I. Ibid., p. LXVir
a. Expression de l'arrêt de Louis XIV, en date duyjuillet 1681, qui le supprime. (Édils, arrêts, nic^ p. 96).
places, villes et châteaux que les Réformés occupaient à la fin de 1597 ^ « demeureraient en leur garde, sous l'autorité et obéissance de Sa dite Majesté par l'espace de 8 ans, à compter du jour de la publication du dit édit ». Or ces places dont l'état fut dressé par Henri IV, à Rennes, les 12, 14, 17 et 18 mai 1598 2, étaient au nombre de 142. Les voici groupées par provinces et généralités :
Généralité de Tours : Saumur, Vezins, Vitré, Beaufort, Châtillon-en-Vendelais.
Généralité d'Orléans : Jargeau, Loudun, LaFerté-Vidame.
Généralité de Bourges : Argenton, Baugy, Montrond, Sully.
Généralité de Poitiers : Niort, Saint-Maixent, Châtellerault, Fontenay, Maillezais, Beauvoir-sur-Mer,Marans, Thouars, Talmont, Ile-Bouchard, Sancerre, Châteaurenard, Melle, La Garnache.
Généralité de Saintonge et Angoumois : Pons, Saint-Jean d'Angély, Royan, Taillebourg, La Rochelle, les îles de Ré et Oléron, Jarnac, Saint-Seurin (faubourg de Bordeaux).
Généralité de Riom : Calvinet.
Généralité de Limoges : Montendre.
Guyenne et généralité de Bordeaux : Castillon, Puy-Mirol, Figeac, Lectoure, Mont-de-Marsan, Caumont, Tartas, Lisle-en-Jourdain, Mas-de-Verdun, Eause, Mauvezin, Capdenac, Casteljaloux, Montheurt, Tournon, Leyrac, Bergerac, Montflanquin, Clairac, Turenne, Sainte- Terre, Limeuil, Cardailhac, Meilhan, Mussidan, Castelnau-de-Mirande, Belin, Castets, Bourg-sur-Mer,
1 . Anquez. Histoire des assemblées politiques des réjormés de France p. lâQ.
2. Cetétat se trouve à la Bibliothèque nationale. Imprimés L 6* 7.^5. M. Anquez, op. cit. y pp. 162-166, a publié la liste de ces places en les groupant dans les quatre catégories que l'on distinguait sous Henri IV, et à la lin du volume, il en a dressé la carte.
l'ÉDIT de NANTES 11
Montségur, Marron, Nérac, Mancis, Albiac, Castelsagrat, Saint-Antonin, Négrepelisse, Caussade, Bruniquel, Sainte-Foy.
Lamjuedoc et généralité de Montpellier : Castres, Lunel, bommières, Aigues-Mortes, Fort-Peccais, Tour-Charbonnière, Gignac, Marvejols, Clermont-Lodève, Villemur, Bays-sur-Bays, Montauban, Nîmes, Uzès, Alais, Aimargues, Millau, Puylaureus, Villeneuve, Causse, Le Fauzin, Château-de-Seyne, Bouture, Privas, Mauléon, Valon, Chalus.
Comté de Foix : Foix, Moutaut, Montgaillard, Tarascon,
Varilhes.
Béarn : Mauléon, Miossans, Nay, Nivas, JNavarreins,
Oléron, Orthez, Sauveterre.
Provence : Lourmarin.
Dauphiné : Grenoble, Fort-Barreaux, Die, Nyons, Montélimar, Livron, Embrun, Gap, Serres, Pierre-More, Exilles, Tallard.
Bretagne : Josselin, Pontivy, la Roche-Bernard. Normandie : Domfront, Carentan, Dourdan, Valognes. Ile-de-France : Clermont, Essonnes, Houdan, Mantes, Rosoy.
A cette liste il faut encore ajouter Orange dans le Bas-Dauphiné, dont le gouverneur, les officiers et les soldats étaient réformés; enfin Sedan, en Champagne, ville dépendant de M. de Bouillon, prince protestant.
Voilà donc environ 150 places fortes disti'ibuées sur tout le territoire français qui restaient aux mains des huguenots pour former au sein du royaume des enclaves protestantes. Maître de ces villes, le calvinisme n'était plus seulement une secte religieuse, un parti politique ayant droit à la liberté, mais un vrai Etat, solidement fortifié, se dressant en face de la monarchie française. Au lendemain des guerres de Vendée, aurait-on imaginé la Convention abandonnantaux Vendéens les principales places des pays qu'ils occupaient? Qu'aurait-on pensé d'un tel privilège ? N'y
aurait-on pas vu une atteinte portée à l'unité nationale ? C'est ce que fit Henri IV en faveur de ses anciens coreligionnaires^. Et comme si cela n'était pas suffisant, ce démembrement devait être entretenu par une contribution des finances royales. Pendant toute la durée de cette concession des places de sûreté, une somme de 180.000 écus devait être fournie annuellement par le roi pour l'entretien de ces garnisons réformées et la défense des places protestantes du Dauphiné.
Les gouverneurs des places de sûreté devaient tenir leur nomination ou provision du roi, mais le nouveau gouverneur, disait l'édit, ne recevra ses provisions qu'après avoir présenté un certificat délivré par le colloque dont il relève, constatant qu'il est de la religion réformée et homme de bien. « Si le colloque juge convenable de ne pas remettre ledit certificat à l'impétrant, il devra dans un bref délai faire connaître au roi les causes pour lesquelles il en a différé ou refusé l'expédition. » Les protestants se montrèrent de plus en plus difficiles pour la délivrance de ce certificat et exigèrent de ceux qui le leur demandaient des promesses de plus en plus graves. L'assemblée de Châtellerault de 1598 décida qu'il serait donné non par le colloque du lieu d'origine du candidat, comme le voulait l'édit de Nantes, mais par une assemblée générale des protestants du royaume ou par le colloque de la circonscription delà place, renforcé « pardesgenscapables, choisis par les assemblées provinciales mais pouvantnéanmoins être maintenus ou changés par un synode provincial ou une assemblée générale. » L'assemblée de Châtellerault décida que le certificat ne serait délivré aux gouverneurs que contre la promesse qu'ils ne se dessaisiraient
I . « Cette dernière concession est une des plus importantes de l'Édit ; Henri IV ne l'avait faite que sur les instances réitérées des assemblées ('calvinistes). Il la jugeait non sans raison, contraire au principe d'un bon gouvernement. » Ainsi s'exprime un historien protestant, M. Anquez. op. cit., p. iC8.
pas de la place sans l'autorisation des églisesprotestantes^. Ainsi, pour la nomination des gouverneurs, le roi proposaitf mais les colloques d'abord et bientôt l'Eglise protestante tout entière disposaient ;il fallait leur agrément, leur visa pour que la nomination royale eût son effet.
Les auteurs protestants eux-mêmes ont été étonnés de l'énormité de cette concession faite par Henri IV àla collectivité protestante. « Ordinairement, dit l'un d'eux, Benoît, les sujets nomment au roi et le roi acccepte ou refuse ;mais ici, le roi nommait et les sujets pouvaient refuser 2. «On ne peut pas mieux faire entendre que la concession des places de sûreté avait été non une liberté de droit commun accordée aux protestants, mais une capitulation du pouvoir royal devant l'arrogance de leurs prétentions.
« Avec ses 95 articles publiés et vérifiés, avec ses 56 articles secrets, avec son brevet réglant la somme due annuellement par le roi aux protestants, avec ses seconds articles secrets, au nombre de 23, où il est spécialement question des places de sûreté, l'Édit de Nantes forme la Charte du parti réformé de France. Son objet n'est nullement d'établir le règne de la paix et de la tolérance soiis un gouverne ment unique, mais bien d'attribuer à une partie de la nation des libertés particulières et des privilèges qui la constituent en corps indépendant. » Tel est le jugement que porte sur l'Edit de Nantes un historien que nul ne soupçonnera d'hostilité contre le protestantisme et de partialité pour le catholicisme, M. Hanotaux, ancien ministre des Affaires étrangères de la République^.
On comprend maintenant les diflQcultés que firent les Parlements pour enregistrer l'édit de Nantes. Le manuel Gauthier et Deschamps les attribue uniquement au fanatisme religieux ; elles sont la preuve, dit-il, que l'esprit de