‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 13 sur 201 · I.EB SCIENCES PHYSIQUES · texte numérisé non relu

I.EB SCIENCES PHYSIQUES

Sciences physiques.

Les sciences physiques et cliimiques au Moyen Age ne font pressentir que de loin le magnifique développement qu'elles devaient prendre dans notre siècle, et l'on a beau jeu de railler les puérilités et les erreurs des savants de l'an mille quand on les compare à ceux de nos jours. Mais on pourrait agir de même avec la plupart des savants de cette Renaissance que l'on affecte d'exalter aux dépens de ceux qui les ont immédiatement précédés. N'oublions pas aussi que c'est en plein xvii" siècle, au temps de Descartes et de Papin, que Stahl développait, aux applaudissements de tous, sa théorie antiscientifique du phlogistique, pour expliquer la combustion.

Quelque grossières qu'on les suppose, les erreurs scientifiques du Moyen. Age ne doivent pas nous faire méconnaître l'effort considérable qu'alors, comme de tout temps, a accompli l'esprit humain pour découvrir les énigmes et les lois de la nature. N'oublions pas qu'alors, comme aujourd'hui, des savants examinèrent les phénomènes physiques et, s'ils en donnèrent parfois des explications erronées, ce fut moins parce que leur intelligence était en.'ourdie et bornée que parce qu'elle était servie par des instruments d'invesligalion moins perfectionnés.

Dès lors, nous les admirerons d'autant plus que. malgré des conditions défectueuses de travail, ils ont fait de ina"nifi.iucs découvertes et préparé celles des temps qui les°ont suivis. Au lieu de jeter sur eux le mépris, comme le font, dans leur passion sectaire, les auteurs de manuels condamnés, qui ne leur pardonnent pas d'avoir porté le plus souvent la robe du prêtre ou du moine, nous nous inclinerons devant eux parce qu'ils ont été, eux aussi, les ouvriers du progrés intellectuel et les précurseurs des grandes découvertes modernes.

Bien plus, ils en ont fait eux-mêmes de considérables et

SI HISTOIRE l'ARTIAI.K, HISTOIRE VRAIE

ce sont celles qu'on leur doit qui ont préparé celles qui se sont multipliées Jans la suite, non pas par une sorte de génération spontanée, mais par l'effet de longs travaux antérieurs. Quelques exemples nous en convaincront et serviront à prouver que le Moyen Age a été un temps de curiosité et de progrès scientifiques.

C'est une banalité de dire que la vapeur et ses applications scienlitiques ont complètement transformé, au XIX" siècle, les conditions de la vie humaine. Les maîtres qui en vantent les bienfaits savent-ils tous que, dès le vi" siècle, à la cour de l'empereur Juslinien, Anthémius de Tralles faisait des expériences sur l'élasticité de la vapeur? C'était, il est vrai, un grand savant puisque, architecte de Sainte-Sophie, ce fut lui qui calcula l'immense coupole qui fait la gloire de ce monument. Ces expériences furent reprises, au x» siècle, par le célèbre Gerbert. Ses contemporains ^ signalent avec admiration un orgue hydraulique qui était mis en mouvement par la vapeur. En le construisant, ce moine, qui allait devenir pape, n'avait-il pas pressenti ces transformations de la vapeur en mouvement qui devaient faire, huit cents ans plus tard, la gloire de Fulton et de Jouff'roy?

Bien avant Jlariotte, les savants du haut Moyen Age ont étudié les lois de l'hydrostatique et en ont fait d'intéressantes applications. Un moine, qui fut en même temps le ministre du roi Théodoric, vers l'an 500, construisit dans ses loisirs un instrument fort curieux. C'étaient • des cadrans indiquant tous les mouvements du soleil et des clepsydres (ou horloges astronomiques) qui, à l'aide d'une seule boule d'étain remplie d'eau et tournant sur elle-même sans rouages et sans ressorts, traçaient la marche du soleil, de la lune et des divers astres- •. 11 est évidemment dif-

1. DiTMABUs. Clironici libri VIII {Patrologic Idlnc iS.j). a. PoucHET. Histoire des sciences naturelles au Moyen-Age, p. 1,6, (Paris i853 in-S").

LES SCIENCES rUYSIQUES 25

ficile de se figurer, d'après ces seuls renseignements, ce qu'étaient au juste ces horloges; mais il est certain que la boule qui en était l'élément principal se mouvait d'après les lois de l'hydrostatique.

Trois siècles plus tard, c'étaient les lois de la pesanteur et du balancier qui étaient appliquées aux horloges. « Un archidiacre de Vérone i —encore un prêtre — nommé l'aciBcus, substitua des poids à l'action de l'eau et devint surtout célèbre en inventant l'échappement à palette et le balancier destinés à empêcher l'accélération de la chute du moteur de l'iutrument. Dès lors, l'horloge avait acquis toutes les garanties de l'exactitude pour la mesure du temps. •

Les propriétés de l'aimant étaient connues de l'antiquité ; mais aux notions vagues que les anciens en avaient, le Moyen Age ajouta la connaissance et l'usage de la boussole, soit qu'il l'ait inventée lui-même, soit qu'il l'ait reçue des Chinois par l'intermédiaire des Perses et des Arabes. Vers le milieu du xi» siècle, c'est-à-dire au lendemain de cet an mille que l'on nous représente comme l'apogée de la barbarie, les marins italiens d'Amalfi, de Gènes et de Venise ainsi que ceux de Majorque apprirent que l'aiguille aimantée est douée du « véhément désir de s'orienter vers le Nord .. Ils en tirèrent aussitôt parti pour la navigation qui se conduisait jusqu'alors, la nuit, d'après l'étoile polaire. On construisit plusieurs espèces de boussoles. « Dans la première disposition adoptée, l'aiguille aimantée placée à l'intérieur d'une paille ou d'un roseau llollail librement à la surface do l'eau contenue dans un vase; de là vient le nom de calamité que reçut au début la boussole, dans la Méditerranée; les marins de l'Océan lui donnèrent celui de marinelte". » • Bientôt après, au lieu d'étendre les aiguilles sur de la paille ou

I. Ibid., p. 53, Cf. Encyclopédie de Diderot, article horloge. ». Grande encyclopédie, arliclo boussole lie M. Cat.

sur du liège, à la surface de l'eau que le mouvement du vaisseau tounnenlait trop, un ouvrier intelligent s'avisa de suspendre sur un pivot ou sur une pointe immobile le milieu d'une aiguille aimantée, afin que, se balançant en liberté, elle suivit la tendance qui la ramène vers le pôle. Un autre enfin, dans le xiv" siècle, conçut le dessein de cliarger cette aiguille d'un petit cercle de carton fortlégfr où il avait tracé les quatre points cardinaux, accompagnés des traits des principaux vents, le tout divisé par les 360 degrés de l'iiorizon. Cette petite machine légèrement suspendue dans une boîte qui était suspendue elle, même comme la lampe des mariniers, répondit parfaitement aux espérances des mariniers ' . »

A la fin du xn° siècle, l'usage de la boussole était général. Guyot de Provins en parlait dans son poème de la liose qu'il composa en IISO, à Mayeuce, à la cour de l'empereur Frédéric Barberousse. Dès lors, les navigateurs se lancèrent hardiment sur les mers ; les relations entre les peuples et les races les plus diverses devinrent plus fréquentes ; et ainsi, l'invention ou tout au moins l'adoption de la boussole par nos ancêtres du Moyen Age marqua un progrès considérable dans l'histoire de l'humanité.

Il n'est nullement dans notre intention de citer toutes les grandes découvertes du Moyen Age dans le domaine de la physique. Elles sont si nombreuses, — n'en déplaise à nos auteurs « laïques », — que leur simple énumération nous entraînerait hors des cadres de ce volume. Nous nous contenterons de nous arrêter devant la figure des deux plus grands savants qu'a produits cette époque, le bienheureux Albert le Grand et Roger Bacon, l'un et l'autre religieux, puisqu'ils appartinrent, le premier à l'Ordre dominicain, et le second à l'Ordre franciscain.

Albert le Grand naquit en 1193, il étudia à Padoue el

Page 1