CHAPITRE XVIII £.a. Saint-Barthéleniy
LLARD et Debidour (Cours élémentaire H, p. i4 ; Cours moyen, p. 74; Cours supérieur, p. i55), présentent avec raison la Saint-Barthélémy comme un crime politique inspiré à Catherine de Mi'dicis par sa haine de Coligny et son désir de garder le pouvoir ; mais par une contradiction, indice de leur mauvaise foi, ils insiiuunt ensuite le contraire en essayan de rejeter sur l'Église la responsabilité, ou tout au moins la complicité de ce massacre; ils exagèrent en outre le nombre des victimes, le' doublant ou même le triplant.
(Cours moyen, p. 8i.) Trente mille proteslanis périrent de ce fait... le pape félicita hautement Chartes IX du crime qu'il venait de commellre.
(Cours supérieur, p. i5j.) Image tendancieijfp représentant a la nuit do la Saiiit-Barlhélemy à Paris », avec un mii.io portant sur son froc une grande croix, à ses mains une torche et un crucifix, et écrasant de ses genoux un cadavre. Ln autre moine, sortant de son couvent, éclaire et excite le massacre.
(Cours supérieur, p. iS;.) lien périt ainsi plus de trente mille. iMSsoLETTE (Cours élémentaire, p. 6Si. La reine mère Catlicrire lie Médias conseilla à son fils Charles IX de donner l'ordre ue tuer en une seule fois tous les protestants. Le jeune roi accepta cet avis qui était aussi celui du pape.
(Cours moyen, p. 60.) Le pape applaudit ù cet acte de sauvaijerie.
ir vixAT (Cours moyen, p. 53.) A Paris, deu.r mille protestants sont cgorgés. Les jours suivant, par ordre de Clmrles IX, on en fait périr huit mille en provinces^.
I. Remarquez la contradiction entre Ici chiffres de M. Devinât
■t ceux de 41M. Aulard et Debidour. Dans ce cas, comme dans
lui du massacre des Albigeois à lléziers, nos auteurs « laïques »
HISTOrnE PARTHLE. HISTOIRE VRA E 2h
431 IlISTOmE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE \
(Cours moyen, p. 55-56.) Six images sur la Saint-Barlhélemy. M. Devinât a raison d'incriminer seulement Catherine de médicis.
Gauthier cl Desghamps (Cours moyen, p. ig) donne, comme Devinât, dis mille victimes pour laSaint-Barthélcmy.
(Cours supérieur, p. 85)... les catholiques complices du crime qui allait se perpétrer...
CLioTCt MA.NE (Cours préparatoire, p. 79 et cours moyen, p. ga).
A deux heures du matin, les cloches des églises de Pans se mettent à sonner. C'est le signal du massacrent. ..Cinq mille personnes périssent l
(Cours élémentaire p. 91 et cours supérieur, p. 96.) Cinq mille protestants sont égorgés à Paris'.
SOMMAIRE. — Exploitation de la Salnt-Barthélemy par les « laïques » contre l'Église. -- Exposé des faits. — Le nombre des victimes. — Les Salnt-Barthélemy protestantes. — Rôle politique de Coligny de 1570 à 1572. — Son influence sur Charles IX. — Conflits entre Coligny et Catherine de Médicis. — L'assassinat politique et la Renaissance italienne. — Tentative d'assassinat de Coligny. — Projets de vengeance des protestants. — Catherine exige de Charles IX leur massacre. — La Saint-Barthélémy crime politique, ordonné par des raisous politiques. - Le pape et la Saint-Barthélemy.
La Saiut-Barlhélemy ! Voilà le grand crime que les puissances conjurées contre le catholicisme reprochent à rÉglise. II n'est pas de conférence anticléricale où ne pa-
passent du simple au triple et au quadruple sclo.i leur degré de haine anticatholique. Ces multiplications arbitraires et ant.sc.enlillquesnous donnent le coefficient de leur fanatisme anticlérical.
, Inutile de souligner la perfidie de cette phrase, insmuant ,uc cest sur l'ordre des paroisses et du clergé que le massacre commença. En réalité, le signal fut donné par le tocsin de Samt- Germain-l'Auxerrois, en face le Louvre, qui fut mis en mouvement par ordre de la reine-mère.
a. Les manuels Devinai et Gaulhicr-Deschamps disent aooo.
LA SAIXT-BARTllÉLEMÏ 435
raisse la Saint-Barthélémy faisant dans l'indignation des « esprits libres et éclairés » une terrible concurrence à l'Inquisition et à la baleine de Jonas! L'Eglise est venue apporter au monde la fraternité et la liberté ; — et la Saint-Barthélémy ! L'Église a brisé les chaînes des esclaves et proclamé l'égalité de tous les hommes, enfants du même Dieu, membres d'une même famille ; — et la Saint-Barthélémy ! L'Eglise envoie des railUers de missionnaires pour appeler à la civilisation les barbares di Centre de l'Asie, les nègres de l'Afrique; — et la Sainl- Barthélémy ! L'Eglise a multiplié à travers les siècles les écoles, les hôpitaux ; ses prêtres, ses religieux, ses religieuses ont soigné les malades, les lépreux, les pestiférés, élevé des millions d'orphelins, fermé les yeux à des millions de vieillards ; — et la Saint-Barthélemy ; parleznous de la Saint-Barthélémy! Voilà le dialogue qui se poursuit dans la plupart des conférences contradictoires sur le rôle de l'Église. La Saint-Barthélemy, c'est la <c tarte à la crème » de nos anticléricaux ! C'est le mot magique qui permet aux plus ignorants, aux intelligences les plus bornées de couper la parole aux plus grands orateurs; c'est le mot qui enflamme les réunions publiques et les fait tourner en batailles.
Les manuels scolaires « laïques » ne devaient pas manquer de parler de la Saint-Barthélemy avec toute leur passion anticléricale. Pouvaient-ils omettre une pareille occasion de calomnier l'Eglise auprès des enfants, de leur montrer les moines comme des assassins, tuant à coups de crucifix de malheureux inoffensifs surpris dans leur lit; les prêtres comme des âmes sanguinaires immolant à leur Dieu en holocauste des milliers d'innocents ; le pape lui-même comme un vieillard fanatique, assoL'iant par son adhésion, l'Eglise entière à ce carnage et faisant à Dieu l'injure de lui chanter, à cette occasion un. Te Deuml Après avoir lu ces accusations, les énerg\tmènes croiront plus que jamais confondre les orateurs catholiques
436 HISTOIRE PARTIALE, IlISTOinE VRAIE
en leur criant : parlez-nous de la Sainl-Barlhéleray ! Eh bien oui ! parlons-en de la Saint-Barthélémy, non pas avec l'ignorance sectaire qui lance ce mot comme une injure ou comme un coup de poing, sans savoir ce qu'il signifie ; non pas avec la mauvaise foi qui dissimule ou dénature le texte, mettant en lumière ce qui semble favoriser une thèse et rejetant dans l'ombre ce qui pourrait l'ébranler ou la détruire! Parlons-en avec l'entière bonne foi de l'historien qui interroge les textes, laissant à leur témoignage sa vraie valeur, avec la sincérité d'un ami de la vérité, avec la foi du chrétien qui respecte trop son Dieu et son Église pour oser les défendre par des subterfuges et des mensonges, comme on ferait de mauvais clients!
Les faits sont connus. Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, entre deux heures et trois heures du matin, la cloche de Saint-Germain l'Auxerrois se met à sonner à toute volée, des hommes armés qui attendent ce signal tuent aussitôt, dans son hôtel, l'amiral de Collgny. A l'appel du tocsin se lève cette foule sanguinaire qui se retrouve dans nos tragédies nationales pour toutes les besognes sinistres, cette même foule qui opérera pendant les « grandes journées » révolutionnaires, le 6 octobre, le 20 juin 179-2, le 10 août, les 2 et 3 septembre, le 31 mai, le 1" et le 2 juin 1793, massacrant les aristocrates, les prêtres et les femmes, immolant les prisonniers sans délense, comme elle avait massacré, dans la nuitdela Saint- Barth'élemy les huguenots surpris dans leur sommeil. Au Louvre, dans les hôtels seigneuriaux, dans les rues et les carrefours, la populace parisienne pille, tue et insulte quiconque est soupçonné de protestantisme et l'orgie du carnage se poursuit pendant neuf heures, ne cessant que vers midi. Les jours suivants, sur un ordre venu de Paris, des massacres se produisent en province ; à Meaux, à Orléans où le nombre des victimes est évalué à cinq cents; à ïroyes, où des bande.-: envahissent les prisons
LA SAlNT-BAnTHtLEMY 4:^7
et tuent les prisonniers protestants ; à Saumur, à Blois, à Tours, à Angers, à Rouen, à La Charité, à Lyon.
Dans la plupart des villes cependant, les gouverneurs catholiques refusent d'exécuter les ordres qui leur arrivent do f aris et, loin d'ordonner les massacres, répriment la populace qui voudrait imiter celle de Paris. A Nantes, les échevins jurent de respecter l'édit de pacification et interdisent toute violence contre les protestants; il en fut de même à Périgueux, Limoges et Clermont-Ferrand ; à Saint- Lô et à Alençon, Matignon empêche tout meurtre ainsi que Jeannin à Dijon et La Guiche à Mûcon ; à Grenoble et dans tout le Dauphiné, le gouverneur de Goëdes confie les protestants à la garde de catholiques sûrs; à Vienne, les huguenots sont préservés de la mort par l'archevêque Grimaldi ; à Die, par le gouverneur de Glandage; dans les Alpes, par Ludovic de Birague; à Montpellier, par Joyeuse. A Carcassonne, écrivent les échevins, . le fait de Paris n'a produit aucun effet » •. « De cette longue excursion à travers les provinces, écrit M. de la Perrière auquel nous empruntons ces détails, une conclusion se dégage, c'est que l'ordre ou le désordre ont dépendu du plus ou moins d'autorité des gouverneurs sur les populations et de leur plus ou moins de souci de ia vie humaine. Si certains se sont montrés faibles et indécis, comme Mandelot (à Lyon), cruels comme Montferraud (Bordeaux) et Moutpensier (Tours, Angers), d'autres ont prudemment attendu les ordres du roi et préservé ainsi la vie des protestants ! » Ce serait donc une erreur d«î croire que le massacre de la Saint-Barthélémy s'étendit à la France entière ; en réalité, il consista en une succession de massacres quicommencèrent à Paris de deux heures du matin à midi, le 24 août, et qui, du 25 août au 3 octobre, éclatèrent sur plusieurs points du territoire.
II ne faudrait pas non plus accepter sans contrôle les
1 DE Lv l-ti.ii.L..E, Lu ^uiiUUarUwlcmy^ p. lii.
438 UISTOinE PARTIALE, niSTOIHE VRAIE
évaluations qui ont été faites sur la quantité des victimes ; car, ainsi que l'a fait remarquer l'historien allemand Funk*, elles varient du simple au décuple. A Paris, le nombre des protestants ainsi mis à mort aurait été inférieur à 1.000 selon l'historien protestant La Popelinière », supérieur à 1.000 d'après de Thou\ inférieur à 2.000 selon les Mémoires de Tavannes' et l'Histoire de Charles IX de Papyrius Masson», inférieur à 3.000 d'après Capihipi". inférieur à 4.000 d'après Brantôme, enfin d'environ 10.000 selon le Réveille-Matin. Pour Lyon, mêmes variations : :!()(> d'après de Thou, 350 d'après GohiiLz : de 1.500 à l.SOO d'après Serres. Naturellement les évaluations globalessout aussi incertaines que les évaluations de détail desquelles elles dépeudrnt. Les vii-times de la Sainl-Bartiiéleiny pour la France entière ont été au nombre de 10.000 d'après Papyrius Masson, de 20.000 d'après l'historien protestant La Popelinière, de 25.000 d'après Capilupi, de 30.000 d'après de Thou, de 70.000 d'après Sully, de 100 000 enfin d'après Péréfi.'ce et le Réveille-Matin. Au milieu de ces contradictions, M. Funk remarque qu'à Paris on n'a pu compter exactement que i68 victimes, dont 152 seulement avecleurnom. Cavirac, dans sa Dissertation sur lu Saint- Rarthélemy, remarque que le Martyrologe protestant de cette journée, s'il donne un total global de 30.000 victimes, n'en retrouve que 15.138 et 786 seulement avec leurs noms. 11 est donc probable que le chiffre de Papyrius Masson (10.000) est supérieur plutôt qu'intérieur à la réalité et qu'il faut placer entre 4.000 et 5.000 le total des nial-
2. Hergenboetuer ctKAiXES. Kii\haiiexikoti, art. IJliUUurIr.eil, 11. p. i)lii.
3. L.V PopELisiÈRE dans Cimrer et Danjou, Ardùves curieuses de l'histoire de France, p. 627.
ti. DE Tuou, Histoires (Od. Genèvo)^ 11, 838.