‹ Histoire philosophique de l'hypochondrie et de l'hystérieChapitre 1 sur 22 · POUR SERVIR D'INTROD UCTION · texte numérisé non relu

POUR SERVIR D'INTROD UCTION

La médecine se délivre de ses fausses théories, de sa routine meurtrière, de sa soumission servile à l’autorité des hommes et aux doctrines des facultés, elle apprend à ne plus croire qu’à l’expérience.

Convorcer. (Progr. de l'esp. hum.)

Our, la médecine apprend à ne plus croire qu’à l'expérience ; elle n'en est encore qu’à son apprentissage ; car cette grande et féconde methode éxpérimentale , mise en honneur par le chancelier Bacon, n’est pas un instrument aussi facile à manier qu’on se l’imagine communément. Aujourd'hui suriout, que l'esprit humain paraît las de lui-même, que, loin d’avoir confiance en ses forces , il dédaigne et abandonne ses plus nobles facultés, comment prétendre arriver à une large et systématique investigation ? Des faits ! des faits ! s’écrie-t-on de toutes parts, nous ne voulons plus que des faits ! D'où vient donc cette levée de boucliers contre le raisonnement ? Le voici. C’est que

les fortes têtes , les hautes capacités, parmi ceux qui font métier de ramasser des faits, ont fini par persuader à la tourbe que le raisonnement est une opération de l'esprit toute en dehors des faits, une opération qui puise ses matériaux , ils ne sauraient dire où, mais assurément dans une source étrangère à l’expérience. Cette horreur du raisonnement est poussée si loin qu'on ne vous permettra pas même la déduction; tout au plus vous accordera-t-on de disposer en colonnes vos arides descriptions pour en faire de savantes additions.

Ainsi, l'espèce humaine s’en va balottée d'âge en âge , à travers les systèmes, les méthodes, les procédés, les plans, les classifications, et tous les erremens enfin de ses bienfaiteurs |

La médecine , dit-on, a eu divers âges, un état d'enfance, d’accroissement, de virilité, eic.;c'estuneerreur, c’est uneillusion assez naturellechez ceux quin’ont pas étudié philosophiquement son histoire, mais suflisamment appréciée par ceux qui s’attachent aux choses et non aux mots. Aujourd'hui, poursuit-on , elle est arrivée au plus haut degré de perfection. Idée présomptueuse dont chaque époque est penétrée, car c'est le propre de la plupart de ceux qui cultivent les sciences médicales de se croire sans cesse arrivés, sous ce rapport, à l'apogée des connaissances humaines. Soyons plus vrais : il n’y a eu jusqu’à présent, en médecine, qu’application successive et plus ou moins malheureuse de divers systèmes; on a forgé des hypothèses, et puis

ii] on s’est répété, et puis enfin, en désespoir de cause, on a voulu mille fois recommencer toute la médecine avec de maigres séries d'observations , voilà tout.

Loin donc de trouver , avec quelques auteurs contemporains, que la médecine a eu ses phases d’accroissement et de perfection, loin de m’applaudir avee eux de son brillant état actuel, je trouve qu’après avoir marché de fausses théories en fausses théories , nous cherchons enfin à nous en délivrer , tout en vivant encore sur les débris de quelques faux systèmes.

Au temps d’Hippocrate et des Aslépiades , la médecine n'était pas plus qu'aujourd'hui dans un état d'enfance ; on recueillait des faits avec autant, sinon avec plus de bonne foi, qu'aujourd'hui; les sciences qu'on veut bien appeler sœurs de l'art médical, étaient assurément moins avancées que de nos Jours, mais quant à la pratique médicale, qui oserait actuellement se dire plus expert qu’on ne l'était alors ? Nonseulement, je le répète, il n'y a pas eu depuis progression ascendante, mais il n’y a pas même eu une grande diversité dans les théories successivement préconisées. Thémison soutenait que tout doit être rapportéau sirictumet au laxum; c'étaiten d’autres termes le sthénisme et V'asthénisme; Galien mit en vogue l’'humorisme , aujourd’hui les théories galéniques tendent à surnager. L'iatro-chimisme de Sylvius s’élève, et tombe pour s'élever de nouveau plus ou moins déguisé , plus ou moins exclusif. L’archeéisme de Van-

Helmont n’est pas plus ontologique que le physio-

logisme actuel ; comme lui il admettait des forces et des propriétés dans les organes, comme lui il reconnaissait une chimie vivante dans l’économie. L’animisme de Stahl renouvelle les idées des anciens sur le principe des fonctions, sur ce qu'Hippocrate nommaït ra opuwvra, Le mécanisme de Boerhaawe et de Fréd. Hoffmann est en vogue, et cette vogue prouve, comme on l’a dit fort ingénieusement, qu’il n’y a de nouveau en médecine que ce qui est vieux ; on regarde comme une découverte du siècle ce qui n'avait été qu’oublié. Que dirons-nous du vitalisme de Montpellier , si ce n’est qu'il réhabilite et remet en circulation les idées favorites de toute l'antiquité. L'incitabilité de Brown exprime en d’autres termes ce qui était antérieurement connu ; le solidisme de Cullen et de Pinel n’a rien eu de plus exclusif que l’irritation de M. Broussais, et c'est sur les débris de ce solidisme, de cette irritation, et de quelque peu d’humorisme, que l’eclectisme veut aujourd’hui nous faire marcher.

Un auteur contemporain a tracé une esquisse brillante de cette histoire ; sa conclusion seule, je l’ai déjà fait pressentir, me paraît inadmissible : Z'elle est la table, dit-il, des principales révolutions que la médecine a traversées pour arriver à cet état de splendeur où nous la voyons aujourd’hui (1). Pour révolutions, oui, car qui dit révolution ne dit pas progression ; mais pour cet état de splendeur, où le voyons-

nous aujourd'hui ?

| (1) M. le prof. Bouillaud, Généralités sur la médecine ; Paris, 1831.

Aujourd'hui peut-être on se défie beaucoup plus qu'’end'autres temps des idées systématiques, on redoute tout essai nouveau de systématisation, et c’est un autre vice; le plus souvent on crie contre les systèmes et contre les systématiques, sans connaître ce qu’on veut attaquer ; un bon système , dit quelque part M. Laromiguière, est le chef-d'œuvre de l’esprit humain ; en bonne logique, on ne doit donc s’élever que contre les faux systèmes et les fausses théories.

Je disais tout-à-l’heure que l’histoire de la médecine n'avait pas encore été considérée sous un point de vue vraiment philosophique, et je l’ai prouvé. Il me reste à faire connaître comment on aurait dû considérer l’ensemble des faits historiques relatifs à la médecine.

La médecine, il faut le dire , en est encore à son véritable état d'enfance , mais cette fois c’est une enfance vigoureuse et pleine d’espérances. Je ne veux pas dire pour cela qu'auparavant elle n'ait réellement éprouvé bien des vicissitudes; au contraire , elle a dû passer par ces épreuves, parce que toute science doit les éprouver avant d'arriver à l'application raisonnée de Ja méthode expérimentale ; ainsi la médecine a éprouvé des variations nécessaires et hien distinctes avant de se placer dans la situation actuelle. |

PREMIÈRE ÉPOQUE où PÉRIODE. J'appelle cette époque, pour bien Îa caractériser et pour en faire connaître l'esprit dominant : Époque thaumaturgique. La médecine alors était toute de divination, veteres eam de di-

vinatione quondam crediderunt, dit Baglivi; pour ren-

dreraison des phénomènes physiologiques et morbides, on avait recours alors à l'intervention de la divinité ; et même pour l'influence des causes. on supposait le plus souvent l’action du ro Getov, du quid divinum. Les médecins à cette époque prétendaient tenir des dieux les préceptes qu'ils nous ont transmis; cette pensée régnait exclusivement dans nos écoles » et on en retrouve encore aujourd’hui des vestiges sur les murs de nos amphithéâtres , comme un débris vénérable du passé. N'oublions pas qu’alors comme aujourd’hui on recueillait des faits, qu’on cherchait à les interpréter, mais que presque toujours l'interprétation était thaumaturgique.

Après bien des siècles est arrivée L'ÉPOQUE CRITIQUE ; on s’est permis d'examiner les opinions jusque-là adoptées sur la parole du maître, on a fait écrouler les échafaudages les plus brillans et les plus solides en apparence. Le génié destructeur semblait seul dominer, mais cette destruction était une nécessité ; il fallait secouer l'autorité des autres hommes » il fallait abandonner une routine meurtrière pour revenir au doute de Descartes , et pour faire enfin une application constante de la méthode expérimentale.

Nous sommes aujourd’hui dans les incertitudes d’une Gpoque de transition, c’est-à-dire que, avec quelques restes de la première époque, avec quelques débris de fausses théories, nous entrons dans une critique hardie et puissante, Il est même à remarquer que les derniers thaumaturges ont acquis beaucoup plus de gloire

vi] par leurs travaux critiques que par leurs théories; si l’époque critique est inhabile à construire sielle ne sait encore rien édifier sur le terrain qu’elle a déblayé, elle n’en a pas moins un mérite incontestable, celui de faire disparaître les préjugés, les erreurs et les absurdités; toutes choses ridicules dans les autres sciences, mais meurtrières dans la nôtre.

Enfin, une troisième époque arrivera sans doute ; déjà l'astronomie, la physique et la chimie y sont largement entrées, je veux parler de l’époque svsré- MATIQUE, de cette époque où la science, non des faits, mais des rapports que présentent entre eux les faits, est enfin en voie de perfection. |

Nous avons vu que toujours on a demandé des faits, que toujours on a prétendu s'appuyer sur des faits ; les faits particuliers ne manquent donc pas en médecine ; je dirai plus : si on persiste à les entasser comme on le fait aujourd’hui, et dans les journaux, et dans les mémoires, et dans les publications de toute espèce, on finira par en encombrer, sans aucun fruit, non la science, mais les bibliothèques. Là en effet où il n'ya que des faits isolés il n’y a pas de véritable science ; nous amassons donc des richesses stériles; et à moins qu'il ne se rencontre enfin un homme d'une trempe supérieure, un homme qui sache trouver les rapports que les faits ont entre eux, discerner les liens systématiques qui les unissent , nous irons nous perdre infailliblement dans cet amas indigeste d'observations et de faits particuliers.

vif]

Il y a deux écueils principaux à éviter ; d’abord celui qui consiste à amasser indéfiniment des faits particuliers, dans la fausse persuasion que lorsqu'on aura par devers soi une immense quantité de faits, les rapports se présenteront d'eux-mêmes ; fausse persuasion , dis= je, erreur grossière , car s’il en était ainsi, les faits déjà recueillis présenteraient du moins quelques traces premièresd’une mutuelle dépendance, offriraientàl’esprit quelques-uns de leurs rapports; or, comme cela n'est pas, nous sommes forcés d'admettre ou que jusqu'à présent les faits ont tous été mal observés, ou que les phénomènes de la vitalité sont iellement variables , tellement individuels , qu’il sera à jamais impossible d’en inférer des lois générales ; car, comme le dit Fontenelle, « des vérités de fait, lorsqu'elles « sont isolées , semblent avoir été détachées, par une « espèce de violence , les unes des autres , et chercher « mutuellement à se réunir. »

Le second écueil que je veux signaler, c’est cette méthode adoptée depuis peu par quelques médecins, qui consiste à recommencer, chacun pour soi, la médecine ab ovo, et cela à l’aide le plus souvent d’une soixantaine d'observations, dédaignant complètement les travaux des autres médecins. Supposez qu’on suive exclusivement désormais cette méthode, que chaque médecin recommence imperturbablement la science médicale, comme si rien n'avait été fait jusqu’à lui et en même temps que lui, qu'en résultera-t-il ? sinon

que l'ignorance tendra à se perpétuer, et qu'une fois

JX entrés dans cette ornière présomplueuse nous retournérons immanquablement à l’époque thaumaturgique.

Ce n’est pas tout. À entendre les applaudissemens donnés par quelques médecins aux progrès des sciences physico - chimiques, qui ne se croirait revenu au temps de l’iatro-chimisme ? Les sciences ne sont réellement médicales que lorsqu'elles tendent et convergent simultanément vers ui but commun, qui n’est autre que celui de guérir. La médecine est assez belle en elle-même pour n’avoir que peu de chose à réclamer des sciences qu'on est convenu d'appeler ses Sœurs: c'est ce que Stahl avait parfaitement compris; aussi, dit Bichat, ses ouvrages offrent l'avantage réel de négliger tous ces prétendus secours accessoires qui écrasent la science médicale en voulant la soutenir. Considérée philosophiquement, et lorsqu'elle vient à s'occuper exclusivement de l’espèce humaine, la science médicale offre des sujeis dignes d’une assez haute méditation ; l’homme alors esi étudié dans ses attributs les plus brillans et les plus élevés; d’une part en effet nous avons à examiner l'intelligence humaine et ses opérations, les centres nerveux de la vie de relation et leurs phénomènes sensitifs ; d'autre part, nous avons à considérer l'innervation de la vie organique, ses caractères particuliers, et les déterminations instinctives.

Il est cependant des liaisons qu’on ne saurait méconnaître, je veux parier de celles qui existent entre les sciences physiologiques et la pratique médicale ; ces liaisons sont naturelles et intimes puisqu'elles ré-

sultent de tout ce qui doit être compris dans la science de l’homme. |

Je reviens à mon thème spécial, savoir , que l’emploi raisonné et méthodique de la méthode expérimentale peut seul nous faire sortir de ce dédale de systèmes et de théories erronés. Il ne suflit pas en effet d’avoir entre les mains un instrument précieux , il faut que les mains soient en outre dirigées par l’intelligence, et c’est pour avoir mal compris cette nécessité que tant d'essais infructueux ont retardé les progrès des sciences médicales; tous nos erremens vicieux tiennent à cette cause première; et, en effet, comment a-t-on procédé, pour en veniraux exemples, lorsqu'on est entré dans l’histoire des maladies, et

surtout lorsqu'il s’est agi des deux maladies qui vont nous occuper ? Le voici.

On a commencé par poser en principe, comme un axiôme sans réplique, que toutes les causes des maladies qui afiligent l'espèce humaine résultent uniquement des diverses modifications que peuvent éprouver les agens qui nous entourent, tandis que ces agens, tout en restant les mêmes , peuvent causer une foule de maladies, tandis qu’il est des causes de l'hypochondrieet de l'hystérie, par exemple, qui surgissent de l'économie elle-même par le seul fait de son développement vicieux ou anormal, développement qui ne reconnaît lui-même pour cause qu'une mauvaise organisation primitive; il en est encore, et nous aurons

occasion de le prouver dans le cours de cet ouvrage, il

nn

sc en est que l'esprit humain se plaît en quelque sorte à créer lui-même, dont il est seul auteur, qui n'émanent que de lui.

Pour arriver, dit-on encore, à la détermination des modificateurs morbides, il faut les apprécier à l’aide des instrumens de physique, du baromètre, de l'hygromètre, du thermomètre , etc. Ceci est encore plus erroné ; les agens ne deviennent modificateurs qu’accidentellement , ils ne sont pas essentiellement modificateurs , c’est-à-dire qu'ils ne le deviennent que dans leur mode éventuel d’action sur l’économie animale, ou mieux dans le mode de réciprocité qui s'établit entre le corps impressionnantet le corps impressionné; c'est donc cette action qu'il faut étudier expérimentalement, et non le modificateur en lui-même. Aussi voyez ce qui arrive dans les grandes épidémies : on apprécie parfaitement tous les modificateurs connus de la vie, on les analyse et on en tient compte, et puis après tout on les abandonne pour en revenir au divinum quid des anciens. Pour les maladies endémiques, même impuissance de notre part; tous nos moyens d'investigation deviennent inutiles. En somme, c'est mal employer la méthode expérimentale que de rechercher la nature en quelque sorte moléculaire des causes; c'est encore mal l'appliquer que de se baser sur le mode de transmission des maladies que ces causes engendrent; ce qu’il y a de mieux à faire, c'est de reprendre ce qui a déjà été tenté, c’est-à-dire, de s'attacher aux modifications premières par lesquelles

xi] se révèle l’action des agens sur la vitalité ; qu importe ici que les phénomènes produits soient obscurs en euxmêmes, il suflit d’être assuré de leur existence et de leur manifestation constante à l’occasion des mêmes causes. C’ést surtout dans le mode d'investigation des symptômes que l'emploi de la méthode expérimentale est peu raisonné ; que demande-t-on, qu’exige-t-on du médécin pour ces sortes d'opérations ? qu'il ait des sens exquis , que sa vue soil perçante , qu'il ait le tact délicat, l’ouïe fine, etc., etc. On s'occupe si peu de procéder philosophiquementdans l'appréciation des symptômes, qu'on ne salt vous dire autre chose, sinon qu’on les découvre à l’aide des sens, et partant de là, on les divise en tant que vous les découvrez à l’aide de la vue, de l’ouïe, de lodorat, etc., etc. ÂAssurément on découvre les symptômes à l’aide des sens, qui peut l’ignorer ? Maïs ce qu'il y a de plus difcile, ce n’est point leur découverte; ce qu'il y à de vraiment médical , ce qui révèle l'homme de talent, c’est l’appréciation raisonnée de ces symptômes, c'est leur transformation en signes, et pour arriver à ces résultats , il faut nécessairement connaitre leurs rapports, soit de communauté, soit de particularité, soit de filiation, soit de causalité, etc. , etc. ; et quant à leur appréciation posthume, elle n'est pas à négliger, mais elle ne doit pas occuper le premier rang. Non-seulement on a suivi de fausses routes, comme je viens de le dire, pour arriver à la connaissance des

sympiômes, mais on s'est encore attaché à poursuivre

xl] des travaux inutiles ,et qui ne pouvaient conduire à rien de philosophique. Ainsi on a tenu à classer les symptômes ; c'était une tentative absurde : les expressions symptômatiques ne peuvent être abstraites des maladies , ces expressions se groupent d’ailleurs naturellement à mesure que telles ou telles maladies se développent; et pour en venir encore aux exemples, qu'est-ce qu'une catégorie de symptômes statiques ? Que faut-il entendre par symptômes dynamiques ? Comment concevoir des symptômes qui revêtent une forme passive, tandis que d’autres affectent une forme active ? surtout lorsque dans la forme active on place sérieusement l’ënsensibilité et la paralysie? N'est-ce pas s’amuser à vouloir diviser ce qui ne saurait être divisé ? Et enfin pourquoi appeler symptômes statiques des changemens de couleurs, de formes, de situation, etc.? Ce ne sont point là des symptômes, mais bien des altérations anatomiques, d’où surgissent des symptômes particuliers : or, peut-on supposer que des sympiômes produisent des sympiômes ? |

Il est une prétendue découverte qu’on attribue bénévolement à notre âge, et qu'on regarde en quelque sorte comme son plus beau titre d'honneur ; je veux parler de la localisation des maladies, découverte qui n'en est pas une, et qui a conduit à des assertions entièrement dénuées de fondement. La localisation en effet, loin d’être universelle et constante, est à peine possible dans l'espèce humaine, parce que l’homme conserve à peine quelques traces de l’indépendance

première des fonctions, comme j'ai cherché à le prouver dans un travail relatif aux déterminations instinctives (1). Chez les animaux des classes inférieures, la localisation est plus possible ; chez le fœtus humain elle l’est encore, bien qu’à un moindre degré ; chez l'homme les réactions sont presque toujours générales, et surtout lorsque son intellect participe à ces réactions. Les maladies ne sont à proprement parler, comme le dit M. le professeur Cayol, que des réactions soit générales , soit locales, déterminées et soutenues par les forces de la vitalité. Non-seulement de locales elles peuvent devenir générales > Mais encore , suivant la remarque des anciens, de générales les réactions peuvent devenir locales. C’est en ce sens qu'il faut entendre les expressions aujourd’hui surannées de fièvres pleurétiques, pneumoniques, céphaliques, etc. ; il existe en effet une époque première dans laquelle l'organisme , encore sous l'impulsion d’une influence large et puissante , telle que celle qui résulte des vicissitudes atmosphériques, des émanations méphytiques, des empoisonnemens miasmatiques, etc., reste comme frappée d’un ébranlement général , jusqu'à ce que la puissance vitale, apportant pour ainsi dire de l’ordre dans la réaction, pour fonctionner anormalement, l'affection paraît se localiser, spécialement pour ce qui est de ses résultats matériels , Jusqu’à ce

(7) Mémoire lu à l’Académie royale de médecine, séances du 18 septembre et du 16 octobre 1832.

que ces résultats, agissant à leur tour, provoquent de nouveau une réaction générale. |

Rarement les réactions deviennent générales par le fait d'un obstacle mécanique , soit que cet obstacle ait été apporté par l'effet d’une cause traumatique , soit qu'une affection morbide, née dans l'organisme, l’ait développé spontanément ou dans un canal , Où dans un réservoir, ou dans une cavité quelconque. Les phénomènes qui se développent alors à tergo sont presque toujours très-bornés; c’est la réaction de la vitalité qui est la plus fréquente, la plus grave, et celle qu'on s'attache le moins à connaître, parce qu'elle est en effet assez réfractaire à l'emploi de la méthode expérimentale.

Quoi qu’ilen soit, où ne peut se le dissimuler, et cette vérité a été proclamée par l'antiquité toute entière, il y a dans l'ensemble des effets morbides une tendance conservatrice, et la fièvre elle-même , Soit consécutive, soit primitive , n’est autre chose qu'un consensus d'efforts conservateurs. Eh , quoi : dira-t-on, mais la fièvre peut tuer! Sans doute elle peut tuer, et sans rien arguer néanmoins contre le principe que nous venons de lui assigner, Ce sont les instrumens \ ou plutôt c’est le matériel des instrumens qui manque alors , et voilà tout. Cet accident peut arriver d’une manière tellement évidente, qu'il est impossible de ne pas en être convaicu. Rendons le fait sensible par un exemple: croyez-vous que la puissanie contraction musculaire suscitée dans un homme pour le soustraire

Page 1