‹ Histoire parlementaire de la Révolution françaiseChapitre 43 sur 92 · RÈGNE DE LOWS XVI · texte numérisé non relu

RÈGNE DE LOWS XVI

adminislrationdela juslice. » Le coinledcTliiurs les fil sommer de se séparer, leur signiliaiil que leur réiinioii sérail considérée comme un acle de rébellion. Cent Irente d'entre eux vinrent lui remettre celte déclaration et une adresse au roi. Quelques jours après, le même comte de Tliiars, voulant dissiper une assemblée des magistrats destitués, qui avait lieu chez l'un d'eux, cinq cents gentilsliommes en armes el toute la population de la ville se réunirent pour repousser au besoin la force par la force. Rennes eut un moment l'apparence d'une ville assiégée : d'un côté était la noblesse, la bourgeoisie elle peuple irrités; de l'autre, les troupes mal disposées et de fort mauvaise humeur du rôle qu'on leur faisait jouer. Il fallut recourir aux magi<trats destitués pour apaiser le Inmulle. A Grenoble, le duc de Clermonl-Tonnerre avait fait usage des lettres de cachet (ju'on lui avait adressées pour exiler tous les membres du parlement qui avaient tenu des assemblées malgré ses défenses. Quelques-uns étaient déjà partis, el quelques autres se préparaient à les suivre, lorsque le peuple, instruit de cette mesure, s'attroupe et s'insurge; le tocsin sonne, les portes de la ville sont fermées et clouées ; on se porte en foule chez les magistrats , on s'empare de leurs voilures, et on les traîne dans la cour de la présidence, dont le peuple gardait les issues. Ordre est donné à la garnison, qui se composait de deux régiments, d'agir pour dissiper les rassemblements. Alors un véritable combat s'engage ; on échange des coups de fusil sur les places et dans les rues de la ville ; le peuple s'empare de l'hôtel du gouvernement eldu gouverneur luimême. M. de Clermonl-Tonnerre, prisonnier, écrivit au président une révocation provisoire des lettres d'exil; il le pria ensuite de vouloir bien se rendre avec ses collègues en robe au palais, afin d'apaiser le peuple. Ainsi, à Grenoble, une insurrection cassa les édils. Il en fut de même à Pau : les magistrats furtnl réintégrés sur leurs sièges, el obligés de les occuper, pendant quelques jours, dans rinlérèt de la paix publique. Dnns cel in'.ervalle, ils reçurent une déclaration de la noblesse du Béarn qui poitait qu'elle considérerait conmie infâme, parjure el traître, quiconque accepterait une place dans tes nouveaux tribunaux.

Tels furent les premiers signes de la résistance, en partie provoquée par les faits eux-mêmes, mais en partie aussi excitée par l'espérance de réduire el d'acculer la cour dans une position où elle ne pût ni refuser, ni ajourner les états généraux. Les masses, en France, ont, comme on l'a souvent dit, un admirable instinct, ou, pour mieux parler, une intelligence vive des choses politiques. C'est ce qui arriva alors. Li ré-islance ne fut pas satisfaite de ces pre-

i04 PRÉLIMINAIRES DR. LA RÉVOLUTION.

niiors rnoiivemenl»; elle persista el continua à marcher en avant. Les genlil-siiommes de la Bretagne furent encore les premiers Jans cette seconde période du mécontentement public. Ils signèrent, au nombre d'environ douze cents, une adresse que douze d'entre eux furent chargés de porter au roi. Mais on ne leur permit pas de parvenir auprès de Sa Majesté; à leur arrivée à Paris, ils furent arrêtés et mis à la Bastille. Celte violence excita l'opiniâtreté bretonne. On lit une nouvelle pétition, et quarante-huit députés des trois ordres furent chargés de la remettre. Dans le même temps, la noblesse de Bourgogne, celle du Languedoc, celle de la Franche- Comté, signaient aussi des protestations et nommaient des députations. Dans le Dauphiné, aux environs de Grenoble, il y eut plus encore : les trois ordres se réunirent spontanément en quelque sorte, au château de Vizille, ancienne résidence des souverains du Dauphiné. L'assemblée était nombreuse; elle se composait des personnages les plus marquants pai nii le clergé, la noblesse et le tiers élat de chaque ville. Elle piitle nom d'états du Dauphiné, et s'occupa de se donner une constitution. Elle lit en petit quelque chose d'analogue à ce qui devait être réalisé plus lard pour les états généraux. Elle s'occupa du mode d'élection des députés ; elle décida que chaque ordre serait représenté par des déput-^s, et que le lier? élat nommerait, à lui seul, autant de députés que les deux autres ordres réunis. Les discours dépassèrent de beaucoup les actions elles-mêmes. Deux hommes, destinés à devenir célèbres plus tard, Mounier etBarnave, s'y lirent parliculièrement remarquer par l'éner^'ie de h urs propositions et par leur éloquence. Personne ne mit d'adieurs ob=;lacle à celte réunion. Le duc d'Orléans, qui était gouv( roeur de la province, ne fut sans doute pas étranger à cette exlième tolérance du pouvoir. Ce qui e.M certain, c'tst que la réunion de Vizille lut suivie d'tme assemblée plus régulière des trois ordres, qui eut lieu, dans le mois de septembre, à Bomans, sous la présidence de l'archevêque de Gi'enoble, el avec l'autoii^alion du roi. Dans ce cas, la cour autorisait ce (ju'elle ne pouvait empêcher.

0(1 ne pouvait douter qu'un pareil exemple ne dût être, tôt ou lard, imité partout, et on était en droit même de craindre que la résistance ne passât à des actes beaucoup plus signihoalifs. Les troupes n'étaient pas, en général, très bien disposées, et le peuple l'était fort mal.

L'armée ne formait pas nu corps parfaitement uni. Elle se composait de deux classes d'hommes placées, l'une vis-à-vis de l'autre, dans une position hostile que la disci|»liiie dissimulait, mais n'tlïaçait pas. L'une se composait des ofliciers, qui tous appartenaient à

RkGNB t)E LOUIS XVI (1788). SO'i

la noblesse; raiitre, des sous-officiers et des soldats, aii>qii«'ls répauletle était à jamais interdite. Une ordonnance absurde du ministre Ségur avait déclaré que nul ne pourrait t'tre oflioier s'il ne faisait des preuves de noblesse remontant au moins à quatre générations. On avait, parla, détruit un usage contraire établi par Ricbclieu et continué sous Louis XIV. Celle mesure toute nouvelle (elle est de 1781), qui fermait la carrière de Tavancement à la masse des troupes, celle défaveur, cette espèce d'insulte jetée aux soldats et aux sous-olTiciers, au moment où on allait en avoir besoin, était une faute énorme de la part du pouvoir et un grief considérable contre lui. Mais revenons àriiisloire du parlement.

Le 2-i août, le premier ministre Loménie de Brienne donna fa démission en conseillant, dit-on, au roi de rappeler Necker. Il partit le lendemain pour Rome, poiu' aller prendre le cbapeau de cardinal, qu'on venait^de lui accorder. H laissa !e^ caisses du trésor ;\ peu près vides. Elles ne contenaient que 380 mille francs. Necker le remplaça avec le titre de ministre des finances, et l'autorité d'un premier ministre. Comprenant qu'on avait besoin de lui, il fit ses conditions. Il était convenu d'avance qu'on assemblerait les étals généraux, et il avait été en général si ferme dans la paît d'autorité qu'il réclamait dans les affaires, que le roi s'était, dit-on, écrié, à l'ouïe de ses exigences : « Il faudra donc que je lui cède mon trône?» Quoi qu'il en soit, l'arrivée de Necker était en ce moment une bonne fortune pour le trésor, car ce personnage trouva tout de suite ce que nul autre que lui n'eût obtenu, du crédit chez les banquiers pour la solde des dépenses publiques.

Le o septembre, le premier pnisident du parlement reçut ordre de faire avertir les magistrats de se rendre à Paris. Le 15, tous étaient arrivés, excepté peut-être quelques-uns de ceux qui avaient été détenus, quoiqu'ils eussent été mis en liberté ; tous reçurent des lettres de convocation pour un lit de justice, le lundi 15, à Versailles. On disait que le garde des sceaux, plus opiniâtre que M. de Brienne, se proposait d'y présenter, sous une firme nouvelle, l'équivalent des édils. Eu conséquence, les parlementaires se réunirent tout de suite et signèrent à l'avance une protestation qui concluait, comme toujours, par dire que les états généraux avaient seuls le droit d'opérer des réformes. Le garde des sceaux donna sa démission le 1-i; il fut aussitôt remplacé par Barentin, et le lit de justice fut ajourné.

Le 24 septembre le pailementfut réuni à buit heures du malin, au palais, dans le lieu ordinaire de ses séances. Les pairs avaient été convoqués ; et quoique toutes choses eussent été faites presque à

Page 1