I. Histoire de l'Art, ii, p
Wells d'un si grand nombre de statues «que très peu d'autres monuments ont une imagerie comparable. > Les cathédrales de Winchester, do Lincoln, le transept de Westminster, la chapelle de la Vierge de Bristol, les portails de Lichfîeld, de Lincoln et de Westminster présentent presque la même richesse d'ornementation et «n vrai peuple de statues.
La sculpture italienne était assurément moins avancée que la sculpture française ; les Pisano qui décoraient, à la fin du xiii" siècle, le baptistère de Pise, n'ont rien fait de comparable au Beau Dieu d'Amiens ou aux Anges de Reims ; et cependant ils sont, eux aussi, tributaires des écoles de la Franco dont on sent l'imitation très nette dans leurs œuvres.
Comme à l'époque romane, les autres arts, à l'époque gothique, suivent les progrès de l'architecture et de la sculpture qui leur donnent le ton. La miniaturefrançaise était arrivée, au xiii" siècle, à un tel degré de perfection que Dante l'a célébrée avec enthousiasme et que l'on peut parler sans hésitation « d'un style saint Louis • avec ses règles et ses procédés bien précis. Les manuscrits illustrés sont alors en nombre considérable. C'étaient des psautiers comme ceux de la reine Ingeburge (musée de Chantilly), de la reine Blanche de CastiUe (bibliothèque de l'Arsenal à Paris), de la reine Jeanne de Navarre (bibliothèque de Manchester) ; ou bien des Bibles soit en plusieurs volumes de grandes dimensions, soit en petits volumes décorés avec finesse et grâce. Certaines, comme celle de CheL tenham étaient composées uniquement de miniatures avec texte explicatif fort court. Mentionnons aussi parmi ces beaux livres enluminés les livres liturgiques, comme les Missels d'Anchin (bibliothèque de Douai). La plupart de ces manuscrits étaient exécutés à Paris, la ville où se trouvait la corporation d'enlumineurs la plus puissante. Avec le règne de saint Louis et les commandos de manuscrits précieux que fit ce roi pour la Sainte-Chapelle, cet art
l'art GOTHKiUE AU XIIl» SIECLE lUl
atteint son apogée. « Partout le réalisme s'accuse : comme les formes architecturales, les costumes et les armes sont exactement ceux de l'époque ; la pénétrante observation des animaux et des plantes, surtout dans l'ornementation, révèle le sens qu'a l'artiste de la réalité. » Si l'exactitude des proportions manque trop souvent au dessin, il n'en faut pas moins louer « la délicatesse dans les détails, le dessin net de contours, le tracé souple des plis », dans les figures, une extrême finesse, dans le coloris, les tonalités claires, délicates, lumineuses. Nous trouvons ces qualités au plus haut degré dans les manuscrits que fit exécuter saint Louis, soit pour la Sainte-Chapelle qu'il venait d'élever à Paris, soit pour lui, soit pour sa sœur Isabelle. Arrivée ainsi au point culminant de son évolution, la miniature française sert de modèle aux enlumineurs de tous les pays. Là encore, l'Angleterre, l'Allemagne et les pays méridionaux se mettent à l'école de nos artistes.
Le vitrail est une miniature sur verre ; aussi n'est-Il pas étonnant que l'art des verriers ait progressé avec celui des enlumineurs et atteint, avec lui, son apogée au xiii» siècle. Il se développe dès le début du siècle, avec les imagiers qui font les verrières de Chartres, et en particulier le vitrail qui représente le prophète Isaïe portant l'évangéliste saint Mathieu. Il prend une plus grande extension à Paris, la ville des miniatures : « de 1240 à 1260, les maîtres verriers de Paris firent preuve d'une activité étonnante. » Qu'on en juge par leurs productions: les quinze grandes verrières de la Sainte-Chapelle, les plus grandes qu'on ait vues jusqu'alors, celles de la chapelle de la Vierge et do l'église abbatiale de Saint-Germain des Prés, et surtout les magnifiques rosaces de Notre-Dame de Paris. Avec leurs la^SO de diamètre et leurs quatre-vingt-cinq comparUments, « elles étaient, en ce genre, l'œuvre la plus extraordinaire qu'on eût entreprise'. »