‹ Histoire partialeChapitre 22 sur 214 · I. Ibid., p. iioo · texte numérisé non relu

I. Ibid., p. iioo

a. Tome Ml, p, a/14. C'est aussi ce qu'affirme la France protestante de Haag. a Us (les Réformés) refusèrent constamment de prendre part aux troubles de la Fronde et ils fermèrent toujours l'oreille aux sollicitations des puissances étrangères. »

membres d'une noblesse qui voulait ressaisir son influence et non comme adeptes d'une secte religieuse.

Mais, dans un excellent article publié dans la Bévue des questions historiques^, M. Augustin Cochin a prouvé que les protestants ont profité des embarras que suscitait la Fronde au gouvernement de Mazarin pour violer, au détriment des catholiques, la paix religieuse proclamée par l'Édit de Nantes et garantie par Henri IV, Louis XIII, Richelieu et Mazarin et pour rétablir leur organisation puissante brisée par Richelieu à la paix d'Alais. En même temps qu'ils détruisaient ainsi l'œuvre des rois de France et de leurs ministres, les protestants affichaient la plus grande fidélité envers le gouvernement royal; mais, à tout instant, leur attitude montrait que leur fidélité était dans leurs paroles et non dans leurs actes.

Irrités de la conversion d'un jeune protestant de treize ans qui, craignant ses tuteurs, était venu se réfugier chez l'évêque et avait été mis par ce dernier sous la sauvegarde des magistrats du tribunal présidial mi-parti'*, les protestants de Nîmes attaquaient à l'improviste les catholiques, le 4 septembre, 1650, à la sortie d'un Te D^wm chanté pour la naissance du duc de Valois. « Un ministre appelé Baudaii, habillé de sa robe et soutane, portant ungros marteau à la main, accompagné de plus de 400 hommes armés d'épées, pistoletset marteaux, serait allé à l'évéché où était ledit seigneur Evéque tout seul avec ses domes-

1. Revue des questions historiques. Nouvelle série, tome XXXII, 1904, article sur les Éyli'ie^ calvinistes du Midi. Le Cardinal Mazarin et Cromwell, pp. io(j-i56.

2. Remarquons l'attitude prudente et mesurée de l'évèque qui remet ce jeune converti k un tribunal qui comprenait des magistrats protestants. Aussi l'enquête des États du Languedoc qui rapporte ces faits, déclare-t-elle que a ledit seigneur évèque a usé, en cette rencontre, de la plus prudente conduite et de la plus grande modération que l'on peut demander à une personne de son caractère. » {Histoire du Languedoc, XIV, col. 3^6).

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tiques, et étant entré de force, le 'ministre renversa d'abord le portier d'un coup de marteau qu'il lui donna sur la tête et les autres étant entrés en foule, blessèrent à mort quatre domestiques dudit seigneur Evêque qu'ils rencontrèrent dans le logis ; et ayant traversé la cour, montèrent dans la salle où était ledit seigneur Evêque et allèrent, en fureur et désordre, en une chambre haute où ledit Cotelle (le nouveau converti) ayant le bruit, s'était enfermé ; et ayant enfoncé la porte à coups de marteau et enlevé ledit Cotelle, ils l'emportèrent comme en triomphe, le faisant voir à tout le peuple. » Les consuls protestants de la ville refusèrent d'exécuter les sentences du tribunal contre les fauteurs de ces troubles : ce qui fait bien voir que cette violence était concertée et « qu'il n'y avait plus d'apparence de sûreté dans ladite ville pour ledit seigneur Evêque et personnes ecclésiastiques et catholiques, puisque la justice n'y avait plus d'autorité et qu'elle était impuissante d'y faire respecter ses décrets; ce qui obligea aussi ledit seigneur Evêque de faire cesser l'office divin dans son église cathédrale et de transférer son domicile et (celui) des chanoines en la ville de Beaucaire. » Les Etats du Languedoc, après avoir signalé ainsi ces troubles au roi, lui demandaient d'intervenir pour rétablir la sécurité des catholiques à Nîmes (30 décembre 1650).

A Privas, la situation des catholiques était aussi intenable qu'à Nîmes, même du vivant de Richelieu et, à plus forte raison, pendant la Fronde. Une enquête de 1642 établit que « les deux tiers des habitants sont protestants et riches, que plusieurs catholiques qui étaient venus s'établir dans cette ville ont été expulsés ; que les protestants perçoivent les revenus ecclésiastiques, ceux de l'hôpital, du collège et de la maladrerie ; qu'avec ces revenus, ils subviennent aux frais du culte et entretiennent un maître d'école ; que les catholiques n'ont pu garder le leur à cause des vexations qui leur étaient faites ; que la justice est rendue avec partialité; que le marquis de

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Chateauneuf (seigneur catholique de la ville) qui a voulu mettre tin à ces divers abus, est mal vu et n'entre pas dans la ville sans crainte^.»

Depuis 1646, catholiques et protestants étaient en procès, à Vais, au sujet de l'interprétation d'un article de l'Edit de Nantes. La comtesse de Rieux, princesse d'Harcourt, de la maison de Lorraine, prétendait, en vertu de cet article, interdire l'exercice public du culte réformé à Vais dont elle avait la seigneurie; au contraire, le lieutenant général Roure appuyait la prétention des protestants d'ouvrir im temple. Le temple fut ouvert, en 1653, mais le comte de Rieux arrivant avec une troupe, le ferma, après l'avoir pillé (30 juillet 1653).

Ce seigneur catholique, avec sa violence, était tombé dans un piège que lui avait tendu le synode de Privas : l'ouverture du temple et l'envoi du ministre Durand n'avaient été qu'une mesure de provocation pour amener des troubles en ce temps opportun où la Fronde paralysait l'autorité royale. Les pasteurs espéraient ^que l'incident qu'ils attendaient réveillerait le fanatisme huguenot et ils comptaient en prendre occasion pour organiser puissamment le parti protestant dans tout le Languedoc, recommencer la guerre civile dans le Midi et détruire l'œuvre de Richelieu.

Ce qui prouve ce calcul ce sont les déclarations que firent, à Vais, avant l'ouverture du temple, les envoyés du synode de Privas, Aubussargues et le pasteur Daneau, en octobre 1651. « Il ne fallait plus, dirent-ils, s'amuser aux formules de justice ; le temps était propre pour se remettre dans leur possession; que si quelqu'un les y troublait, les églises du Languedoc et celles du Vivarais

I. Arnaud. Histoire des proiestanis du Vivarais etdu Te/ay. (Paris, Grassart, i8»8, a vol. in-8".) M. .\rnaud dit que cette enquête de 1662 est « cathohque et partant suspecte ». Comme il ne donne aucune raison de sa suspicion, nous n'en voyons qu'une, c'est qu'il est lui-même pasteur protestant et président de Consistoire.

les assisteraient en toutes façons pour s'y maintenir ^. » Ce qui prouve encore la préméditation, c'est que, les violences de Rieux une fois accomplies, on exécuta exactement ce qu'avaient conseillé, vingt-un mois auparavant, les deux envoyés du synode de Privas. Au lieu de reluettre à la Chambre mi-partie de Castres l'examen de cette cause, conune le prescrivait l'fidit de Nantes, les protestants s'organisèrent pour la guerre civile. De Nîmes, ils convoquèrent à Uzès une grande assemblée à laquelle se rendirent les députés des églises réformées du pays de Foix, de la Haute-Guyenne, des Cévennes, du Haut et du Bas-Languedoc, du Vivarais, du Dauphiné, de la Provence. On y rédigea un acte d'union qui rétablissait, dans tout le Midi de la France, l'organisation détruite par Richelieu. C'est ce que fait remarquer avec raison un mémoire écrit sur ces événements le 10 octobre 1653 ^ : « L'acte d'union des huguenots qui est ci-joint, dit-il, montre tout leur génie ; et moi qui suis, il y a vingt-cinq ans, toute leur politique, je vois visiblement que les mutins d'entre eux tâchent de remettre leur parti comme il était devant (avant) la prise de La Rochelle. »

Par cet acte d'avril 1653, les « gentilshommes, consuls et conseillers, habitants des villes et communautés, capitaines, o{]^ciers et soldats des églises du Bas-Languedoc ^, Cévennes et Dauphiné » juraient de prendre les armes, tout en prétendant ne troubler ni les catholiques romains ni l'État et rester fidèles au roi, et ils ajoutaient : « En cas que la dite réparation faite, nous soyons recherchés, par quelque voie que ce soit, de (pour) la tenue des assemblées et délibérations, de (pour) la prise des armes par

1. Archives nationales, 11,272, 1 17, cité par Cochin, op, ci/., p. 11 5.

a. Archives des affaires étrangères, FrancCy V, iC38, cité par CocHi», op. cil,, p. 1 1(3, noie.

3. Cette énumération nous montre ce qu'il faut penser de l'historien Henri Martin nous disant qu'après la paix d'Alais de lôag, il n'y a plus eu, en France, de parti protestant !

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nous faite, et du (pour) tout ou partie de ce qui a été fait en général ou particulier concernant la dite opposition» promettons de nous secourir les uns les autres et de ne soufl'rir que tort ni déplaisir ne soit fait à aucun.... et afin que ledit trouble advenant soit promptement connu par toutes les églises, avons délibéré que chaque province nommera une ville et trois députés à qui les lettres seront adressées, lesquels députés auront charge de les ouvrir et de donner connaissance du fait à leur province et pouvoir de les assembler si le cas le requiert ^ ».

A la nouvelle de cette union, le procureur général du roi au Parlement de Toulouse saisit de cette affaire la Grand'Chambre de cette Cour souveraine, l'avertissant que - « dans les pays des Cévennes et autres lieux du ressort de la Cour, quelques particuliers faisant profession de la religion prétendue réformée, par des assemblées illicites, armement de gens d'armes, achat de poudre, munitions de guerre et armes, sans ordre de Sa Majesté, attache des gouverneurs et lieutenants généraux de la province, (tentent de) rétablir le prêche au lieu de Vais, près Viviers, et rester armés, contre la volonté du roi et des arrêts de son Conseil ; ce qui pourrait causer un grand et notable préjudice au service du roi et du public. » A sa requête, le Parlement fit défense expresse « à toute sorte de personnes, de quelque qualité qu'elles soient, de faire ces préparatifs de guerre » et députa deux conseillers « pour aller sur place faire une enquête et poursuivre les coupables ».

Les réformés ne tinrent aucun compte de cette défense. En septembre, ils se concentrèrent à Valon a dans le camp de l'Eternel », sous la conduite d'Arnaud de la Cassaigne

I. A. Cocaix, Reuuedes questions historiques, tome XXXII. Nou* velle série, p. ii6.

a. Archives de la Haute-Garonne, fonds du Parlement. AJJaires du roi et du public. II, 33U. et Histoire du Languedoc. (Vaissète-Molinier), XIV, col. 5io.

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ancien officier de Rohan, de Baudan le fils du pasteur qui avait chassé l'évêque de Nîmes de sa cité épiscopale, du marquis de Fourques, de Jacques de Vignolles l'un des chefs du consistoire de Nîmes. Bientôt, l'armée des réformés fut de 7000 hommes venus de tout le Haut et le Bas-Languedoc et même du comté de Foix d'où le baron de Léran amena 300 cavaliers. A Privas, se trouvait une autre armée d'environ un millier de huguenots sous le commandement du maréchal de camp René du Puy-Montbrun, seigneur de Villefranche, nommé « chef et gouverneur des églises ». Les paysans qui composaient ces armées semblaient apathiques ; aussi les pasteurs, surtout les jeunes, se prodiguaient-ils pour éveiller chez eux le zèle et l'enthousiasme: ils ordonnaient des abstinences et des prières ; ils parlaient dans les camps « avec beaucoup d'ostentation et de véhémence ».

Cette levée de troupe fit régner la terreur chez les catholiques du Languedoc. A Nîmes, ils n'osaient pas sortir; à Montpellier, ils renforçaient la garnison, requérant pour la garde des portes même les domestiques des chanoines^. De son côté, le sire de Rieux leva des troupes catholiques et se trouva bientôt à la tête de 6000 fantassins et de 800 cavaliers réunis à Aubenas. La guerre civile qui allait commencer fut conjurée par deux circonstances. D'une part, les troupes protestantes, malgré les excitations de leurs chefs militaires et des pasteurs monlièrent peu d'ardeur; les paysans qui les composaient retournèrent à leurs champs et se débandèrent. D'autre part, moins ferme que Richelieu et toujours fidèle à sa politique de pacification, Mazarin capitula devant les exigences des réformés. Il leur envoya leur député général à la Cour, Ruvigny, qui, au nom du roi, céda sur toute la ligne (octobre 1653) : par son ordre: le temple protestant de Vais fut rétabli et une amnistie générale fut accordée

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