‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 199 sur 201 · LA SAINT-BARTHELEMY · texte numérisé non relu

LA SAINT-BARTHELEMY

inscription proclamant qu'en ordonnant le massacre des hérétiques, Charles IX avait suivi les conseils qu'on lui avait donnés. Le 11 septembre, Grégoire XIII ordonna que, chaque année, on célébrerait launiversaire de la Sainl- Barlhélemy: enfin, il fit frapper une médaille commemorative du massacre et ordonna au peintre Vasan de le représenter dans une chambre du Vatican'.

Commençons par remarquer que l'inscription posée par le cardinal de Lorraine n'a aucune portée, venant de ce personnage. Il était le fils de François de Guise dans l'assassinat duquel avait trempé Coligny; il était le chef de lafacUon des Guise qui rivalisait d'influence politique avec celle de l'Amiral et des chefs huguenots. Le desir de vengeance et la passion politique l'animaient contre Coligny et ses amis; ils lui ont dicté celte inscription qui n'engage que lui-même et qui, d'ailleurs, ne disait pas sur les conseils de qui Charles IX avait agi.

Quant aux autres mesures, édictées celles-là par Grégoire XIII lui-même, il faut, pour les comprendre et en apprécier la portée, savoir comment la Saint-Barthelemy fut racontée et expliquée au pape^ Si le Saint-Siège a connu exactement les vraies raisons et les vraies péripéties de ce massacre, son approbation engage sa responsabilité. Si au contraire, on lui fit à ce sujet des rapports mensongers, lui représentant les choses sous un faux jour, son approbation n'a pas été donnée à bon escient et sa responsabilité, de même que celle de l'Eglise, n est nullement engagée.

Or sur la Saint-Barthélémy et ses causes, le pape fut trompe ; pour surprendre son approbation, on mit en avant les raisons mensongères par lesquelles Catherine de Medicis avait extorqué le consentement de Charles IX. Le roi lui-

, . Un exemplaire de celte médaille csl conservé à Paris à la Bibliothèque nationale. Cabinet des médailles. a. Li FERBiÈaB, pp. i49 et i5o.

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même les exposa de bonne foi au pape; car il y croyait toujours. Le 5 septembre en effet, était arrivé à Borae un envoyé de Charles IX, Beauville, que, dans sa lettre de créance, le roi chargeait d'expliquer oralement au pape la Saint- Barthélémy. Il était, en même temps, porteur d'une lettre du duc de Montpensier qui précisait et motivait les événements. « Après avoir rappelé la bonté, la clémence dont Sa Majesté avait usé envers les huguenots et l'amiral, le duc les accusait, lui et les siens d'avoir voulu tuer le roi, sa mère, ses frères, elles principaux seigneurs catholiques « pour bâtir un roi à leur dévotion et abolir toute autre religion que la leur ; » mais le jour où devait s'exécuter cette damnable entreprise, « Dieu avait illuminé l'esprit du roi qui avait fait tomber l'exécution sur l'amiral et ses complices ». » Il ajoutait que, délivré enfin de ses ennemis, le roi allait rendre à l'Église catholique toute sa splendeur. Enfin, Beauville apportait une troisième leltre, adressée celle-là par le légat lui-même, le cardinal Salviati au cardinal de Corne, ministre de Grégoire XIII, et datée du 27 août. Nous y relevons ce passage significatif. « S; l'amiral était mort du coup d'arquebuse qu'on lui tira, je ne puis croire que tant de personnes eussent été tuées. Lorsque j'écrivis, ces jours-ci, à Votre Seigneurie et par lettre chiffrée que l'amiral s'avançait trop et qu'on lui donnerait sur les doigts, j'étais convaincu qu'on ne pou vaitplus le supporter etj'étais resté avec cette persuasion, lorsque, dansmadépéche ordinaire, j'écrivis que j'espérais donner bientôt à sa Sainteté quelque bonne nouvelle ; mais je ne croyais pas à la dixième partie de ce que je vois présentement de mes propres yeux' ».

Nous avons tenu à insister sur ces lettres apportées à

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