‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 103 sur 201 · I. Copi-ET Chbistie, p. 4o · texte numérisé non relu

I. Copi-ET Chbistie, p. 4o

, c Votre frère, écrivait Dolet i Jean de Langeac. en i534, m'a compté l'argent que vous m'avez envoyé. J'en avais le plus grand besoin... Vos libéralités à mon égard me commandent la discrétion ; je vous demanderai cependant de me soutenir et de continuer. 'pour le bien de mes études, l'aide que vous m'avez lusqu'ici accordée de si bon cœur et si largement. Je n'insisterai pas davanUge dans la crainte d'être indiscret, de forcer un bon coursier et de sembler manquer de confiance dans le meilleur des hommes. J'ajouterai que j'ai formé le dessein d'aller, des l'automne, à Padoue, pour y entreprendre l'étude du droit et parfaire mon instruction littéraire. En ceci, comme partout, j'ai besoin de votre aide, mais je ne vous prierai pas plus ardem. ment avant que vous ne m'ayez signifié vos désirs. Puisque vous êtes juge de mes projets et le soutien de mes études, je suis tout entier à vos ordres. . Cité par 0. Galtier, Eliennc DoUl,

^ C'Ilt ce que Rabelais, parlant de Dokt. appelait . e$moucher d'argent evesquet et prélats. »

de toutes façons sa faveur au jeune étudiant. Loisqu'en 1534, Etienne Dolet fut emprisonné pour avoir, dans plusieurs discours publics, provoqué les étudiants de Toulouse à la désobéissance aux lois, injurié le Parlement et la cité tout entière, il dut à une intervention personnelle de l'évêque auprès du premier Président d'être remis en liberté, au bo\it de trois jours de captivité. Lorsque, ayant lui-même rendu impossible son séjour à Toulouse, il alla s'établir, en août, à Lyon, il écrivit i\ Jean de Pins pour le remercier de sa protection. « Je déplore extrêmement, lui disait-iL qu'il ne me soit pas permis d'être auprès de celui qui m'a défendu constamment avec une énergie indomptable. Personne plus que lui, quels que soient les services qu'on me rende, ne sera apprécié par moi et je passerais volontiers tout mon temps à parler et à me souvenir des nombreux bienfaits dont il m'a comblé. Vous ne sauriez vous faire une idée, mon cher ami, du sentiment religieux avec lequel je rappelle vos bontés.... Je n'oublie pas que je vous dois tout, même la vie. » Dolet néglige d'ajouter que l'évêque de Rieux avait un mérite tout particulier à s'intéresser à lui qui, à Venise, dès l'âge de dix-neuf ans, avait causé des scandales et qui, à Toulouse, ayant à peine vingt-cinq ans, se permettait d'injurier le Parlement, les magistrats et la ville tout entière.

11 dut se consoler vile de son exil ; car il acquit bientôt un protecteur encore plus efficace que l'évêque de Rieux, dans la personne de Pierre Ducbâtel qui, après une vie de voyages, avait été choisi par le roi comme son lecteur et le gardien de sa bibliothèque. Duchâtel fut dès lors une manière de ministre des lettres à la Cour de François I"^ et il profita de la faveur que le roi lui accorda pour attirer des savants du inonde entier à Paris, appeler les noms les plus glorieux dans les Universités de France et attacher à la bibliothèque royale des lettrés distingués, avec de bons honoraires. Ce fut lui sans doute qui yalut à Dolet sa

ETIENNE nOI.ET ^<>»

grâce, après h- meurtre du peintre Compaing àLyoïi (li3C), qui le présenta, en 1538, au cardinal de Tournon, alors principal ministre. Lorsqu'en 1543, un procès en hérésie fut fait à Dolel par le Parlement de Paris, ce fut encore Duchàlel, alors évêque de Tulle, qui lui obtint une seconde fois le pardon du roi.

En IMS, le cardinal Sadolet, l'une des gloires les plus chréliennes de la Kenaissance, s'intéressait i Dolet. agréait la dédicace qu'il lui faisait de son Cato Christiaviis, et sans doute la payait de faveurs et de largesses. L'un des plus fidèles amis de Dolet, celui qui tint sou fils sur les fonts baptismaux, fut un prêtre, Cottereau, chanoine de Notre-Dame de Paris. Le cardinal de Tournon lui-même qui, dans la suite, devait poursuivre Dolet de sa haine, commença par lui être favorable, puisque ce fut à sa protection que Dolet dut d'être reçu par le roi, de lui voir agréer l'hommage de ses commentaires et d'obtenir de lui le privilège d'imprimeur. 11 parvenait à ces honneurs, n'ayant encore que vingt-neuf ans, et c'était toujours par l'intermédiaire de gens d'Église.

Du côté des humanistes et des protestants, Dolet ne trouva pas la même faveur. Son mauvais caractère lui valut de leur part de terribles inimitiés. « Hautain, tranchant, dit de Dolet M. Ferdinand Buisson, il n'a d'égard pour personne, démesure en rien ; il ne connaît pas plus la modération que la modestie ; il outrera sa pensée, il ne la contiendra jamais... toujours attaquant, toujours attaqué, les ruptures, les vides qui se font autourde lui l'aigrissent, l'exaspèrent et ne l'assagissent pas». » Dolet n'avait que vingt-six ans lorsque, en 1535, un de ses amis, Johannes Angélus Odonus, écrivant à Gilbert Cousin, secrétaire d'Érasme, prédisait que sa mauvaise nature le conduirait un jour au gibet. « Il est difficile, disait-il, qu'il ne finisse pas par la peine capitale... Je souffre

• . liLiï-on. SéOaitien CasleUion, p. *3.

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de voir un homme versé dans les lettres montrer tant de brutalité et d'impiété. » L'année précédente, lorsque Dolet, dans deux discours publics prononcés à Toulouse, avait injurié la ville entière, l'un de ses meilleurs amis, Arnoul Le Ferron, le mettait en garde contre son insupportable caractère et les conséquences dangereuses, que ne manqueraient pas d'avoir ses violences. . Je crains, mon cher Dolet. lui écrivait-il le 27 janvier 1534, je crains que vous ne soyez poussé je ne sais où et que, vous laissant aller à votre grande ardeur, vous ne soyez réellement consumé par votre colère et enfin que, blessé ou vaincu, votre adversaire ne vous porte préjudice et

même ne prépare des pièges qui menaceront votre vie

Je n'avance rien que je ne sache; car je connais plusieurs personnes qui, avant le discours, parlaient de vous en termes respectueux et qui, maintenant, vous sont absolument hostiles '. •

Dolet ne tint aucun compte de ces sages conseils et, malgré son jeune âge, s'attaqua aux plus grands noms des lettres. Il commença par Erasme. Arrivé au plus haut degréde lagloire.ce dernier avait mis en garde leshuraanistes contre l'abus qu'ils faisaient de l'imitation de Cicéron. Sous prétexte de défendre Cicéron, mais en réalité pour se faire une réclame retentissante en attaquant le patriarche de la Renaissance, Dolet écrivit un pamphlet contre Érasme. « La foule vulgaire des grammairiens qui rendent un culte à Érasme comme à un Dieu, ne se feront pas faute de m'attaqner, disait-il, avec l'outrecuidance de ses vingt-cinq ans; do plus, je suis certain que le vieillard qui est presque tombé en enfance, raillera le jeune homme avec sa grossièreté habituelle. Mais rien ne m'inquiète moins que la grossièreté d'un bouffon et je ne crains pas la morsure de ce vieil édenté. » A cette accumulation d'injures contre un vieillard, ne prendrait-on

I. Lettres citées par Copleï Christie, op, cit., pp. i" et ni.

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pas Dolet pour un rédacteur de la Lanterne? « La violence et l'intempérance de Dolet, dit son panégyriste Copley, n'offensèrent pas seulement les admirateurs d'Erasme, mais les propres amis de l'auteur, qui lui en témoignèrent des regrets '. »

Bientôt après, il engagea des polémiques avec un autre écrivain de la Renaissance, Jules-César Scaliger, et avec Ihiimaniste Floridus, qui avait eu l'audace de relever des plagiats dans ses ouvrages, en particulier dans ses Commentaires. Ses réponses étaient « plus remplies de fiel que d'agrément, » (c'est encore un autre de ses panégyristes, Née de la Rochelle S qui le dit); elles étaient « remplies d'injures violentes, » dit de son côté M. Christie Copley '. D'ailleurs, l'accusation de plagiat portée contre lui était exacte et ses violences masquaient faiblement l'impossibilité où il se trouvait de s'en laver.

Lorsque Dolet se fut établi comme imprimeur, à Lyon, il se lia d'une grande amitié avec Marol et Rabelais ; mais cette intimité dont témoignent certains passages des œuvres de ces deux illustres écrivains, ne résista pas longtemps aux vilains procédés de Dolet. En 1538, Dolet imprimait une édition de Clément Marot ; mais, en 1544, dans une épigramme qui fut publiée après sa mort, le poète se plaignait amèrement des médisances de son ancien ami et proclamait sa perversité ; dans une autre poésie, il le déclarait « fol qui à tout mal s'adonne », « infâme et inhumaine personne », lui reprochait de se livrer sans retenue à des vices innommables et déclarait heureux ceux i|ui ne l'avaient jamais connu.

L'amitié de Dolet et de Rabelais eut le même sort. Elle était fort étroite lorsque, en 1538, Dolet publiait, dans ses Carmina, trois poèmes en l'honneur de Rabelais ; mais elle disparut à la suite d'une malhonnêteté de Dolet. En

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