D09SEBT, dans la Grande Enryclopcdie, Il p. iil
archevêque normand de Canlorbéry, logicien subtil, discuta liabilement sur la présence réelle. Saint Anselme, son successeur, le premier penseur du siècle, crut découvrir une nouvelle preuve de l'existence de Dieu et Icnla de rendre la religion philosophique en faisant de la raisonle chemin de la foi... Parmi ces abbés du continent qui s'installent en Angleterre, tel établit une bibliothèque; un autre, fondateur d'une école, fait représenter à ses écoliers le «Jeu de sainte Catherine • ; un autre écrit en latin poli des épigrammes « aiguisées comme celles de Martial»... A côté de leurs chroniqueurs latins, Henri de Hunlington, Guillaume de Malmesbury, hommes réfléchis et qui savent non seulement conter mais juger parfois, ils ont des chroniques rimées, en langue vulgaire, celle de Geoffroy Gaimar, de Benoît de Sainte-Maure, de Robert Wace. Et croyez que leurs faiseurs de vers ne seront pas stériles de paroles et ne les feront pas chômer de détails. Ils sont causeurs, conteurs, diseurs par excellence, agiles de langue et jamais à court... Ils ont écrit les premiers la Chanson de Roland ; par-dessus celle-ci, ils en accumulent une multitude sur Charlemagne et ses pairs, sur Arthur et Merlin, sur les Grecs et les Romains, sur le roi Horn, sur Géry de Warwick, sur tout prince et tout peuple. Leurs trouvères, comme leurs chevaliers, prennent (les deux mains, chez les Gallois, chez les Francs, chez les Latins et se lancent en Orient, en Occident, dans le large champ des aventures. Ils parlent à la curiosité, comme les Saxons parlaient à l'enthousiasme, et détrempent dans leurs longues narrations claires et coulantes les vives couleurs des traditions germaines et bretonnes. Des batailles, des surprises, des combats singuliers, des ara bassades, des discours, des processions, des cérémonies des chasses, une variété d'événements amusants, voilj ce que demande leur imagination agile et voyageuse. Ai début, dans la Chanson de Roland, elle se contient encore elle marche à grands pas mais elle ne fait une marcher
LA LITTÉHATURE AU MOYEN AGE /l
Bientôt, les ailes lui viennent; les incidents se multiplient, les géants et les monstres foisonnent ; la vraisemblance disparaît. La chanson du jongleur s'allonge en poème sous la main du trouvère... Quarante mille vers ce n'est point trop pour conleiiter leur bavardage : esprit facile, abondant, curieux, conteur, tel est le génie de la race. Les Gaulois, leurs pères, arrêtaient les voyageurs sur les routes pour leur faire conter des nouvelles et se piquaient, comme eux « de bien se battre et agréablement parler». »
Cependant, à côté du latin et du français, la langue anglo-saxonne se développait dans les milieux populaires, et comme il est naturel pour une langue qui doit au peuple sa conservation et ses progrès, elle débutaitpar des contes. Au milieu du xtii siècle, on traduisait en langue anglaise le Roman de Brut du trouvère normand Robert Wace; on versifiait la Genèse et l'Exode et plusieurs chansons de gestes du contiijent. Bientôt, la poésie lyrique naissait au sein de la langue anglaise ; la légende de Robin Hood lui fournissait des thèmes variés. Vers 1-280, Nicolas de Guildford écrivait la magnifique idylle de Hibou et de Rossignol.
La prose en langue anglaise prenait droit de cité avec les agitateurs populaires qui, pour se faire comprendre du peuple, lui parlaient son langage; et an premier rang de ces prosateurs, figurent Langland et Wicklef dans la deuxième moitié du xiv» siècle.
« Nous en venons maintenant au plus grand nom de cette époque, à celui dont l'œuvre résume toute la poésie du Moyen Age, à Chaucer. Légendes de saints, roman de chevalerie, fables merveilleuses, tableau de la vie journalière, allégories, satires, apologues, on trouve tout cela dans ses œuvres. D'une humour tantôt franche tantôt sournoise, gai parfois, triste souvent, tous les tons lui conviennent. 11 raconte tout simplement, facilement, avec
Taiîib, Hitloire de la liuiralure anglaise, l. pp. 7*-8o
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sincérité et avec grâce '. » Avec lui, rAugleleire a son grand poète national qui fixe la langue comme a fait Dante pour l'Ilalie ; avec lui, elle prend sa place parmi les nations littéraires du monde, qui se distinguent au scia de la république chrétienne.
Tel est le spectacle d'une vie intense que nous donnent, au xn' et au xiu« siècle, les littératures nationales de l'Europe. Or ce n'est pas spontanément que cette vie s'est manifestée en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Angleterre. Nous avons constaté que ces pays ont exercé les uns sur les autres une influence réciproque et que la France a été leur coniTnune éducatrice. Dans chacun d'eux, l'épanouissement littéraire que nous avons remarqué, chez les uns dès le xii" siècle, chez les autres, plus tard, au xiii* et même au xiV siècle, a été précédé d'une évolution de plusieurs siècles au cours de laquelle les chefs-d'œuvre peuvent être peu nombreux, mais dont l'activité intellectuelle n'en a pas moins été réelle. D'autre part, la vie littéraire ne s'est pas éteinte à son apogée ; elle s'est maintenue jusqu'à la Renaissance, multipliant partout les œuvres, sinon les chefs-d'œuvre; car, quelque réserve que l'on fasse sur l'évolution du goût et des genres, on n'en constate pas moins que la vie littéraire se poursuit de plus en plus féconde au cours du xiv° et même du xV siècle, jusqu'à ce que les formules littéraires du Moyen Age usées — à force d'avoir servi. — empruntent une vie nouvelle, quoique souvent factice, aux principes de la Renaissance.
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