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Les petites Maisons-Dieu donnaient les mêmes soins à la propreté des malades et de leur linge. Chez elles, «les inventaires mentionnent les nappes et napperons et les essuie-mains qui remplissaient, en nombre considérable, les coffres. Parmi ces essuie-mains, les uns sont simples comme nos serviettes, sans doute, les autres « doubles » c'est-à-dire destinés, croyons-nous, à être placés sur un rouleau près d'un lavabo. Des bassins à laver servent à lu toilette quotidienne et des baignoires ou, pour parler ilus justement, « des cuves à baigner, » signalées dans plusieurs maisons, témoignent duf réquent emploi des bains ^ », dans les petites Maisons-Dieu comme dans les grands Hôtels-Dieu.

Les livre de comptes des établissements de charité nous renseignent aussi sur la manière dont les malades y étaient entretenus et soignés. « Les hospitaliers de Saint- Jean ^ de Jérusalem avaient pour principe de donner aux malades (dans leurs nombreux hôpitaux) tout ce qu'ils désiraient pourvu qu'on pût se le procurer et que cela ne fût pas nuisible à leur santé ^. A Beauvais, par exemple, pendant

1. Le Grand, Les Maisons-Dieu et léproseries du diocèse de Paris au milieu du X/Vo siècle, p. XLIII.

2. Le Guand. Les Maisons-Dieu. Leur régime intérieur au Moyen Age dams la Revue des questions historiques, 63, p. 1I12.

3. La Règle de Saint-Jean, qui fut adoptée par un grand nom. bre d'hôpitaux disait en effet: « Chaque jour, avant le repas des frères, on servira au malade charitablement à manger; el tout ce qu'il désirera, pourvu qu'on puisse se le procurer et que cela ne lui soit pas nuisible, lui sera apporté avec empressement jusqu'à ce qu'il soit rendu à la santé. » Dubois, Ilistoria ecclesiastica Parisiensis, II, 483. De cette prescription, bien connue au xiiie siècle, sortit une légende populaire que nous retrouvons dans les Récits du Ménestrel de Reims. Saladin, dit ce conteur, voulut voir si cet article delà Règle de Saint-Jean était observé; il se déguisa en pèlerin et vint se présenter à l'hôpital de Saint-Jean à Jérusalem. Accueilli, il refusa toute nourriture pendant deux jours. L'infirmier lui demandant ce qu'il aimerait manger. Saladin,

l'exercice 1379-1380, la majorité des mets un peu recherchés tels que viande de mouton, joisson, écrevisses, lait, pommes, figues et raisins, sont indiqués comme ayant été achetés pour les malades. A Saint-Nicolas de Troyes, à l'Hôtel-Dieu de Soissons, on leur fournit du sucre, des épices, des figues et des amandes. A Saint-Julien de Cambrai, en 1361, on constate l'achat de cervoise, de vin, de pain blanc, de figues, pommes, poires, noix, cerises et nèfles... A Saint- Germain-en-Laye, en 1336, on voit les lières et les sœurs de la Maison-Dieu obtenir du roi la modification d'une redevance établie sur une vigne qui leur appartenait, afin de pouvoir, sans difficulté, distribuer les fruits de cette vigne « à aucunes personnes, femmes accouchées ou malades au dit hôtel qui ont volonté fqui désirent) de raisins* ». A l'Hôtel-Dieu de Paris, les jours où l'on ne faisait pas maigre, « le mouton était le fond de tous les repas, le bœuf ou la vache étaient servis moins fréquemment; pour le veau, l'agneau ou le porc on n'en consommait qu'à certains jours de fête, une dizaine de fois par an. Ajoutons des potages aux amandes, des œufs, du poisson de mer et d'eau douce, des figues, des raisins, du sucre, du gruau, des pommes « de Capendu », des poires, des fromages et des tartes. Les « griefs malades » étaient mieux soignés; on leur donnait de meilleur vin que l'ordinaire; la volaille leur était réservée. On ne les nourrissait guère que de chap3ns, oisons, poussins ou pigeons. Si la viande les dégoûtait ou leur était contraire, on leur faisait des « brouets à humer » ou des « coulis de chair »;

après beaucoup d'hésitations, lui dit qu'il avait envie de l'un des pieds du cheval préféré du Grand Maître et que si on ne le lui servait pas, il se laissi-rait mourir de faim. Le Grand Maître consulté donna ordre d'abattre cet animal qu'il aimait tant, alin de satisfaire au désir du pèlerin ; l'on allait immoler le cheval, quand Saladin édifié se fit connaître et dévoila l'expérience qu'il avait voulu faire, de Wailly, liécits d'un Ménestrel de fieims, pp. loViog. I. Le Grand, op. cil., p. i4a-

désiraient-ils un rôt ? le cuisinier mettait ses broches en mouvement. Les jours de poisson, au lieu de morue ou de merlan, on leur servait un plat de petits loissons frits ^. » Evidemment, beaucoup de ces malades n'avaient jamais été à pareille chère chez eux. Un curieux texte du célèbre Jacques de Vitry, cité par M. Le Grand 2, montre qu'il y avait parfois excès de nourriture et de gâteries. « Souvent, dit ce prédicateur du xiii^ siècle, les hospitaliers dépassent la mesure ; ils vont le long du lit des malades demandant à l'un et à l'autre ce que chacun désire boire ou manger ; dans leur ignorance et leur simplicité, les pauvres ne consultent que leur goût, demandent du vin et de la viande, bien qu'ils soient atteints de fièvre violente, et cette nourriture trop forte occasionne leur mort. »

La charité chrétienne du Moyen-Age avait pour les malades des délicatesses qu'on ne trouve pas toujours dans la froide philanthropie de nos jours. On voulait que les fêtes apportassent un rayon de joie au milieu des souffrances. « Les jours fériés, l'Hôtel-Dieu de Paris offrait une physionomie particulière ; partout, de l'herbe et des fleurs ; sur les lits des malades étaient étalées de belles couvertures de couleurs, de superbes « tapis ystoriés ».., on ne les descendait de la « chambre des parements que cinq fois l'an, à l'Ascension, à la Pentecôte, les jours de la Fête-Dieu, de la saint Jean et de l'Assomption^ ». Nous retrouvons la même coutume à Chartres, Angers, Soissons et Reims : les jours de fêtes, les lits y étaient recouverts de couvertures de soie^.

Les soins médicaux étaient donnés par les médecins ou « mires », les chirurgiens, les barbiers chargés souvent des saignées et des pansements, les sages-femmes et leurs apprenties ; enfin, dans un grand nombre de Maisons-Dieu,

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