AU LECTEUR
Le premier volume de cet ouvrage nous a valu des éloges et des remerciements. Nous eu avons été heureux lorsque ceux qui nous les envoyaient nous affirmaient que nous servions la cause de la défense religieuse et de la vérité scientifique. Cette attestation nous a fait un plaisir tout particulier quand nous l'avons trouvée sous la plume des socialistes proclamant avec nous le caractère tendancieux des manuels scolaires condamnés par l'épiscopat.
Lé premier volume nous a valu aussi des critiques; et nous les attendions. Une œuvre comme la nôtre, portant sur toute l'histoire, traitant des questions les plus variées, tenue à une certaine concision, devait présenter des imperfections. On nous en a signalé ; on nous en signalera encore dans ce nouveau volume. Nous tiendrons le plus grand compte de celles qui nous seront adressées par les amis de la vérité, de quelque côté qu'elles viennent, et nous les remercierons de les avoir formulées.
Il est cependant un certain nombre de critiques que nous n'acceptons pas parce qu'elles dénaturent nos intentions; et aux adversaires de bonne ou de mauvaise foi qui les ont présentées, nous tenons dès maintenant à répondre.
On nous a reproché de faire une guerre sans merci aux instituteurs laïques. Une pareille attitude serait odieuse et ridicule. Je ne saurais oublier que c'est
vin HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VRAIE
d'un instituteur laïque, mon père, que j'ai reçu mes premières leçons d'histoire et, ce qui est d'un prix bien plus grand encore, les premiers exemples de vertu et de largeur d'esprit. Avec sa mémoire j'honore ces maîtres de la jeunesse qui forment l'àme populaire de la France et s'acquittent d'une œuvre de la plus haute importance lorsque, se rendant compte de leur belle mission et s'y dévouant tout entiers, ils n'ont en vue, en l'accomplissant, que l'intérêt de l'enfant et des familles et la grandeur de la Patrie.
Ces instituteurs étaient nombreux jadis : dans les Écoles normales, dirigées souvent par les Frères des Écoles chrétiennes, ils avaient reçu les principes d'une pédagogie d'autant plus élevée qu'elle s'appuyait sur un idéal surnaturel. Ils savaient le prix infini d'une âme d'enfant, ils connaissaient la malédiction divine qui frappe quiconque la scandalise. Ils n'ignoraient pas que la formation morale ne saurait se séparer de la formation religieuse et ils ne croyaient pas que l'École dût s'élever contre la famille. Aussi estimaient-ils nécessaire, dans l'intérêt même de leur mission, d'être les loyaux collaborateurs du prêtre et des parents. Sous leur direction, l'école n'était pas une machine de guerre destinée à combattre les croyances des parents et des enfants, ou les sentiments politiques d'une partie de la population. Ils jouissaient de la confiance unanime : amis du curé, collaborateurs du maire, conseillers respectés des familles, ils obtenaient dans leurs communes un peu moins de bien-être que leurs successseurs, mais une plus grande considération.
Lorsque nous rencontrons de ces instituteurs d'autrefois, suivis dans leur retraite par la vénération et de la reconnaissance des générations qu'ils ont
AU LECTEUn IX
élevées, nous les saluons bien bas. Ceux-là ne se sont pas mépris sur nos intentions, et les lettres que plusieurs d'entre eux nous ont écrites nous prouvent que, comme nous, ils déplorent la décadence que la politique a imprimée à leur noble profession.
La race de ces instituteurs n'est pas encore éteinte. A côté des internationalistes qui apprennent à leurs élèves la baine de la Patrie, des syndicalistes qui leur prêchent la guerre sociale, des anticléricaux qui leur dictent le blasphème et travaillent à détruire dans leurs âmes toute aspiration religieuse et surnaturelle, il en est d'autres qui gardent au cœur la foi de leurs devanciers. Ils vont à la messe et cette démarche est d'autant plus belle qu'elle est épiée, qu'elle leur vaut des dénonciations, des ennuis de toutes sortes, parfois même des blâmes ofBciels. Et si leur courage ne va pas jusque-là, ils gémissent de la tyrannie qui leur est imposée et ils trouvent que la domination des Loges sur l'Ecole est cent fois plus dure que celle qu'on reprochait jadis au clergé.
Enfin, il reste un grand nombre de maîtres qui, à défaut de croyances positives, ont cependant assez de souci de leur dignité pour ne point la ravaler devant les exigences des politiciens. 11 leur répugne de torturer des consciences d'enfants, de se faire dans leur commune les inquisiteurs de la Libre-Pensée. S'ils n'inculquent plus à leurs élèves l'idéal religieux qu'ils n'ont plus eux-mêmes, ils se gardent de le combattre et ils essaient d'y suppléer en développant le culte de la Patrie et ces notions de morale humaine qui, le plus souvent, ne sont que de la morale chrétienne démarquée. Ces instituteurs religieux ou tout au moins respectueux de l'idée religieuse, ne se sont pas sentis visés par notre livre ; leurs lettres encore nous l'ont prouvé.
Ceux que nous signalons à la surveillance des familles et au jugement de ropinion, cesontles maîtres qui font passer avant leurs hautes fonctions d'éducateurs les basses besognes de la politique sectaire : ceux qui ricanent devant l'humble croix que les enfants portent à leur cou et la leur confisquent comme un objet odieux et prohibé ; ceux qui brûlent les catéchismes apportés de l'église, comme on ferait de livres immoraux; ceux qui tournent en dérision, par leurs actes et leurs paroles, les mystères les plus sacrés de notre religion ; ceux qui, à l'aide des manuels condamnés, calomnient les traditions patriotiques et catholiques de la France, dénaturent le rôle de l'Église et cherchent à faire de l'officier et du prêtre l'épouvantail de la jeunesse.
Ceux que nous combattons encore, ce sont ceux qui, correspondants des loges et des Libres-Pensées, secrétaires de Comités radicaux ou socialistes, essaient de faire passer dans des âmes candides leurs haines et leurs rancunes et profitent de la facile supériorité intellectuelle qu'ils ont sur des enfants pour exercer sur la faiblesse la plus auguste qui soit en ce monde — la faiblesse de l'enfance — la plus lâche des tyrannies. Ce livre, nous l'avons écrit pour venir en aide à ces pauvres intelligences enfantines, déformées et persécutées par des êtres indignes. En le lisant, elles pourront confondre ces maîtres d'erreur ; en le leur expliquant, leurs parents, leurs pasteurs, leurs aînés pourront les délivrer des préjugés irréligieux qu'elles auraient inconsciemment apportés de l'école.
On nous a reproché encore d'avoir donné une his-