CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES RÉVOLUTIONS
qui y élaieiil ensci^'nées et los questions qui y étaient débattues. Kii 1 irifl, ruiiivcrsilé de Paris était constituée avec toutes ses facultés : celle des arts, où l'on enseignait particulièrement la logique et la niélaphysiquc ; celle de [thysique, où ron Iraitait de la médecine, de la cliimie, etc.; celle de tliéolojj;ie, où Ton enseignait aussi le droit canon. L'université était sous la protection immédiate du saint-siége ; elle s'honorait du titre de fille aînée de l'I'^glise. Ses écoliers formaient une population très-nombreuse, composée d'hommes de tous les pays et de tous les rangs, divisés en nations représentées chacune, dans le conseil général de la corporation, par un doyen élu. Toute la discipline de l'université émanait d'un recteur et d'un diaconat formé par élection. Ce n'est pas ici le lieu de faire l'histoire des diverses révolutions que subit l'organisation primitive et des révolutions plus importantes que subirent les idées : il suffit (h; rap|)cler (|ue ce corps devint une institution assez puissante sur l'opinion en Europe, pour jouer un rùle important dans les discussions religieuses qui agitèrent le monde catholique dans le quinzième siècle. En effet, ce n'était pas seulement un centre d'instruclion, mais encore une, institution de conservation des doctrines et un centre de discussions et de travaux, auquel tonte l'Europe venait apporter son tribut de lumières et d'érudition. Elle fut, pendant le moyen âge, la capitale scienliliqne du monde calholiijue.
Ainsi, la l'rance se trouva en position d'être toujours la nation la plusavancée dans l'intelligence du but catholique et par suite loujours prête, la première, à agir. En elîet, ce fut elle qui donna le signal de toutes les grandes actions qui furent opérées dans l'intérêt de ce but (,'t de tontes les modilicalionssocialesqu'ilcontenait. Nous ne citerons eu preuve, parmi plusieurs, que quelques faits, mais ipii sont capitaux dans l'histoire de cette période de la civilisation européenne : ce sont les croisades et l'exlinclion du schisme du quinzième siècle, à laipielle l'uiiiversilé tiavailla la première; ce sont encore l'abolition du servage et la l'évolution des communes.
1.1 péiiode dont nous nous occupons se divise en deux époques nettement din'érenciées : c'est an (juinzième siècle que la prennère Unit et ipie la seconde commence. Les caractères qui les distinguent sont tellement évidiMils, qu'ils ne permettent pas de les confondre.
En efl'et, dans la picmière, la thpiomatie est en grande partie gouvernée par le saint-sicge ; la royauté est considérée comme de droit divin; les papes s'attribuent le pouvoir de donner et d'ôter les couronnes ; el ils le possédaient en effet, car ils gouvornnicui l'o-
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pinion (riine inauitMo alisdliu'. En otilie, les successeurs de saint i'ierro, disposant de la dîme de toutes les églises, se trouvèrent les plus riches souverains de l'Europe; par suite, ils purent toujours solder les bras chargés d'exécuter leurs volontés; quant à trouver des soldats, il leur suftisait de décréter une croisade pour avoir, tout de suite, une armée nombreuse et brave. Le droit d'instituer ces pèlerinages militaires leur appartenait en ell'et entièrement. Le caractère de cette époipie l'ut aussi tranché dans les productions de rinfelligence que dans la vie politique : l'art lut celui (pie nous nommons catholique ; il enseignait des croyances qui devaient fructifier plus tard, La science, comme l'art, travaillait sur des principes reçus et en épuisait les conséquences.
Dans la seconde période, les papes perdirent la haute dictature qu'ils avaient exercée sur les affaires de l'Europe : ils ne furent plus que des princes de l'Église, livrés, trop souvent, comme les seigneurs temporels, aux passions égoïstes ou de famille. Le protestantisme était venu nier leur infaillibilité, et les fautes de, quelques-uns donnèrent gain de cause aux réformateurs. Les rois prétendirent que les couronnes leur appartenaienlà litre de propriétés héréditaires et de famille ; les arts et les sciences devinrent indépendants de l'Église. Dans les premiers, on vit paraître le style de la renaissance ; les secondes vulgarisèrent leurs découvertes, et l'on en vit sortir les applications qu'on rapporte en général au quinzième siècle, et dont il fut illustré, quoiqu'elles fussent souvent antérieures à cette époque, telles que la boussole et les verres grossissants, qui datent du treizième ; telles que la poudre à canon, l'imprimerie, la découverte du cap de Bonne-Espérance et de l'Amérique, etc.
En France, les deux époques sont encore plus tranchées peutêtre, parce que les différences en sont indiquées par des faits moins généraux. La première époque vit s'opérer la révolution des communes et disparaître le servage ; dans la seconde, toutes les individualités seigneuriales furent confisquées au profil de l'unité monarchique. Enfin les deux époques furent séparées par un siècle do désordres effroyables, au milieu duquel naquit, comme intérêt du pouvoir royal, l'évidente nécessité de renverser toutes les seigneuries indépendantes qui occupaient le sol français. Nous allons parcourir rapidement l'histoire de ces deux époques dans les deux chapitres suivants.
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