XIV . AVANT-PROPOS
progrès, et il faut persévérer dans cette voie , sous peine de retomber dans la rétrogradation et Timpuissance.
Avec toute leur nMgnanime confiance dans la vertu des principes absolus, nos devanciers de 4848 n'ont réussi à rien fonder. Nous, au contraire, en nous pliant au jdlir le jour aux nécessités d'une situation souvent écrasante, nous sommes parvenus à faire de la République de fait une République de droit, à donner à cette République une Constitution, et un gouvernement, à faire que ce gouvernement, malgré bien des crises et des causes accumulées d'instabilité et de faiblesse, donne à son tour à la France, qui en est profondément reconnaissante, laliberté au sein de Tordre, depuis vingt années d'un travail vraiment réparateur qui ont permis à«iotre patrie de refaire sa force militaire , de s'assurer une puissance financière sans rivale, de commencer, grâce à tout un nouveau système d'enseignement public, la transformation nécessaire de son ancien état mental, d'initier enfin la démocratie à la gestion des intérêts publics et au gouvernement d'elle-même, en lui rappelant ce qu'elle doità la France, à sa sécurité, à son intégrité, à sa mission historique, au maintien de son influence, au rayonnement de son prestige et de son exemple au dehors.
Encore une fois, ce n'est point pour accabler nos précurseurs de récriminations et de reproches; ce n'est même pas — ee qui Serait encore plus mal séant — pour établir entre la seconde et la troisième République une comparaison qui serait tout à l'avantage de la nôtre, que4)arait ce petit livre, offert aux jeunes générations de la démocratie française. Nous avons mieux à faire qu'à récriminer sans justice, et surtout •mieux à faire qu'à nous exalter avec immodestie : nous avons à nous instruire.
AVANT-PKOPOS xv
A cel égard, on n'étudiera jamais assez l'histoire de la sîeconde République. Il faut bien le dire, cette histoire n'est pas faite. Si l'on met à part le livre si élevé, M sincère et parfois si profond, de Daniel Stern, qui demeure cpmme lin chef-d'œuvre de nette et juste pénétration politiques et de généreuse et tivante éloquence' jusqu'à présent l'histoire de 1848 n'a guère été écrite que par. des écrivains prévenus, les uns, serviteurs ardents itlais peu éclairés" de la cause républicaine, les autres; adversaires passionnés de la démocratie qu'ils maltraitent sans la connaître. Cette période historique est et demeurera toujours l'une des plus émouvantes et des plus attachantes du xix*' siècle, non seulement en France, maigdans le monde entier. De cette commotion soudaine mais non fortuite, car elle a eU des causes à la fois anciennes, générales et profondes, datent les deux grands faits sur lesquels roulera tout le vingtième siècle où nous allons entrer, la transformation territoriale et militaire de l'Europe et la prédominance des questions sociales sur les questions purement politiques. Une telle histoire mériterait donc d'attirer l'attention, de retenir les efforts, d'inspirer le talent de quelque. écrivain des temps nouveaux. Ne se lèvera-t-il donc personne, dans notre parti, pour embrasser ce grand et heureux mouvement de 1848 dans ses causes et dans ses conséquences, pour célébrer les vertus, tout en déplorant leurs erreurs, de tant d'hommies convaincus ^et dévoués, ppur glorifier la France dans un des entraînements sublimes de cet apostolat magnifique qu'elle exerce, à- tra^vers les siècles, ppur la liberté des intelligoftces, la justice parmi les hommes et la paix entre les nations ?
Serait-il vrai que toutes ces idées si populaires en 1848 et qui semblent avoir succombé avec notre seconde République, ne se soient pas relevées avec la