I. Voir plus haut, p
a. Dareste. Histoire de France, I. \ , p. 77.
et aux princes protestants d'Allemagne ; malheureusement pour eux, Jacques I®'' d'Angleterre était absorbé par les difficultés de son gouvernement et en Allemagne, les protestants venaient d'être battus par l'Empereur à la Montagne-Blanche en Bohême.
Malgré leur situation critique, l'un de leurs chefs, Ernest de Mansfeld, fut invité par un prince protestant, le duc de Bouillon, a envahir la Champagne française. On comptait qu'avec ses 12.000 hommes, il porterait la terreur jusqu'aux portes de Paris et forcerait le roi à revenir à la hâte du Midi où il combattait les révoltés. Cet appel à l'étranger fut inutile : Mansfeld était poursuivi par les Espagnols, alliés de l'Empereur, et il se jeta dans le Pays- Bas sans passer par la Champagne.
Ne pouvant pas compter, comme ils l'avaient espéré, *ur l'intervention étrangère, les protestants se soumirent, à Montpellier, en octobre 1622. La liberté de conscience leur était garantie, l'édit de Nantes était confirmé, mais toutes les villes de sûreté leur étaient retirées, sauf La Rochelle et Montauban.
Le traité de Montpellier ne fut qu'une trêve. Il n'était pas signé depuis deux ans et déjà les calvinistes français se révoltaient, une fois de plus, à l'appel de Soubise, aux environs de La Rochelle, de Rohan dans les Cévennes (1624). Richelieu, qui était ministre depuis quelques mois à peine, était alors absorbé par les affaires de la Valteline ; sa marine était inférieure à celle de Soubise et une partie de ses troupes de terre avait été envoyée au secours du duc de Savoie. Il regarda cependant « d'un cœur assuré toute cette tempête, » comme il l'écrit luimême dans ses Mémoires. Des accords particuliers avec la Hollande, le mariage de la princesse Henriette de France, sœur du roi, avec Charles, fils de Jacques I®'' d'Angleterre, enlevèrent aux révoltés l'appui qu'ils avaient demandé aux Anglais et aux Hollandais. Après avoir lutté dans le golfe du Poitou, Soubis)9rs*©nfuit en Angleterre et il ne
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LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 41
resta plus à Richelieu qu'à réduire les places de Montauban et de La Rochelle.
Quoique leurs gouvernements respectifs eussent aidé Richelieu, les Anglais et les Hollandais n'avaient cessé de manifester hautement leurs sympathies pour les révoltés français. A son arrivée en Angleterre, Soubise fut accueilli avec enthousiasme parla population. La ville d'Amsterdam se révolta contre le gouvernement hollandais, qu'elle obligea à rappeler les navires mis précédemment à la disposition de Richelieu. Bientôt, l'*Angleterre offrit sa médiation à Louis XIII et à ses sujets révoltés. Richelieu la rejeta tout d'abord avec indignation, n'admettant pas avec raison cette immixtion de l'étranger dans les affaires intérieures du royaume ; mais se trouvant au milieu de difficultés inextricables qui lui venaient d'Allemagne, à l'extérieur, de Gaston d'Orléans, à la Cour, il finit par accepter cette humiliation et ce fut sous la garantie de l'Angleterre protestante que Montauban et La Rochelle firent la paix avec la France. Ainsi, les protestants français se plaçaient officiellement sous le protectorat de l'Angleterre, contre leur propre patrie.
Aussi, lorsque l'année suivante (1627), la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, les calvinistes français prirent-ils parti pour l'Angleterre contre leur propre patrie et une fois de plus, ils se révoltèrent contre leur souverain. Leur chef Rohan n'avait jamais cessé d'avoir des intelligences outre Manche^ : il y envoya un gentilhomme languedocien, Saint-Blancard, pour sceller contre le roi de France l'union des calvinistes français avec le roi d'Angleterre, « protecteur et défenseur des églises prétendues réformées 2 ». Dès lors, la guerre qui se termina en 16:28 par la prise de La Rochelle fut due à la coopération des ennemis séculaires de la France, les Anglais,
I. Richelieu. Mémoires, (éd. Poujoulat) I, A/i3 ot suiv. a. Richelieu. Mémoires, p. ^55.
avec les protestants français^. Richelieu était tellement persuadé que cette entente était durable que ce fut pour cela qu'il repoussa l'offre que lui fit Buckingham, en 1627, d'abandonner l'île de Ré, pourvu que la France détruisît le fort Louis en face de La Rochelle. « Une paix à de telles conditions, disait-il à Louis XIII, serait très préjudiciable à la France en tant que le roi d'Angleterre serait, en suite d'une telle action, reconnu des huguenots pour leur protection.... que parce moyen on redonnait force aux huguenots. » Enfin, il déclare luimême que, s'il a poussé avec tant d'énergie le siège de La Rochelle, c'est parce que « cette ville prise, les Anglais ne pourraient plus subsister en l'île de Ré » qu'ils avaient enlevée à la France, et il ajoute que cette ville protestante « était rebelle et ennemie et semence de la guerre et de tous les troubles depuis soixante ans^ ».
Au sein même de l'armée royale qui assiégeait La Rochelle, « les huguenots, dit Richelieu, étaient espions » au profit de l'Angleterre. Lorsque Buckingham fut obligé d'abandonner l'île de Ré et de partir pour l'Angleterre, (novembre 1627), on trouva, raconte toujours Richelieu, « plusieurs papiers en son logis. » Le ministre anglais y parlait de l'alliance intime qui existait entre les huguenots et l'Angleterre et déclarait que « ledit roi son maître pourrait entretenir la guerre en France tant que bon lui semblerait par les huguenots, comme le roi (de France)
1 . On ne saurait trop protester contre l'érection de la statue de Guitton, qui, maire de La Rochelle en 1628, défendit avec tant d'acharnement sa ville contre Richelieu et au profit des Anglais. Quelque énergique qu'ait été son attitude, son acte était antina" tional et le glorifier, comme le font certains manuels, c'est glo' rifier la trahison. Richelieu était plus j)atriote quand il disait que Saint-Blancard, qui avait négocié l'entente des protestants et des Anglais, était un homme dont la mémoire serait à jamais maudite. (Richelieu. Mémoires).