‹ Histoire partialeChapitre 144 sur 214 · Ihid., p · texte numérisé non relu

Ihid., p

Si l'épiscopat du xviii siècle compta un certain nombre (le nobles aimant le luxe et pénétrés de morgue, il eut aussi des prélats d'une charité débordante et vraiment évangélique ; il est même curieux de constater que ceux que l'on nous signale comme les plus mondains, — tels le cardinal de Bernis, archevêque d'AIbi, — ne furent pas les moins charitables.

Le siège de Paris vit se succéder, à la fin de l'Ancien Régime, une série de prélats d'une admirable générosité. Christophe de Beaumont, cet archevêque que les philosophes et J.-J. Rousseauont poursuivi de leurs sarcasmes, distribua, en une seule année, la dernière de sa vie, un million d'aumônes. On découvrit, à sa mort, qu'il entretenait mille ecclésiastiques et cinq cents laïques nécessiteux.

Au dire de Soulavie qui cependant lui était hostile, a il donnait aux pauvres les deux tiers de ses revenus et ses aumônes s'étendaient au-delà des frontières de^France, jus- (ju'aux catholiques irlandais hors du royaume^, w Son successeur de Juigné, archevêque de Paris au moment de la Révolution, tenait table ouverte pour les pauvres, à Châlons où il avait d'abord été évêque ; visitant lui-même les l)auvres, il leur faisait des distributions de vivres; à Paris, il donna, en une fois, jusqu'à 20.000 francs à des pauvres honteux. Nicolai, évêque de Béziers en 1789, inscrivait sur son livre de pensions toute famille honnête tombée dans l'indigence; il dépensait, pour cela,40.0001ivresparan. Son prédécesseur, de Beausset- Roquefort, agissait de même ; car il avait coutume de dire que « les pauvres sont les créanciers des évêques - ».

Les guerres, les hivers rigoureux, les calamités publi- (jues, les épidémies étaient, pmir cesévêques, des occasions de surpasser encore leurs charités habituelles et de les

I. isovLKViE. Mémoires du mnrcchnl de liichelieu, VIII., m a. lUciiAUMONT va plus loin et dit (pit', sur Goo.ooo livres do revenus, Christophe de Beaumont en donnait 5oo.oo(i.

a. SiCARD, op. ci/. j 38G-39/4 /'flSSJm.

UISI-OIHE l'ARTIAI.i:, HISroiKE YUAlI::. - III. iO

porter jusqu'à la plus complète abnégation de soi-même. Après une épidémie, en 1693, M. de Maupeou, évêque de Castres, écrivait au contrôleur général des finances : « Nos maladies continuent toujours ; mais les malades ne meurent pas si fréquemment : on n'en enterre plus que deux ou trois par jour. Depuis trois mois, nous avons perdu par ces maladies 340 personnes et nous avons la consolation que pas une n'est morte faute de secours. Nous leur avons donné tout ce qui leur était nécessaire et nous continuerons à les secourir tout le temps que ces maux continueront^. » Pendant l'hiver de 1693-1694, l'évêque de Laon réunit les chanoines, les représentants des paroisses et des communautés de la ville et, devant eux, s'engagea à nourrir personnellement, tous les jours, 150 pauvres. Devant un pareil exemple, le chapitre vota sur ses revenus 1.500 livres et de leurs dons personnels, les chanoines enapportèrent2.500 autres ; les fidèles en fournirent 20.000 et ainsi, on put entretenir, pendant deux mois, 1.200 pauvres de Laon et des environs à trois lieues à la ronde 2. \> Le 21 février 1699, de Bezons, intendant de Bordeaux, écrivait au contrôleur général : « M. l'Evêque de Périgueux fait donner l'aumône à 1.500 pauvres, tous les matins, qui sont dans la ville et banlieue de Périgueux. J'apprends que l'on a fait le projet de charger tous ceux qui sont en état dans la ville de Périgueux de les nourrir et que M. l'Evêque se charge, par ce projet, d'en nourrir 450*. »

Le terrible hiver de 1709, en compromettant les récoltes de l'année suivante, et la guerre de la Succession d'Espagne qui se poursuivait toujours, déterminèrent, en 1709, une forte misère, surtout dans les pays frontières que parcouraient les armées.

I. Correspondance des contrôleurs généraux (éd. Boislisle),! n» 1 175.

a . L'assistance des pauvres dans le diocèse de Séez pendant les famines de i6G2 et iG93, p. li-ù.

3. Correspondance des contrôleurs généraux (éd. Boislisle), 1, n» 1817.

Dans son palais archiépiscopal de Cambrai, Fénelon recueillit les blessés, les fuyards, les paysans emmenant avec eux leur bétail : il soigna lui-même les soldats de toute nationalité. « Enmême temps, il achevait de se ruiner par le grand effort qu'il dut faire pour soulager tant de misères et défrayer une table qui réunissait alors jusqu'à 150 convives. Il fournit en partie le blé qui empêcha les armées françaises du Nord de mourir de faim ^ » M. de Bernières, intendant de Flandre, écrivait à son sujet, en avril 1709: « La ville de Douai, quiest la mieux fournie, n'a que pour faire vivre ses bourgeois et habitants de sa dépendance pendant dix-neuf semaines, à raison d'une livre et demie de pain par tête pour chaque jour. Je ne vois, en grande connaissance de cause, aucune ressource que 9.000 sacs dont M. de Chamillart s'est assuré auprès de M. l'archevêque de Cambray (Fénelon) tant des siens que de quelques abbayes qui sont dans ladite ville-. » A Langres, l'évêque rivalisait de charité avec Fénelon: « Les évéques seraient bien indignes de l'honneur de leur caractère, écrivait-il au contrôleur général, s'ils ne s'oubliaient pas eux-mêmes pour soulager les peuples dans l'extrême misère où ils sont. Nous sommes les pères des pauvres et nous leur devons tous nos soins et nous sommes administrateurs de biens dont le fonds leur appartient et sur le revenu desquels nous n'avons qu'une simple subsistance^. » L'archevêque d'Auch entretenait, le 13 mars 1709, le contrôleur de l'arrêt du Parlement de Toulon^ ordonnant « que les archevêques, évéques, abbés et autres bénéficiers fourniraient et remettraient entre les mains des maires et des consuls le si.rièmr de leurs revenus » et il ajoutait ; « Nous faisions ici, avant cet arrêt, subsister nos pauvres, quoique au nombredeSOO; nous en avonsdéjà fait la répartition... Nous nourrissons actuellement, dans cette

Page 1