CHAPITRE YIII LiSL dime
AuLARD et Debidol'r. Cours moyen, p. itil* et supérieur, p. 3i5.
0 Au clergé le paysan a payé la dime ; souvent ce dixième se trouvait, en faitj porté au quart et au tiers du revenu net. » Calvet. Cours préparatoire, p. 80.
a Les deux premières {classes) ne payaient pas d'impôts. Elles se faisaient même payer de véritables redevances par le peuple : la dime qui allait au clergé j les droits féodaux perçus pour le compte des nobles. (Suit une lecture de haute fantaisie -011 un jeune paysan cherclie à prouver l'injustice de la dime, dont le produit va non au curé pauvre, mais au grand seigneur ecclésiastique a qui ne fait rien ».
GuiOT et Maxe. Cours supérieur, p. i53.
« Les biens du clergé sont immenses; une notable partie du sol de la France est entre ses mains. Cette énorme possession, évaluée à U milliards, loin de diminuer, tend toujours à s'accroître par 'iuite des donations des fidèles. Il faut ajouter les dîmes {123 millions par an), pour estimer la richesse totale de l'Eglise. »
Cours supérieur, p. ao6.
« Etroitement unis à la royauté, le clergé et lanoblesse vivent des impôts levés sur le peuple : la dime et les corvées. »
Cours moyen, p. i48.
a Quand il {Jacques Bonhomme) a empilé les gerbes d'avoine dans son grenier, les sacs de fruits duns ses granges, arrivent le frère quêteur du couvent, le curé en personne. Ils prennent la 10^ partie de la récolte. C'est la dime due à l'Eglise. » RoGiE et Despiqles. Cours supérieur^ p. 3i3.
o Le paysan... devait encore au seigneur les multiples droits féodaux et la corvée. Au curé il payait la dime, c'est-à-dire quil donnait la dixième partie de toutes les productions de sa terre. On a calculé que, sur 100 francs produits par son travail, Jacques Bonhomme versait jusqu'à 81 francs d'impôts; il ne lui restait donc pas le cinquième de son gain. 0
SOMMAIRE. — Légende de la dîme. — Valeur de la dîme. — Quotité de la dîme. — Exem.ples pris dans les différentes régions de la France. — Produits sujets à la dîme. — Produits exempts de la dîme. — La dîme, redevence universelle ; égalité devant la dîme. — La dîme impôt proportionné à la nature imposable. — Dîme prélevée en nature. — Était-elle particulièrement impopulaire ? — Témoignage de Vauban. — Abus de de la dîme. — Les cahiers de 1789 et la dîme. — Y a-t-il des impôts populaires ?
De toutes les institutions de l'Ancien Régime la dîme ecclésiastique a été l'une des plus attaquées. Depuis la Révolution, on ne cesse de la représenter comme l'une des tyrannies les plus odieuses que l'Eglise ait fait peser sur le peuple, et chaque fois qu'un régime conservateur semblait devoir s'établir en France, ses adversaires ne manquaient pas, pour le perdre dans l'opinion publique, de l'accuser de vouloir rétablir la dîme ^. Il n'est pas étonnant que la littérature de bas étage des manuels scolaires condamnés ait ramassé cet argument de réunion publique et ait agité la question de la dîme devant les enfants des écoles pour leur faire détester l'Eglise, auteur et bénéficiaire d'un pareil abus. On a fait appel à l'image et on a montré le moine venant sur le champ du paysan avec sa charrette pour prélever lui-même cet impôt odieux et emporter ainsi, sans avoir rien fait pour la culture, une partie des bénéfices du travail des paysans. Il est donc nécessaire de préciser ce qu'était la dîme ecclésiastique à la fin de l'Ancien Régime afin de voir dans quelle mesure ces déclamations sont mensongères.
Nous ferons cette étude avec l'unique souci de la vérité.
I. Encore en 187a et en iSyS.quandil était question de rétablir la monarchie au profit du comte de Chambord, lespartis de gauche ont agité comme un épouvantail la question de la dîme ; ils accusaient les monarchistes de vouloir la rétablir ; et de nos jours encore, la môme tactique grossière réussit encore au cours des campagnes électorales.
La fin de l'Ancien Régime nous présente dans tous les domaines de l'activité humaine des institutions et des coutumes qui avaient eu et qui même conservaient leur raison d'être mais dans lesquelles un long usage avait pu introduire des déformations. Ce n'est donc pas une justification de la dîme telle pu'elle se prélevait au XVIII* siècle que nous méditons; nous sommes persuadé que des abus avaient dû s'introduire dans une institution qui avait plus de onze siècles d'existence. Ce que nous demandons aux textes c'est tout simplement une description exacte de ce qu'était la dîme au xviii" siècle.
« La dîme était une certaine portion des fruits de la terre et du croît des animaux que le clergé percevait pour subvenir à ses besoins, à l'entretien du culte et au soulagement des pauvres. » Ainsi définissent la dîme les auteurs qui s'en sont occupés ^ A l'origine, elle fut une oblation, une contribution volontaire fournie au clergé par les fidèles; mais, dès le xi" siècle, les lois ecclésiastiques et les lois civiles la rendaient obligatoire; au xvii° siècle et au xviii® siècle, elle était due par tous les possesseurs du sol et des sanctions religieuses et civiles en assuraient la perception.
Ceux qui la firent abolir en 1789 et ceux qui depuis l'ont signalée àl'animadversion de l'opinion l'ont présentée comme une charge intolérable pesant sur les paysans et grevant l'agriculture au point d'en entraver le développement et les progrès.
Qu'y-a-t-il de vrai dans cette assertion?
Il n'a qu'une manière de répondre à cette question ; c'est : 1° d'évaluer ce que représentaient, chaque année, en argent, les produits que par la dîme l'Eglise percevait sur la propriété rurale ; 2° de déterminer la proportion des
I . ViLLEMO.-sTE DE LA Clergerie. La dimc dans notre ancien droit français et son abolition. (Bordeaux, 1908, thèse de doctorat endroit), p. 3, — DuRAriD. La dîme ecclésiastique au XVIII« siècle. (Poitiers, 1898) p. I.
produits du sol et du croît des animaux qui revenait annuellement à l'Église parla levée de la dîme ; en d'autres termes, il s'agit d'établir la valeui* et la quotité de la dîme
Valeur de la dirne. — Il est toujours diiïïeile de faire de pareilles évaluations, parce que, le plus souvent, les idées préconçues et les passions augmentent ou diminuent les chiffres pour les mettre d'accord avec la thèse que l'on veut établir. Nous l'avons vu quand, de nos jours, on évalua à un milliard les biens des Congrégations que l'on se préparait à confisquer après avoir éveillé, à leur endroit, les convoitises populaires. Le Constituant Chasset^ fit de même lorsque, voulant soulever lespassions de ses collègues contre les dîmes dont il proposait l'abolition, il en estima le produit annuel à la somme exagérée de 133 millions. Vauban^ arrivait à la fin du xvii® siècle à la même évaluation (134 millions) ; mais en s'arrêtant à ce chiffre, il cherchait moins la vérité rigoureuse qu'un argument en faveur de sa thèse. Voulant démontrer que l'établissement d'une dîme royale remplirait facilement les caisses de l'Etat, il prenait comme exemple les dîmes ecclésiastiques et en exagérait, par une tendance naturelle, la valeur et le rendement. Le Constituant Dupont de Nemours ^ s'était occupé des dîmes de 1785 à 1787 au Comité d'agriculture ; dans la discussion qui se termina par leur suppression, il évaluait leur produite 100, 105, 112 ou 120 millions selon qu'elles étaient perçues au 18®, 17^, 16* et 15*. Mais nous verrons plus loin que l'Assemblée elle-même s'en tint à la quotité du 20*', au xviii* siècle, et que, par conséquent, l'évaluation de 100 millions établie sur le 18* était un maximum déjà exagéré. Talleyrand était plus que personne au courant des revenus du clergé
1. Rapport deChasset du lo avril 1790. Archives parlementaires, XII, pp Cii et suiv.