DE LA PREMIÈRE ÉDITION
La révolulion française est la const'-quence dernière et la plus avancée de la civilisation moderne, et la civilisation moderne est sortie tout entière de TÉvangile. C'est un fait irrécusable, si Ton consulte l'histoire, et particulièrement celle de notre pays, en y l'tudiant non pas seulement les ('vt-nenients, mais aussi les idées motrices de ces événements. C'est encore un lait incontestable, si Ion compare à la doctrine de Jésus tous les principes que la révclution inscrivit sur ses drapeaux et dans ses codes, ces mots d'unité, d'égalité et de fraternité qu'elle mit en tète de tous ses actes et avec lesquels elle justifia toutes ses œuvres.
Lorsque, il y a quelques années, cette pensée fut émise pour la première l'ois, elle fit scandale; mais, depuis, elle s'est fait adopter par beaucoup d'esprits, et le jour n'est pas éloigné peut-être où elle deviendra populaire. Nous devons cependant compte au public des motifs qui nous ont déterminés à poser, dès le début de cette inlroduction et sans préparation aucune, une opinion qui est de nature à choquer des habitudes intellectuelles profondéuient établies, quj sont encore celles du plus grand nombre.
Selon nous, la valeur des faits politiques réside tout entière dans leur raison morale; c'est sur ce terrain seulement que l'on doit et que, véritablement, l'on peut les juger. Partout ailleurs une appr('ciation consciencieuse est impossible; car l'avénemi^iit de ces faits a presque toujours lieu dans des circonstances qui ne leur pc mettent point de s'établir sans violence, et, par suite, de se soustraire aux reproches ou à la calomnie. Il est de toute équité de se servir, dans la politique et dans l'histoire, du principe depuis longtemps admis dans les usages les plus ordinaires de la justice humaine, du principe d'apprécier les actes principalement par leurs motifs moraux.