I. Uamt, op. cit., p. i
1. Voir dans La Ro'sciÈRE, op. cii., les discussion» que soulèvent ces questions, i, pp. loâ et suiv.
16t HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VBAIE
Ce qui est plus sûr, c'est que, en 1402, deux chambellans du duc d'Orléans, le Normand Jean de Béthencourt et le Poitevin Gadifer de la Sidle, reprenaient les projets de Maloisel et de La Cerda et parlaient à la conquête de? Canaries. Béthencourt y éleva une cathédrale sur la rivière des Palmiers (Sancta Maria de Bethencuria) et gouverna les lies avec toute Tautorité d'un seigneur ; à ce titre, il les fit ériger en diocèse parle pape Innocent VII. Faute de vivres et de munitions, il dut les abandonner, en 1418, et elles tombèrent sous la domination de la Castille.
Dès 1345, les Portugais avaient maniiesté leurs velléités coloniales, quand ils avaient protesté contre l'investiture des Canaries, données par Clément VI à l'infant de Castille La Cerda ; ils avaient essayé de conquérir eux-mêmes ces îles en 1341. « Dès 1347 le roi de Portugal, Denys. avait pris à son service le Génois Pizagno avec le titre d'amiral qui resta héréditaire dans sa famille jusqu'au miUeu du xv» siècle. Pizagno s'engageait à toujours servir au roi vingt officiers génois pom- le commandement de ses navires. »
Ce fut la croisade contre les Maures qui lança décidément le Portugal dans les grands voyages de découvertes et de colonisation. En 1415, le roi Jean I poursuivit jusqu'en Afrique les Maures qui avaient jadis occupé le Portugal et il confia à son troisième fils, Henri, le commandement d'une expédition contre Ceuta, qui fut prise par son armée. Dès lors, le prince Henri, nommé grand maître de l'Ordre du Christ et gouverneurde l'Algarve, se voua avecune telle passion aux opérations navales qu'elles lui ont valu le surnom de Navigateur. Désireux d'eu finir avec les Musulmans, ennemis héréditaires de sa foi et de sa patrie, il voulut entrer en relations avec le fameux Prêtre Jean qu'on disait régner au delà des pays musulmans dans les Indes, et pour cela, arriver lui-même aux Indes en contournant l'Afrique ; ce fut donc un dessein reUgieux et patriotique qui le lança dans ses campagnes de 4écouvertes.
En 1419, ses navigateurs s'établirent dans les îles Madère qui étaient déjà connues sous le nom deLegname. mais qui, dès lors, furent colonisées par le Portugal, tn 1434 l'écuyer de Henri, Gil Eannez, doubla le cap Bojador quei-on croyait inaccessible : en 1436, on arrivait jusqu'à Rio de Ouro, le Sénégal. Une expédition conduisit, en 1447 les navires portugais au cap Vert, où les campagnes boisées et verdoyantes annonçaient la fin du désert du Sahara et le commencement des luxuriances du Soudan. De la côte, les navigateurs de Henri se lançaient dans la haute mer et découvraient les Açores (1427) et les îles du cap Vert. « Lorsque l'infant mourut, en 1460, les explorations avaient été poussées jusqu'au rio Grande, sur la cote do Gambie par 12» environ de latitude Nord.... L'œuvre accomplie était immense K » En même temps que les vaisseaux de Henri le Navigateur exploraient les côtes et les arx;hipels. d'autres voyageurs débarquaient sur le continent et, suivant les rivières ou les roules des caravanes, découvraient l'intérieur des terres et les peuples qui les habitaient. Un Vénitien au service de Henri Cadamosto, remontait ainsi le Sénégal et la Gambie jusqu'au soixantième miUe et entrait en relations avec les indigènes avec lesquels il échangeait des marchandises contre la poudre d'or, l'ivoire, les animaux et des fruits exotiques. . 11 écrivit une Relation de ses voyages fort précieuse, véritable modèle qui ne perdrait rien à être comparée à celles des plus hardis navigateurs de notre temps. «11 y règne un ordre admirable, les détails en sont attachants, les descriptions claires et précises. On rcconnaît partout l'observateur éclairé.... Il rend un compte exact de l'apparence des côtes, de la profondeur do la mer près de la terre et de tout ce qui peut être utile à la navigation. Enfin il s'exprime avec tant de propriété et
I. Latissb et Rambald, Histoire générale; article de Gallois su' les Portugais et leurs découverlet.
ICG HISTOIRE PARTIALE, HISTOIRE VHAIK
lie précision que, d'après son récit, l'on peut suivre sa route sur des cartes construites plusieurs siècles après lui K »
Un autre voyageur du méine temps, le florentin Benedelto Dei, après être demeuré à Tunis, de 1458 à 146i ])rit les voies des caravanes du désert et arriva à Tantbcltu, Tombouctou, qui ne devrait se rouvrir aux Européens qu'au coninienceinent du xix° siècle, avec le voyageur Caillié.
Ces voyages autour du monde à la suite des apôtres, des missionnaires, des religieux dominicains et franciscains, des navigateurs et des marchands, nous permettent de mesurer, avec l'étendue des connaissances géographique? du Moyen Age, l'ignorance ou la mauvaise foi de certains manuels scolaires.
l'our rabaisser les hommes du Moyen Age et expliquer par l'étroilesse d'esprit leur foi et leur orthodoxie, ils nous les ont représentés confinés dans le bassin de la Méditerranée; et les documents nous les montrent parcourant le monde et découvrant sans cesse de nouvelles contrées.
Pour rabaisser le christianisme, les manuels donnent à entendre qu'il confinait dans des horizons étroits les regards de riiuinanilé, afin de la dominer en comprimant son essor ; et les documents donnent un démenti à ces calo)nnies en nous montrant les apôtres, les missionnaires etles religieux en tête des plus hardis explorateurs.
Pour rabaisser l'esprit du Moyen Age, on nous le montre borné dans ses connaissances religieuses, dépourvu de toute curiosilé;elles documents nousleprésententavide de connaître sans cesse de nouveaux pays avec leurs mœurs, leurscoutumes.leurorganisation politique et leurs religions variées. Cet esprit d'examen, dont on célèbre naissance au xv» et au xvi" siècle avec la Renaissance la Réforme, on ne veut pas le voir dans les observations