L'HOMME
les douceurs de la liberté politique, et il était difficile de croire qu'elle se décidât à y renoncer, pour Tunique plaisir de replacer sur le trône la dynastie napoléonienne dans la personne d'un neveu de l'Empereur, d'ailleurs inconnu du pays. Malheureusement, sous là ' Restauration, en haine d'une dynastie revenue à la suite de l'étranger, libéraux et bonapartistes avaient fait alliance contre la royauté, alliance détestable et qui est la causede tous nos malheurs. Lelibéralisme politique ayant triomphé après la Révolution de Juillet, les bonapartistes, qui étaient peu nombreux, se sentirent vaincus. De là, chez Louis-Napoléon, cette répu^^nance insurmontable qu'il a toujours éprouvée à l'endroit des institutions parlementaires sur lesquelles s'appuyaient la bourgeoisie et la monarchie d'Orléans; mais, comme après tout la cause bonapartiste ne pouvait songer à se faire des partisans, sans donner satisfaction aux aspirations démocratiques et libérales du pays, de là, chez Louis-Napoléon, cette attention constante à rattacher l'institution impériale à la souveraineté populaire, ce souci tant de fois manifesté de demander l'investiture de la volonté nationale, ce mélange hybride de démocratie et de césarisme, qui étoufle toutes les libertés en ayant l'air de les servir, ce système de gouvernement bâtard et corrupteur, qui n'a d'autre frein que la volonté personnelle du prince, sous le couvert de l'assentiment du peuple. Dans tous les écrits comme dans tous les actes de la vie de Louis-Napoléon, on peut découvrir des vestiges de toutes ces idées confuses et contradictoires. S'il prend part avec son frère aîné à des conspirations et à des entreprises contre les gouvernements rétrogrades des princes italiens, en 1831, c'est pour se montrera la France comme un soldat des nationalités opprimées; si, dans l'ombre des machinations tramées
contre le gouvernement de Juillet, et jusque dans l'épouvantable affaire Fieschi, on aperçoit la trace de quelques menées bonapartistes, c'est pour que la démocratie s'habitue à compter sur le neveu de l'Empereur, comme sur l'un des adversaires du régime des privilégiés de Juillet. Paraît-il quelque ouvrage socialiste, vite le prince Louis le dévore, s'en assimile ce qu'il peut, et s'efforce de prouver, lui aussi, par quelques pages écrites à la hâte, qu'il a souci des idées nouvelles et qu'il veut travailler au bien-être du peuple. Enfin» comment se présente-t-il à la France, quand il s'en vient, en 1836, à Strasbourg, et, en 1840, à Boulogne, tenter ces deux échauffourées ridicules, qui méritaient un plus sévère châtiment et qui n'ont servi, hélas ! à l'instruction de personne? Il se présente comme un libérateur, comme le fondateur d'une monarchie nouvelle, sous laquelle le peuple jouira de tous ses droits et marchera progressivement à la conquête de toutes les prospérités.
Un tel système d'idées et de conduite ne pouvait, aux yeux des hommes intelligents et perspicaces, que révéler dans le prince Louis-Napoléon un ambitieux, d'autant plus redoutable que son esprit, tout entier à une idée fixe, devait s'être naturellement perverti à faire coexister ensemble des principes antagoniques et que, pour amener le triomphe de sa personnalité et de sa chimère, tous les moyens lui semblaient bons. Mais le ridicule dont il s'était couvert dans les deux aventures qu'il venait de courir en compagnie de conspirateurs subalternes, et la sympathie si peu justifiée que lui témoignèrent certains libéraux trop compatissants, empêchèrent la France de prendre garde à lui et d'apprendre à le connaître. Il en arriva à se complaire dans cette obscurité où le dédain le reléguait, et à tirer parti pour l'exécution de ses projets de Tigao-
rance oùron était de sa valeur vérilable. (/rHl, iiitiHi qu'il put se perfectionner dans cette poliljqun Lor tueuse, qui ne vit que de surprise» et lU*, roupH iln théâtre, et qui, pour arriver à son )>ut, suit toujours les voies détournées. Résolu depuis son t*utiit\(\f ii p;i raltre sur la scène comme prétendant au tr^un^ iinpi* rial, bien longtemps avant de pouvoir user <!(*, Ions Iim secrets de sa politique personnelle, < il avait apprJH, suivant la remarque judicieuse d'un liisLoriftn iinp^liiis, à rédiger une Constitution ([ui paraîtrait il/'créh^r un» chose et qui en ordonnerait un<e autre; il élajl vim^^ô dans l'art de tendre des pié^^es au sulTnip;;!^ univiT.si'l, et il savait comment on étranfj;;t<t utn? nation dan.i l'ombre de la nuit avec un instrunx^nt noninié \iU^W\ti cite >.
Jamais, à aucune époque de sa vin, il ni* suivit rh plan de conduite avec autant (le \)HiW\u'iu*A iïi*hiyMO\i\ que pendant les trois années qu'il ex(*n;a la pK'nii^iM magistrature de la liépulilique, tUt IHiO à 1Hf)l. l<a République était à peine proctaniéf* qu^Mléjà iji'liiit h Paris, offrant ses services au f<ouv(M'n4*nientpnivisoirn:
les Bonaparte n'ont jamais eu d'autn^ anihilion iippa rente que celle de servir la France! Hcpoussi's foici> de s'éloigner et de retourner h l^indrcs, il laisse li Paris des agents actifs et d^'^voués, Kcs temps <'*liiient difficiles, l'interdit qui pesait sur lui pouvait cimlinuer de subsister : c'était le moment, coninn^ dit le vulgaire, de pêcher en eau trouble. Les proc7*s verlnnu delà commission d'en(|uéte reintive aux fatales journées de Juin, laissent entrevoir que, dans celle niAlée terrible d'où le parti républicain est sorti épuisé, les éléments bonapartistes entraient pour une pari qu'il ne sera sans doute jamais possible (le lix(U'exact(Mnenl. Enfln Louis-Napolécm p(îut rentrer en France. Il est bientôt élu représentant du pftuple. C'ifst ii peine s'il
3i4 PETITE HISTOIRE DU SECOND EMPIRE
paraît à TAssemblée ; il n'y parle qu'une lois, et c'est pour protester de son dévouement aux institutions nouvelles, à la République, qui lui a rouvert les portes de la patrie. Elu président, il prête à la Constitution républicaine un serment solennel, et ajoute à la solennité du serment légal une déclaration personnelle que nul ne lui demandait: < Je regarderai, dit-il, comme ennemis de la patrie tous ceux qui tenteraient par des voies illégales de changer la forme du gouvernement que vous avez établi. » Et voilà la République confiée à sa garde.
Que fait-il ? Il s'entoure de ministres et de conseillers, tous connus pour leur hostilité déclarée à la République. Bien loin de prendre la tête du mouvement, il se fait le serviteur de la réaction. Lui, l'ancien conspirateur qui avait voulu détruire le pouvoir temporel du pape, il ordonne et fait exécuter la première expédition de Rome, celle qui a renversé la République romaine et ramené Pie IX sur son trône. Lui, l'élu du suffrage universel, il laisse son ministère mutiler le suffrage universel par la loi du 31 mai. Sous sa magistrature, la République est livrée à toutes les fureurs de ses ennemis ; l'instruction primaire est attribuée au clergé, le droit de réunion supprimé, la presse bâillonnée, les transportations sans jugement maintenues et aggravées, la France en proie à la division, aux discordes intestines. Et, pendant ce temps-là, il gardait le silence, laissant tout dire et tout faire autour de lui, affectant de se placer au-dessus des querelles des partis, mais les maintenant aux prises les uns avec les autres, poursuivant au fond de sa pensée le rêve de son existence, guettant l'occasion favorable, et décidé à jouer sa réputation d'homme d'État, son honneur privé, même sa vie dans une partie suprême.
Cette partie, il Ta jouée : c^est le coup d'État du 2 Décembre .
Avec qui Ta-t-il jouée? Avec des partenaires qui s'appellent Morny, Saint-Arnaud, Magnan, sur le compte desquels il n'y a plus rien à dire, et d'autres encore. Contre qui l'a-t-il jouée? Contre l'élite de la France, contre les meilleurs citoyens arrêtés, emprisonnés, proscrits, transportés, mitraillés et assassinés en plein boulevard. S'étant emparé de tout dans l'État, du trésor public comme de l'administration et de l'armée, il a demandé à la France affolée de terreur, incapable de se retrouver et de se reconnaître au milieu de tant de proscriptions et de deuils, les pouvoirs nécessaires pour décréter la Constitution qu'il portait depuis si longtemps dans sa tête et organiser le système de gouvernement qu'il rêvait depuis sa jeunesse. A cette première demande, à ce premier plébiscite, 7,439,216 Français ont répondu oui ; 646,737 ont répondu non.
Voyons ce qu'a fait Louis-Napoléon Bonaparte des pouvoirs qu'il s'est fait attribuer.
Le 14 janvier 4852, la nouvelle Constitution est promulguée. Cette Constitution remettait tous les pouvoirs entre les mains de Louis-Napoléon, confirmé pour dix ans dans ses fonctions de président de la République. Devenu chef de l'État, voici l'énumération des pouvoirs qu'il s'était fait donner :
« Le chef de l'État commande les forces de terre et de mer ; il fait les traités de paix, d'alliance et de
commerce, et les règlements nécessaires pour Texécution des lois, dont il a seul Tinitiative, la sanction et la promulgation. La justice se rend en son nom ; il a seul le droit de faire grâce et de décréter des amnisties ; les fonctionnaires lui prêtent serment ; il peut ouvrir par simple décret des crédits extraordinaires en dehors des crédits votés par le pouvoir législatif. »
Le pouvoir législatif est déchu du droit d'initiative et du droit d'interpellation ; aucun amendement ne peut être soumis à la discussion, s'il n'est préalablement adopté par le conseil d'État. Le Sénat, sur la proposition du président de la République, pourvoit par des mesures d'urgence à tout ce qui est nécessaire à la marche du gouvernement, en cas de dissolution du Corps législatif et jusqu'à sa convocation. Enfin, dans tout l'État, il n'y a qu'un seul fonctionnaire responsable, c'est le chef de l'État lui-même. Mais cette responsabilité n'est pas organisée, et pour qu'elle soit mise en jeu, il faut que le président soumette luimême au peuple les actes sur lesquels il appelle son jugement.
Cet effroyable système de gouvernement a pesé sur la France pendant dix-huit ans, sauf quelques modifications qui vont être rapportées tout à l'heure ; c'est là ce qu'on appelle le pouvoir personnel; en d'autres termes, c'est la dictature la plus terrible qui puisse s'imaginer auxix*' siècle, et la forme la plus savante et la plus raffinée de l'absolutisme et de la tyrannie.
< Voici un souverain, a écrit quelque part un des plus vigoureux publicistes de ce temps*, qui est libre d'adopter et de suivre dans toutes les questions extérieures telle ligue de conduite, telle marche qui lui plaisent. Il ne demande de conseils à per-
*Af. A. Ranc. Encyclopédie générale, V* Absolutisme.
sonne ; il n'en accepte pas ; s'il s'inspire de l'opinion publique, c'est bénévolement et sans y être obligé. Il maintient la paix, s'il le juge à propos ; il déclare la guerre, si cela lui semble à lui, à lui seul, juste et nécessaire. Au moment où il prend ses résolutions, il n'en doit compte qu'à sa conscience. Le pays peut se réveiller un jour en guerre avec un puissant voisin ou engagé dans une expédition très lointaine : les ministres, à l'exception de ceux dont le concours direct et matériel est indispensable, n'auront pas été prévenus. La question enfin sera engagée et irrémédiable ment engagée par une volonté prépondérante et solitaire. Absolutisme dans l'exécutif.
« Les lois sont élaborées par un corps spécial, le conseil d'État, dont les membres sont à la nomination du souverain. Les députés élus par la nation ne peuvent que les amender, et encore la faculté qui leur est donnée à ce sujet est-elle entourée de toutes sortes de restrictions. Les députés se trouvent ainsi placés le plus souvent entre une adhésion complète et un rejet pur et simple. Absolutisme dans le législatif.
« Toute discussion, toute critique de la Constitution est interdite, soit aux députés élus par la nation, soit àla presse, soit en un mot à tout pouvoir public autre que le Sénat. Ce corps lui-môme ne peut que proposer des modifications à la Constitution, et ces modifications doivent être proposées par l'exécutif. Si la modification proposée porte atteinte aux bases fondamentales de la Constitution, elle est soumise à la ratification du peuple ; mais l'exécutif a seul l'initiative de cet appel au suffrage universel, comme il a seul l'initiative des lois. Absolutisme dans l'ordre constitutionnel.
< Si maintenant Ton examine quelques points particuliers, mais] non pas accessoires, de l'organisme
politique et social, si Ton note par exemple ce fait grave que, dans FÉtat où Texécutif a ainsi absorbé toutes les souverainetés, la connaissance des délits de presse a été enlevée au Jury ; si Ton voit que la publication des procès de presse est interdite, si les journalistes peuvent être à la fois frappés de peines corporelles et d'amendes considérables, si les tribunaux, après un certain nombre de condamnations, peuvent prononcer la suspension et môme la suppression du journal incriminé ; si la loi admet Texistence d'une foule de délits vagues, indéterminés, élastiques ; si enfin le pouvoir s'est réservé d'autoriser ou d'interdire arbitrairement la vente des journaux sur la voie publique, n'aura-t-onpasle droit, en déchirantles voiles et dédaignant les fictions illusoires, de prononcer encore cet arrêt: absolutisme dans le régime de la presse ? »
Ce sont là les points principaux du système ; mais il y a encore d'autres raffinements, dont il faut citer des exemples. Le peuple, s'il veut manifester son opinion sur les affaires de l'État, est obligé d'attendre le renouvellement du Corps législatif, qui a lieu tous les six ans. Encore le pouvoir exécutif se réserve-t-il de désigner des candidats au suffrage universel et de les faire soutenir par ses préfets, par ses maires qu'il nomme, par ses conseils municipaux qu'il peut dissoudre et remplacer par des commissions, par ses juges de paix, par ses commissaires de police, par ses procureurs généraux, ingénieurs, recteurs, inspecteurs, contrôleurs, vérificateurs, percepteurs, conducteurs, gendarmes, gardes champêtres. Enfin, par l'admirable invention de la candidature officielle, le pouvoir personnel annule la nation elle-même, et reste seul maître dans l'État.
Toutefois ce n'est pas encore assez. Le pouvoir personnel se déclare responsable ; mais tous ses employés.
LE RÈGNE 3i9
tous ses agents, tous ses serviteurs du petit au grand sont couverts par une immunité légale qui les fait irresponsables. Nul ne peut traduire un fonctionnaire public devant les tri|)unaux sans avoir obtenu Tautorisation du conseil d'État, c'est-à-dire d'un corps nommé par le souverain et qui représente directement son autorité. Ainsi, au-dessous du despotisme du maître, il y a le despotisme des serviteurs ; les foncttonnaires, agents de l'empereur, participent à sa puissance et à son impeccabilité.
Tels sont les pouvoirs que s'est attribués Louis- Napoléon. Voilà dix-huit ans qu'il les exerce. Examinons l'usage qu'il eu a fait.
Après le coup d'État du Deux Décembre, Louis-Napoléon garda son titre de président de la République pendant une année encore. Mais ce n'était pas pour être le premier magistrat d'une république qu'il avait été élevé ni qu'il s'était instruit lui-môme à l'école du despotisme impérial; c'était pour être empereur des Français, comme son oncle l'avait été. La République, d'ailleurs, n'existait plus que de nom ; ce nom seul était odieux à un prince ; il fallait qu'il disparût.
Après un voyage dans les départements du midi de la France, accompli dans l'automne de 1852, où ses flatteurs lui avaient prodigué les plus basses adulations, cédant, disait-il, au vœu du peuple à la manière des anciens Césars romains, Louis-Napoléon se décida, sur la proposition du Sénat nommé par lui, à soumettre à la ratification du peuple le rétablissement de
la dignité impériale dans sa personne et dans celle de ses héritiers.
Ce fut là le second plébiscite proposé à la nation. Le recensement général des suffrages donna 7,824,129 bulletins portant le mot oui, 253,149 portant le mot non, 63,126 bulletins nuls.
Louis-Napoléon fut proclamé empereur sous le nom de Napoléon III.
Il n'y eut rien de changé en France, sinon que le nouvel Empereur était appelé à toucher une liste civile de vingt-cinq millions par an destinée à soutenir réclat du pouvoir. Le Sénat ayant bien voulu exprimer le vœu que « dans un avenir non éloigné une épouse vint s'asseoir sur le trône et qu'elle donnât à l'empereur des rejetons dignes de ce grand nom et de ce grand pays », deux mois après son élévation à l'Empire, Napoléon III annonçait son mariage avec M"° de Montijo, comtesse de Teba, aussi distinguée, disait le Moniteur, par la supériorité de son esprit que par les charmes d'une beauté accomplie. Dans le public, ce mariage singulier causa une surprise d'autant plus vive que, pendant toute l'année 1852, des bruits d'alliance du prince Louis-Napoléon avec des princesses de maison souveraine avaient couru. Mais l'Empereur déclara que son mariage était pour lui, avant tout, une affaire de cœur, et tout fut dit.
Le rétablissement de l'Empire n'avait pas laissé d'inquiéter les souverains d'Europe. Avant le coup d'État, le prince-président s'était fait une réputation trop justifiée d'homme d'aventure : on pouvait tout redouter d'un chef d'État armé de pouvoirs si exorbitants, et la guerre, ce passe-temps des rois, était à tous moments attendue. Napoléon III avait dit cependant pour rassurer les puissances : < L'Empire, c'est la paix I > Mais tout le monde sentait qu'à la première occasion favo-
rable le nouvel Empereur ferait la guerre. Il avait pour l'entreprendre des raisons d'autant meilleures à ses yeux qu'elles étaient plus personnelles. Le parti républicain avait été vaincu, écrasé le Deux Décembre, mais non pas anéanti. A la vérité, le silence et la compression régnaient partout ; cependant il restait toujours dans les villes un fond de résistance et d'opposition qu'il fallait à tout prix désarmer, en détournant l'opinion publique des affaires intérieures, en l'attirant au dehors par des événements d'éclat. L'armée, d'ailleurs, entraînée et trompée au Deux Décembre, se sentait mal à l'aise au milieu d'une nation dont elle s'était séparée si cruellement ; elle attendait des satisfactions et cherchait à reconquérir son honneur. Enfin, l'Empire nouveau sentait le besoin de se montrer à l'Europe comme un pouvoir fort et national, capable de porter haut le drapeau de la France, quels que fussent d'ailleurs les sacrifices à accomplir. Les pi*étentions inadmissibles de la Russie sur les lieux saints et son arrogance avec la Turquie décidèrent la guerre d'Orient, que Napoléon III n'entreprit qu'avec le concours de l'Angleterre.
Cette guerre a été populaire, si on la compare à d'autres dans lesquelles le second Empire a depuis lors entraîné la France. Cependant, qui ne se rappelle qu'à cette époque la France, comme désintéressée d'elle-même, semblait se résigner à se laisser conduire partout où voudrait la mener son gouvernement? Seuls, les boursiers, les agioteurs s'intéressaient à cette guerre dont l'intérêt était si lointain. Les amis de la liberté craignaient de voir les dernières traces des idées libérales s'effacer du cœur du peuple. Le peuple lui-même ne se sentit ému qu'au récit des exploits de nos soldats sur la terre de Crimée, de leurs fatigues glorieuses et de leur inaltérable gaîté au milieu des
plus dures souffrances. C'était d'ailleurs sur cette émotion que comptait la politique impériale. La guerre de Crimée, qui a tant illustré nos armes, n'a été, après tout, qu'une longue suite de hauts faits inutiles, depuis la victoire de l'Aima jusqu'à la prise de Sébastopol. Il s'agissait de ruiner l'influence russe en Orient : cette influence y est aujourd'hui plus prépondérante que jamais. Sébastopol a été réduit en cendres, mais la diplomatie du cabinet de Saint-Pé^ tersbourg a su réparer ce désastre. Napoléon III,. d'ailleurs, n'en voulait pas mortellement à la Russie ; dans les négociations qui ont préparé la paix, il l'a ménagée avec tant de précautions que finalement l'alliance anglaise, pour laquelle il semblait que la guerre eût été faite, s'en est trouvée compromise. Mais qu'importait au second Empire? Il avait, soif d'un baptême de gloire, il l'avait obtenu. Que pouvaient lui faire les cent mille hommes tués dans la guerre ou morts de maladie dans ces pays lointains ? Que lui faisaient surtout les quinze cents millions dépensés en pure perte pour la prise d'une forteresse ? Au surplus, ces quinze cents millions jetés dans le gouffre de la guerre avaient été pour le second Empire un nouvel instrument de règne. Les emprunts faits par l'État avaient été réalisés au moyen de souscriptionsnationales. On avait vu alors un spectacle nouveau et qui devait singulièrement corrompre les mœurs et l'esprit public. En proie à toutes les ardeurs d'une spéculation effrénée, la bourgeoisie française, d'ordinaire si économe et si prévoyante, devint presque subitement dépensière et prodigue. Dans les hautes classes, le luxe s'étalait sans règle ni mesure, tandis que, par l'effet des mauvaises récoltes, la misère régnait en bas. Il s'établissait de la sorte peu à peu deux nations ennemies dans la nation, et cet antago-
nîsme des classes ne profitait qu'au pouvoir absolu. A la suite des emprunts nationaux, le goût de la spéculation s'éveilla même dans les classes moyennes- Vers 1858 et 1856, on peut dire que toute la France était à la Bourse. Le gouvernement exploitait comme un succès personnel l'empressement du public à souscrire des emprunts avec primes, qui soufflaient partout l'amour du gain acquis sans travail, et qui poussaient les gens même de condition peu] aisée vers des habitudes de dépense et de paresse. Cet âge d'or de la coulisse correspond à l'époque de la conclusion du traité de Paris et de la naissance du prince impérial (mars 1856). C'est là véritablement l'apogée du second Empire.
Pendant ce temps-là, ni tribune, ni presse, ni esprit public. L'unique souci, c'étaient les intérêts matériels qui permettaient d'assouvir un besoin de jouissances grossières, tel que la France n'en avait jamais connu dans le cours de sa longue histoire. Tout était tourné au paraître, et l'administration publique s'appliquait à entraîner les villes dans cette voie des dépenses de luxe qui s'était emparée de tous les particuliers. Les grands travaux improductifs étaient entrepris sur tous les points du territoire, surtout à Paris, où ils devenaient, entre les mains d'un préfet actif et sans scrupules, le plus puissant moyen de gouvernement. Ces grands travaux déterminaient des crises terribles dans le commerce et l'industrie ordinaires ; la cherté des loyers devenait fabuleuse, et les denrées de première nécessité, souvent d'un prix inaccessible. Tout était poussé à outrance, et il semblait que notre nation eût pris pour devise dans sa vie la devise des grands viveurs qui étaient à sa tête : < Courte et bonne. » Cette démoralisation du pays est un des faits qui retombent le plus lourdement à la charge
354 PETITE IIISTOIUE DU SECOISD EMPIRE
du système inauguré après le Deux Décembre : toutes les conséquences de ces fatales théories ne se sont pas encore déroulées, et Theure des catastrophes les moins faciles à détourner n'a pas encore sonné.
Napoléon III n'en était pas moins considéré comme l'arbitre de l'Europe. Les grands services rendus par lui à la contre-révolution l'avaient fait l'ami de tous les souverains, et Paris commença de voir ce défilé de princes et de rois qui a tant satisfait l'orgueil de l'Empereur. Cette fortune triomphante n'était pas de nature à désarmer les ennemis de la dictature installée parmi nous après le coup d'État. L'opinion ne pouvant se faire jour, le mécontentement public n'avait point d'issue. Cependant aux élections de 4857 lors du renouvellement du Corps législatif, Paris et quelques grandes villes avaient montré, par le choix de quelques députés radicaux, dont plusieurs refusèrent le serment, qu'il n'y a pas de prescription contre le droit et la justice. Au commencement de 1838, la tentative d'Orsini contre les jours de l'Empereur établit que les sentiments hostiles à Napoléon III n'étaient pas exclusivement propres aux vaincus de Décembre. Ce fut pour le pouvoir impérial une occasion de reprendre les vieux errements de 1852. Des centaines de citoyens furent arrachés à leurs familles, et transportés ou exilés; une nouvelle loi des suspects, dite loi de sûreté générale, étendit la main de l'administration sur toute personne qui serait tentée de faire acte d'opposition à un régime qui, sans se relâcher de sa rigueur primitive, commençait à perdre de son prestige.
Mais le despotisme est une machine soumise aux lois de toutes les autres ; il n'en faut pas tendre les ressorts outre mesure, si l'on ne veut pas qu'ils se irisent. Au commencement de 1859, une nouvelle
LE RÈGNE 3î.r>
guerre était décidée dans l*esprit de l'Empereur, qui comprenait la nécessité de ne pas trop laisser la France à elle-même : c'était la guerre d'Italie. Entre-, prise par la seule volonté du souverain, il fallait la, colorer de prétextes qui la rendissent populaire.. Pour la première fois les mots d'indépendance et de liberté sortirent de la bouche du souverain : ils pro-, duisirent un effet magique. Toute la France les répéta, espérant qu'après que la liberté serait rendue à l'Italie par nos armes, elle nous serait enfin restituée par celui qui nous l'avait ravie. La courte campagne de Lombardie est une page de plus à ajouter à notre histoire militaire, qui. Dieu merci ! n'en avait pas besoin. L'intelligence des soldats, leur intrépidité naturelle contribuèrent plus à nous donner la vic- . toire que le génie des chefs, et si l'Empereur revint si tôt d'une guerre à laquelle il avait assigné pour but l'affranchissement de l'Italie des Alpes à l'Adriatique, on peut dire que l'expérience personnelle qu'il venait de faire du métier de général, y contribua pour le moins autant que le désir d'éviter l'alliance nécessaire de la Révolution, au cas où il se fût décidé à pousser jusqu'au bout son programme. La guerre d'Italie se trouva donc subitement arrêtée ; la moitié de la tâche entreprise restait à remplir ; la péninsule n'était pas délivrée, et l'on venait de susciter chez nous comme au delà des monts une série de difficultés qui restent encore à résoudre. La campagne ne nous en avait pas moins coûté près de soixante mille hommes et sept cent cinquante millions : rien ne coûte cher comme la politique personnelle.
De retour en France, l'Empereur, à qui sa gloire récemment acquise pouvait laisser croire qu'il était au-dessus des partis, accorda une amnistie générale (18 août 1859). Il avait exilé nos concitoyens sans
droits ; il les rappela par un pur caprice. Les exilés rentrèrent dans une patrie réduite au silence, destituée de toute participation à la conduite de ses affaires, tenue en tutelle comme un enfant mineur, et sans espoir de voir cesser quelque jour cette tutelle humiliante.
Peu à peu cependant, l'esprit public, si longtemps étouffé et imprimé, reprenait des forces. Les tergiversations de la politique impériale en Italie avaient affaibli le prestige du gouvernement à l'extérieur ; à l'intérieur, les vieux partis, qu'il venait de tromper par sa conduite ambiguë à l'égard du pape, se détachaient de lui, et la jeunesse, symptôme significatif, ne s'en rapprochait pas ; depuis dix ans, on ne pouvait citer personne de notable dans l'opposition qui se fût rallié au système ; l'Empire se sentait isolé au milieu de la nation ; il devenait indispensable de lui rendre des forces. L'Empereur, sur les conseils de quelques amis, dit-on, mais en réalité de son propre mouvement, signa le décret du 24 novembre 1860, qui avait pour objet d'associer plus intimement les grands corps de l'État à sa politique et de laisser venir jusqu'à lui l'expression des vœux de l'opinion publique par voie d'adresse, en réponse au discours annuel du trône.
Ce fut là pour la première fois que l'Empereur chercha le moyen d'abuser la nation, en prenant le masque libéral. La parole publique était rendue aux députés : cette concession parut énorme. L'Empereur restait toujours le maître de la France, maître de ses destinées et dispensateur de son sang et de ses trésors. Cette période de l'histoire de l'Empire est en effet celle des expéditions lointaines, expédition en Syrie, expédition en Chine et en Cochinchine. Ce ne sont point les prétextes qui manquent pour ces ruineuses campagnes, et, quand Jes prétextes manquent, on les crée,
sauf à violer toutes les règles de la justice et du bon droit, comme, par exemple, pour Texpédition du Mexique.
On ne sait pas encore la vérité (la saura-t-on jamais ?) sur les causes de cette criminelle folie. On a parlé d*outrages à nos nationaux qu'il s'agissait de venger ; on croyait à une alliance et à une action commune avec l'Angleterre et l'Espagne pour obtenir réparation. L'Angleterre et l'Espagne sont revenues du Mexique sans coup férir; après avoir obtenu du Mexique tout ce qu'elles demandaient. Nous, au contraire, par un caprice de la volonté personnelle du souverain, nous y sommes restés. Partis là-bas, à deux mille lieues de la mère-patrie, pour réclamer le paiement de créances véreuses, nous y sQmmes demeurés, pour y établir un Empire au profit d'un prince étranger sur les ruines d'une République. En vain la nation, par l'organe des cinq députés de l'opposition d'alors, et plus tard, après 1863, par d'autres encore, par l'organe des journaux môme les plus modérés, s'est-elle opposée à cette malencontreuse entreprise : rien n'y a fait ; rien n'a prévalu contre la volonté du maître, que la France s'est imposée à elle-même en un jour de terreur. Pour ce maître, l'expédition du Mexique était la plus grande pensée de son règne : la France devait donner le sang de ses enfants, le fruit de ses épargnes, afin d'aider à la réalisation de cette pensée d'un seul homme. Tels sont les effets du despotisme !
Est-il besoin de rappeler par quels désastres s'est terminée cette malheureuse affaire? Nos soldats rendus odieux à une population qui combattait pour sa liberté et ses foyers; le prince infortuné que nous avions amené là et fait empereur, saisi, jugé et fusillé, ni plus ni moins qu'un aventurier, et enfin, pour comble d'humiliation, notre diplomatie abaissée e
notre armée obligée de quitter le territoire mexicain sur Tordre formel, sur l'injonction blessante du secrétaire d'Etat de la République des États-Unis ! Faut-il parler après cela des 50,000 soldats que nous avons perdus dans cette guerre inutile et odieuse, des 6 ou 700 millions au bas mot que nous a coûtés cette fatale rêverie d'un cerveau solitaire ?
Il semblait qu'après une si monstrueuse erreur, qui suffirait à jamais, dans un pays libre, à écarter des affaires l'homme d'Etat qui s'en serait rendu coupable, le pouvoir personnel mettrait un terme à ses fantaisies, ou tout au moins que, se défiant de lui-même, il prendrait désormais conseil des représentants de la nation avant de rien entreprendre. < Il n'y a plus une seule faute à commettre, » s'était écrié M. Thiers, justement alarmé de tant d'infatuation dans le souverain. Mais c'est le propre des pouvoirs absolus de ne se jamais contenir eux-mêmes. L'occasion est toujours là qui les tente, et quand ils se sont trompés, toute occasion leur parait bonne de réparer leurs erreurs et de prendre une revanche.
Au moment même où la France était humiliée au Mexique, des intrigues secrètes agitaient l'Europe. La Pologne se soulevait, toujours héroïque; on pouvait tenter quelque effort en sa faveur, et l'Angleterre semblait disposée à s'associer à cet effort. Mais point ; on mécontente l'Angleterre, car on était déjà engagé ailleurs. Un homme d'Etat audacieux, de cette école nouvelle du succès à tout prix, M. de Bismarck, s'attaquait à l'un de nos plus anciens et plus fidèles alliés, le Danemarck. N'y avait-il rien à faire dans l'intérêt du Danemarck, quand ce n'eût été qu'élever la voix en compagnie de l'Angleterre? Par malheur, l'Angleterre se défiait de nous, et le Danemarck fut abandonné à ses vainqueurs, l'Autriche et la Prusse,'
qui ne tardèrent pas à en venir aux mains pour se partager ses dépouilles. C'était là Foccasion désirée* La guerre éclate entre les deux grandes puissances allemandes. Que va faire la France ? Se croisera-t-elle les bras en présence de ce grand duel dont Tissue est douteuse? N'y a-t-il aucune précaution à prendre? Qui sait comment tout cela finira? L'opinion s'émeut, le pays s'inquiète : le pouvoir personnel ne répond rien, refuse de répondre. Et pourquoi? Cette question est une injure. N'est-il pas la ÎProvidence de la France ? N'a-t-il pas tout prévu, peut-être môme tout arrangé secrètement? La Prusse et l'Autriche se rencontrent à Sadowa. On croyait que l'Autriche serait victorieuse. On se trompait, c'est la Prusse qui l'emporte; la campagne est finie, campagne décisive de sept jours qui partage l'Allemagne en deux, détruit l'équilibre de l'Europe, agrandit outre mesure la Prusse et met à nos portes une nation militaire de vingt-cinq millions d'habitants, sans que nous ayons à dire le plus petit mot. Où donc est le prestige de la France ? où est son influence morale? Tout cela est détrait, le monde est troublé , la paix instable ; les nations s'épaisent en armements militaires.
Voilà les résultats de la politique personnelle : la mesure n'est-elle pas comble ?
Le gouvernement impérial, si fortement constitué, devait avoir à cœur de faire œuvre de réformateur. Succédant à un régime de libre discussion, il se vantait dans l'origine de faire oublier par ses bienfaits la
•360 PETITE IIISTOmE DU SECOND EMPIRE
liberté, qu'il accusait d'être impuissante à réaliser aucune amélioration. Mais les réformes accomplies > par un pouvoir absolu ne peuvent, quel que soit > Tobjet auxquel elles s'appliquent, être en contradic- ". tion avec le principe môme du gouvernement; le despotisme fait sentir son action partout, et c'est en vain ' que l'on chercherait dans tous les actes du régime impérial une mesure quelconque qui ne soit pas marquée de l'empreinte de son origine. En 1852, M. de Persigny parle de décentralisation.. Qu'est-ce que cette décentralisation qu'il prétend accomplir ? Ce n'est ni plus ni moins que l'attribution aux préfets, agents du ^ pouvoir central, de certains pouvoirs jusque-là réservés aux ministres. Où est la décentralisation promise? , En quoi les conseils élus par les citoyens voient-ils leur compétence étendue et leur autorité augmentée? N'est-ce pas là pourtant le but de la décentrai!- . sation véritable? Plus tard, le territoire se couvre, à . l'instigation des préfets, de sociétés de secours mutuels. Mais quelle est l'indépendance de ces sociétés? L'Empereur nomme et révoque leurs présidents ; l'autorité les tient à sa merci. L'Empereur a-t-il cru par là faire quelque chose en faveur du droit d'association, si étrangement foulé aux pieds depuis le premier Napoléon, et pourtant si nécessaire dans une démo- . cratie? Nulle erreur ne serait plus grande : l'article - 291 du Code pénal qui interdit toute association subsiste . toujours, et dès que l'on en propose l'abrogation, lea.': conservateurs de l'Empire poussent les hauts cris. Après la disette de 1854, on imagine de créer des. caisses de boulangerie : à merveille ; mais à Paris, où les travaux publics de luxe absorbent toutes les ressources disponibles , cette institution ne tarde pas à disparaître. On veut réformer la loi sur le recrutement de l'armée en 1855, afin de supprimer le scan- •
LES PUÉTENDUES RÉFORMES 361
(laie des remplacements militaires. Qu'imagiue-t-on ? Rien de mieux qu^un système d'exonération dont l'Etat fixe le taux chaque année, — ce qui facilite un véritable agiotage sur le sang des citoyens — et qu'un autre système de réengagements avec primes, qui conserve dans les régiments de vieux soldats résolus à se faire de la vie de caserne une carrière, et tout préparés au rôle de prétoriens. Et ainsi de toutes les questions où le gouvernement impérial met la main. Mais nulle part l'influence du pouvoir personnel ne s'est fait sentir avec plus de fâcheux résultats que dans les affaires industrielles et commerciales du pays. La chimère des gouvernements de silence et de compression consiste précisément à vouloir obstinément détourner les peuples de la liberté politique. Pour atteindre ce but, tous les moyens semblent bons. Tantôt, on fera tout à coup et à l'improviste quelque expédition aventureuse; tantôt, on parlera de mesures propres à donner une vive impulsion à l'agriculture, à l'industrie et au commerce. Napoléon III, dans sa carrière de publiciste, avait touché à bien des questions : nul cependant ne pouvait dire au juste quelles étaient ses idées économiques, ni s'il était partisan du libre échange ou du système protecteur. Une parole sévère tombée de ses lèvres, depuis qu'il était monté sur le trône, donnait à penser qu'il était plutôt en garde coutreles théories de la secte économiste que partisan des [nouvaux systèmes. La liberté devait l'effrayer en économie comme en politique. Un beau matiu,le5 janvier 1860, il se réveille libre-échangiste à tous crins. Il écrit à son ministre d'Etat une lettre où il annonce que, suivant ce qu'il a résolu, tout le système industriel et commercial de la France va être changé. Eh (luoi! sans enquête préalable, sans consulter le Corps législatif? Oui : ainsi Ta décidé l'homme à qui la
E. SPULLER. — SEC. RÉI». 21
362 PETITE HISTOIKE DU SECOND EMPIUE
France a donné le droit de conclure à lui seul des traités de commerce. Que parle-t-on d'ailleurs de consultations préparatoires, d'enquêtes et de délibérations ! La lettre impériale est du 5 janvier, et le traité de commerce avec l'Angleterre est conclu le 20 secrètement par MM. Rouher et Michel Chevalier avec l'Anglais Richard Cobden, et si secrètement que, pour n'en rien laisser transpirer, ce sont Mesdames Chevalier et Rouher qui font elles-mêmes les copies du traité.
Ainsi voilà qui est fait.
La France, pays d'industrie de luxe et de culture de céréales, habituée depuis Colbert et Louis XIV à un système protecteur, qui ne devait tomber que peu à peu et au fur et à mesure du perfectionnement de l'outillage national, de l'achèvement des voies de communication et de l'abaissement progressif des impôts et de la conscription militaire, la France se trouve libre-échangiste, sans le savoir, sans le vouloir.
On sait aujourd'hui les déplorables conséquences d'un pareil coup de tête : plusieurs de nos grandes industries ont déjà disparu ; d'autres ont été obligées de se transformer; presque toutes languissent dans un état de crise voisin de la ruine. Mais bah! qu'est-ce que tout cela? Le gouvernement personnel est un grand gouvernement, qui ne s'attarde pas dans la routine des vieilles théories économiques; c'est un gouvernement progressiste et qui marche à la tête des idées son siècle. Aimez-vous les libertés économiques ? On vous en donnera autant et de toutes les sortes que vous voudrez. Liberté de la boucherie, liberté de la boulangerie, liberté des théâtres, etc. Il y a aussi la liberté de l'imprimerie, de la librairie et du colportage. Ahl pardon, n'allez pas si vite. Cette liberté-là, toute industrielle et commerciale qu'elle soit, n'est
pas une liberté comme les autres : elle touche par trop de côtés aux libertés politiques, et justement TEmpire n'accorde autant de libertés économiques que pour refuser la liberté politique.
Pourtant, il a bien fallu y venir à cette liberté politique, tant de fois décriée, si souvent conspuée par le régime impérial. On nous dit que TEmpereur, dès le commencement de son règne, a promis le couronnement de rédifice, et Ton ajoute môme que tout ce que nous voyons aujourd'hui n'est que la réalisation de cette promesse. Mais c'est surtout dans les réformes politiques, si parcimonieusement mesurées, octroyées d'une main si avare par le pouvoir personnel qu'on retrouve tout entier cet art misérable, auquel l'Empereur Napoléon III s'est exercé depuis sa jeunesse, de retenir ce qu'il paraît donner et de rédiger des lois et des décrets qui semblent ordonner une chose, et qui, en fait, en ordonnent une autre. Le décret du 24 novembre paraît : la parole est rendue aux représentants de la nation, mais leur action législative reste toujours entravée. Du reste, la presse continuant d'être enchaînée, la tribune sans écho au dehors reste impuissante. Que peuvent obtenir les Cinq? Rien. A quoi se Jiorne leur action ? A rédiger des amendements au projet d'adresse, amendements mémorables à la vérité, et qui peu à peu réveillent l'opinion, ramènent les (fuestions de principes et rappellent la nation à ses devoirs et au souci de ses affaires. Cela seul suffit à troubhîr la (fuiétude de l'Empire. Assez de cette importune discussion de l'adresse, assez de ces interminables discours ; le régime impérial ne peut soufirir la contradiction ; Tadresse sera supprimée.
Après le grand désastre de Sadowa, au moment où la France se sent inquiète, nouvelles concessions. L'Empereur écrit la lettre du 19 janvier 1867 : la
V^ PETTTE HI:^v>nE l€ 50005» EHrOE
presse sera soustraite ao pKMnroîr dis^rêdomiaire de radministratîoD: le droit de në-imi<>ii ^era inauguré : l'action dn f'>>rps lêdsiatii sera plos libre. Mais on a vo plus haut quel est l'état vrai de la p^es^e en France à l'heure qu'il est : c'est toujours le despotisme qui rè^e. sous les apparences d'une liberté plus grande. Quant au droit de réunion, c'est peut-être de toutes les concessions consenties par le pouvoir impérial la plus perfide de toutes. On se réunira pour parler de littérature et de théâtre, voire de théories sociales; on ne se réunira point, si l'on veut traiter d'intérêts sérieux et positifs comme ceux qui sont engagés dans les questions politiques : avec cela, n'oubliez pas que la présence d'un commissaire de police est obligatoire, et que d'ailleurs les préfets ont le droit d'interdire toutes les réunions, de quelque ordre que ce soit, qui leur semblent dangereuses. L'action de la Chambre est étendue ; on lui donne le droit d'interpellation ; les ministres se présentent devant elle et soutiennent eux-mêmes les actes de leur administration. Mais les interpellations sont livrées à l'arbitraire et au caprice de la majorité, et de plus, on a soin que le principal ministre soit le porte parole du pouvoir personnel et paraisse devant les représentants du pays comme un vice-empereur: que peuventfaire des députés issus de la candidature officielle contre un pareil personnage? Le pouvoir personnel continue de durer.
Enfin 1869 arrive.
Le pays parle haut : trois millions cinq cent mille électeurs réclament le gouvernement du pays par le pays ; la volonté de la nation est claire, il faut céder. On nous fait alors le beau séuatus-consulte de juillet 1862, qui prépare le couronnement de l'édifice, en rétablissant la responsabilité ministérielle, ^en rendant au Corps législatif le droit d'initiative, le
droit de pétition, le droit de régler son organisation intérieure, en associant plus intimement le Sénat à Faction législative. Les anciens serviteurs du pouvoir personnel se retirent, cédant la place à des députés qui veulent, du moins à ce qu'ils disent, inaugurer vraiment le régime parlementaire. On croit qu'il y a positivement quelque chose de fait : le gouvernement parle même d'abandonner les candidatures officielles. Allégresse dans tous les vieux partis I L'édifice est couronné : montons au Capitole, et rendons grâces aux Dieux !
On comptait sans Napoléon III, qui ne peut consentir au rôle de souverain constitutionnel, à moins de déchoir à ses propre yeux. A la première question qui se pose, la vérité du système se découvre. Vous vous croyiez en plein système représentatif : vous êtes en plein régime personnel. L'Empereur consent à tout ce qu'on lui demande. S'agit-il d'enlever au Sénat le pouvoir constituant? L'Empereur ne fait nulle objection. S'agit-il de faire de la haute Assemblée une seconde Chambre, à la manière de la Chambre des pairs? L'Empereur le trouve très bon. Tout paraît marcher à souhait. Attention! au détour d'un article, vous allez rencontrer le vieil homme. Article 13 de la nouvelle Constitution: L'Empereur est responsable devant le peuple français auquel il a toujours le droit de faire appel. Qu'est-ce à dire? Cette arme terrible du plébiscite sera donc" toujours suspendue sur nos institutions parlementaires? — Oui. — Mais c'est la négation même du régime représentatif ! — Je ne dis pas non. Mais que voulez vous ? la monarchie impériale n'est pas une royauté bourgeoise à la mode du temps de Louis-Philippe : la monarchie impériale, c'est César pouvant, au jour qu'il lui plaît, écarter Chambres et ministres et entrer en tête-à-tête
fM fETfTF. HISTOIRE DC SEO>3rD EMPIRE
iivif^; Ift peuple, ï;t noU^z bien que les occasions %%it rnanqtj'front pa«, sans parler des caprices, des fant'iif^i'^H ift d^?f( Ciups de tète : la ConstitatioD noovelle est (r:ofn|H>H/^Mleqijararite'Sept articles, dontaacunn'est r^ffoririahhf ni rriodifiable sans rassentimentdu peuple. Ah I vouH crni^mtz le plébiscite : on vous en donnera, et pliJH que voijh ireii voudrez. Du reste, nul mystère en loiilreci : qui donc pouvait croire que Napoléon III m dépoiiilleniit airiKi de celle de ses prérogatives qui réHurne touten le» autres ?Personnede ceux qui le connaJKKf'iierit bien, parmi ses adversaires comme parmi wîH amÎH. Voici ce qu*a dit M. le duc de Persigny au Sénat, M. de Persigny, entendez bien, le plus ancien ami de rKinpereur et le plus lidèle, un homme de Strasbourg do Boulogne, le premier confidentdu 2 Décembre, un homme (|ui connaît Louis-Napoléon.comme s'il Tavait fait :
« •rap|)laudiK, dit-il, h la Constitution nouvelle. Le souverain a gardé tous ses pouvoirs; il a couservé tous bîs instruments de l'autorité réelle, tous les moyens (le l'empire autoritaire, en créant Tempire libéral. »
Je crois (|ue Ton peut s'en rapporter à M. de Persigny.
11 est temps de conclure.
On vient de repasser toute l'histoire du second Empire.
On a vu ce qu^est au fond Thomme à qui la France a laissé prendre la direction de ses intérêts, de ses
affaires et de sa destinée : c'est un prince élevé dès sa plus tendre enfance pour régner sur nous au nom d'une tradition monarchique, obsédé pendant toute sa vie d'une idée fixe, décidé pour atteindre son but à se servir de tous les moyens, à ne reculer devant aucune extrémité.
On a vu à l'épreuve le système de gouvernement que cet homme, dans toute la force et dans toute la maturité de son esprit, a imaginé pour maintenir entre ses mains les pouvoirs effrayants qu'il jugeait indispensables à l'accomplissement de sa mission politique.
On a suivi pas à pas les différentes étapes de ce règne de dix-huit ans, qui n'a été qu'une longue suite de fantaisies personnelles aboutissant en fin décompte à des fautes irréparables et à des désastres inouïs.
On a étudié enfin de près et réduit à leur juste valeur toutes les prétendues réformes au moyen, desquelles le gouvernement impérial, éludant sans cesse les vœux de la nation, s'est efforcé de détourner la France de la revendication des droits qui lui appartiennent, et s'est appliqué à conserver intactes, sous les apparences de concessions trompeuses, toutes les prérogatives du pouvoir absolu.
Aujourd'hui, que veut-on de nous?
On nous demande de ratifier tout ce qui s'est fait depuis dix-huit iins et de nous associer par nos votes à l'œuvre du couronnement de l'édifice,
Pouvons-nous faire ce que l'on nous demande?
Au point de vue des principes, nous ne le pouvons pas.
Comme le dit le manifeste de la gauche et de la presse démocratique, * ce que l'on nous demande, c'est l'aliénation de notre souveraineté, c'est l'inféodation du droit populaire aux mains d'un homme et d'une
famille, c'est la confiscation du droit imprescriptible des générations futures ».
Nous n'avons pas le droit de consentir à rien de pareil. Notre souveraineté est inaliénable. Nous ne pouvons nous en dessaisir au profit de personne, et ce que nous n'avons pas le droit de faire pour nous-mêmes, à plus forte raison n'avons-nous pas le droit de le faire, au nom de ceux qui viendront après nous et à l'égard desquels nous sommes responsables du dépôt sacré des principes de la Révolution.
Voilà pour les principes.
Mais au point de vue de l'utilité, au point de vue de la bonne gestion de nos intérêts, est-il expédient, est-il avantageux de passer un nouveau bail avec l'Empire ? C'est ce qui reste à examiner.
Voyons donc ce que nous a coûté l'Empire depuis qu'il existe.
L'Empire s'est établi par un coup d'État sur les ruines de la République et par la proscription en masse du parti républicain. Il faudrait compter d'abord les victimes de cette catastrophe, approximativement, hélas ! car qui saura jamais au juste les deuils et les désastres accumulés par la coupable ambition d'un seul homme?
Il faudrait dire Je nombre de ceux qui sont tombés les armes à la main pour la défense des lois, de ceux qui ont été transportés à Cayenne et à Lambessa, de ceux qui ont été chassés de France et obligés d'aller vivre en exil du pain de l'étranger, de ceux que, par un caprice, on se contentait d'interner dans une ville, loin de leurs familles et de leurs affaires, de ceux que l'on a gardés en prison, de ceux qui ont été inquiétés dans leur fortune et dans leurs intérêts, non pas seulement dans l'année qui a suivi le coup d'État, mais longtemps après, par haine, par esprit de vengeance
politique. Plus de cent mille familles françaises ont été atteintes par le coup d'État, et Ton s'étonne que la France ne Tait point pardonné !
Il faudrait rappeler encore les persécutions de tous genres, les suspicions detous les instants, les perquisitions judiciaires, les visites domiciliaires qui, pendant les dix premières années de l'Empire, fondaient àl'improviste et à toute heure sur les suspects de l'opposition. En 1858, après l'affaire d'Orsini, un nouveau vent de proscription souffle sur la France : c'est une sorte de coup d'État au petit pied. Qui dira le nombre de ces nouvelles victimes de l'arbitraire?
C'est par ces moyens de compression violente que l'Empire s'est fait. Ce n'est pourtant là que la plus faible partie de ce qu'il nous a coûté.
On nous dit que le régime fondé après Décembre nous a valu dix-huit années de calme et de prospérité qui n'ont pas été sans gloire.
Le calme! que veut-on dire par là? Le calme, c'était le silence dans la servitude. Tout le monde était chassé de la vie publique. C'est toujours la vieille maxime du césarisme romain? Ubi solihidinem faciunt pacem appellant : \k où ils ont fait régner le silence, ils disent qu'ils ont apporté la paix.
La prospérité ! Ah ! pour le coup, c'est trop fort. La République avait un budget de quinze cents millions en 1850 ! Aujourd'hui les budgets de l'Empire atteignent deux milliards trois cents millions, et se soldent en déficit. Sous laRépublique, en 1850, le chapitre des dotations s'élevait à dix millions ; aujourd'hui, ce chapitre s'élève à quarante-huit millions.
Les gros budgets comme les emprunts périodiques sont une des bases du système actuel ; toute la politique financière de l'Empire consiste à escompter l'avenir au profit du présent.
En quinze ans, TEmpire a dépensé trois milliards et demi en sus de ses recettes ordinaires.
Encore si TÉtat seul avait des dettes ! Mais tout passe dans cet engrenage, Paris, les grandes villes de province, les départements, les communes, les grandes compagnies. Les emprunts de Paris s'élèvent à plus de deux milliards à Theure qu'il est ; ceux des villes au-dessus de cent mille habitants, à plus de cinq cÈnts millions ; ceux des départements, à plus de deux cent cinquante millions, sans parler des obligations des diverses compagnies, qui montent à plus de neuf milliards.
Un établissement de crédit, le Crédit mobilier, créé sous les auspices du gouvernement, a fini par entrer en liquidation, après avoir englouti une partie de l'épargne de la France, plus d'un milliard, dans les spéculations aventureuses et exagérées. Le goût de la spéculation transforme tous les capitaux en valeurs mobilières et les détourne des biens fonciers et de l'agriculture. Les travaux excessifs des villes renchérissent la main-d'œuvre dans les campagnes. Le nombre des faillites va suivant une progression effrayante. De 1863 à 1864, les faillites s'élevaient à 1418 ; de 1868 à 1869, elles se sont élevées à 2131. Les contribuables étant surchargés, les revenus privés diminuent. Enfin, pendant que l'Empereur touche par an une liste civile de plus de vingt-cinq millions, le Corps législatif refuse un crédit de deux cent cinquante mille francs pour porter à cinq cents francs le chifire de la pension de retraite des instituteurs.
Voilà la prospérité de l'Empire.
Reste la gloire. Veut-on parler de la gloire acquise par nos soldats ? Hélas ! nous savons trop ce qu'elle nous coûte. Cent cinquante mille hommes en Crimée, soixante mille en Italie, cinquante mille au Mexique,
sans parler de ceux qui ont laissé leurs os eu Afrique, eu Syrie, en Chine, en Cochinchine, partout où il a plu à la fantaisie d'un seul homme de les conduire. Est-ce là tout ? De I80I à 1866, les budgets de la guerre et de la marine n*ont pas absorbé moins de dix milliards quatre-vingt-quatre millions ; en 1867, ils ont demandé tout près d'un milliard, et la réorganisation de l'armée n'est pas faite pour les rendre moins avides. Si nous avons eu de la gloire, nous l'avons payée bien cher. Mais qu'est-ce donc après tout que cette gloire si coûteuse (un milliard par an, quand nous ne trouvons pas cinquante millions à donner à l'instrucfion publique!), cette gloire qui, en fin de compte, nous a obligés, il y a dix-huit mois, à reprendre de fond en comble nos institutions militaires, à les remanier et à les approprier au nouvel état de l'Europe, à la suite la funeste journée de Sadowa ? Ce n'est pas assez des contingents annuels de cent mille hommes ; il faut maintenant neuf années de service au lieu de sept. Plus de bons numéros. Et d'ailleurs eu quel temps la France a-t-elle été moins redoutée au dehors qu'aujourd'hui, moins influente dans les conseils de l'Europe, moins écoutée par les gouvernements étrangers? Comment sommes-nous sortis du Mexique?
Sur l'ordre d'un ministre américain. Quelle figure avons-nous faite après les subits agrandissements de la Prusse? Nous avons dû négocier fort humblement l'évacuation de la forteresse de Luxembourg, pour avoir l'air d'obtenir une satisfaction.
Voilà la gloire de l'Empire.
C'est donc assez, et l'expérience a prononcé.
Nous ne pouvons pas accorder à l'Empire le blancseing qu'il nous demande : Non possumus.
Ce ne ser^ pas en vain que nous aurojis recueilli la leçon si cruelle des événements.
372 PETITE HISTOIRE bU SECOND EMPIRE
Au nom de la souveraineté nationale, au nom de Tordre et de la paix sociale, afin de sauvegarder tout à la fois notre dignité comme citoyens et nos intérêts comme contribuables, nous repousserons le pacte nouveau qu'on nous propose par le plébiscite du 8 mai, et nous répondrons énergiquement non, comme il convient à des hommes probes et libres.
Au nom de la souveraineté nationale, au nom de Tordre et de la paix sociale, afin de sauvegarder tout à la fois notre dignité comme citoyens et nos intérêts comme contribuables, nous repousserons le pacte nouveau qu'on nous propose par le plébiscite du 8 mai, et nousrépiondrons énergiquement non, comme il convient à des hommes probes et libres.
TABLE DES5IÂTIERES
HISTOIRE DE LA SECONDE RÉIH BUQl F.
i4 février — 4 mai 1S4S.
I. — Caractères généraux de la Révolution do Février» - l.a monarchie parlementaire en Angleterre et en Frivnoe» — l/aris tocraiie anglaise et les classes dirigeantes en Franee. • La bourgeoisie française. — M. Guizoï et la n^fonno éleetornle. l
II. — La République proclamée en France. — Fin du pouvoir personnel. — Le suffrage universel H
m. — Origines du suffrage universel. — Progrannne de la Soi'ifttf dea droits de Vhomme — Le parti légitimiste. — .M. de Liunurhue et la Politique rationnelle de 1831. — Le journal la ÏU' forint el le programme rédigé par Louis Blanc. — Les pamphlets il»» Ti mon 10
IV. — Le gouvernement provisoire adopte le suffrage univerHel el Torganise. — Les anciens républicains de coniliat. - La République mise au-dessus du suffrage universel \\
V. — Les Elections sont annoncées. — (iirculairos de Leili'u-llolliii aux commissairesde la Hépubli(iue. — La Répid)liipie fermée, 'j I
VI. — Fixation des Elections au 23 avril 18i8. --Attitude du clergé, — Situation des partis. — Double courant parmi Ich HépidiliculuN. Les candidatures ouvrières du Luxembourg. M. M. Heiryer <•!. Ihiers, candidats à Marseille. — ProfesKion de foi électorale de M. Thiera 'M)
Vil. — Tableau des Elections. — Emeutes de Limo^eN et de Rouen. — La France donne mandat h Hes repréMetituntN de comntituer la République. — Jugement de Léon Faucher Nur le gouvernement provisoire et la Révolution do Février. ... 4it