. La foule s'y est transportée : les femmes étaient armées de verges; elles ont fustigé hors du temple quelques calotins et calotines possédés du démon de la contre-révolution, et les hommes ont beaucoup ri des grimaces de ces lutins flagellés. Cependant la garde nationale est accourue, et a fait rabattre les cotillons retroussés. La municipalité, craignant que les fustigations publiques et trop répétées n'occasionnassent quelque scène plus fâcheuse, a mis lin par une proclamation à ces corrections populaires ; elle a ordonné que les églises des nonnains seraient fermées au public, et redeviendraient, suivant leur destination primitive, les oratoires privés des religieuses cloiti'ées. »
On le voit, cet article est plus propre à dissimuler le scandale qu'à le faire connaître. Encore, pour excuser un acte qu'il présente comme tout à fait isolé et comme presque individuel, il recourt à cette tradition de bas lieu, qui malheureusement avait cours dans le public, sur les mauvaises mœurs des moines et des religieuses.
Voici, par contre, un article de Peuchet, inséré dans le Moniteur, qui nous apprend ce que pensaient les constitutionnels :
« Les citoyens paisibles et honnêtes, ceu.v qui aiment la révolution pour les lois, et la liberté pour tout le monde, ont qualité pour demander qu'on réprime les harangueurs publics, dont le nombre s'accroît chaque jour à Paris. Placés sur les ponts, au c )in dos rues, ils attendent les ouvriers, leshonmies simples, pour les endoctriner; ils les égarent par des récils menteurs et des systèmes de superstition et d'intolérance politiques ; ils corrompent le sens des décrets par des interprétations fanatiques et insensées; ils exaspèrent les sentiments de la niullitude par des calomnies contre les personnes. Ce sont eux qui lépandent et font germer dans l'esprit du peuple toutes ces semences de désordre dont les effets sont si funestes et dont on ignore si souvent le principal ferment.
M Ces sermons politiques sont aussi dangereux que ridicules; ils versent dans l'éîme de ceux qui les écoutent un poison lent qui y étt^int la raison et le respect des lois; on y confond la souveraineté u;ilionale avec la volonté des gi'oupes populaires, la liberté avec le pouvoir de désobéir aux lois de l'fitat, la constitution avec un système incohérent de prétentions fanatiques et de licence journalièie. De là ces arrestations des messageries, ces violations de domicile, ces entreprises séditieuses, ou tout au moins l'extrême facilité que l'on trouve dans la multitude pour l'enlrahier à ces délits.
« Ce n'est point aller contre la liberté d'éciire que d'interdire, sous de rigoureuses peines, ces lectures publiques, ces écoles en plein air, où tous les écarts de l'opinion d'un harangueur ignorant deviennent
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autant de maximes pernicieuses pour le peuple, qu'il est affligeant de voir livré à renseignement d'hommes inconnus, et par conséquent suspects.
« Cette indifférence de la puissance publique est doublement coupable : 1" elle suppose un grand mépris du peuple; 2" un oubli des devoirs que la loi prescrit sur les moyens de conserver Tordre et la tranquillité publique. La crainte des méchants ne doit jamais retenir les magistrats, dont la première obligation est de les combattre, et de sacrifier, s'il le faut, une existence entièrement consacrée au bonheur des citoyens. »
Cependant les deux partis se mettaient également en mesure, conformément au dernier arrêté du directoire. Le club des jacobins et une société de ceux qu'on appelait alors aristocrates demandèrent en même temps à la municipalité de leur louer, les premiers, le couvent des Jacobins pour y tenir leurs séances, et les seconds, l'église et le couvent des Théatins pour y faire faire le service divin par les non assermentés, c'est-à-dire selon leur croyance. Par arrêté du 15 avril, ces deux locations furent autorisées. L'ouverture de l'église des Théatins fut autorisée le lendemain IG, pour le dimanche suivant, c'est-à-dire pour le 17, à la condition de placer sur la porte celte inscription : Édifice consacré au culte religieux, par une société particulière. Paix et liberté (1). On n'eut pas le temps de placer cette inscription, et l'on se proposait néanmoins de se servir de l'église pour la célébration du jour dominical. Mais il se trouva que, dès le matin, on avait attaché à la porte des Théatins une poignée de verges avec un placard, portant ces mots : Avis aux dévotes aristocrates : médecine purgatii^e distribuée gratis le dimanche 17 avril. De là un rassemblement considérable, qui alla grossissant et qui, stationnant foute la journée devant la pofte, empêcha le service de commencer. Ce qui prouve que tout le monde ne désapprouvait pas (( ces menaces d'une intolérance odieuse qui soulèvent le cœur de tous les honnêtes gens... » [Moniteur) c'est que la garde nationale ayant arraché les verges et l'affiche, elles furent remises en place par quelques gens du public. 11 n'y aurait pas eu trop de mal, si les choses en étaient restées là, comme on pourrait le supposer, d'après le récit du Moniteur et des journaux. Mais de nombreux orateurs haranguèrent la foule, lui disant qu'il s'agissait ici d'une manœuvre pour diviser les citoyens, provoquer la guerre civile, anéantir la ré-
(1) C'est entre MM. de Talleyrand, Sieyès, La Rocliefoucauld pour le département, Bailly pour la municipalité, et Lafayette pour la garde nationale, qu'avaient été arrangées les mesures relatives à réglise des Théatins, qui, par les menées des jarobins, réussirent si mal. {Note trouvée dans les papiers de Lnfnyelle.\
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vûlution, etc. « Une jeune demoiselle, comUiite par sa mère, s'étant présentée, on la fouetta sur les marches de l'église. Le maire Bailly vint, il fit ùter les verges, l'inscription, mais il ne put dissiper l'attroupement. » [Mémoires de Ferrières; voyez aussi les Mémoires de Bailly et de Lafayette, qui indiquent également que la violence fut poussée jusqu'à l'impudeur.)
Pour en finir de suite avec l'affaire des Tliéatins, il faut ajouter que les aristocrates ou les réfractaires ne se tinrent pas pour battus. Croyant l'orage passé et l'atteniion ailleurs, ils revinrent à leur église. Mais le 2 juin, un nouvel attroupement se forma, vers dix heures du matin, sur le quai (aujourd'hui quai Voltaire); on pénétra dans l'église ; les personnes réunies furent effrayées et prirent la fuite ; l'autel fut renversé. On se préparait à faire davantage, lorsque M. Lafayetle arriva avec la garde nationale ; il harangua la foule et réussit à la disperser, moitié par force, moitié par persuasion. L'autel fut rétabli, et l'après-midi on chanta vêpres. 11 faut ajouter que Bailly, Lafayette et les gardes nationaux étaient présents. M. Lafayette pria et fit ensuite conjurer les chefs de la société des Théatins de l'aider à pousser à bout cette entreprise. Ils crurent, peutêtre avec raison, devoir attendre un moment plus calme. [Mémoires de Lafayetle, t. III, p. 61.)
« Les départements des provinces, continue Ferrières, enchérirent encore sur Paris. Partout on chassa, on maltraita les curés qui avaient refusé le serment. On les empêcha d'exercer leurs fonctions; on les poursuivit de villes en villes; on contraignit les religieuses de reconnaître les nouveaux évêques, et, dans ce dessein, on ne leur épargna ni les menaces, ni les outrages. La populace de Bordeaux s'empara de deux sœurs de charité qui refusaient d'aller à la messe du curé constitutionnel. On les plongea à plusieurs reprises dans la rivière, d'où on les retira à demi mortes. L'officier municipal s'étant transporté chez l'une de ces religieuses, et lui ayant dit qu'il venait recevoir sa déposition : « Monsieur, lui répondit celte héroïque et sainte fille, je ne serai jamais la délatrice de gens à qui j'ai voué mon existence et mes soins ; je ne cesserai pas même dans cette circonstance d'être sœur de la charité, comme j'en suis la martyre. » (Mémoires de ferrières, liv. IX.)
Mais revenons à Paris et au dimanche 17 avril. Ce ne fut pas seulement dans les rues que se manifesta l'opposition contre le clergé réfractaire. Il y eut du bruit jusque dans la chapelle du roi. Un grenadier de la garde nationale chercha à soulever ses camarades contre les prêtres qui entouraient le roi. Cela fit une sorte d'esclandre; le grenadier fut chassé par ses camarades et courut ans-
sitôt au club des Cordeliers, où il raconta ce qu'il avait vu et ce qui lui était arrivé. Sur cette narration, le club prit aussitôt l'arrêté suivant :
« La société, sur la dénonciation à elle faite, que le premier fonctionnaire public de la nation souffre et permet que des prêtres réfractaires se retirent dans sa maison et y exercent pub'iqnement, au scandale des Français et de la loi, les fonctions publiques qui leur sont interdites par elle ; qu'il a même reçu ce matin la communion pascale et entendu la messe de son ci-devant grand aumônier, l'un des prêtres rcfractaircs... a arrêté que, la vérité de ce fait bien constatée, elle dénonce aux représenûuits de la nation ce premier fonctionnaire public, ce premier sujet de la loi, comme réfractaire aux lois constilntioinielles qu'il a juré de maintenir, et dont ses fonctions lui prescrivent d'assurer Texécution, et comme autorisant à la désobéissance et à la révolte ; préparant ainsi à la nation française les factions que les ennemis des droits de riiiinme voudraient exciter contre la constitution... Et attendu que le maire de Paris et le commandant général se sont permis, par leur présence, de seconder et d'appuyer tous les torts dont le roi s'est rendu ce malin coupable envers tout le peuple français, la société déclare que le salut public commande de les rendre responsables des suites d'une conduite aussi inconstilutionnelle... Et sera, le présent arrêté, imprimé, afficbé et adressé à toutes les sociétés patriotiques et aux départements.
« Signé, Peyre, président ; Vincent, greffier. »
Pendant que les agitateurs de la grande ville se préparaient ainsi, l'assemblée nationale était occupée de la question la plus étrangère aux préoccupations publi(|ues. Elle traitait la question de la marine. Cependant elle iulerrompit ce travail pour entendre le directoire du département.
Séance di J7 avril. — Le directoire du département de Paris est admis à la barre avec le corps municipal.
M. Pastoret porte la parole.
Le premier bommage des administrateurs du département de Paris à l'assemblée nationale a été l'engagement solennel d'employer toutes leurs forces et tout leur zèle au maintien de l'ordre public. Votre présideut leur a rappelé cet engagement lorsqu'ils sont venus vous rendre compte des mesures qu'ils avaient prises pour ramener la paix dans la capitale troublée. Ils ont parlé au roi, ils ont parlé au [)euple; la municipalité a employé \os mêmes