Vie de Kold. p. i
}. Op. <•('(., p. J73-
IIISTOIRE l'AHrlAI.E. HIalOIHE VBAIB «6
1542, l'auteur de Gargantua et de Pantajraei avait publié deces œuvres une édition revue et modifiée, chez l'imprimeur lyonnais François Juste ; il y avait supprimé à dessein certains passages qui avaient éveillé les susceptibilités de la Sorbonne et auraient pu lui attirer de graves ennuis. Or, sans l'autorisation de Rabelais, Dolet imprima, en même temps, Gargantua et Pantagruel, en y maintenant tous les passages supprimés par l'auteur et en déclarant impudemment que celte édition avait été « revue et de beaucoup augJiientée par l'autheur mesrae. » On comprend l'indignation qu'éprouva Rabelais devant des procédés aussi indélicats. Il protesta contre « ce plagiaire homme, enclin à tout mal », contre « ce monstre né pour l'ennui et injure des gens de bien », dont les œuvres « sont une échantillonnerie des livres d'autrui. » Il lui reprochait d'avoir pour ses plagiats « esmouché d'argent évesques et prélats. » Aucun des panégyristes de Dolet n'a osé justifier les procédés malhonnêtes dont il usa envers Rabelais et qui mirent fin, par sa faute, à leur amitié.
Rabelais ne fut pas la seule victime de pareille trahison. Dolet livra encore à la publicité, sans l'avis de leurs auteurs, des lettres confidentielles qu'il avait reçues do
ses meilleurs amis. « Publier lesépitres de Boyssone
qui avaient un caractère si compromettant que Dolet n'osa pas donner le nom de l'auteur, bien qu'il soit apparent, publier les lettres d'Arnoul Le Ferron, qui avait expressément demandé qu'elles fussent tenues secrètes, celles de Bording, qui parlait ouvertement des personnes et des choses, avec une liberté qu'il n'aurait pas prise s'il avait supposé que ces lettres verraient le jour, sans compter ■que ces révélations rendues publiques auraient pu l'exposer aux plus graves dangers... tout cela, dit le panégyriste de Dolet, Copley, était plus qu'un manque de tact; c'était une action qui devait être censurée sévèrement '. »
Dès son séjour à Toulouse, Dolet s'était lié d'amitié avec rhumaiiiste Voulté. Il reçut de lui les marques d'un absolu dévouement. Lorsqu'à la suite de ses discours, l'opiniou publique de Toulouse se fut déchaînée àbon droitcontrelui, il trouva eu Voulté un appui inébranlable. Dans son enthousiasme, Voulté disait delui:« Cet homme est l'ornement du siècle et sera la gloire éternelle de la France. » Il luidédiait vingt-cinq de ses poésies' et le suivait de Toulouse à Lyon. Lorsqu'on 1530, Dolet fut condamné pour un meurtre, Voulté unit ses etforts à ceux de Pierre Duchàtelpour obtenir de François I" la grâce de son ami ; et il y réussit. Comment Dolct reconnut-il une affection aussi fidèle, aussi dévouée? Il commença par déclarer que son pardon n'était dû qu'à SR propre valeur et que, loin de l'aider, ses amis l'avaient tous abandonné. Bientôt, dans ses poésies, Voullé se plaignait de l'ingratitude dont Duchalel et lui-même avaient été payés pour leurs démarches. « Il disait toute sa surprise de voir Guillaume Scève disposé à complerencore cet ingrat au nombre de ses amis. Il déplorait qu'un homme qui le considérait autrefois comme son cher ami, ne se souciât plus maintenant de son a floction et qu'U allât jusqu'à insérer dans ses livres, des poèmes adressés à Bourbon, poèmes qui primitivement avaient été adressés à Voulté : et enfin, dernier reproche, non point le moins grave, qu'il tournât en ridicule les poésies de son ami d'autrefois^ » Ces vilains procédés à l'égard do ses amis conduisirent Dolet jusqu'à l'assassinat : le 31 décembre 1.5.Î5, il tua, dans les rues de Lyon, un do ses amis, le peintre Guillot Compaing. Au cours du procès qui s'ensuivit, il allégua le cas de légitime défense : attaqué par cet ancien compagnon qui lui avait voué une haine violente, il avait dû se défendre et c'est ainsi qu'il avait tué son agresseur. D'au-
I. t Toutes, dit Coplejr. »ont pleine» d'affection et d'admiration enthousiastes pour l'ami. • Op. cit., p. a88. 1. COPLET., op. ci(., p. îoi.
2U HisTomr, paiitiale, HisTome vnAis
très auteurs nous donnent une version différente. Si nous en croyons Fioridus, les relations entre Coinpaing et Dolet auraient été inavouables et amenées par un vice houleux- Clément Marot faisait allusion, de son côté, à ces mœurs dignes de Sodorae, quand il écrivait de Dolet :
Fuyez celui qui sans honte ni crainte Conte tout haut son vice hors d'usance Et en fait gloire et en fait sa plaisance.
Un humaniste, ami de Sébastien Castellion, Ducher, dans un poème contre Dolet, l'accusait d'avoir fait ses ouvrages sur des plagiats, d'être fou, fou d'orgueil, et d'avoir des mœurs i hors la loi. ' > Ces vers de Marol, ces accusations de Ducher confirment le réquisitoire dfe Fioridus affirmant que Dolet tua Compaing au cours d'un rendezvous iufâme, dans un accès de cruauté sadique.
« Tel est ce monsieur ! » C'est ainsi que Rabelais terminait avec mépris le portrait qu'il venait de tracer de Dolet. Et c'est ce que nous pouvons répéter, après ce récit rapide de ses nombreuses inimitiés et de ses amitiés plus méprisables encore que ses haines.
Dès lors, on est en droit de se demander si cet homme avait en lui l'étolfe d'un martyr.
Pour élre le martyr d'une idée, d'une cause, il faut commencer par avoir des croyances et des convictions. Dolet en avait-il ?
Il débuta dans la carrière littéraire, à Toulouse, dans les concours des jeux «oraux de U>:iili'i.i (il avait alors vingt-trois ans). Pour emporter l'églantine, prix du concours, il composa deux odes en l'honneur de la Vierge ^ Et alors que plusieurs de sus amis de Toulouse étaient poursuivis pour leurs menées luUiériennes,il prenaitsoiu dans un discours public, de se dégager de toute solidarilt