‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 4 sur 92 · TOME I. i · texte numérisé non relu

TOME I. i

2 l'UÉKACli.

Or, jusqu'à ce jour, comineiU les liistorieus ont-ils cousi<l(''ré noire révolution? En général, ils y ont vu un accident (jui produisit un peu de bien et beaucoup de mal, accident dont ils clierclient l'origuie dans quelques petits événements occasionnels, dans des embarras de linance, des maladresses du pouvoir, des insolences de j^enlilslionnnes, des scandales de famille, et moins cjue cela encore, dans le mécontentement ou l'ambition de quelques personnages. Et ce n'est pas seulement dans le siècle précédent que de telles erreurs ont été avancées, soutenues et propagées; c'est maintenant, c'est aujourd'liui que l'on considère un mouvement qui a bouleversé le monde, comme un accident dont il faut se consoler, en pensant (|ue le crime fut pour les pères, et le bien pour les enfants; les écrivains modernes ont répété l'opinion qui eut cours au commencement de la révolution. Certes, ce n'est pas en se fondant sur de semblables motifs que l'on peut établir le droit révolutionnaire. Cette misérable explication qui, dans les événements sociaux, ne suppose rien autre cbose (jue des hasards et des passions, cette ignorance profonde du but de l'iiumanité, fut, suivant nous, la cause de tous les malbeurs qui accompagnèrent la révolution, comme elle est encore aujourd'hui celle de foutes les résistances qu'éprouve partout le juste progrès dont son nom est le signe : ce fut parce qu'un grand nombre des acteurs de ce drame terrible partageaient l'erreur vulgaire, que plusieurs n'y clitMcbèrent qu'une occasion de fortune personnelle et déshonorèrent de nobles efl'orts par d'affreux Fcandales. Et maintenant, en 1835, c'est parce que les rois voient dans les tendances révolutionnaires non pas un droit, mais un accident, mais un désordre, qu'au lieu de fonder leur pouvoir et leur lortune sur la force (|ue ces tendances donneront à qui les servira, ils es|ièrent en comprimer l'essor et poussent à la colère de justes demandes.

Ou niques historiens ont présenté la révolution connue le résultat dos enseignements- philosophiques et économiques des dix-.septième l't dix-huitième siècles. Jlais alors il fallait juviilier du droit de la philosophie et de l'économie politique, et c'est ce qu'ils n'ont pas fut. Ouelles conséquences a-l-on tirées de leurs écrits? C'est qu'il fallait compriuiei' la pensée et fermer aux houunes la source d'une certaine instruction.

D'autres écrivains ont iiiviKpi.' le ilmil naturel. Mais, avant d'y

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cherchoriui élément de juslilication, il eût fallu lo jusiilier liiiinêine. N'est-il pas, en effet, suiabondammenl prouva' que ce droit est impropre à fonder une société? N'a-t-on pas répété, maintes fois, qu'au point de vue de nature, chacun est parqué dans son intérêt privé, et que de là il peut repousser avec justice tout devoir social? Aussi, ce n'est pas en vertu du principe de l'intérêt que la révolution elle-même, dont nous voulons faire riiistoire, a conservé sa puissante unité, imposé ses terribles sacrilices et exigé les grands dévouements qui l'ont sauvée. Mais, c'est au nom du droit naturel que tous ceux qui ne furent pas royalistes, les girondins entre autres, lui ont résisté.

Dans toutes ces raisons, il n'y a rien qui constitue une réponse universelle, rien qui puisse avoir valeur d'un commandement irrécusable pour les rois comme pour les nations. Il nous faut aujourd'hui une raison qui réponde à tous, hommes et peuples, quelle que soit leur position sociale ; car, dans notre révolution, il y a autre chose que des ruines, il y a un commencement de construction. S'il ne s'agissait que d'un fait achevé, fini, eût-il été encore mille fois plus calomnié, si nous en cherchions la raison seulement pour l'honneur de l'humanité, pour l'honneur de notre pays, on nous pardonnerait quelque négligence ; mais il s'agit d'un passé qui se continue et qui produira notre avenir. Nous avons donc besoin, pour engager la discussion, d'un terrain que chacun acceptera, pourvu qu'il soit fils d'Européen ; et c'est dans ce but que nous choisissons le sol chrétien lui-même. L'événement révolutionnaire, dès qu'il est placé sur ce terrain, est justifiable aux yeux de tous, peuples, rois et prêtres; il change d'aspect; car on est obligé de voir dans les sentiments qui le produisirent, dans ces mots de liberté, d'égalité, de fraternité et d'unité, des principes depuis longtemps enseignés, depuis longtemps poursuivis et qui approchent de la réalisation.

Qu'on ne dise pas que le peuple se livra au mouvement révolutionnaire pour conquérir quelques biens matériels ; car on pourrait prouver que quelque part en Europe, il y a des serfs et des populations esclaves mille fois plus heureuses que nos ouvriers et nos paysans hbres de France : au moins ceux-là ne soulTrent-ils jamais ni du froid, ni de la faim ; au moins ceux-là n'ont jamais senti le mal qui ronge nos salariés, le mal d'un travail sans sécu-

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rilé et d'uno oxislence incorlaine de son avenir. Non, les Français, en se livrant à l'onlIiKUsiasmc révolutionnaire, ne regardèrent que comme un l)ut inférieur, et encore comme une conquête dont jouilaienl seulement leurs petits-enfants, l'acquisition de ce mieuxêtre physique : ils se dévouèrent à des principes; ils se sacrifièrent, afin de faire un centre aux grandes idées d'égalité et de fraternité, promises aux jouissances des générations futures. Est-il un seul homme, assez haut ou assez bas placé dans le monde, pour oser insulter à tous ces martyrs morts dans l'œuvre d'une si belle tâche !

Lorsqu'on se place sur le vrai terrain des causes de la révolulion, sur celui que nous avons choisi, on voit comment une si haute volonté est venue: on voit qu'il a fallu quatorze sièclesd'une activité toujours la même, pour faire cette lière nation, qui, d'ellemême et sans chef, s'est mise un jour à penser et à agir comme un seul homme. Alors l'idée révolutionnaire a une histoire qui est celle du monde et où nous apprenons, en même temps, poiu'quoi chaque peuple est ;\ la place qu'il occupe et pourquoi notre nation est la pi'emière entre les nations modernes. Alors^on lit que l'idée l'évolulionuaire a un droit antérieur à tous les droits qui s'élèvent et luttent contre elle : car toutes les dynasties existantes aujourd'hui, toutes, sont sorties d'un service rendu à la religion dont »;lle est la fille; toutes ont été sacrées à ce titre. Quelle passion, quelle colère, quel préjugé , ne restera confondu et muet à ce spectacle !

Ainsi, c'est pour donner au fait révolutionnaire sa véritable valeur et toute son autorité, que nous avons passé sur les inconvénients d'avancer, dans le commencement d'un ouvrage qui est rédigé dans l'espérance d'une grande publicité, une idée qui est rigoureusement vraie sans doute, mais' (pii, par sa nouveauté, poinra repousser quelques esprits, et nuire au succès de notre pulilicalion. Elle nous était d'ailleurs indispensable connue introduction à l'esquisse de l'histoire des Français (pii va suivre. Il n'est oins permis aujouid'hui à personne, et à nous moins (ju'à d'autres, de dépouiller les faits de leur but.

Blchez.

HISTOIRE ABREGEE

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