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Ambassadeurs Vénitiens, lielazioni XCIX, fo lyô

4. Reformatis hujus regni rcgina promiserat edictorum confirmationem ; sed illi quibus olTurebatur noluerunt accipere, quia referebat ad posscssionem hujus teinpori-*. Illi autein formulam volebanteamdem qutB facta crat sub re^fiiia régente Medica^a. » Grotius. Epistolop ineditx, n» XXXIII.

Grotius. Dans une de ses lettres datée du 17/27 juin 1643, il écrivait eu substance : « La reine, avait promis aux réformés la confirmation des édits antérieurs (de Nantes et d'Alais) ; mais ils ne se tinrent pas satisfaits de cette promesse parce qu'elle maintenait le statu quo. Ils réclamaient les privilèges qu'ils avaient eus sous Marie de Médicis et que Richelieu leur avait enlevés par la paix d'Alais. *

Qu'est-ce à dire sinon que les protestants ne voulaient pas se contenter de la liberté de conscience que leur avait laissée Richelieu et du droit commun auquel il les avait ramenés, mais qu'ils voulaient se réorganiser en parti politique avec les assemblées générales, les armées, les places^de sûreté de jadis?

Et leurs prétentions n'avaient pas tardé à se manifester après la mort de Richelieu et de Louis XIII. Le premier en effet avait disparu le 3 décembre 1642, le second le 14 mai 1643 et, dès le 17/27 juin, voilà ce qu'écrivait Grotius, dont le témoignage n'est pas suspect puisqu'il était protestant lui-même et écrivait à un protestant, le chancelier de Suède Oxenstiern.

Les nouvelles que l'envoyé Vénitien Giustiniani envoyait à la Seigneurie, concordent avec cette lettre de Grotius ^: « Les huguenots, dit-il, voulaient reprendre de force les églises que le cardinal de Richelieu leur avait enlevées parce que l'édit de Nantes ordonnait de les rendre aux catholiques. » Ainsi, c'était contre l'édit de Nantes luimême que se révoltaient les protestants, en 1643, comme en 1627, comme en 1620.

Grotius nous dit en effet que pour obtenir de force ce qu'ils exigeaient, ils prirent les armes dans les Cévennes selon leur habitude, ut ipsis mos est. Nous^attirons l'at-

I. Lettre dugjuin i6ii3. Ambassadeurs Vénitiens, XCIX, fo laa. « Pare che Ugonotti, cou pretesto di ricuperar alcune chiese levalegli da vàscovie dal fa cardinale^ voglin suscUar qualche movimento. »

LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 49

tention sur ces quatre mots par lequel un ambassadeur protestant signale l'habitude invétérée de la rébellion qu'avaient les réformés français et leur tendance à imposer, par la force des armes, leurs revendications^.

Ces troubles éclatèrent dans les provinces où les réformés avaient depuis longtemps l'habitude de la révolte : en Languedoc, dansl'Aunis, la Saiutonge, et le Poitou.

En Languedoc, le Rouergue et les Cévennes étaient soulevés, en juin et juillet 1643. Les paysans se plaignaient surtout de l'augmentation des impôts; mais la lettre de Grotius prouve que les protestants, en se mettant à la tête de ce mouvement, l'avaient fait dévier à leur profit. La paix était rétablie dans cette province en octobre suivant. Dans le Poitou, l'Aunis et la Saintonge les nouveaux impôts furent la raison que les révoltés mirent en avant ; mais là, comme en Languedoc, la noblesse protestante voulut confisquer ce mouvement en le dirigeant et en y intéressant l'Angleterre. L'un de ses chefs les plus écoutés était de Couvrelles et il fut particulièrement signalé comme l'un des chefs de ces troubles par l'enquête que fit faire Mazarin -. Enfin, Mazarin lui-même, dans son quatrième carnet, signale les révoltes des huguenots aux alentours du port de Brouage^.

Couvrelles essaya de soulever aussi l'Angoumois. Il s'entendit, pour cela, avec le chef de la noblesse de cette province, Châteaucouvert; et grâce à leurs efforts combinés, l'assemblée de Montignac fit pour l'Angoumois ce qu'avait fait l'assemblée de Saintes pour la Saintonge :

I . lUiyUt i[>sis mos est,slaUm armasumpserein Leberinis (M. Chéruel croit, avec raison, qu'à la place de ce dernier mol qui ne signifie rien, il faut lire CebenniSt et qu'ainsi, il y a une erreur de copiste facile à corriger) ut lerrore islo impelrarerU quod volebunt. d

a. Quatrième carnet, p. 29, cité d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, par Chéruel, op. ctf., I, p. ai/i. « gl'UgonoUi si armano verso Bruage. »

Z. Bibl. liât. ms. français, /41G9, {° 65 \".

HISTOIKK PARTIALE, HliiTOIRK VKAIE. — lU 4

elle nomma des chefs du mouvement qui s'appelèrent, dans l'une et l'autre province, sages du nom des chefs des églises calvinistes. « L'on marque, dit l'enquête ordonnée par Mazarin, que ceux d'Aunis ont aussi nommé pour syndics ou sages trois gentilshommes l'un desquels est le sieur de Ghivry, de la religion prétendue réformée, qui s'est marié à La Rochelle. » Ce dernier trait est significatif, ajoute M. Chéruel; La Rochelle était toujours considérée comme le centre et le rempart du protestantisme français. Ainsi, nous voyons que les nobles protestants étaient les organisateurs de la révolte qui prétendait s'étendre à tout l'Ouest, de la Gironde à la Loire, mais qui fut heureusemest étouffée par le marquis d'Aumont, dans les premiers jours de 1644.

A l'exemple de Richelieu, Mazarin n'abusa pas de ses victoires sur les réformés rebelles. Après avoir triomphé d'eux, il proclama de nouveau la liberté des cultes et leur promit qu'ils seraient mis par le roi sur le pied d'égalité avec les catholiques.

Les agitations des protestants en Poitou et dans les Cévennes avaient eu pour contre-coup une explosion de haine de la population de Paris contre les protestants^. Les Parisiens avaient été blessés dans leur amour-propre par l'hégémonie que les protestants anglais s'attribuaient sur ceux de France, en leur imposant des jeûnes, et par la soumission que leur témoignaient les protestants français en observant les pénitences qui leur venaient d'outre- Manche, La foule se porta de Paris contre le temple de Charenton que défendirent les gentilhommes huguenots . Anne d'Autriche envoya aussitôt aux protestants de Charenton, pour les rassurer et leur garantir la protection royale, un exempt qui d'ailleurs faillit être tué 2. De

I. Grotius dit, dans sa lettre du 17/27 juin, qu'en se portant ainsi contre le temple de Charenton, les catholiques de Paris voulurent rendre aux protestants terreur pour terreur.

a. Chéruel, op. cit., I, p. 136.

son côté, Mazarin écrivait à la Chambre de l'Édit de Guyenne^ siégeant à Agen : « La bonté de la reine embrasse généralement et sans distinction tous les vrais sujets du roi son fils », et au duc de La Force, l'un des chefs du parti protestant, celui-là même qui, gouverneur du Béarn, avait essayé d'y empêcher le rétablissement du culte catholique ordonné par Louis XIII : « J'ai cru que personne ne pouvait agir avec plti*^ autorité (que vousj sur les esprits de ceux de votre religioji pour les éclaircir des bonnes intentions de Sa Majesté à leur endroit. Les assurances que vous leur avez données leur seront toujours confirmées par les effets et le temps leur fera voir que la reine protégera sans distinction et honorera de ses bienfaits ceux qui, par une sainte émulation, s'exciteront à rendre au roi l'obéissance qui lui est due. C'est sa résolution ferme et inviolable dans laquelle je la fortifierai toujours tant qu'elle me fera l'honneur de vouloir se servir de mes conseils et c'est de quoi je vous conjure de vouloir toujours rafraîchir la créance parmi ceux auxquels vos sentiments servent de loi-. »

Une autre lettre du cardinal Mazarin à l'évêque de Poitiers, de la Roche-Posay, précise bien sa politique à l'égard des réformés. Il est décidé à maintenir TLdit de Nantes avec ses libertés et même ses privilèges ; mais il ne veut pas qu'ils se servent de ces libertés et privilèges pour empiéter sur les droits de l'Etat et des catholiques et devenir le parti arrogant et toujours prêt à la révolte qu'ils avaient constitué sous Louis XIII : la liberté de conscience et de culte; mais non un parti protestant dressé contre le pays. « Comme Sa Majesté, écri-

I. Commfi nous l'avons montré dans le chapitre précédent, les Chambres de l'Édit ou mi-parties instituées par ledit de Nantes étaient composées par moitié de juges i)rotestant5 et de Juges calholiqvjes. Lettres de Mazarin, I, p. 366.

a. Lettres de Mazarin. (Coll. des Documents inédits sur l'Histoire de Franfe, I, p. !^o!^■l^03). Comme, de nos jours, les cattioliques de

vait-il, est décidée, pour l'intérêt de la concorde publique, à laisser jouir ceux de la religion prétendue réformée du bénéfice des édits qui leur ont été accordés par les rois ses prédécesseurs (édits de Nantes, de Béziers, d'Alaîs, etc.). aussi désire-t-elle soigneusement tenir la main à ce qu'ils n'entreprennent rien au delà de ces édits et ne passent point les bornes qui leur sont prescrites par l'autorité du prince ; ce qui est même la pensée des plus sages et des plus considérables de cette religion^. »

Dans son Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, Chéruel affirme que les protestants ne prirent aucune part à la Fronde et qu'ils ne cherchèrent pas, à la faveur des désordres, « à reconquérir les privilèges que leur avait enlevés Richelieu », parce que, dit-il, « leurs chefs avaient pris confiance dans la politique prudente et tolérante de Mazarin*. »

Cette affirmation est contredite par les faits. Nous trouvons parmi les personnages qui dirigèrent la Fronde des protestants de marque. Turenne, par exemple, était encore protestant lorsqu'il se mit à la tête de ce mouvement. Nous ne dirons pas, pour cela, que le parti réformé ait été engagé dans la Fronde. Ceux de ses membres qui se révoltèrent alors le firent en leur nom personnel, comme

France, bien qu'ils ne soient pas révoltés les armes à la main, seraient heureux d'entendre le gouvernement tenir à leurs chefs le même langage et recevoir l'assurance que, rivalisant de zèle avec leurs adversaires pour le service delà Patrie et de l'État, «le gouvernement le» protégerait sans distinction et les honorerait de ses bienfaits ! » Puissent les catholiques du xx® siècle être traités crjmrae le furent les protestants par Mazarin, au lendemain de leurs révoltes et de leurs ententes avec les ennemis de la France !

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