Buissos. Dictionnaire de pédagogie f article Paris
4. En i8oo, après les destructions de la Révolution, Paris n'avait que a4 écoles primaires au lieu des 5oo de l'Ancien Régime ''Buisson, Op. cit.); en i8i5, il yen avait Itoo, environ 100 de moins qu'avant la Révolution.
certain de trouver une école », et cette autre, du chef de l'école positiviste, Auguste Comte : « Le catholicisme fut le promoteur le plus eflScace du développement populaire de l'intelligence humaine ^ »
C'était d'ailleurs ce que lui reprochaient les philosophes du xviii® siècle. Dans une lettre à son ami Damilaville datée du 1®"^ avril 1766 et se terminant par son cri habituel de guerre contre le christianisme Ecrasons l'infâme ! Voltaire déplore le développement de l'instruction populaire de son temps : a Je crois que nous ne nous entendons pas sur l'article du peuple que vous croyez digne d'être instruit. J'entends par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire.... Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir, comme moi, une terre et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. Ce n'est pas le manœuvre qu'il faut instruire, c'est le bon bourgeois, c'est l'habitant des villes ; cette entreprise est assez forte et assez grande ^. » Un autre philosophe, le procureur général La Chalotais, reprochait aux Frères de la Doctrine, chrétienne l'enseignement qu'ils donnaient au peuple : « Les Frères de la Doctrine chrétienne qu'on appelle ignorantins sont survenus pour achever de tout perdre. Ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n'eussent dû apprendre qu'à dessiner et à manier le rabot. Le bien de la Société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations. Parmi les gens du peuple il n'est esque nécessaire de savoir lire et écrire qu'à « ceux qui vivent par ces arts ou que ces arts font vivre ».
Et Voltaire écrivait à La Chalotais pour le féliciter de penser ainsi.
Cours de philosophie positive, v. p. a58.
Œuvres complètes (éd. Garnier), tome Itd, p. 207.
l'instruction populaire avant la révolution 425
La multitude de documents que nous avons relevée nous permet de faire les réponses suivantes aux assertions partiales des manuels condamnés :
1*^ L'instruction populaire était beaucoup plus répandue qu'ils ne le disent dans les différentes provinces de France.
2° Le nombre des illettrés était beaucoup moins grand qu'ils ne le prétendent et, dans certaines provinces, telles que la Normandie, il ne différait pas sensiblement de celui d'aujourd'hui.
•S"^ Il fallut attendre le milieu du xix® siècle pour que l'instruction populaire, en France, revînt au degré de prospérité qu'elle avait à la fin de l'Ancien Régime.
4° Le corps enseignant ne se composait pas seulement de ces maîtres dont les manuels nous décrivent, en l'exagérant, la misère et la science rudimentaire. 11 se composait surtout de Frères et de Sœurs, de nombreux Ordres enseignants auxquels leur caractère religieux garantissait le respect des populations et la confiance des enfants. Des études précises que nous ferons un jour, nous montreront d'ailleurs que la condition des maîtres laïques n'était pas aussi misérable et leur formation aussi rudimentaire que le prétendent certains de leurs continuateurs modernes.
5° Les écoles n'étaient pas certainement des t palais scolaires » du genre de ceux qui ont été construits de nos jours. Elles avaient été élevées grâce à des générosités privées qui mesuraient leur effort au but poursuivi, et non grâce à un budget national que l'on ne se fait aucun scrupule de gaspiller. Peut-être même, aurait-on souhaité plus de confort dans les écoles d'autrefois. Il est probable aussi que leur misère comme celle de leurs maîtres a été singulièrement grossie; c'est ce que nous montreront des recherches ultérieures.
6° En tout cas et quelque jugement définitif que l'on puisse porter sur l'état de l'instruction populaire en 1789, il est certain que l'Ancien Régime s'est fortement préoc-
cupé de le développer ; que ce souci a inspiré un grand nombre d'ordonnances royales, de lettres pastorales d'évêques et de règlements municipaux, et qu'elle a fait les plus grands progrès, au cours du xvii® et du xviiie siècle.
7° En un temps où l'instruction populaire n'était pas un service d'Etat, l'Eglise en a assumé presque entièrement la charge, avec les encouragements du gouvernement royal et des pouvoirs publics. Pour l'assurer, elle a largement ouvert les ressources de son budget, créé de nombreuses Congrégations enseignantes, multiplié les inspections.
S*' Les philosophes au contraire ont vu avec méfiance l'instruction populaire ; leur égoïsme nobiliaire ou bourgeois avait les sentiments que les manuels d'aujourd'hui prêtent au gouvernement royal d'alors ; dans l'instruction ils voyaient pour le monde du travail une cause de déclas" sèment; pour maintenir le peuple dans leur dépendance politique et sociale, ils en combattaient le développement et reprochaient à l'Eglise tout ce qu'elle faisait pour elle-
Les « lumières » n'étaient que pour eux et pour leurs amis ; elles étaient un privilège qu'ils refusaient à la masse. L'Eglise au contraire les répandait sur toutes les classes de la société, les dispensant au peuple dans ses petites écoles et dans ses écoles de charité, comme aux bourgeois et aux nobles dans ses collèges et dans ses universités.
Ch.vpitre I. — L'Édit de Nantes. — Le Protestantisme français de 1598 à 1620. — Partialité des manuels sur la question protestante au XVlIe siècle. — L'Édit de Nantes.
— Faveurs excessives qu'il faisait aux protestants. — Chambres mi-parties. — Établissements d'instruction et d'assistance. — Places de sûreté. — Nomination de leurs gouverneurs. — Entretien de leurs garnisons. — Raisons de l'opposition des Parlements à l'Édit. — Les protestants veulent se servir de l'Édit contre les catholiques. —Assemblées politiques des protestants. — Le protestantisme « parti d'agression » sous la régence de Marie de Médicis. — Son attitude antidynastique. — Bénéfice de l'Édit refusé aux catholiques par les protestants. — Attentats contre la liberté de culte des catholiques, — AfiFaires de Béarn. — Guerres de religion rallumées par l'intolérance
des protestants. — Jugement de M. llanotaux .... i
Chapitre IL — La Révocation de l'Édit de Nantes. — Légende et histoire. — Révolte protestante de 1620- 1622. — Négociations avecMansfeld. — Révolte protestante de 1624-1626. — Sympathies anglaises et hollandaises. — Révolte protestante de 1627-1629. — Alliance de l'Angleterre et des révoltés. — La paix d'Alais a-t-elle mis fin au parti protestant ? — Los protestants et la conspiration de Cinq-.Mars. — Entente des protestants avec l'Espagne. — Les protestants à la mort de Louis XllI. — Témoignages d'Oxenstiern et do Grotius. — Soulèvements du Poitou et du Languedoc. — Modération de Mazarin. — Troubles en Languedoc pendant la Fronde. — Organisation politique des protestants. — Le Camp de l'Éternel. — Entente do Léran avec l'Espagne. — Les protestants français et Cromwell. — Projets de séparation de la Guyenne .... 3i