I. L* FEnRIÈnE, op. cit., p. ii
3. Theiubr. Continuation des Annales de Baroiiius, i, p. itg. Ces documents publié» par La Perrière et Ttieiner sont consorvés, dans l'original, aux Archives du Vatican.
LA SAlNT-HARTHÉI.EMy *57
Rome aussitôt après la Saint-Barthélémy, parce que ce furent elles qui inspirèrent à Grégoire XIII ses jugements sur la Saint-Barlhélemy. Or elles nous montrent avec la aernière évidence:
1» Que le légat du Saint-Siège en France avait été surpris de ce massacre et que, par conséquent, il ne l'avait ni inspiré ni conseillé :
20 Que ce massacre avait pour cause déterminante l'assassinat manqué de Coligny, comme nous l'avons longuement démontré, et qu'il fut le dernier aboutissement des efforts faits par Catherine pour se débarrasser de l'influence de Coligny qu'on ne pouvait plus supporter .. et qu'ainsi, la Saint-Barthélémy eut des raisons poh-
"3I Qu'elle fut improvisée entre l'attentat contre l'Amiral (matin du 22 .août) et la nuit du 23 au 24.
4* Qu'on tint au pape le même raisonnement qu'à Charles IX, en lui présentant le massacre comme la répression d'un vaste complot machiné par les chefs huguonnts contre le roi, la famille royale et le catholicisme et par conséquent, comme un acte légitime de l'autorité royale contre des révoltés.
50 Qu'on lui présenta la Saint-Barthélémy comme l'échec d'une tentative criminelle des protestants conjurés pour détruire le catholicisme.
Encorele 22 septembre, près d'un mois après la Saint- Barthélémy, l'ambassadeur de France lui-même, M. .le Ferais, voyait sous les mêmes couleurs cet horrible massacre. « Sire, écrivait-il en effet au roi, à cette date, je rends grâces à Dieu de ce qu'il lui a plu conserver et préserver Votre Majesté, la Reine sa mère, et Messieurs ses frères, de l'abominable conspiration qu'ils avaient pour pensée. Je ne crois pas qu'il y ait histoire qui fasse mention d'une si cruelle et si mauvaise volonté. . Ainsi, pour l'ambassadeur de Fiance, 1rs cruels, c'étaient les huguenots qui avaient médité la plus hor-
rible des conspirations, et le roi et les catholiques étaient des victimes que le ciel avait miraculeusement préservées. L'astuce de Catherine de Médicis avait réussi à retourner à ce point la vérité! Si telle était la conviction de l'ambassadeur de France, placé mieux que personne pour connaître la politique du roi et les événements du royaume, combien à plus forte raison le pape dut-il partager ces illusions et croire à ces mensonges? On comprend, dès lors, et ses félicitations à un prince qu'il croyait miraculeusement sauvé d'un complot et son Te Deum, son jubilé, sa médaille en l'honneur de l'échec d'une conjuration qui avait menace le catholicisme et s'était terminée à la confusion des hérétiques par leur massacre, juste punition do leurs attentats! Si Grégoire XIII avait vu dans la Saiut-Barthélemy le crime politique de Catherine de Médicis, il ne l'aurait certes pas approuvé. Un fait nous le prouve : dans la première quinzaine de novembre 1572, le cardinal de Lorraine lui présenta Maurevel, celui qui avait manqué l'Amiral, espérant lui faire obtenir les félicitations du pape ; Grégoire XIII fut scandalisé et vivement irrité de cette démarche : « C'est un assassin », s'écria-l-il, en parlant de Maurevel.
Les esprits sages ont attaché une grande importance aux documents que nous avons cités ; à quelque opinion, à quelque religion qu'ils appartinssent, ils ont reconnu que le pape avait été trompé sur le caractère de la Saint- Barthélémy et que jamais il n'avait cru approuver uu crime politique et un guet-apens. C'est à cette conclusion qu'a abouti un historien vieux-catholique, qui a compulsé un grand nombre d'archives d'Europe pour soutenir la thèse de la préméditation de la Saint-Barthélémy, lord Actou • , il déclare loyalement qu'il n'a trouvé aucune preuve de la complicité de Rome ; et la même affirmation