I. Histoire de l'Art, m. p. lOa
LA PEINTURE A LA FIN DU MOYEN AGE llo
de l'enluminure française, fut les Très Riches heures quo Pol de Lirabourgel ses frères composèrent, entre 1411 et 1416. pour le duc de Berrj- et qui sont le joyau du musée Condé à Chantilly. Certains critiques ont appelé ce volume « le roi des manuscrits enluminés ». Dans ces compositions d'une science consommée qui occupent toute l'étendue d'immenses pages, on trouve à la fois des scènes de la plus haute inspiration chrétienne, telles que le Couronnement de la Vierge, la Chute des Anges rebelles, et une observation pénétrante de la nature dans les grands tableaux qui évoquent les mois du Calendrier ; c'est ainsi qu'à propos de septembre, on représente les vendanges en face du château de Saumur.
La vie intense qui animait la peinture en France et dans tout le nord de l'Europe, n'a d'égale que celle que manifestait, à la même époque, la peinture italienne. En effet, les premières années du xiv» siècle donnèrent à l'Italie, en même temps, les chefs-d'œuvre littéraires de Dante et les chefs-d'œuvre artistiques de Gielto. Né vers 1266, mort en 1337, Giotto était déjà dans la pleine possession de son génie, vers l'an 1300. Il s'était formé non à l'école de l'antiquité mais à celle de Cimabué et des mosaïstes romains tels que Cavallini, continuateurs eux-mêmes des vieux maîtres byzantins. Il est donc le magnifique aboutissement de la tradition chrétienne de l'Italie du Moyen Age et pas plus que Dante, on ne saurait le classer dans le mouvement de la Renaissance. Son inspiration cstessenliellement religieuse. Ce sont les franciscains qui lui ont donné les sujets des vingt-huit fresques où il célèbre la vie et la gloire de saint François, dans l'église supérieure du s.nint, à .\ssise. Ce sont les Evangiles et les apocryphes qui lui inspirèrent les trente-huit fresques racontant les mystères de la vie de la Vierge et du Christ, depuis la légende de Joachim jusqu'à la Pentecôte, dont il a décoré l'église de l'Arena à Padoue. Enfin, c'est au mysticisme chrétien le plus pur que nous devons son Mariage de saint
François avec la Pauvreté, son Triomphe de la Chasteté, sa Glorincation de l'Obéissance religieuse, qui ornent la basilique inférieure d'Assise. « Nulle part, dit M. Pératé, l'allégorie du Moyen Age n'est plus instructive et pénétrante que dans ces fresques franciscaines, le chef-d'œuvre de Giotto, le chef-d'œuvre peut-être aussi de la peinture au Moyen Age.... L'œuvre du Poverello y est résumée avec une grâce naturelle, une réalité où le symbole et la vie se confondent : c'est le poème de l'amour franciscain, la parfaite exaltation du plus sublime idéal religieux que le Moyen Age ait connu >. »
Ce profond mysticisme, ce sens théologique n'a nullement nui chez Giotto au sens de la vie et au sentiment de la nature. Voyez en effet dans le Christ en Croix de la basilique inférieure d'Assise, combien sont pures et fermes à la fois les lignes du dessin, combien est dramatique la scène qui se déroule au pied de la CroLx avec la Vierge évanouie, soutenue par les saintes femmes, les Juifs se retirant lentement et le% franciscains à genoux deux à deux adorant la Victime sacrée vers laquelle saint François tend pieusement les bras. Est-il possible de concevoir scène plus tragique que le Baiser de Judas tel que Giotto l'a peint à Padoue ? Et dans la Mort de saint François de Sainte-Croix de Florence, quel « rythme extraordinaire des figures et du décor ! » et comme « l'intérêt et l'émotioa vont tout droit à la tigure si paisible et grande du saint étendu sur son grabat ! - » En même temps, la science de l'expression se révèle admirable dans les sentiments de douleur, de tendresse, de piété qui apparaissent sur les physionomies des moines assistant à la mort du saint qui fut leur Père.
Ainsi, mysticisme puisé aux plus pures sources du catholicisme et réalisme s'inspiraût de l'observation exacte de ia uaturo, spontanéité et originalité dans la con-