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CHAPITRE PREMIER

L<*Édit de IVanteN

Le Protestantisme français de

AuLARD. Cours élémentaire et moyen,

Ne dit rien des révoltes protestantes antérieures au siège de La Rochelle, ni des relations des protestants français avec les Anglais, les Hollandais et les Espagnols. Devixat. Cours élémentaire, p. io6.

a Par l'Édit de Nantes, Henri IV déclara que les protestants comme les catholiques exerceraient librement leur religion. Les Français se réconcilièrent. »

Cours moyen, p. 65.

Parlant des révoltes qui eurent lieu pendant la première partie du règne de Louis XIII, il les attribue aux seuls u ijrands seigneurs catholiques, anciens chefs des Ligueurs. » 11 ajoute : a plus tard, les protestants s'agitèrent, songeant, pour être tranquilles, à former un Élat dans l'État. » Gauthier et Deschamps. Cours supérieur, p. loa.

En 1620, Louis XIFI, cédant aux instances du Clergé, rétablit de force le catholicisme dans le Béarn et fit restituer par les protestants les biens des ecclésiastiques du Midi et de l'Ouest. Ce fut alors que les protestants organisèrent la résistance et que, pour se débarrasser de l'autorité du roi, ils se donnèrent une organisation politique dans le royaume. »

Cours supérieur, p. io!t.

Depuis la mort de Henri IV, les protestants voyaient leur liberté politique de plus en plus menacée; aussi travaillaient-ils sans répit à s'organiser en république.

Cours moyen, p. 55.

Comme les catholiques et les membres du Parlement hésitaient à enregistrer l'Édit de Nantes parce qu'ils le trouvaient trop favorable aux protestants, Henri IV imposa fièrement sa volonté... Ces débats entre Henri IV et son Parlement prouvent bien dei

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choses; ils prouvent qu'au XVJ^ siècle, la liberté de conscience n'existait pas. P. 57 : « L'Èdit de Nantes mit fin aux guerres de religion. » P. 62 : « Au mépris de VÉdit de Nantes, Louis XIII et de Luynes essayaient de rétablir le catholicisme dans le Béarn. Imprudente provocation! Les protestants du Midi organisèrent immédiatement la résistance. »

GuioT et Mane. Cours moyen, p, loo.

Par l'Édit de Nantes « les guerres de religion sont terminées. »

SOMMAIRE. — Partialité des manuels sur la question protestante au XVIle siècle. — L'Édit de Nantes. — Faveurs excessives qu'il faisait aux protestants. — Chambres mi-parties. — Etablissements d'instruction et d'assistance. — Places de sûreté. — Nomination de leurs gouverneurs. — Entretien de leurs garnisons. — Raisons de l'opposition des Parlements à l'Édit. — Les protestants veulent se servir de l'Édit contre les catholiques. — Assemblées politiques des protestants. — Le protestantisme « parti d'agression » sous la régence de Marie de Médicis. — Son attitude antidynastique. — Bénéfice de l'Édit refusé aux catholiques par les protestants. — Attentats contre la liberté de culte des catholiques. — Affaires de Béarn. — Guerres de religion rallumées par l'intolérance des protestants. — Jugement de M. Hanotaux.

A plusieurs reprises, nous avons montré, dans le volume précèdent, la sympathie et la faveur que les manuels primaires condamnés prodiguent au protestantisme. Ils considèrent toujours comme de monstrueux attentats les mesures prises contre les protestants par les catholiques, même quand elles étaient purement défensives, et au contraire, ils trouvent légitimes ou passent sous silence les coups de force des protestants, même quand ils livraient à l'ennemi des territoires français. Les défenseurs de la religion séculaire de la France sont tous présentés comme d'odieux fanatiques et les propagateurs de la religion nouvelle comme des héros. Nous retrouvons la même partia.

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lité, lorsque les manuels racontent aux enfants l'histoire du protestantisme sous l'Ancien Régime, au xvii® et au xviii« siècle, des guerres de religion à la Révolution.

Trois grands événements dominent cette histoire.

L'un est la promulgation, en lo98,derédit de Nantes qui garantit la liberté de conscience aux protestants.

L'autre est la révocation de l'édit de Nantes qui,enl68o, la leur enleva.

Le troisième enfin est l'édit de 1787 qui la leur rendit.

Les manuels condamnés célèbrent sans restriction le premier, déplorent sans mesure le second et gardent en général le silence sur le troisième, montrant ainsi à trois reprises leur partialité ; car l'édit de Nantes ne doit être approuvé qu'avec quelques réserves, sa révocation ne doit être blâmée qu'avec certaines atténuations, et l'édit de tolérance de 1787 doit être signalé pour qu'on ne s'imagine pas que c'est la Révolution qui a rendu aux protestants la liberté de conscience.

En mettant fin aux guerres de religion du xvi® siècle, par l'édit de Nantes, Henri IV a rendu un grand serWce à la France. Comme il le déclare lui-même dans le préambule de l'édit, il déplorait que tous les Français ne fussent pas unis dans la pratique d'une même religion; mais il comprit que l'unité de foi brisée par la Réforme ne pouvait pas se rétablir par des coups de force et par la contrainte des lois. Au lieu de recourir à ces moyens qui avaient été prouvés inefficaces par l'expérience, il essaya de réunir les adeptes du catholicisme et du protestantisme dans un même dévouement et dans un égal amour pour la môme patrie.. La pensée était juste et politique à la fois.

On peut en dire autant des mesures que décréta l'édit de Nantes pour assurer aux réformés leur h'berté de

conscience et de culte, leur admission aux emplois et leur faciliter les actes de la vie civile et politique.

Si l'édit de Nantes ne leur avait donné que la liberté, nous comprendrions que les amis de la liberté l'approuvassent sans réserve ; mais force nous est de reconnaître :

1° qu'il accordait des privilèges aux protestants et qu'au lieu de les fondre dans l'unité française, il les organisait en État dans l'Etat ;

2° qu'ainsi organisés, les protestants, au cours du xvii® siècle, se révoltèrent à plusieurs reprises, faisant cause commune avec les ennemis du pays, et qu'ils profitèrent trop souvent de l'édit pour continuer leur guerre au catholicisme et compromettre l'unité nationale

Il est fort possible que Henri IV ait été obligé par les circonstances de faire ces énormes concessions à ses anciens coreligionnaires, et que l'étendue même des faveurs qu'il leur accorda ait été encore une nécessité politique. Mais en présence de la situation privilégiée que l'édit de Nantes faisait aux protestants, et de la manière dont ceux-ci en abusèrent, l'historien impartial ne doit pas manquer de faire des réserves sinon sur l'inspiration et la pensée dominante de l'édit, du moins sur certains de ses articles.

Si au lendemain des guerres de Vendée, les Vendéens et les Chouans avaient obtenu à Nantes, à Rennes, à Poitiers, à Caen, l'établissement de tribunaux composés par moitié de Blancs et de Bleus, quelles protestations n'auraient pas élevées les Bleus! Si de nos jours, où catholiques et libres penseurs sont aussi ennemis les uns des autres que jadis protestants et catholiques, les tribunaux et les Cours d'appels étaient composés par moitié de libres-penseurs nommés par le gouvernement et de catholiques agréés par les évêques, les auteurs « laïques » ne manqueraient pas de réclamer contre un pareil envahissement de la magistrature par le catholicisme.

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Ce qui aurait paru excessif au lendemain de la Révolution, ce qui semblerait inoui de nos jours, c'est précisément ce que l'édit de Nantes accordait aux protestants par l'établissement des Chambres mi-parties ou de l'Édit. L'article 30 de l'édit de Nantes s'exprimait en effet ainsi : « Afin que la justice soit rendue et administrée à nos sujets sans aucune suspicion, haine ou faveur.... avons ordonné et ordonnons qu'en notre Cour de Parlement de Paris, sera établie une Chambre composée d'un Président et 16 conseillers dudit Parlement, laquelle sera appelée et intitulée Chambre de l'Edit et connaîtra non seulement des causes et procès de ceux de la dite Cour, mais aussi des ressorts de nos Parlements de Normandie et de Bretagne.... et ce jusques à tant qu'en chacun desdits Parlements ait été établie une Chambre pour rendre la justice sur les lieux. Ordonnons aussi que des quatre offices de conseillers en nôtre dit Parlement, restant de la dernière érection qui en a par nous été faite, en seront présentement pourvus et reçus au dit Parlement quatre de ceux de la dite Religion prétendue Réformée suffisants, et capables, qui seront distribués, à savoir le premier reçu en la Chambre de l'Edit, et les autres trois, à mesure qu'ils seront reçus, en trois des Chambres des Enquêtes; et outre, que des deux premiers offices de conseillers laïs (laïques) de ladite Cour (fui viendront à vaquer par mort, en seront aussi pourvus deux de ladite R. P. R. et ceux-là reçus, distribués aussi aux deux autres Chambres des Enquêtes. »

Ainsi, au Parlement de Paris, les protestants avaient des représentants attitrés dans les Chambres du Parlement et une Chambre était spécialement établie pour juger leurs causes.

Des Chambres mi-parties étaient encore établies dans les Parlements de Toulouse, de Grenoble, de Bordeaux ; la Chambre protestante de Castres était pour cela réunie au Parlement de Toulouse. Quant aux Parlements de

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Grenoble et de|Bordeaux, l'article 31 s'exprime ainsi : « Sera établie une Chambre, composée de deux présidents, l'un catholique, l'autre de la Religion Prétendue Réformée et de 12 conseillers dont les six premiers seront catholiques et les autres six de ladite religion; lesquels présidents et conseillers catholiques seront par nous pris et choisis des corps de nos dites cours. Et quant à ceux de ladite religion, sera fait création nouvelle d'un président et 6 conseillers pour le Parlement de Bordeaux et d'un président et 3 conseillers pour celui de Grenoble ; lesquels, avec les trois conseillers de ladite religion qui sont à présent au dit Parlement, seront employés à ladite Chambre de Dauphiné. Et seront créés les dits offices de nouvelle création aux mêmes gages, honneurs, autorités et prééminences que les autres des dites Cours ^ ».

Créer une juridiction spéciale pour les procès que les protestants pouvaient avoir entre eux ou avec des catholiques, et alors que, en Fra.ace, les catholiques étaient beaucoup plus nombreux que les protestants, composer par moitié de protestants et de catholiques ces Chambres qui devaient juger leurs difficultés, ce n'était plus une liberté, c'était une faveur qui était accordée aux réformés. Et cette faveur se poursuivait à tous les degrés de la hiérarchie judiciaire, devant les présidiaux, les prévôts des maréchaux ou leurs lieutenants, les vibailhfs, les visénéchaux et lieutenants de robe courte. « L'article 65 décidait en effet que, dans les procès civils de la compétence des présidiaux en dernier ressort, les Réformés pourraient récuser deux juges, sans expression de cause, à moins qu'il ne se trouvât dans le tribunal un pareil nombre de magistrats de leur religion, sans préjudice

I. Éd'd de Nantes, art. 3o etîSi, dans les Édits, déclarations et arrêts concernant la Religion Prétendue réformée {i662-i7 5 i), précédés de l'Édit de Nantes, édités, en i885, par la librairie Fischbacher a pour le deuxième centenaire de la Révocation de TÉdit de Nantes, » pp. XX et XXI.

des récusations de droit contre les autres. » Même cas de récusation devant les prévôts. L'article 66 décidait que « dans les sénéchaussées de Toulouse et Carcassonne, de Lauraguais et du Rouergue, de Béziers, Montpellier et Mmes, pour les instructions des procès criminels autres que les informations, le magistrat ou commissaire instructeur, s'il était catholique, serait tenu de prendre un adjoint réformé choisi par les parties ».

Dans les domaines de l'instruction et de la charité, l'Édit de Nantes fit encore des faveurs considérables aux protestants au détriment des catholiques. L'article 22 disait en effet : « Ordonnons qu'il ne sera fait différence ni distinction, pour le regard de ladite Religion (prétendue Réformée), à recevoir les écoliers pour être instruits es universités, collèges et écoles; [et les malades et pauvres es hôpitaux, maladreries et aumônes publiques ». Ainsi, les protestants devaient être admis dans tous les hôpitaux et profiter de toutes les œuvres de charité du royaume et leurs enfants instruits dans tous les établissements d'instruction.

Que de nos jours les établissements publics d'assistance et d'instruction reçoivent sans distinction protestants et catholiques, rien de plus naturel: entretenus par l'Etat, c'est-à-dire par les contributions de tous les citoyens, ces établissements doivent être ouverts à tous les citoyens et à leurs familles. Mais, sous l'Ancien Régime, la situation n'était pas la même ; les hôpitaux, les bureaux de charité, les écoles, les collèges, les universités n'étaient pas des établissements publics, au sens moderne du mot; l'enseignement, l'assistance n'étaient pas des services publics, alimentés par les fonds publics. Le roi et les administrations pouvaient leur donner des subventions; mais c'étaient des institutions plutôt privées que publiques. Tous les hôpitaux avaient une origine catholique, leurs ressources leur avaient été constituées par des catholiques et pour des motifs d'ordre religieux; ils étaient dirigés par des religieux, des

religieuses ou des membres de confréries catholiques ; et à ces divers titres, ils étaient placés sous la surveillance des ordinaires (archevêques ou évêques) et de leurs représentants.

Les universités et collèges étaient des institutions catholiques ; elles avaient été fondées pour la plupart par des prélats et même par des papes ; leurs maîtres formaient de vraies corporations cléricales dont les membres étaient presque tous prêtres ou réguliers. Les règlements séculaires établis parles fondateurs prévoyaient que l'enseignement serait rigoureusement conforme à l'orthodoxie catholique. Enfin les petites écolespour le peupleétaient desfondations ecclésiastiques, dépendant des chapitres, etles autres écoles primaires avaient été presque toujours fondées et dotées par les paroisses ou les congrégations. Forcer des maisons de charité et d'assistance catholiques à recevoir les pro testants au même titre que les catholiques, c'était faire bé néficier les protestants de tous les sacrifices faits par l'E gliseet ses fidèles pour les malheureux etpour la jeunesse ce qui constituait à leur profit une faveur considérable C'était d'autre part enlever à tous ces établissements — au moins quant à leur recrutement — le caractère exclusivementcatholique que leur avaient donnéleurs fondateurs et leurs bienfaiteurs au cours des siècles ; ce qui constituait, au détriment des catholiques, une certaine diminution de droits et de propriété.

L'édit de Nantes, par son article particulier 57 ^, permettait aux protestants d'ouvrir et d'entretenir des écoles protestantes ; l'article 42* leur donnait le droit de recevoir des legs pour « l'entretien des docteurs, écoliers et pauvres de leur religion ». Par lettres patentes de 1594, Henri IV avait fondé spécialement pour eux les Universités protestantes de La Rochelle, Nîmes etMontélimar, etl'article par-

I Édits, déclarations et arrêts, etc, p. LXXl. ■2. Ibid., p. LXXIV.

ticulier 37 de l'Édit portait que ces fondations « pour l'érection et entretènement des collèges seront vérifiées où besoin sera et sortiront leur plein et entier effet ^ ».

Ainsi, les protestants avaient pour eux seuls des universités et des collèges fondés les uns par eux, les autres par l'Etat et interdits aux catholiques ; et de plus, ils pouvaient profiter, au même titre que les catholiques, des universités et collèges fondés et entretenus par les catholiques. Y avait-il égalité de traitement ? et ne peut-on pas affirmer que l'édit de Nantes créait, en matière d'enseignement, une situation privilégiée aux calvinistes, une situation d'infériorité aux catholiques ?

Pour le faire mieux comprerdre, posons une question àtoutlecteur de bonne foi. Au xvii« siècle, les protestants possédaient à Sedan « un Collège et Académie pour l'instruction de leurs enfants ^ ». Qu'auraient-ils pensé si dans ce collège fondé par eux et pour leurs enfants, on les avait forcés à recevoir des élèves catholiques et à les traiter avec les mêmes égards que les protestants? N'auraient-ils pas considéré, et tout homme loyal ne considèrerait-il pas un pareil acte comme abusif et ty rannique ? C'est une mesure analogue que l'édit de Nantes décrétait non pas contre un collège, mais contre des centaines de collèges catholiques.

Et ce que nous disons des établissements d'instruction peut s'appliquer exactement aux hôpitaux et aux autres établissements de charité et d'assistance.

Un privilège encore plus exorbitant faisait du parti protestant un Etat dans l'Etat, se dressant, aux frais du gouvernement, en face du gouvernement. L'un des articles secrets de l'édit de Nantes exigés par l'Assemblée protestante de Chàtellerault stipulait en effetque toutes les

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