TOME V
Ce bruit courut, ce prétexte fut imaginé, comme Tatleste Ferrières; mais c'eût été une mauvaise idée, si le projet eût été sérieux, car il était trop évident que tel ne pouvait être le but de l'éloigneuient du roi, et un motif qui n'est pas de nature à être accepté est plus propre à inspirer la déliance que l'absence même de tout motif. Il y a donc lieu de croire qu'en mettant ce prétexte en avant, on donnait le change sur quelque lin que l'on se proposait d'atteindre à l'aide du prétexte- même, et des soupçons qu'il inspirerait. Le roi, en effet, avait une chapelle dans les Tuileries où il entendait habiluellement la messe ; il n'avait donc pas besoin de sortir du château pour ses pàques. Cette circonstance était connue de tout le monde. En outre, il ne manquait pas de prêtres; on savait que l'ancien appartement des tantes du roi avait été arrangé de manière à recevoir plusieurs des évêques réfractaires qui s'y étaient en effet établis au nombre d'une douzaine. La presse s'était chargée de dénoncer le fait en l'ornant de réilexions propres à le signaler d'une manière particulière à l'attention. 11 est donc probable qu'en prétextant un éloignement pour faire la pàque, on voulait laisser soupçonner que le véritable motif était de sortir de Paris. La suite de ce récit nous apprendra pourquoi on tenait à faire courir un pareil bruit et à provoquer une émeute par ce moyen.
Cependant lapproclie du temps pascal donnait aussi quelques inquiétudes aux révolutionnaires. L'évêque était institué ; dès le 4, tous les curés des paroisses conservées avaient été installés. Mais les prêtres qui n'avaient pas prêté le serment ne manquaient pas d'églises; ils avaient toutes celles des couvents et particulièrement des couvents des religieuses dont la loi avait autorise la conservation ou plutôt l'habilatiou provisoire. C'était là que se rendaient la plupart des véritables lidèles pour suivre les exercices religieux; c'était là que se pressait la l'oule, tandis qu'el'e abandonnait les églises constitutionnelles. Le peuple, voyant entrer et sortir les fidèles en grand nombre, et rencontrant en qu;^lques lieux de longues liles de voitures stationnant aux poites des édifices que la loi ne reconnaissait plus pour religieux, s'attroupait et faisait ses réilexions. On disait d'abord que les lidèles éta'ienl les meilleurs juges de la religion; qu'ils accouraient autour des prêtres in>ierme tés; que ceux-ci étaient donc les bons prêtres. Bientôt il se forma un parti contraire. De là, des discussious, des disputes, et eulin quelques désordres aux portes de ces églises, de ces couvents non autorisés. Il y eut quelques troubles le 6 et le 7, où les révolutionnaires n'eurent pas l'avantage, mais qui n'étaient pas assez graves pour que la commune s'en occupât. Les autorités du département et de !a municipalité ne voyaient là