Eulart, op. cit., p
L'ARCnlTECTUHE AU MOYEN AGE O-i
navie (cathédrales de Drontheim, de Stavanger et de Linkoeping). Enfin les pays du Rhin s'inspirent de la r.hampasne, de la Bourgogne et de l'Ile-de-France : on trouve l'imitation champenoise dans les cathédrales de Lirabour?, de Magdebourg, d'Halberstadt et de Bamberg ; la cathédrale de Cologne reproduit le plan de celle d'Amiens ; un grand nombre d'églises cisterciennes allemandes rappellent le type bourguignon. Enfin les églises de l'Orient latin sont à l'image de celles des seigneurs qui ont fondé ou gouvernent les principautés franques : Chypre, devenue un royaume français, s'inspire de la Champagne et du Midi de la France. En moins de cent cinquante ans, l'art gothique avait gagné non seulement toutes les provinces de la nation qui l'avait créé, la France, mais encore la plupart des pays civilisés, multipliant, avec les chefs-d'œuvre, les écoles nationales, provinciales et locales.
Les architectes du Moyen Age ne cessèrent d'approfondir les principes qui inspiraient l'art gothique. Ils en tirèrent tout le parti possible et en poussèrent l'application jusqu'à ses dernières conséquences. C'est ainsi que cet art, loin de se figer dans des formules définitivement établies, ne cessa d'évoluer, de se développer. Timide, à ses débuts, appliquant modérément ses procédés de construction, il prend une hardiesse de plus en plus grande au cours du xiii"> siècle. On peut en suivre la marche progressive en comparant aux cathédrales, déjà si belles cependant, de Sens, de Paris, de Chartres, celle d'Amiens avec ses proportions vastes et harmonieuses à la fois, celle de Reims avec son riche portail, celles de Beauvais et de Xarbonne hautes de plus de 44 m. sous clef de voûte. En même temps que les constructeurs élargissaient leurs plans, ils les exécutaient avec des moyens de plus en plus simples, faisant reposer les voûtes aériennes de leurs vastes monuments sur des supports d'une légèreté déconcertante, ou bien évidant
les murs jusqu'à u'en faire, comme à la Sainte-Chapelle, qu'une succession de vitraux. Aussi distingue-t-on l'art gothique encore tiinido du xii" siècle (art do transition) de celui du xiii" et du siv siècle qui, sûr de lui-même, de sa science et de ses moyens d'exécution, joint la maturité de la réflexion à la hardiesse de l'action.
Les constructeurs du Moyen Age ne s'en tinrent pas là ; leur curiosité les poussait toujours plus avant au point que ni la nef d'Amiens ni les portails de Chartres et de Reims ne purent les satisfaire. Ils avaient la force et la puissance de la maturité, ils voulurent la virtuosité et c'est ainsi que se créa, dans les dernières années du XIV' siècle, pour s'épanouir au xV, cette nouvelle forme de gothique que l'on nomma le style flamboyant. « Il n'apporte pas de principe nouveau, mais un simple système décoratif arbitraire qui consiste à opposer à une courbe unecontrecourbe. A cette méthode, il joint, comme toute phase dernière d'un art, le goût des complications. Tels sont les caractères généraux ; voici les particularités typiques. La voûte d'ogive se surcharge d'arcs supplé. mentaires et ses compaitiments se multiplient suivant des tracés variés... L'arc en anse de panier, rare jusquelà, devient très usuel. Le chapiteau, bas et rond ou octogone, n'est plus qu'une frise de feuillage ou même un simple groupe de moulures; souvent aussi on le supprime et les arcs retombent directement sur les fûts... L'ornementation se caractérise par l'outrance et la reche des minuties... la végétation se contourne '. » Malgré ces excès, la richesse de l'art flamboyant a produit des monuments magnifiques qui auréolent de gloire la fin de l'art gothique. Qu'il nous suffise de citer le Palais de justice de Rouen, la façade de la cathédrale de Rouen, l'église de Brou à Bourg, Saint-Maclou do Rouen avec son portail si ajouré, Saint-Vulfran d'Abbeville, Saint-Nicolas-
I. A. Michel, Histoire de l'Art, lomo Ifl, p. 5, art. du Enlart,