‹ Histoire partialeChapitre 156 sur 214 · Correspondance des intendants (éd. Boislisie), I · texte numérisé non relu

Correspondance des intendants (éd. Boislisie), I

A QUOI SERVAIENT LES BIENS DU CLERGÉ ^i5

P. Chaurand, le P. Dunod continua son œuvre en Normandie, et la propagea en Franche-Comté, et en Languedoc où il fit travailler à l'établissement de l'hôpital d'Albi. Cn autre jésuite, le P. Guevaire, choisit le Dauphiné et la Savoie pour champ d'action ; il créa les hôpitaux de Chambéry en 1714, de Turin en 1717 ; grâce à lui, chaque province des Etats de Savoie eut son hôpital.

En même temps qu'ils créaient des maisons, les jésuites travaillaient à mettre de l'ordre dans les institutions hospitalières en faisant réunir en des Hôpitaux généraux ({uantité de Maisons-Dieu, de maladreries et d'hôpitaux particuliers qui n'avaient plus de raison d'être ou étaient tombés en décadence par un excès de particularisme et de décentralisation; en cela, ils se faisaient les apôtres de l'une des idées qui inspiraient, dans le domaine de la charité, le gouvernement de Louis XI V^. Grâce à ces efforts du clergé séculier et régulier, combinés avec ceux des confréries, des villes, des provinces et de l'Etat, le nombre des hôpitaux était considérable à la fin de l'Ancien Régime. On en comptait 2.185 sur le territoire français-.

Dans le rapp.)rt sur les hôpitaux', qu'il présenta à l'Assemblée Constituante, le duc La Rochefoucauld-Liancourt signala les soins défectueux qui étaient donnés aux pauvres et aux malades à l'Hôtel-Dieu de Paris, à la Salpétrière et à Bicétre. Ces détails sont exacts; car ils sont confirmés par d'autres auteurs contemporains, Mirabeau et Howard. Mais il ne faudrait pas généraliser, comme on l'a fait très souvent, et croire que toujours, dans ces hôpitaux et dans tous les autres, les malades, même contagieux, ont été couchés pêle-mêle deux, trois^ même quatre dans le même lit. Après avoir signalé les

i. Lallemand, op. cit., pp. 207-371.

a. La Roche foucauld-Liaxcourt, 7» rnjifturt à C Assemblée Constiluanti'.

3. Publié par Bloch et Tcetkv. /Vo<v5 verbaux et rapports du Comité de mendicité df lu Constituante, p. .ir»o et suiv.

abus à l'Hôtel-Dieu, à la Salpêtrière et à Blcêtre, La Rochefoucauld lui-même constate que les autres hôpitaux de Paris étaient bien mieux tenus. A la Charité, on compte, dit d'autre part, Tenon^, « 208 petits lits, chacun pour une personne » ; il le dit aussi de l'asile des convalescents de la rue du Bac, des hospices de Charenton, de la rue Mouffetard, de la rue de la Roquette, de la Place Royale, de Saint-Mandé, des paroisses de Saint-Sulpice, Saint-Merry, Saint-Jacques, Saint-André-des-Arts et des Petites- Maisons.

En province, on réagit, au cours du xviii® siècle, contre l'usage encore assez répandu, au xvii^ siècle, de coucher dans les mêmes lits plusieurs malades. Après avoir consulté un certain nombre de textes sur ce sujet, M. Lallemand conclut ainsi son enquête : » Il ne faut pas généraliser. En France (au xviii® siècle) nombre d'établissements hospitaliers, Maisons-Dieu, Hôpitaux généraux, orphelinats ont l'habitude d'assurer un lit aux infortunés qu'ils assistent 2. » L'hôpital pontifical d'Avignon pouvait être cité, à ce sujet, comme un modèle. « H contient, dit Howard ^ qui l'a visité, au xviii® siècle, deux salles spacieuses pour les hommes et deux au-dessus pour les femmes. Les malades portent un uniforme et couchent seuls dans des lits séparés par une distance de huit pieds ou environ. Au pied de chacun de ces lits, on voit écrit le nom du malade, le lieu de sa demeure, la date de son entrée, le régime qu'il suit et les ordonnances des médecins qui, ainsi que les religieuses, les visitent tous les jours. » En beaucoup d'hôpitaux, il y avait des quartiers spéciaux et même des pavillons isolés pour certaines maladies^. Cette préoc^ cupation de plus en plus grande de l'hygiène inspire la

Page 1