‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 2 sur 132 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

de ce volume, que le travail tendait à reprendre cette activité qui est le signe le plus évident de la sécurité des esprits et de la confiance dans l'avenir.

Cet état des choses paraissait aussi éminemment favorable aux projets que la cour avait conçus. Il lui rendait la liberté d'action et servait admirablement ses plans, soit qu'elle consentit à suivre celui de Mirabeau, soit qu'elle persistât dans celui qu'elle avait formé avec Bouille. Ce fut dans ces circonstances que survint la mort de Mirabeau.

C'était pour la cour surtout que cet événement était regrettable, et il a été généralement considéré comme un malheur irréparable pour elle. Les faits cependant ne semblent pas confirmer celte opinion. Une tentative du genre de celle qu'il méditait, devait inévitablement amener une réaction révolutionnaire terrible, une réaction pareille à celle qui suivit le voyage de Varennes, et, pour la cour, il eiàt mieux valu que le projet de ce tribun hardi eut été enseveli avec lui dans le tombeau. Quoi qu'il en soit, elle ne fut pas seule frappée de cette perte. Malgré les bruits qui avaient couru, on voyait encore en Mirabeau un des plus fermes soutiens de la révolution. Sa mort fut un deuil public. Il est peu d'hommes dont la perte ait été accompagnée de tels et de si universels regrets.

SÉA^CE DU 2 AVRIL. — M. le président. J'ai en ce moment une fonction bien douloureuse à remplir... (Un murmure sourd se répand successivement dans toutes les parties de la salle ; on entend ces mots, plusieurs fois répétés : Ah! il est mort.) Je dois vous annoncer la perte prématurée que vous venez défaire de M. Mirabeau l'aîné;... il est mort ce matin à huit heures et demie. Je ne vous rappellerai pas les applaudissements que vous avez donnés si fréquemment à ses talents ; il a des titres bien plus grands à nos regrets et aux larmes que nous versons sur sa tombe. (Un morne silence règne dans toute rassemblée.)

M. Barrère. Mirabeau est mort. Les grands services qu'il a rendus à sa patrie et à l'humanité sont connus. Les regrets publics éclatent de toutes parts ; l'assemblée nationale ne témoignera-t-elle pas aussi les siens d'une manière solennelle? Ce n'est pas sur les bords de la tombe qui vient de s'ouvrir que je réclamerai de vaines distinctions; c'est à l'oitinion publique, c'est à la postérité à lui assigner la place honorable qu'il a méritée, c'est à ses collègues à consigner leurs justes regrets dans le monument authentique de leurs travaux. Je demande que l'assemblée dépose dans le procèsverltal de ce joiu' funèbre le témoignage des regrets qu'elle donuo à

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