‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 13 sur 132 · TOME V. i · texte numérisé non relu

TOME V. i

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couvrent la voix du général, et profère des injures contre la i'amille royale. Cependant Lafayette prie le roi de rester dans sa voiture jusqu'à ce que le passage soit ouvert, et se jette avec Bailly au milieu de la foule, là où elle était le plus compacte, dans la place du Carrousel ; mais il ne peut se faire entendre. Alors il se rend, toujours avec Bailly, à l'assemblée nationale. On y discutait encore la loi sur la marine « Messieurs, s'écrie Malouet, ce n'est point au milieu de la consternation générale qu'il est possible d'attacher votre attention à l'organisation de la marine : les lois fondamentales sont violées ; la constitution est attaquée dans la personne du monarque. — A l'ordre du jour! répond la gauche en masse; à bas Malouet! il jette des torches de discorde! — L'ordre du jour est Tordre public, » répond Virieu. — L'assemblée, néanmoins, passa à Tordre du jour et reprit la question de la marine. — Lafayette et Bailly revinrent sans avoir rien obtenu. « Alors, dit Ferrières, chacun ayant fuii de jouer son rôle, et comme s'il eût été convenu unanimement que cette comédie avait assez duré, le roi s'écrie à trois fois différentes : « On ne veut donc pas que je sorte? 11 est donc impossible que je sorte? Eh bien! je vais rester. » 11 descend de voiture ; la reine le suit avec le dauphin et Madame royale : Tun et Tautre remontent dans leur appartement. » [Mémoires de Ferrières, t. If, p. 2GG.) M. Lafayette (Mémoires) pensa aussi que toute cette affaire était une comédie. Le roi aurait voulu montrer qu'il était prisonnier; que, par conséquent, il n'avait rien accepté librement; que, par suite, ses promesses étaient nulles; qu'il avait le droit de les rompre et de se dérober par la fuite à une oppression devenue intolérable. Lafayette ajoute que la plupart des gardes nationaux étaient de bonne foi ; que « quelques-uns pouvaient cependant être dans le secret, nommément Danton, soldé depuis longtemps par les provocateurs de cette émeute, et qui arriva avec son bataillon, sans que personne l'eût fait demander, sous prétexte de venir au secours de l'ordre public. » [Mémoires, t. lil, p. 66.) « Deux circonstances confirmèrent M. Lafayette dans son opinion : d'abord ce fut qu'ayant supplié le roi d'attendre l'effet d'un dernier effort, qui eût été peut-être efficace (deux bataillons, qui étaient en fort hou ordre dans la grande avenue des Tuileries, lui ayant offert d'assurer le départ du roi), Louis XVI se (it prier par un officier municipal de remonter chez lui. En outre, le général ayant été proposer au roi de déclarer franchement à l'assemblée nationale qu'en même temps que, dans ses fonctions royales, il maintenait les décrets adoptés, il réclamait pour lui le droit que chaque homme a de pratiquer le culte qui lui convient ; le prince parut touché d'à-

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bord; m;iis, le ?ûir, il répondit à M. Lafayetle qu'il avait consulté son conseil de conscience, et que ses ilirecteurs lui avaient dit qu'il suffisait, pour le salut de son âme, de ne pas faire ses pdques à l'église assermentée. » [Mémoires cités , p. 66.)

Ainsi cette grande émeute aurait été fomentée et excitée par la cour? Celle-ci aurait profité de l'agitation des esprits, pour donner au peuple une impulsion favorable à ses desseins? Voici deux hommes graves, et placés pour être bien instruits, qui nous l'assurent. On doit y joindre le témoignage de madame de Campan ; elle dit que cet oiilrage ne fut pas très-sensible au roi et à la reine, qu'ils y virent un motif de légitimer, aux yeux du peuple même, le projet qu'ils avaient de s"éioigner de Paris. [Mém., page ^8.) C'est une manœuvre si odieuse de provoquer une violence pour avoir le droit de s'en plaindre, que l'on répugne toujours à y croire. Il est certain pourtant que l'à-propos et l'audace de l'arrêté du club des Cordeliers et de l'article de VOrateur du Peuple, par Fréron , sont étranges; et que l'impunité qui les couvrit, lorsqu'on poursuivait des délits beaucoup uioindres, est plus étrange encore.

Quant à Danton, voici ce qu'on lit textuellement dans les Mémoires de M. Lafayette. C'est ici le moment de citer cet important document :

« Danton s'était vendu à condition qu'on lui achèterait 100,000 1. sa charge d'avocat au conseil, dont le remboursement, d'après la suppression, n'était que de 10,000 liv. Le présent du roi fut donc de 90,000 liv. Lafayette avait rencontré Danton chez M. de Montmorin, le soir même où ce marché se concluait. Faut-il blâmer sévèrement le malheureux Louis XVI d'avoir voulu acheter le silence ou l'inaction des gens qui menaçaient sa tête et qui se seraient vendus aux orléanistes ou à l'étranger? Quant à Danton, il était prêt à se vendre à tous les partis. Lorsqu'il faisait des motions incendiaires aux .lacobins, il était leur espion auprès de la cour, à laquelle il rendait compte régulièrement de ce (]ui s'y passait. Plus tard, il reçut beaucoup d'argent. Le vendredi avant le 10 août on lui donna 50,000 écus. La cour, se croyant sûre de lui, voyait approcher avec satisfaction le mouvement prévu de cette journée, et madame Elisabeth disait : Nous sommes tranquilles, nous pouvans compter sur Danton. Lafayette eut connaissance du premier payement et non des autres. Danton lui-même lui en parla à l'hôtel de ville et, cherchant à sejustifur, lui dit: Général, je suis plus monarchiste que vous. (Connue Lafayette n'aurait pas souffert que les agents de M. de Monlmorin cherchassent à servir une contre-révolution royaliste plutôt que l'ordre légal, on cessa bientôt de lui

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tiiiro, ainsi qu'à Bailly, de pareilles confidences. Il y eut aussi quelque argelit avancé par la liste civile à la police municipale, soit pour maintenir le bon ordre dans les lieux publics, soit pour empêcher les tumultes projetés par les jacobins; mais ces dépenses, qui ne regardaient que très-indirectement le commandant général, n'avaient pas le moindre rapport avec les dépenses secrètes de la liste civile pour gagner des partisans au roi. Celles-ci furent presque toujours dirigées contre Lafayette. » {Note trouvée dans les jMpiers du général Lafayette. — Mémoires cités, tome III, page 84.)

II fallait que la révolution fût soutenue par un sentiment bien réel et bien universel, qu'elle reposât sur un fond bien bonnête, pour qu'elle ait pu résister à un tel débordement de corruption et qu'elle ait discipliné et fait marcber dans ses intérêts et dans son sens, des meneurs et des cbefs si indignes d'elle ! Revenons à l'histoire de la journée du 18 avril. Les constitutionnels publièrent à cette occasion une brochure intitulée Bécit exact, dont voici quelques passages. On y trouvera plusieurs détails dont il n'a pas encore été fait mention.

« Depuis longtemps des bruits, qui n'étaient malheureusement que trop fondés, se répandaient que le roi donnait asile dans son palais à des prêtres non conformistes. On disait surtout qu'il se proposait de quitter l'assemblée nationale et peut-être la France. La fermentation était générale ; les ennemis du peuple et du monarque choisissent ce moment pour conseiller au roi de persister dans le dessein d'aller à Saint-Cloud. Ce qui en soi est fort innocent, même fort constitutionnel, change entièrement selon les circonstances. Les factieux avaient pris soin de répandre cette nouvelle, en prêtant au roi les intentions les plus contraires à sa franchise et à sa loyauté, en débitant que plus de trente mille contre-révolutionnaires étaient répandus aux environs de Saint-Cloiid, et se disposaient à enlever le roi pour le conduire au milieu de ces armées imaginaires dont on nous menace depuis si longtemps.

« Dès le vendredi 15, les ordres du directoire et ceux de la municipalité avaient été donnés pour le départ de Louis XVI. Le sajneili, ils avaient été mis à l'ordre de la garde nationale; le dimanche, la première division avait formé le détachement qui devait aller à Saint-Cloud; le lundi matin, ce détachement était parti, et personne n'avait imaginé d'apporter le moindre obstacle ni de faire la moindre représentation sur ces mesures, dont l'assemblée nationale même avait la plus parfaite connaissance. Au moment du départ, le commandant général répéta ces ordres; sur le refus d'obéir, il alla en rendre compte au directoire du département, au

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