‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 12 sur 132 · ÉMEUTE DU 18 AVRIL · texte numérisé non relu

ÉMEUTE DU 18 AVRIL

que la bouche des rois fut toujours l'antre du mensonge!... Avant jeudi, tu seras dans les bras de Condé. Une furie te pousse dans le précipice! Elle t'a inoculé sa rage contre les Français!... Roi des Français, vois vingt-cinq millions d'hommes; vois ton souverain t'écraser d'un coup d'œil! Tu t'y prends trop tard! nous avons goûté les charmes de la liberté. Plutôt mourir que de redevenir esclaves! Tu comples sur des légions de mécontents; mais une belle nuit nous ferons pleuvoir leurs tètes dans ton camp! De quel front oses-tu fausser les serments?... Nous te connaissons enfin, grand Restaurateur de la liberté française! Si ton masque tombe aujourd'hui, demain ce sera ta couronne!... Si tu pars, nous ne voyons plus en toi qu'un Tarquin chassé de Rome ; nous saisissons tes châteaux, tes palais, ta liste civile ; nous proscrivons ta tête ! » {L'Orateur du Peuple, par Fréron.)

Cet article ne fut pas seulement crié et colporté ; les orateurs populaires le hsaient au Palais-Royal, dans les marchés, dans les places publiques, jusque dans les rues, à la foule qu'ils rassemblaient autour d'eux. Ils faisaient plus que le lire : ils le commentaient. Le numéro de l'Orateur du Peuple fut épuisé en un instant; un exemplaire se vendait jusqu'à un petit écu. Tous les contemporains témoignent de la grande influence que cet écrit exerça sur le mouvement , le marquis de Ferrières aussi bien que Camille Desmoulins et Prudhomme. La populace s'ameuta d'abord ; des enfants, car le gamin de Paris existait déjà, couraient de groupes en groupes, criant aux Tuileries! on sonna le tocsin ; on battit la générale ; le véritable peuple vint, et la foule suivit la direction donnée. Le Carrousel, la p:ace Louis XV, la route de Saint-Cloud, furent bientôt remplis. Lafayette accourut avec de nombreux dé' tachements de gardes nationaux ; mais la plupart partageaient les dispositions de la multitude et paraissaient prêts à la seconder ; plusieurs même avaient passé la nuit au bois de Boulogne, dans le dessein d'y attendre le roi et de le ramener à Paris. On remarqua que la plupart des compagnies, en arrivant aux Tuileries , ôtaient leurs baïonnettes et portaient leurs fusils sous le bras gauche.

Ces disposiliiins du peuple et de la troupe ne changèrent point la déterminalion du roi. Au sortir de la messe, le rui, la reine, madame Elisabeth et le dauphin, montent en voiture : à cette vue, le peuple ferme les portes ; on entoure le carrosse, on saisit la bride des chevaux. Bailly et Lafayette ordonnent à la garde nationale d'ouvrir le passage; mais celle-ci reste immobile. Lafayette harangue les soldats; on lui répond par les cris : Point de départ! En même temps, le peuple, mêle à la troupe, pous<;o dos cris qui

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