PRÉFACE
« Citoyens électeurs I
« En proposant à la nation le plébiscite du 8 mai prochain, le gouvernement impérial nous appelle à renouveler les pleins pouvoirs que Louis-Napoléon Bona parte s'est décernés à lui-même après le coup d'Etat du Deux Décembre, et qu'il exerce avec l'autorité la moins contestée depuis dix-huit ans.
€ C'est à nous qu'il appartient de juger s'il convient à notre dignité comme à nos intérêts de répondre à l'invitation qui nous est adressée.
« Déjà les députés de l'opposition démocratique réunis aux délégués de la presse radicale de Paris et des départements, c'est-à-dire ceux qui nous représentent et défendent nos droits, réunis à ceux qui nous éclairent et nous conseillent dans tous les actes de notre vie publique, nous ont fait connaître leur opinion. Ils nous ont représenté, dans leur manifeste, que, sous prétexte de nous faire ratifier une Constitution à l'établissement de laquelle nos mandataires n'ont pris aucune part, c'est en réalité l'abdication de notre souveraineté que l'on nous demande, et ils nous ont conseillé de répondre non à la question qui nous est posée.
«Si nous voulons que cette réponse négative soit digne d'une grande nation comme la nôtre, il faut qu'elle soit faite en pleine connaissance de cause, par des hommes éclairés, et sûrs de leurs intentions comme de leur expérience.
< L'Empire, après dix-huit ans d'existence, ne peut plus être pour nous l'inconnu. Nous sommes en mesure aujourd'hui de nous prononcer en toute sûreté de conscience, sinon en toute liberté, sur l'homme
placé à sa tête, sur la valeur de son système de gouvernement, sur les résultats d'un règne déjà long et qui abonde en enseignements de tous genres.
L'histoire est la maîtresse de la vie, disaient les anciens; elle doit être la véritable institutrice des peuples.
Relisons donc ensemble l'histoire du second empire, et, après l'avoir relue, demandons-nous quel parti nous avons à prendre en présence des prétentions persistantes du pouvoir personnel.
LMIOMMK
Napoléon III (Charles-Louis-Nîipoléoii Boîuiparte) aujourd'hui Empereur des Français, né à Paris le 20 avril 1808, est le troisième des enfants qu'Horlense de Beauharnais donna à son mari Louis Bonaparte, roi de Hollande.
. Louis-Napoléon a gardé de son enfance et de sa première éducation faite sous les yeux de sa mère une empreinte inefïaçable. C'est par sa mère en effet qu'il reçut la tradition bonapartiste, et c'est d'elle qu'il apprit, dès sa plus tendre jeunesse, à se considérer comme l'héritier et le continuateur de Napoléon P^
Hortense de Beauharnais, femme ardente et passionnée, artificieuse, d'une ambition sans mesure, et qui, depuis son entrée dans la vie, avait traversé tant d'épreuves et connu des fortunes si contraires, voulut former son fils à son image et le faire profiter des
enseignements de sa carrière si traversée. Le voyant pâle, chétif , d'une intelligence médiocre et lente, elle s'appliqua à faîre tourner ses défauts mêmes à son avantage, lui inculquant une seule idée, l'idée monarchique, et l'habituant à la patience, à l'opiniâtreté, aux réflexions solitaires, au silence systématique. Comme elle avait passé elle-même par toutes sortes d'état, elle savait le prix de l'occasion et l'avantage qu'il y a pour les gens d'aventures à compter sur le hasard. Enfin, ayant vécu dans la société corrompue du Premier Empire, elle avait appris de bonne heure et à l'école du meilleur maître qui lut jamais en ce genre de leçons, à mépriser les hommes, à faire bon marché des scrupules de la conscience, à marcher droit à son but à travers tous les obstacles sous l'empire d'une idée fixe et sans rien respecter autour de soi.
Ce système d'éducation était admirablement approprié à la nature et au tempérament de Louis-Napoléon. Esprit indécis, imagination molle, il ne semblait avoir de goût que pour les rêveries humanitaires et les utopies les plus chimériques ; au fond, il était prince, et, comme tel, il se croyait appelé à manier un jour les hommes et à les faire servir à son ambition. Il n'étudiait les chimères d'autrui que pour les adapter aux siennes. Tout était prémédité chez lui, jusqu'aux imprudences, et, dans chacun de ses actes, même les plus futiles, on retrouve la trace persistante de son unique pensée, devenir Empereur et régner sur la France au nom de la tradition impériale.
Toutefois Louis-Napoléon n'avait pas laissé de remarquer que la tradition impériale ne pouvait suffire à elle seule pour ramener la France à la monarchie despotique de Napoléon P^ Depuis la chute de l'Empire, la France avait connu et goûté les avantages et