Opéra Calvini, XIV, p
A. Sébuslien CastdUon, p. 4G7.
parles magistrats. » Il dénonçuit au duc de Wurtemberg t ces perturbateurs et cruels brigands' de l'Eglise de Dieu « et ajoutait : « Je vous exhorte, dis-je et requiers, au nom de Dieu, moi le plus petit de tous les fidèles, de vous employer soigneusement, diligemment à repousser par tous les moyens que Dieu a mis entre vos mains, ces loups blancs qui font leurs apprêts pour se jeter sur le troupeau que Dieu vous a baillé à garder. » Il s'indignait, avec une rare énergie, contre ceux qui voulaient laisser les hérétiques en paix, et trouvait leur erreur « quelque chose de pis que la tyrannie papislique » Quand on connaît la haine féroce de Bcze contre les catholiques, on se rend compte de toute la force de ces expressions ! « Vaut mieux, ajoutait-il, avoir un tyran, voire bien cruel, que d'avoir une licence telle que chacun fasse à sa fantaisie. Ceux qui ne veiilent point que le magistrat se mêle des affaires de la religion et principalement de punir les hérétiques, méprisent la parole de Dieu expresse et machinent une ruine et destruction extrême de l'Église.... Prétendre qu'il ne faut pas punir les hérétiques, c'est comme s'ils disaient qu'il ne faut punir les meurtriers de père et mère, vu que les héréliques sont infiniment pires ^i »
Dans ce concours d'intolérance et de fanatisme une mention particulière doit être accordée au ministre Toussain, celui qui fit établir par la violence la Réforme dans le pays de Montbéliard. Quand il vit qu'Ulrich, duc de Wurtemberg et seigneur de Montbéliard, inclinait vers le protestantisme, il lui rappela le devoir d'exterminer les héréliques et surtout les catholiques. « Il faut, lui écrivait-il à la fin de 1539, € que les prêtres et moines qui sont encore avec leur tonsure et habits papistiques, au scandale du peuple et détriment de la religion, ôtent
I . Nous empruntons ces passages de Bèzo & un protestant qui jouit d'un grand crédit auprès de nos primaires, M. Buisson, Sébastien Castdlion, pp. 7, 437, 3u et 287.
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ces choses, et que, délaissant leur faux service et mauvaise vie, ils fréquentent les sermons. » Rendre les sermons protestants obligatoires aux prêtres catholiques et aux moines, était certes d'un fanatisme original ! « Il faut défendre, continuait-il, toutes idolâtries et faux services, comme messes, confession, pèlerinages, sonneries pour le temps ; il faut que toutes gens, dans la ville et aux champs, entendent la parole de Dieu (le sermon protestant >). .
Les calvinistes anglais et écossais proclamèrent et pratiquèrent la même intolérance. Sous Elisabeth, le plus illustre de tous en Angleterre fut Cartwright, professeur au Margaret-CoUege de Cambridge; or l'un des plus récents historiens du peuple anglais, protestant d'ailleurs lui-même, M. Green, nous le représente comme un modèle achevé de fanaUsme. Cartwright a prêché, lui aussi, la théocratie la plus absolue au profit du protestantisme, réclamant la toute-puissance sur les fîmes pour les ministres calvinistes et les gouvernements, et le droit pour la religion presbytérienne d'écraser par la force toutes les autres. « Il prétendait, dit M. Green, que la parole de Dieu donnait aux prêtres le droit de gouverner le monde et réclamait pour l'Eglise (protestante), modelée sur celle de Genève, une omnipotence qui dépassait les rêves des souverains du Vatican. D'après son C'rprfo calviniste, tout lepouvoiret la juridiction ecclésiastiques, dans les questions de doctrine comme dans l'ordonnance des cérémonies, appartenaient uniquement aux ministres de l'Eglise. C'est à eux aussi de veiller aux mœurs publiques... Leur arme était l'excommunication, et ils n'étaient responsables de l'usage qu'ils en faisaient que devant le Christ. Le rôle des gouvernements se réduisait alors à veiller à l'exécution des décrets des synodes et à châtier les rebelles ;
, . ViÉsOT (pasleur). Hisloire de la Réforme dans U pays de Jl/onlteiiard, I,p. 69.
LES DOr.TBINES DE LA BÉFORME 341
car m tel système excluait toute tolérance dans les pratiques comme dans la foi. ...tion seulement le presbytérianisme devait être la seule religion d'État, mais elle voulait écraser sans pitié taules les communions rivales, l'Eglise épiscopale comme toutes les sectes. Le crime d'hérésie était puni de mort. Jamais on ne vit exciter à la persé> culiûu avec un férocité plus aveugle. « Je nie, éortvait-il, que l'on doive faire grâce au condamné repentant ; les hérétiques doivent être exécutés sans miséricorde. Cette conduite peut paraître sanguinaire et extrême; pour moi, il me sufpt de savoir que j'agis selon le Saint-E.<iprit^. • A ces iléclarations féroces, on est heureux d'opposer celles que faisait, en 1539, un prélat catholique, qui a été l'une des plus pures gloires littéraires de la Renaissance chrétienne, le cardinal Sadolet. évéque de Carpentras.Commeonle pressait de coopérer àla persécution que, pour des raisons politiques, François !<"■ avait ordonnée contre les Vaudois du Dauphiné, Sadolet, affirmait sa résolution de ne les ramener au catholicisme que parla persuasion et les seules forces de la Vérité et de la charité. Il écrivait, Ie28juilletl53!),au cardinal Farnèse: < Les armes dont j'use de préférence contre eux peuvent paraître plus douces, mais elles sont plus fortes. Ce n'est pas la terreur ou les supplices ; c'est la Vérité même, c'est la mansuétude extrême qui leur fait avouer leurs erreurs, non de bouche seulement mais de cœur.... Je suis le pasteui de ces peuples et non le mercenaire. Autant que personne je suis ému d'indignation contre les méchants, mais je le suis plus encore de compassion pour les malheureux. »
Voilà, merveilleusement définie, cette tolérance catholique qui a sa source non dans le scepticisme religieux, comme celle des libres penseurs, mais au contraire dans la foi absolue en la force de la Vérité et dans les principes
1 . R. Gree^. Histoire dvpeapU anglais (Irad. MonoJ), t. Il, .11.
évangéliques de fraternité et de charité. En l'expriinanl ainsi, Sadolet a forcé l'admiration des protestants tels que M. Buisson, auquel nous avons emprunté cette citation'.
Dans le passage que nous avons cité plus haut, Greeu nous apprend que Cartwright et ses disciples presbytériens maniaient, contre tout protestant qui ne pensait pas exactement comme eux, l'arme de l'excommunication. Ils ne faisaient que suivre en cela l'exemple de leur maître commun Calvin. Dans la préface de son édition du Nouveau Testament, faite avec la collaboration de Théodore deBèze (lOoctobre 1559), CalvinavaitenelTetprononcérexcommunicatiou d'un protestant à l'esprit plus large que le sien, Sébastien Castellion. Il y avertissait solennellement « tous chrétiensde se garderd'un tel personnage comme instrument choisi de Satan * pour amuser tous esprits volages et indiscrets». Or quelavait été le crime de « cet instrument de Satan ':' » Un admirateur farouche de Calvin, le pasteur Douen, nous le dit. Castellion avait traduit, lui aussi, le Nouveau Testament, et son crime « c'était bien moins la traduction défectueuse detel ou tel passage que le fait même d'une publication nouvelle el indcpendanle. Sans oser dire que la version reçue (par eux) fut parfaite, les théologiens de Genève... ne dissimulaient pas leur déplaisir à en voir paraître une autre. L'unité de version... était si bien au fond de l'esprit calviniste, qu'il faudra près d'un siècle à Genève pour qu'une nouvelle traduction, celle de Drodat (1644), voie le jour ; encore la vénérable compagnie (des pasteurs) s'y opposait-elle trente années durant » ».
1 , Sébastien Castellion, p. 76.
a. C'est toujours la même note ; quiconque n'a pa« exactement les mêmes manières de voir que Luther, Calvin, Bèze et les principaux réformateurs, est déclaré aussitôt par eux 0 instrument de Satart, possédé du démon, élu diabolique, etc. », et à ce titre voué à l'extermination. Cf. plu» haut, p. 34i.