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U. LeGr\nd, dans \a Revue des questions historiques, 63, p. iSg.
par les frères et les sœurs qui les tenaient. Evidemment c'était par ce personnel que les hôpitaux du Moyen-Age étaient sensiblement inférieurs aux nôtres ; la science de ces « maîtres de l'art » était parfois bien rudimentaire, faite de préjugés ou d'empirisme irraisonné. Qui pourrait s'en étonner? et à quoi auraient servi les recherches et les découvertes scientifiques de cinq, six et sept siècles, si la science médicale de nos jours n'était pas supérieure à celle des temps de saint Louis et de Charles VII ? Savons-nous si le xxx*^ siècle ne regardera pas comme bien inférieure la médecine et la chirurgie du xx*^? L'état où se trouvait alors la science explique des pratiques qui nous paraissent aujourd'hui enfantines, et surtout la mortalité beaucoup plus grande au Moyen-Age que de nos jours dans les hôpitaux.
II est cependant un p jint de la thérapeutique où le Moyen- Age av^ait sur nous l'avantage. De nombreux médecins de nos jours affirment que, par suite de l'influence qu'exercent l'un .sur l'autre le physique et le moral, il faut soigner souvent l'âme paur faciliter la guérison du corps. Or, la cure des âmes était perfectionnée, dans les établis.sements hospitaliers pénétrés, au Moyen-Age, de foi et de charité. Quand les malades y entraient, ils se confessaient et la paix descendait dans leur conscience*. Tous les jours, de leurs lits ils pouvaient assister à la messe, ou en entendre les chants ; car les grandes salles où ils étaient couchés n'étaient souvent que l'une des nefs du bâtiment dont l'autre nef était la chapelle. Enfin, tous les soirs, lorscjue les lampes s'allumaient, la procession du chapelain, des frères et des sœurs se déroulait dans les salles et une prière solennelle, en usage d'abord dans l'Ordre de Saint-Jean, puis adoptée par les Trinitaires et la plupart des autres congrégations hospitalières, repor-
I. « Avant que le malade ne soit reçu, disaient les Statuts de l' Hôtel-Dieu de Paris, il confessera ses |>écliés et connnuniera religieusement. » Dubois, Historia ecclesiastica Parisiensis, II. ^83,
tait la pensée des malades vers Jérusalem, vers les princes chrétiens, les nécessités de l'Eglise, les souffrances des pauvres et des malades, les besoins spirituels et temporels de leurs bienfaiteurs. « Seigneurs malades, disait le supérieur, prions pour la paix ! et ils répondaient : Que Dieu nous l'envoie du ciel sur la terre ! — Seigneurs malades, priez pour les fruits de la terre ! et ils répondaient : Que Dieu les multiplie pour son service et le soutien des chrétiens! — Seigneurs malades, priez pour vous-mêmes et pour tous les malades qui sont à travers le monde, chrétienne gent ! et ils répondaient : Que Notre Seigneur leur donne la sauté ! qu'il soit utile à leur corps et à leur âme ^ !.. . » Et à mesure que se déroulaient ces pieuses litanies, la paix implorée descendait du ciel sur la terre dans les cœurs meurtris par la misère et la souffrance mais tendrement consolés par la foi et la charité.
Si après tous ces soins, les malades guérissaient, ils restaient encore quelque temps à l'hôpital pour affermir leur santé. La plupart des statuts hospitaliers stipulent qu'on les gardera une semaine après leur entier rétablissement. Les femmes demeuraient à l'Hôtel-Dieu de Paris, comme dans la plupart des autres hôpitaux, trois semaines pleines après la naissance de leur enfant, il en était de même à Pontoise et à Vernon; à Gosnay, on les gardait un mois 2.
A leur départ, on leur rendait leurs habits qui avaient été désinfectés et gardés à la pouillerie, en ajoutant d'autres vêtements et une petite somme d'argent ; de plus, l'hôpital du Saint-Esprit à Paris avait coutume de donner, pendant quelque temps encore, « du pain, du potage et deux deniers aux pauvres débiles sortant de l'Hôtel-Dieu^ ».
Si, malgré les soins reçus, les malades mouraient, les
1. Le (îr\nd. La prière des malades dans les hôpitaux de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalrm.