‹ Histoire partiale, histoire vraieChapitre 38 sur 201 · LES ARTS AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LES ARTS AU MOYEN AGE

Cours moyen, p. 67.

(Arrivés en Ilalie, les Français du XV' et du XVI» siècle) restèrent stupéfaiU de tant d'élégance et honteux de leurs manières rudes et grossières.

Cours supérieur, p. i85.

Ut civilisation du Moyen Age fut incomparablement moins belle que celle des anciens... Les chefs-d'œuvre des artistes italiens laissèrent d'abord indifférents nos rois et leurs grossiers soldaUl... 6ic.'i(ô(, le goût des Français s'épura à l'école des Italiens.

SOMMAIRE. — L'architecture au Moyen Age. — Son évolution continue à travers tout le Moyen Age. — Le style byzantin. — Le style roman en France et en Europe. — La naissance du style ogival. — Les écoles provinciales et nationales. — L'architecture ogivale au XIV» siècle. Le style flamboyant. - L'art byzantin. — La Renaissance carolingienne. — L'art roman. — Sa sculpture. ses écoles du Midi, de l'Ouest et de l'Est de la France.

— L'art roman en Europe. — Les arts décoratifs à l'époque romane. — Le vitrail. —La miniature. — L'art qolhiqueau XIIÏ' siècle. - La sculpture gothique inspirée par les clercs. — Sa richesse. — Ses inspirations théologiques et naturelles. — Ses chefs-d'œuvre. — Les écoles d'Ile-de-France, de Champagne, de Bourgogne, de la Loire. — La sculpture gothique en Espagne, en Angleterre, en Italie. — La miniature en France et en Europe.

— Les vitraux du XIII» siècle. — L'art de l'ivoire et de l'orfèvrerie. - L'art gothique au XIV et au XV siècle.

— son architecture religieuse et civile. — Sa sculpture. Les portraits sculptés. - L'école de Dijon : Claus Sluter. — La sculpture itaUenne : lesPisano. — La sculpture espagnole. - La peinture à la fin du Moyen Age. - Les peintres des Valois. - Les peintres en Bourgogne. . Les peintres flamands : les Van Eyck, Kogler Van der -Weyden. - Les peintres allemands. - La miniature française et flamande. - La peinture italienne. -Glotto et les giottesques. - Les écol.s de Sienne, de Florence, d'Ombrie. - Richesse de la bourgeoisie française au XIV9 et au XV- siècle. — vitraux, tapis, tapisseries. —

L'orfèvrerie et autres arts du luxe. — Influence de l'art français dans le monde entier. — La France éducatrioe artistique de l'Italie. — Graves erreurs des manuels scolaires.

Cette iulonsilé de vie, nous la consistons, encore plus grande peut-être, dans révolution artistique du Moyen Age. Ces siècles que l'on nous représente comme figés dans la tradition, incapables non seulement de créer, mais même d'avoir l'idée de créer des formes nouvelles, nous apparaissent au contraire comme animés d'une curiosité sans cesse en éveil. A peine en possession d'une formule esthétique, ils cherchent à la perfectionner, à la transformer, et à tirer d'elle de nouveaux types de beauté. Jamais, dans le domaine de l'art, le Moyen Age ne s'est déclaré satisfait ; il n'a jamais cru avoir trouvé la formule définitive du Beau ; il l'a sans cesse cherchée et celte recherche incessante a été la cause permanente de ses progrès et de son ascension continue vers l'Idéal. C'est ce que nous montrera une rapide esquisse de l'Iiistoire de l'art, des premiers siècles du christianisme à la Renaissance.

L 'arcnifeciure au Moyen Age.

Elle était déjà belle la basilique latine qui, formée d'éléments classiques, surgit dans les villes du iv" et du v" siècle, au lendemain du triomphe de l'Eglise. Ses grandes nefs qui avaient à porter non de massives voûtes de pierre, mais d'élégants plafonds de bois sculpté, étaient larges et capables de recevoir la foule des fidèles. Les colonnes qui divisaient ses nefs semblaient de vraies forêts de marbres, couronnées par les feuillages sculptés des chapiteaux. Les murs présentaient de vastes espaces

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pour ces peintures ou ces mosaïques qui allaient dérouler sous les yeux des illettrés une Bible figurée, la Bible des pauvres. Enfin, l'abside demi-circulaire, séparée des nefs par ses cancels de marbre, formait un cadre majestueux pour le clergé qui prenait place sur les gradins, pour l'évéque qui dominait son peuple du haut de son trône, pour l'autel, avec son magnifique ciborium de marbre ou de pierre précieuse, surmonté de l'arc triomphal. Cette vaste basilique avec l'or de ses mosaïques, les sculptures de ses chapiteaux et de ses ambous, l'éclat de son paveineul, la richesse de ses couronnes de lumière, de son ciborium et de ses tentures, pouvait bien donner à Clovis, le jour où il vint à Reims recevoir le baptême, l'impression du paradis. Quand on contemple les basiliques de Saint-Paul hors-les-murs, de Saint- Apollinaire de Ravenne, on se demande pourquoi l'architecture religieuse ne s'en est pas tenue à ces types qui réalisent déjà une si puissante beauté.

Loin d'avoir cédé à cette tentation, en apparence si légitime, les artistes des âges suivants ont marché vers de nouveaux progrès. Ils ont cherché à remplacer les plafonds et les charpentes de bois, par des voûtes de pierre donnant à l'édifice plus de majesté et aussi plus de sécurité contre les incendies. D'abord, ils réalisèrent ce projet sous forme d'une succession de demi-sphères, et ainsi naquit l'art byzantin, qui a pour principal élément de construction la coupole portée par des segments sphériques et conlrebulée par des demi-coupoles et des quarts de coupole, et pour principal élément d'ornementation la mosaïque répandue à profusion sur toutes les surfaces planes ou courbes. Dès le vi' siècle, s'élevaient Sainte- Sophie de Constantinople et Saint-Vital de Ravenne, les prémices de col art nouveau. Au contact de l'Orient et de l'Italie, l'Occident adopta la nouvelle découverte ; dès le ix" siècle, Saint-Marc de Venise, l'église d'Aix-la-Chapelle et au xi« siècle, Saint-Front de Périgueux et un grand

nombre d'églises de l'Angoumois et de l'Aquitaine irai, talent ces chefs-d'œuvre et en offraient elles-mêmes des répliques dans les provinces de l'Ouest, du Centre et du Midi de la France ; l'art byzantin obtenait droit de cité dans le monde civilisé tout entier.

A peine créé, il fut simplifié par l'Occident latin qui voulut l'adapter au plan basilical de ses anciennes églises. La coupole s'abaissa en voûte en berceau, coutrebutée non plus par des quarts ou des huitièmes de sphère, mais l^ar de puissants contreforts. Les entablements et les colonnes des basiliques latines firent place à des piliers plus massifs réunis par des arcatures. Le style roman était ainsi créé par une fusion savante d'éléments empruntés à la construction byzantine et à la basilique latine; et au lendemain de l'an mille, il recouvrait « le monde d'une blanche parure d'églises. » Les principes généraux qui l'avaient constitué étaient appliqués avec une entière liberté par les divers Ordres rehgieux et dans les différents pays : les Clunisiens le voulurent riche, magnifique, dans leur vaste église de Cluny ; les Cisterciens le voulurent austère et nu dans les nombreux temples que construisirent leurs architectes au xii" siècle. Ce fut par une adaptation aux traditions locales et aux matériaux de construction que fournissait la nature, que l'on vit se constituer, au xi= et au xii« siècle, les écoles françaises du Nord, du Midi avec les églises abbatiales de Conques et de Saint-Serniu de Toulouse, de Normandie avec Saint- Etienne et la Trinité de Caen, du Poitou avec Notre-Dame la Grande de Poitiers, do Bourgogne avec la Madeleine de Vézelay, d'Auvergne avec Notre-Dame du Port k Clermont-Ferrand, de Provence avec Saint-Trophime d'Arles. Lamêmc évolution se produisait, en même temps, dans les autres nations chrétiennes ; et ainsi se constituaient, à côté des écoles françaises, l'école germanique avec les cathédrales de Worms, de Wurzbourg, d'Hildes heim, de Ratisbonne, d'Augsbourg, de Munster, de Cens-

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tance et de Tournai, le plus bel édifice roman des Pays- Bas ; l'école anglaise avec les cathédrales de Winchester, El>,'Lincoln, Pelerborough et Duiham, la plus belle peutêtre de l'Angleterre; l'école scandiuave, remarquable par l'emploi du bois, avec les cathédrales du Lund, de Viborg et de nombreuses églises cisterciennes; l'école lombarde d'Italie, gardant plus fidèlement que les autres les traditions latines, avec les églises de Lucques, de Parme, de Pise et de Vérone ; l'école espagnole avec Saint- Jacques de Compostelle et la cathédrale de Coïmbre en Portugal; enfm l'école orientale, développée par les croisés dans les établissements latins de Palestine, avec la cathédrale de Beyrouth et certaines parties du Saint- Sépulcre.

Quoique appliquant les principes généraux d'un même style, ces écoles différentes ont introduit dans les divers éléments de leurs constructions de très grandes variétés. A Toumus par exemple, la voûte est formée de berceaux transversaux et cet usage est adopté en Bourgogne et dans la région du Centre. Ailleurs, on unit la coupole byzantine et la voûte romane et ainsi se forment les écoles romano-byzantines de l'Ouest de la France. Certaines égUscsont des voûtes en berceaux, d'autres des voûtes à arêtes, préludes des croisées d'ogive. Ces variétés que nous constatons dans les voûtes, se retrouvent dans tous les éléments de la construction, les colonnes ou piliers, les arcatures, les cryptes, les porches, les absides, les déambulatoires, les contreforts, les fenêtres, les tours et les clochers. Pour ne parler que de ces derniers, quelle fantaisie dans l'exécution d'un type qui nous semble au premier abord uniforme! « Le couronnement a été le plus souvent un toit en pavillon ; dans les provinces septentrionales, Normandie, Ile-de-France et Champagne, un toit en bâtière; mais une disposition beaucoup plus monumentale apparaît, dès le xi" siècle, et se répand au xii" . c'est la Uêche de pierre. Les plus anciennes, Thaon, Ver,

(Calvados), Rhuis, Retheuil (Oise), Brantôme (Dordogne), sont carrées et courtes. Le Sud-Ouest de la France adopte le stylo de la flèche en pomme de pin conique, bombée, couverte de grosses imbrications (Notre-Dame la Grande de Poitiers, Sainte-Marie de Saintes, etc.). La flèche carrée eut une certaine persistance en Normandie et dans le Midi ; la flèche octogone, inaugurée, vers 1125, dans l'Ile-de-France, devait de même s'implanter rapidement dans toutes les provinces '. »

Or il est :\ noter que ce fut en deux siècles que se constituèrent ces grandes écoles nationales et provinciales avec leurs multiples variétés, couvrant le monde chrétien de milliers d'églises et d'un grand nombre de constructions civiles et militaires.

« Le style roman eut à peine atteint sa perfection qu'il fut détrôné. 11 en a été ainsi de tous les styles nationaux et le regret que l'on peut en éprouver s'atténue lorsqu'on voit, chez des peuples moins doués d'imagination créatrice, les poncifs fâcheux qu'ont produits des styles qui avaient de la vieillesse-.» C'est que, les yeux tournés vers l'avenir plus que vers le passé, les artistes du Moyen Age voyaient moins tes progrès qui avaient été faits que ceux qui restaient à faire, de sorte que toute découverte, en élargissant leur horizon, les excitait à de nouvelles transformations.

Dans ces églises romanes qui font notre admiration, ils comprirent que la nécessité d'avoir des murs soUdes avait rendu les fenêtres étroites et le jour rare, que le poids de la voûte exigeait des piliers massifs et des nefs peu larges ; que la lourdeur des matériaux arrêtait l'édilice dans son élan vers les hauteurs et lui maintenait des proportions massives et trop souvent réduites. Eu

i. Michel, //istoire de JMrl. I, p. 45i, article ilrc/iifeclure romane ^e M. Eklart.

a. EtiLART, Manael d'archéologie française, p. aoi.

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s'appliquanl à donner aux monuments plus de sveltesse et de plus vastes proportions, le Moyen Age invente, au eomnieucement du xii" siècle, l'arc ogive, c'est-à-dire la combinaison de deux arcs se coupant en diagonale à la clef de voûte qui occupe le milieu de chaque travée. Celtf découverte détermina une nouvelle révolution dans l'art de la construction. Divisées en quatre sections par la croisée d'ogive, les voûtes furent plus légères; encadrées jiar les arcs, ces sections furent plus solides et dès lors on put les surélever sans danger ; la retombée des voûtes portant uniquementsur les piliers à l'intérieur et les arcs-boutants et contreforts à l'extérieur, les murs purent être allégés, ajourés et par conséquent percés de ces immenses baies, fenêtres simples, doubles, triples, quadruples, roses et rosaces qui, décorées de vitraux, sont l'un des plus beaux ornements de nos églises. Le style gothique était né; car son principe était trouvé.

Comme leurs ancêtres de l'époque romane, les architectes ne se contentèrent pas d'appliquer la nouvelle formule qu'ils venaient de découvrir ; ils la développèrent aussitôt en lui donnant des applications de plus en plus complexe.s. Les premiers inventeurs de l'ogive s'étaient tout d'abord contentés de l'appliquer à de modestes églises des villages de l'Ile-de-France ; bientôt, ils en tentèrent avec succès l'emploi dans de grandes églises monastiques ou cathédrales, telles que Saint-Denis et Noyon, et lorsque le succès eut répondu à leur attente, dès le milieu du XII" siècle, ce fut à toutes les églises, si vastes fussentelles, qu'ils en étendirent l'usage.

En adoptant le nouveau style, les différentes régions de la France lui firent subir des modifications en harmonie avec leurs traditions, leurs goûts particuliers ou les matériaux dont elles disposaient. Dans l'Ile-de-France et en Picardie, avec les belles cathédrales de Paris, de Chartres, de Noyon, de Senlis, d'Amiens et de Beauvais, on eut «des monuments légers et élances, quoique parfaite-

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ment proportionnés, très purs de forme, très étudiés dans leur construction, leur plan et leur décor, avec l'usage fréquent des déambulatoires et des arcs-boutants * ; » la Normandie, avec les cathédrales de Rouen, de Séez, de Coutances, les abbatiales de Saint-Ouen et du Monl- Saint-Michel, adopta des (ormes plus sèches, plus aiguës, plus anguleuses, des clochers plus élancés, surmontés de flèclies hardies ; la Bourgogne (cathédrales de Sens, Auxerre, Langres, Notre-Dame de Dijon) unit aux formes nouvelles qu'elle adopta un certain nombre d'archaïsmes qu'elle conserva; jusqu'au xiv" siècle elle garda les voûtes sexpartites et les tours centrales formant coupole sur la croisée du transept; ses absides sont souvent polygonales et les galeries se multiplient sur l'épaisseur des murs. Et de même les écoles de Champagne, du Sud-Ouest, du Midi (Saint-Just de Narbonne, Saînte-Cécile d'Albi, Saint-Nazaire de Carcassonne) se développent, de leur côté, avec leurs caractères particuliers.

Né dansl'Ile-de-France, propagé bientôtdans le royaume tout entier, l'art gothique, comme l'art roman, est vite adopté dans le monde civilisé tout entier ; et dans chaque nation, il garde les formes adoptées par la province française qui le lui a révélé. Avec ses cathédrales de Salamauque et de Zamora, les églises de Tarragone et de Barcelone, l'Espagne se rattache à l'école méridionale française: toutefois les cathédrales de Burgos et de Tolède rappellent celle de Bourges. En Italie, ce sont les Cisterciens qui apportent l'art gothique de Bourgogne en lui imprimant le caractère d'austérité de leur Ordre. L'art normand et l'art angevin pénètrent l'Angleterre et y élèvent les belles cathédrales de Cantorbéry, Salisbury et Winchester, et par le style anglo-normand qu'ils ont créé, exercent indirectement leur influence sur laScandi-

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