Ibid., n'^ 170b
LA REVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES 1*21
avaient ramassées autour d'une croix de pierre qu'ils abattirent sur elles : la terre est encore couverte du sang de ces illustres cruciûées ^ »
De leur côté, les troupes royales se montraient de plus en plus cruelles dans la répressiou, surtout lorsqu'elles fui'ent sous le commandement du maréchal de Montrevel, en 1703-1704. Le mai'échal de Villars qui lui succéda dans les premiers mois de 1703, résume ainsi la situation qu'il trouva à sou arrivée dans les Cévennes : « Ce n'était plus, d'une part, que meurtres, incendies, églises renversées, prêtres massacrés, et de l'autre, liberté entière accordée aux troupes de tuer tout ce qu'elles trouveraient avoir l'air de Camisards^, »
Ce qui permit aux protestants de tenir tête, pendant près de trois ans, aux troupes royales, ce ne fut pas seulement l'incapacité des chefs qu'on leur opposa avant la venue de V^illars ; ce furent aussi les secours en hommes et en argent qui leur vinrent de l'étranger. « Les puissances ennemies de la France, écrit Villars^, n'oubliaient rien pour entretenir cette révolte et n'épargnaient aucune dépense pour la fomenter ou même pour l'accroître. Plusieurs de leurs frégates chargées de fanatiques (protestants), d'armes et d'argent, suivaient les côtes du Languedoc, quelques-unes abordèrent sur celles de Catalogne, moins exactement gardées que ne l'étaient celles du Languedoc... Outre ces tentatives pour soutenir la révolte du Languedoc, les ennemis firent passer des émissaires en Dauphiné et en Kouergue pour faire prendre les armes dans ces provinces à ce qu'ils pouvaient rassembler de fanatiques et de religionnaircs qui complaievt tous que les armées navales d'Auy le terre et de Hollande
I. Histoire du L<iwjaedt)C (éd. Vaissète-Moliniek). Pièces juslitioatives, t. XIV, col. i8o4-it>oG.
a. Mémoires de Villars (éd. Société do l'Histoire de France), H,
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n'étaient entrées dans la Méditerranée que pour les sou tenir, w
Ces secours envoyés par les ennemis aux révoltés des Cévennes étaient signalés au gouvernement, dès le 22 décembre 1702, par un mémoire de l'intendant Bâ ville. « Les dispositions des nouveaux convertis paraissent trop mauvaises pour ne pas croire que les ennemis ne pensent pas à en profiter. Il est certain déjà que ces révoltés ont tout l'argent qu'ils veulent. Ils paient régulièrement les vi^Tes qu'ils prennent et je sais qu'un de leurs chefs a dit qu'ils trouvaient dans les villes tout l'argent qu'ils voulaient. 11 tint ce discours en tenant une bourse remplie de louis d'or ^. » Dans un autre mémoire du 25 mars 1703, le même intendant disait que « les religionnaires attendaient quelque secours incessamment » et il demandait que l'on prît des mesures pour empêcher le débarquement de forces ennemies sur les côtes d'Aiguesmortes et de Cette 2. De son côté, le comte de Beauregard écrivait au Ministre de la Guerre, le 27 mars : « Je dirai à Votre Grandeur que la révolte des huguenots de Languedoc s'est traînée dans le pays de Genève par de ces gens-là qui y étaient retirés, mais principalement par la famille d'un nommé de Rochegude, gentilhomme des Cévennes, dont le nommé de Fonds, un des cadets, était un des chefs de ces scélérats qui faisaient leur demeure, depuis nombre d'années, à Vevey, petite ville des terres de Genève, de laquelle ils reçoivent des secours considérables d'argent et d'hommes, soit barbets ou soldats allemands qui passent en France par leurs terres, sous prétexte de désertion et se joignent, après cela, aux bandes de ces scélérats^. »
Voici une lettre encore plus explicite; elle émane
I . Arch. du dépôt de la guerre, n" iGi/j. a. Ifjid.f n» 1709.