I. Ibid., p. i
mais elle rayonna de là sur tout le pays et au delà des frontières et se revêtit, même dans les provinces dont le tempérament artistique était, depuis le xii« siècle, fortement constitué, d'un accent régional quelquefois fort sensible.
» Le dialecte le plus pur, si l'on peut dire, est celui de l'Ile-de-France et le tympan de la porte de la Vierge, à Notre-Dame de Paris, en conserve la forme la plus exquise. On en peut suivre à Mantes, à Saint-Sulpice de Favières, à Saint-Leu, jusqu'à Evreux, la propagation et par delà sonpropre territoire, de brillantes manifestations, d'une part, dans le Beauvaisis et le Soissonnais (Noyon, Saint-Jean des Vignes) jusqu'aux limites où l'école de Picardie rencontre l'école flamande ; et de l'autre, en Normandie où les imagiers, aux soubassements du portail de la Calende et des Libraires (à Rouen), sculptent, à la fin du xiii" siècle, les charmants bas-reliefs de la Genèse et des histoires de Judith, Joseph, Rébecca, etc. Les cathédrales de Bayeux, de Séez, de Coutance, l'abbaye du Mont-Saint- Michel, quantité de petites églises du Calvados, de la Seine-Inférieure, de la Manche et de l'Eure, conservent de précieux vestiges de la statuaire et de la décoration sur lesquelles les iconoclastes se sont malheureusement rués à plusieurs reprises.
« Comme celle de l'Ile-de-France dont elle subit l'influence, l'école de Champagne rayonne par delà ses frontières et se combine souvent tantôt avec l'école de Bourgogne, dont il semble qu'on retrouve comme un écho jusqu'à Vouzon dans les Ardennes, tantôt avec celle de rile-de-France, comme à Villeneuve-le-Comte et Villeneuve-l'Archevëque. Vers rest,à Chaumont et à Toul et jusqu'à Metz, elle reçoit quelques infiltrations germaniques, t L'école de Bourgogne est, à côté des grandes écoles directrices du xiii". la plus originale. Elle conserve une saveur, une verve et une abondance dont on retrouve des traces jusqu'à Lausanne.
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« Au sud de la Loire, c'est encore des influences combinées de ces ateliers qu'est faite la sculpture qui se propage avec l'architecture dans la seconde moitié du xin" siècle. A Bordeaux, le porche de Saint-Seurin (1260) en offre l'un des exemples les plus brillants et les plus originaux par l'abondance et la verve de l'ornementation qui se mêle à la statuaire. A Dax, jusqu'à Bayonne, c'est-à-dire jusqu'au point où l'école française va passer les Pyrénées pour exercer sur l'Espagne une influence singulièrement féconde, on constate encore ses progrès et ses conquêtes. * »
Comme l'architecture, la sculpture française s'imposa à l'admiration et à l'imitation de tout le monde chrétien; toutes les écoles nationales procèdent, au xii" et au xiii» siècle de la nôtre. En Espagne, par exemple, la cathédrale de Burgos, l'un des plus beaux édifices du xiw siècle, nous présente un beau portail décoré de statues, de figurines et d'un tympan historié ; la portfe du cloître est décorée dans lo même style. Or il es*: démontré que cet ensemble de sculpture monumentale est dû à des artistes d'origine française. Non loin de Burgos, les religieuses de Las Huelgas conservent le tombeau de la reine Bércngère, (^morle en 1224), sœur de Blanche de Castille ; il est couvert de bas-reliefs dans le style du xiii". On peut eu dire autant de la décoration sculpturale des cathédrales de Léon de Toro et deTudela en Navarre. L'Espagne, il est est vrai, ne s'en tint pas exclusivement à l'imitation française ; l'art moresque, si développé dans le Kalifat de Cordoue, était assimilé par l'Espagne chrétienne à mesure qu'elle arrachait aux Musulmans leurs anciennes conquêtes.
Vers le même temps, l'Angleterre décorait, elle aussi, magnifiquement ses cathédrales, surtout leurs façades et leurs portails. Vers 1242, elle peuplait la cathédralo de