‹ Histoire parlementaire de la Seconde République: suivie d'une petite histoire du Second EmpireChapitre 7 sur 19 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

noble idéal, mais il se sait, se voit en lutte incessante avec les faits pris dans leur réalité; il ne se déploie pas en plein vol, dans le ciel azuré de la rêverie ; il marche terre à terre, se heurtant aux cailloux, se déchirant aux ronces du chemin, mais avançant toujours, d'un pas lent mais sûr, et de manière à n'être jamais obligé de revenir sur ses pas et de subir cette inévitable réaction qui est la suite forcée des faux progrès.

Quant à Tesprit de conduite si nécessaire à un parti qui vient de prendre possession du pouvoir après tout un siècle de combats, comme la démocratie, on n'en saurait trop souhaiter à ceux des républicains que les suffrages de leurs concitoyens appellent à mettre la main aux affaires. Ce sont ceux-là qui doivent donner l'exemple de la persévérance et de l'abnégation. Quand même les choses n'iraient pas au gré de leurs désirs, ils doivent se garder de tout scepticisme comme de tout emportement. La violence est trompeuse : il est rare que l'on garde ce qu'elle a procuré. Une douce et fière prudence, une fermeté à la fois inflexible et modérée valent infiniment mieux pour garder ce qui a été péniblement conquis. Mais ce qui est à redouter plus que le reste, c'est le pessimisme, à la fois orgueilleux et imbécile, qui consiste à croire tout en péril, parce qu'il se fait quelque chose en dehors de nous, de nos plans, de nos moyens et par d'autres mains que les nôtres, et à prendre systématiquement le contre-pied de ce qui se pense, se dit ou s'accomplit sur nos confins, parce que telle n'est pas notre manière de voir et d'agir. Ce mal dangereux et qui a si douloureusement affecté les républicains de 1848 n'est pas encore guéri, tant s'en faut. 11 ne cédera que parles progrès et sous l'effort du véritable esprit de gouvernement.

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\ On juge par là de quelle sérieuse utilité doit être pour les générations nouvel les de la démocratie républicaine rétude attentive deThistoire de 4848. Les hommes et les faits de cette histoire sont dans notre parti même, moins connus que Ton ne serait tenté de le croire, maiscen*est pascequi importe le plus. Il est d'un intérêt singulièrement plus relevé, à mes yeux du moins, de remettre en pleine lumière les questions de premier ordre, à Toccasion desquelles, Tesprit et l'expérience politiques leur faisant défauts, nos devanciers ont compromis leurs affaires et les nôtres par des fautes que nous ne commettrions plus, mais qu'ils n'ont pas su éviter, à raison de leur éducation toute métaphysique. Nous, hommes de la troisième République, nous avons eu, sur ceux de la seconde, l'avantage de profiter de leurs erreurs, et cela suffirait à nous attacher à leur mémoire par les liens d'une pieuse gratitude; mais il faut bien nous dire que nous n'aurions pas pu mettre ces erreurs à profit, même après les avoir reconnues, si nous n'avions pas échangé leur méthode contre une autre d'un caractère tout différent. Ils étaient imbus de principes absolus et de conceptions logiques, et nous, sous la pression des événements autant que par les progrès du savoir positif, nous avons dû nous tenir au plus près des faits et des idées relatives. Toute la différence qui existe entre leur œuvre et la nôtre est dans cette différence d'éducation et de méthode.

Le changement de méthode politique, la substitution (le l'idéeduprogrès relatif et certain à l'idée du progrès absolu et chimérique, la constitution nécessaire mais encore incomplète d'un parti républicain gouvernemental : tels sont les caractères qui commencent à distinguer la démocratie républicaine d'aujourd'hui de la démocratie d'il y a quarante ans. Ce sont autant de

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