LL
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Nous ne chercherons pas ici à déterminer quels nouveaux agens viennent tout-à-coup mouvoir si violemment les muscles locomoteurs , lorsque les opérations de leur régulateur naturel, de l’entendement, sont en partie suspendues, et que la volonté est päralysée ; il nous suffira d’abord d'en apprécier les effets. [ls sont, avons-nous dit, d'une violence extraordinaire ; quelquefois la malade pousse subitement un cri aigu, sauvage , semblable , suivant quelques auteurs , au hurlement d’une bête féroce , et les convulsions sont bientôt portées au plus haut point. «Le « tronc et les membres, dit Georget, se fléchis- « sent et se redressent alternativement avec une « telle force, que cinq ou six personnes ont peine « à contenir la malade , quand une seule suffirait « hors le temps des attaques. »
Quelle est donc la nature de ce nouveau principe qui communique tant d'énergie à un être si faible lorsqu'il régle lui-même ses mouvemens?
Îl faut en convenir, les moyens que Ja nature emploie, lorsqu'elle doit arriver ou lorsqu'elle cherche à arriver à un but déterminé, nous sont souvent inconnus ; mais le but n’en existe pas moins , et ici il y en a un, on ne peut le nier; c’est le but de toute réaction symptômatique dans Vétat morbide , c’est-à-dire , la neutralisation ou
SYMPTOMATOLOGIE. 251 l'élimination d’un agent nuisible hors de l’économie. Mais quel est l’ordre de cette réaction ? quel en est le principe? quel agent doit être éliminé ou neutralisé dans l’hystérie? nous Pignorons complètement. Néanmoins, c’est un fait d'observation que toute douleur détermine , lorsqu’elle devient excessivement intense , des convulsions plus ou moins violentes. | À
Je sais qu'il serait difficile de trouver pour le cas qui nous occupe des comparaisons dont les termes fussent tout-à-fait analogues. Ainsi, 1l n’en est pas ici comme d’une inflammation locale développée autour d’une épine , inflammation évidemment éliminatrice ; il n’en est pas m éme comme de l’état de réaction générale connu sous le nom de fièvre, et qui n’est autre qu’un consensus général d'efforts éliminateurs. Toutefois si, dans le premier degré de l’hystérie, les mouvemens musculaires suscités et dirigés par la volonté nous paraissent et sont en cffet soutenus pour résister à un agent nuisible. la douleur, n'est-il pas naturel de penser que, dans le second degré de cette maladie, les mouvemens convulsifs dépendent aussi d’une réaction de lorganisme , bien que cette réaction ne soit plus sous la dépendance de la volonté.
Assurément ces mouvemens nous paraissent
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désordonnés | plus nuisibles qu’utiles aux maladés, capables même, en certains cas, de causer à eux seuls leur perte ; mais s’ils nous paraissent ainsi suscités par une force aveugle , c’est que nous ne connaissons ni cette force ni la raison de ses effets.
Dès que les opérations de lintelligence humaine sont suspendues , dès qu’elle ne préside plus aux mouvemens de l’organisme, ou que ces mouvemens, naturellement en dehors des fonctions intellectuelles, suivent une marche insolite et à nous Inconnue , nous nous croyons fondés à croire qu'il n’y a plus de puissance directrice, et que tout est perdu s! la médecine ne vient rétablir l’ordre. |
C’est une erreur qui tient à la révise de nos connaissances et à la présomption de nos savans.
Dans l’état de santé, ne voyons-nous pas parfois ces prétendues anomalies conduire à un but évidemment salutaire ? Cherchons - nous alors à nier ou même à révoquer en doute ce but salutaire vers lequel la nature nous dirige d’une manière si étrange ? Non, sans doute, et nous allons le faire voir.
Nous avons vu tout-à-l’heure dans l’hystérie les mouvemens musculaires soumis, dans le premier degré, c’est-à-dire, lorsque les douleurs
étaient peu intenses , à l'influence de la volonté ; tandis que dans le second degré, les douleurs étant devenues atroces, il ÿ avait perte de connaissance, et mouvemens convulsifs évidemment suscités par un nouveau principe d'action, inconnu dans sa nature , mais capable de tripler et de quadrupler même les forces ordinaires de l'individu. Il en résulte que les mouvemens ont trouvé leurs mobiles dans deux sources bien distinctes ; les uns, dans la volonté, c’est-à-dire, dans l'intelligence ; les autres, dans un principe éminemment énergique , c’est-à-dire, dans le principe de toute réaction organique : eh bien! je le demande, ne voyons-nous pas un ordre de choses tout-à-fait analogue dans lés phénomènes instinctifs, dans ces séries de mouvemens et même d'actions à l’aide desquelles l’homme, ou veille lui-même à la conservation de sa vie, Ou obéit à une force qui veut la lui conserver? En ellet, et Je ne vais répéter ici que ce que j'ai dit ailleurs (1), qu'un danger ordinaire le menacé ! c’est son intelligence qui lui inspire des moyens de salut, qui hâte et règle ses mouvemens ; en un mot, qui se charge de le soustraire à ce dan-
” (1) De L'Instinct et des Déterminations instinctives dans l'espèce lu-
maine ; mémoire lu à l'Académie royale dé médecine.
254 SYMPTOMATOLOGIE.
ger. Aussi l’homme intelligent l’emporte-t-il sur l’homme médiocre dans ces momens critiques ; mais qu’un affreux péril bouleverse tout-à-coup son entendement, qu'il anéantisse toutes les forces de son ame, il serait perdu, si, par une prévoyance admirable de la nature, 1l n’existait en lui, et comme en réserve, un autre principe de déterminations , un principe tout organique , tout puissant, qui ne raisonne pas, mais qui agit, qui ne crie pas à l’homme de se sauver , mais qui le pousse en arrière et larrache à la mort. C’est le principe des actions instinctives, principe commun à l’immense chaîne des êtres organisés, mais dont l’homme civilisé n’offre guére que des vertiges, parce que son intelligence, en se perfectionnant, tend sans cesse à effacer et à faire disparaître tout ce qu’elle a d’analogue avec les classes inférieures.
Si donc, dans les grands efforts de la nature chez l’homme malade , nous ne reconnaissons ni nos moyens, nt nos règles, ni nos lois: siles expressions symptômatiques des maladies nous paraissent alors ou étranges ou désordonnées, nous nous hâtons de leur refuser une force directrice , c’est que nous ne savons pas les comprendre, n’en aocusons que nous-mêmes. Rien de plus différent que‘la voix de l'intelligence et celle
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de la puissance vitale ; pour s’en faire une idée, il n’est pas même besoin de recourir aux divers états morbides. Écoutez le cri distinct et articulé de homme qui mesure un danger et qui appelle ceux dont il espère un prompt secours, c’est le cri de la raison ; il est accentué et soutenu par l'intelligence : aussi va-t-il éveiller tous ceux qui ont vécu en société avec lui. Écoutez, au contraire , le cri de ce même homme, lorsqu'un affreux danger a frappé de stupeur et aboli son intelligence : c’est le cri sauvage de la puissance vitale ; il est perçant, douloureux, terrible ; non- ou il va droit au cœur LA he les his mains , Mais, Comme l’a remarqué un naturaliste cad les animaux eux-mêmes ne peuvent l’entendre sans terreur.
Ceci est devenu une digression: Reprenons l'examen de nos deux maladies. Dans l’histoire symptômatique de l’hypochondrie, nous n’avons rien vu de semblable aux phénomènes äes deux degrés de l’hystérie. L’affection était grave, Sans doute, et d'autant plus grave qu’on ne pouvait guére, espérer de la voir s’amender par le bénéfice des progrès de l’âge ; mais dans aucune période les symptômes ne s’élevaient aux violentes perturbations des phénomènes hystériques ; nous avons déjà donné une idée de cette violence, et
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nous y reviendrons encore ; car, en vérité , plus on ysonge, et plus onsérait tenté de se demander, en employant le langage etla manière de raisonner de Roussel et de M. Louyer-Villermay, comment il se fait qu'une maladie si peu analogue avec la constitution de la femme lui soit réservée; comment il se fait que des efforts physiques si puissans et si difficiles à dompter soient commandés à des membres dont les formes sont si douces et les contours si gracieux ? Quoi qu'il en soit de cette atteinte portée à la philosophie des causes finales, entrons dans l’examen du premier degré de l'hystérie . et apprécions les nombreuses différences qui se montrent entre ses symptômes et ceux de l’hypochondrie.
S XX. Premier degré. Ce que nous avons déjà dit de notre division en deux degrés suffit pour montrer qu'ils ne sont pas constitués arbitrairement par une ligne de démarcation équivoque , comme le sont la plupart des divisions systématiques , puisque , indépendamment de l'intensité de tous les symptômes, le point de départ des convulsions change complètement dans le second degré. ;
Tous les auteurs conviennent que , peu de temps avant le développement de laccès, les femmes éprouvent des variations remarquables
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dans leurs habitudes morales ; qu’elles sont en proie aux idées Les plus tristes ; qu’elles recherchent la solitude, etc. On croira peut-être icireconnaitre quelque analogie avec les premiers phénomènes de l’hypochondrie : ilne sera pas difficile de prouver qu’il n’y a rien de semblable alors. Dans l’hypochondrie, la tristesse est raisonnée ; elle est le fruit de longues méditations faites par le malade sur les maux qu'il a éprouvés ou sur tous les maux qu’il croit devoir redouter ; aussi sa tristesse est-elle continue , monotone , et rarement interrompue par quelques éclairs de gaieté ; la présence du médecin, s’il a confiance en lui, peut seule amener quelque sécurité dans son esprit ; àa mesure que le médecin lui parle, on voit sa physionomie devenir moins sombre; et s’il reprend de lespoir, ses maux réels eux-mêmes ne tarderont pas à diminuer. Les grands maîtres de l’art, et Baglivi en particulier , ont senti toute l’importance de ces effets; nous y reviendrons plus au long dans la section de cet ouvrage consacrée au traitement de l’hypochondrie.
+ Dans l’hystérie, au contraire , soit comme préludes, soit comme symptômes critiques, les pleurs et les éclats de rire sont des phénomènes nerveux ; ils n’indiquent en aucune manière l’état de l'ame ; ces deux genres de symptômes sont for-
258 SYMPTOMATOLOGIE.
cés, automatiques , organiques, et m'ont pas a de valeur l’un que l’autre. « La malade, dit
«€ Sydenham , n’est, en aucune facon, maitresse : d'y résister. » « Ces femmes, ajoute Astruc, « fondent en larmes sans sujet, et quelquefois «elles poussent des éclats de rire encore moins € raisonnables, » M. Louyer- -Villermay dit la même chose, et Georget avoue que l’état de malaise, de tristesse, de désespoir. ou de gaieté, dans Ts se trouvent les malades, est forcé.
Tantôt, en effet, il ya un tel besoin de pleurer que le visage est inondé de larmes, et tantôt on observe un rire convulsif qui va jusqu’à des menaces de suffocation.
Il résulte de ces remarques que dans Phypochondrie ces expressions symptômatiques indiquent toutes les nuances d’une véritable situation morale, c’est-h-dire, les diverses pensées qui agitent l'intelligence des malades, tandis que dans l’hystérie le point de départ n’est pas le même ; les effets sont même parfois en opposition avec le principe pensant , de telle sorte que la malade est effrayée des violens éclats de rire * qu'elle est forcée de pousser, et dont elle voudrait voir la fin. | S XXI. Indépendamment des deux degrés
que nous avons établis et qu’il n’est plus possible
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de méconnaître ; on peut encore, pour plus de clarté, diviser en deux séries tous les symptômes qu'on observe, soit dans le premier degré de l’hystérie , soit dans le second. Dans la première série, nous plaçons 1° les sensations anormales qui ont lieu dans les organes de la vie animale ; 2° les mouvemens insolites des muscles locomoteurs.
Dans la seconde nous plaçons 1° les sensations anormales qui $e passent dans une ou dans plusieurs des cavités splanchniques ; 2° les mouvemens insolites des plans musculeux des viscères qui y sont contenus.
Première série. Les malades, dit Georget, éprouvent une demi-heure , «ne ou plusieurs heures , quelquefois un ou plusieurs jours d’avance , des pesanteurs dans les membres, des engourdissemens , des frissons, un froid glacial , des inquiétudes, des impatiences , un besoin de les exercer, de courir, de sauter ; ete. Dés que l'attaque commence ; ces senisatiôns acquièrent une grande vivacité, mais presque toutes ont lieu alors dans les cavités splanchniques.
Les mouvemens insolites des muscles locomoteurs se réduisent , avant l’accès , quelques cortractions spasmodiques légères ; les autres muscles soumis à la volonté sont également agités par des contractions fréquentes et désordôonnées.
260 SYMPTOMATOLOGIE.
Mais, pendant l'accès, les grands muscles de la locomotion deviennent le siége de mouvemens considérables et continuellement répétés, soumis dans le premier degré à l'empire de la volonté , mais soustraits dans le second à son influence , comme nous l’avons dit , et alors portés à un point de violence extraordinaire.
DEUXIÈME SÉRIE. Sensations anormales dans les cavités splanchniques , mouvemens insolites dans les plans musculeux des viscères qui y sont contenus : vomissemens annonçant parfois que les convulsions sont bornées à l’estomac ; quant à l’utérus , ses convulsions n’ont été dbéele.
par mon ami et compatriote À. C. Beaudelocque que pendant ou immédiatement aprés le travail de l’enfantement. Georget, qui n’était pas luimême à l’abri des effets d’une idée systématique adoptée à priori , a commencé sa description de l’état convulsif par un tableau de toutes les douleurs que les malades souffrent dans la téte ; il semble à ces malades , dit-il, que Pon Long cette partie avec une on. ; à d’autres, qu’on la brise à gr'ands.coups de ren , etc. Etici Georget, qui se réservait de prouver que le point de départ. de l’hystérie: est dans le cerveau , est en oppositionavec la grande majorité des auteurs, qui donnent;comme premiers phénoménés de
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l'accès hystérique #ne impression sourde ou un mouvement obscur dans la région de la matrice : et le sentiment d’une boule qui semble partir de la matrice et se diriger vers le cou ; il en résulte que, toujours inspiré par la même idée, Georget a accumulé, autant qu'il la pu, les symptômes qu’on est porté à regarder éomme cérébraux.
Il y a donc deux choses à examiner ici : 1° les premiers phénomènes surgissent-ils de la région occupée par l'utérus? 2° les phénomènes hystériques les plus saillans dépendent-ils d’une affection de l’encéphale où d’une affection de l'utérus? Pour savoir si les premiers phénomènes des attaques convulsives de l’hystérie ont plus fréquemment lieu dans la région hypogastrique que partout ailleurs , il est besoin d’un nombre immense d’observations, nous devons donc nous en rapporter aux auteurs. Or, sous ce rapport, ou Georget n'aurait cité que des cas exceptionnels, ou presque tous les observateurs qui Pont précédé, ct quelques-uns de ceux qui l’ont suivi, auraient mal observé. Ainsi, en admettant un égal degré de bonne foi littéraire, on est porté à croire que la matrice , dans le plus grand-nombre de cas, est, au début de lattaque , le siége ou le point de départ de sensations diverses.
Personne ne s’avisera de nier, sans doute ,
262 SYMPTOMATOLOGIE.
qu'une foule de symptômes observés dans les accès hystériques ne soient la suite ou l’expression d’un état anormal de l’axe cérébro-spinal ; mais reste à savoir ensuite si cét état est idiophatique, comme le soutient Georget, ou sympathique et déterminé par l’état anormal du système utérin, comme le pensent les auteurs.
Il y a encore d’autres dissidences, 1° entre ceux qui ont localisé l’hystérie dans le sens de. Lepois, Wallis et Georget; les uns prétendent en effet qu'il s’agit alors d’unc irritation vasculaire; les autres au contraire d’une simple manière d’être nerveuse. 2° Entre ceux qui ne voient d’autre foyer que l'utérus :les uns soutiennent que cet organe cest enflammé chroniquement, les autres, qu’il est simplement névrosé. Pour résoudre des questions de cette nature, on n’a pas manqué de dire que le médecin doit interroger tous les organes et chercher ainsi la vérité de bonne foi. Mais cette manière de procéder,’ toute rigoureuse qu'elle paraît, n’est. pas sans difficultés, puisqu'il est beaucoup de cas, et Mere : pe nous semble en faire partie, où les. organes ne peuvent être interr ogés dir ectement, mais bien par la seule appréciation des symptômes. es
Mais ceci sera traité dans un autre lieu. Revenons à la marche symptômatique : que ce soit par
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le fait de la contraction des plans charnus des viscères, ou par les contractions successives des muscles de l'abdomen et du cou, comme expliquent Willis et Georget , il est constant que chez le plus grand nombre des malades une espèce de boule semble partir de lhypogastre, et quelquefois de l’épigastre, pour traverser la poitrine de bas en haut. |
Selon Chambon, Willis avait parfaitement développé la théorie de ce mécanisme (Halad. des filles, t. 1, p. 199). Mais il admettait comme cause prochaine une prétendue dégénérescence dans les esprits animaux. On sait que, dans l’antiquité, quelques médecins faisaient voyager la matrice depuis le lieu qu’elle occupe jusqu’à la gorge ; cependant, ils n’attribuaient pas à ce déplacement la gène de la respiration accusée par les hystériques. « Il ne faut pas en chercher la « cause dans la nouvelle position de la matrice, « dit Arétée, puisque leshommes peuvent éprou- « ver. ce symptôme, et qu'on l’observe dans les « affections comateuses. »
. Gette idée, émise par Arétée, est remarquable, mais ce médecin parait avoir confondu la constriction hystérique à avec le stertor, comme M. Louyer-
Villermay la confondué avec Le resserrement pharyngien, sensation pénible que,beaucoup de
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personnes éprouvent lorsqu'elles sont vivement affectées par quelque passion triste ; ce resserre ment a pour effet d'empêcher le passage des alimens de la bouche dans ’œsophage, et il est très-fréquent chez les hypochondriaques.
C’est pour éviter ces fausses analogies, comme le dit Baglivi, qu’il importe de bien analyser ces diverses sensations. Les auteurs n’ont pas constaté , dans le cours de l’ hypochondrie, des sympdits identiques à ceux que nous venons d’exposer. On a trouvé chez les hypochondriaques une gêne plus ou moins marquée dans la respiration , mais point de véritable constriction hystérique. Georget à pris acte de l’aveu de M. Louyer-Villermay, concernant le globe hystérique, parce qu'ayant établi que les accidens hystériques dépendaient d’une encéphalie spasmodique, il avait besoin de symptômes identiques dans les deux sexes. |
Mais, avec plus de philosophie, on aurait tenu compte d’une observation singulière relative aux bypochondriaques : c’est que rien n’est plus facile que de faire naître chez eux les symptômes les plus invraïisemblables. Dites à un hypochondriaque dont: la respiration est génée par des palpitations où par tout autre cause, qu'il doit probablement éprouver le sentiment
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d’une boùle qui remonte vers la gorge, et le lendemain peut-être il la sentira déstinctement. On n’a nullement prouvé que des hypochondriaques, privés de toute lecture de livres de médecine et de conversations médicales à ce sujet, aient décrit d'eux-mêmes et-invariabiement , comme le font les femmes hystériques , le trajet et les sensations produites par cette espèce de boule. M. Louyer-Villermay ne la fait partir, chez les hommes, que de lPépigastre ; 1l aurait pu la faire partir de tout autre licu, car les hypochondriaques se prêtent à tout. | Dans la gastro-entérite on observe parfois un symptôme remarquable, regardé pour un temps, par les auteurs, comme une maladie nerveuse spéciale , à laquelle ils donnaient le nom de pyrosis; c’est une sensation de chaleur plus ou moins vive qui part de l'abdomen, ét qui se propage le long de l’estomac et de l’œsophage jusqu’à la gorge ; elle excite même alors une sorte d’expuition comme dans l’hystérie. Tel était sans doute le cas de ce soldat qui, étant affecté d’une gastro-entérite, disait à M. Casimir Broussais qu’il sentait comme une boule partir de labdomen, et remonter jusqu'au haut de la poitrine. Georget , avons-nous dit tout-à-lheure, avait besoin de symptômes identiques dans les deux
sexes , ei Il s’est fondé sur l’aveu de M. Louyer- Villermay , pour avancer que le globe hystérique existe quelquefois chez l’homme.
M. Casimir Broussais a été plus loin : chacun sait que , pénétré des idées de son père, il les a adoptées toutes sans exception ; or, son père avait émis, sous forme de proposition, c’est-àdire comme un aphorisme incontestable, l’assertion suivante : « L’hystérie paraît être ratta- « chée à la même cause que l’hypochondrie, «qui n'est qu’une gastro-entérite agissant sur «le cerveau.» Donc il entrait dans les idées de M. Casimir Broussais de prouver que, non-seu- . lement le globe hystérique peut exister. chez l’homme , mais qu'il est effet d’une gastro-entérite , et il a trouvé un soldat affecté de cette dernière maladie, qui sentait aussi remonter dans sa poitrine le globe hystérique.
Georget a eu tort de dire que les auteurs ont considéré. sous le même point de vue : 1° les mouvemens de la matrice; 2° les vapeurs malignes ; 3° le globe hystérique. Les mouvemens de la matrice étaient supposés réels, puisqu'on ne trouvait d'autre moyen de faire cesser les accidens que de rappeler Putérus à sa place par des odeurs agréables.
Ilen était de même des vapeurs qui s’élevaient
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de l'utérus comme d’un foyer commun : on croyait à leur existence ; mais, pour ce qui est du globe hystérique que Georget nomme boule mystérieuse , les auteurs ne désignaient sous ce nom qu'un mode particulier de sensation ; et lorsqu'ils ont cherché à l’expliquer, ils ne se sont pas avisés de supposer qu’une boule püt exister dans l’abdomen et s’élever jusqu’au cou.
S XXII. Seconp pEGrÉ. Le second degré de l’hystérie offre encore moins d’analogie-que le premier avec l’hypochondrie ; si même son diagnostic différentiel est important, c’est moins pour faire distinguer l’hystérie de l’hypochondrie que de l’épilepsie, dont parfois elle imite la violence tétanique.
En effet , les points de contact entre l’hypochondrie et l’hystérie sur lesquels ont voulu s'appuyer les partisans de l'identité de ces deux maladies, n’ont Jamais compris. que des phénoménes vagues, peu marqués et insignifians : l’hypochondrie peut attaquer les femmes ; il en résulte que ses phénomènes ont pu se mêler à ceux de l’hystérie, et qu’on a pu alors arbitraire ment les confondre pour en former une seule maladie très-variée, très-incohérente, un Protée, un caméléon , etc.
Mais comme l’hystérie se montre souvent chez
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les femmes à un degré tel qu'il est impossible de trouver des attaques semblables chez les hommes, on a été obligé de recourir à d’autres suppositions, de ne voir dans les accès violens dhystérie qu'un mélange de symptômes hystériques et épileptiques. «Cependant , lés personnes « un peu exercées dans l’étude de ces deux ma- «ladies , dit Georget , ne peuvent pas se trom- « per, en observant les paroxysmes convulsifs «€ de Pune et de l’autre ; on les distingue chez un « même individu et dans une méme attaque. »
L'observation citée par M. Louyer-Villermay ( page 6), n’offre que quelques symptômes analogues à ceux de lPhystérie ; et d’ailleurs , ce sujet qui avait perdu deux de ses frères par des convulsions , n’éprouva qu’une seule attaque , et dans cette attaque, il y eut perte complète de connaissance et de mémoire.
L'observation d’Hoffmann est encore plus équivoque. Le jeune homme dont il parle était plutôt affecté d’une maladie qui répond chez les femmes à la fureur utérine , qu’à l’hystérie.
Quoi qu’il en soit , comme il n’est pas précisément de notre sujet de chercher à prouver que tous les symptômes bystériques sont exclusifs à la femme, mais bien que l'hystérie est une maladie parfaitement distincte de l’hypochondrie, nous ne
SYMPTOMATOLOGIE. 205 pousserons pas plus loin l'examen de cette question, qui d’ailleurs nous entrainérait trop loin.
Les phénomènes cagactéristiques du second degré de l’hystérie, fèls que nous lesconcevons, ne sauraient être confondus ,venons-nousdedire, avec ceux de l’hypochondrie ; il y a bien dans l’hypochondrie des espèces d’exacerbations et de paroxysmes, mais en quoi consistent ces exacerbations et ces paroxysmes cités par les auteurs ? Les exacerbations, disent les auteurs , sont marquées par des augmentations de souffrances, par des chaleurs et des douleurs de tête, linjection des capillaires de la face, de l’oppression, des chaleurs et des spasmes dans le ventre. Ces paroxysmes durent des semaines entières; il y a alors des souffrances plus vives que de coutume, etc. Voyons maintenant ce qui se passe dans l’accès hystérique porté au second degré, c'est-à-dire lorsque laxé cérébro-spiral réagit fortement, circonstance qui n’arrive jamais dans l’hypochondrie : |
Bien que la malade ne dirige plus l’action des muscles soumis auparavant à sa volonté, qu'elle ne soit plus maitresse des réactions, la perte complète de connaissance n'a pas ordinairement lieu ; les perceptions mentales restent souvent intacties ;: un profond sentiment de constric-
tion se fait sentir dans labdomen » S'élève vers là poitrine, et s'arrête vers la région du cou > qui semble se tuméfier ; la malide pousse des cris aigus, et presqu’aussitôt tOus les grands muscles entrent en convulsion. Lorsqu'il n'y a aucune complication épileptique , la figure prend des expressions variées, mais elle ne devient pas violette; les mâchoires sont fortement serrés ; les carotides battent souvent avec force , et les veines juguläires sont énormément gonflées ; l'abdomen est plus souvent gonflé que rétracté ; les mouvemens convulsifs sont brusques, énergiques et trés-étendus ; les battemens du cœur tumultueux et forts; souvent ceux des radiales restent dans une disproportion remarquable. La durée de ces attaques est ordinairement de quelques heures à les malades conservent presque toujours la conscience de ce qui s’est passé pendant l’accés; souvent même lorsqu’elles paraissaient avoir perdu complètement connaissance, elles avaient tout entendu sans pouvoir répondre ni manifester aucun signe d'intelligence. Après l’accés elles se sentent brisées, épuisées , leurs membres sont douloureux, et elles sont couvertes d’une sueur abondante. |
Les douleurs dont elles se plaignent alors viennent plutôt des membres que des viscérés con-
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tenus dans les cavités splanchniques , ce qui infirmerait l’assertion de Georget, que le trouble qui se passe dans les viscères thoraciques et abdominaux est presque toujours le résultat des spasmes auxquels les muscles du tronc sont en proie. Rien ne parait en effet moins probable que cette circonstance puisque, 1° avant les grandes convulsions, les malades se plaignent déjà de douleurs ou de constrictions dans l’abdomen; 2° il y a plus souvent gonflement que rétraction du ventre ; et enfin, les mouvemens musculaires des parois thoraciques et abdominales ne peuvent avoir que des effets peu marqués sur les viscères contenus dans ces cavités.
Nous avons à peine parlé de l'état moral dans l’intervalle des attaques ; il est très-différent de l’état moral propre à lhypochondrie. Les malades sont d’une susceptibilité extrême ; leurs idées sont trés-variées ; elles peuvent quelquef@is concevoir de vives inquiétudes sur leur santé mais ces inquiétudes ne font que passer. On les voit dans un même jour pleurer leur mort, et. s’abandonner à une joie immodérée. Ces malades ont l’imagination vive et variable ; si, cependant, les attaques prennent le caractère épileptiforme, leur intelligence finit par s’altérer et leur mémoire s’affaiblit.
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Dans lhypochondrie les malades sont aussi susceptibles, mais seulement en ce qui regarde leur santé ; leurs .idées sont monotones, elles roulent invariablement sur toutes les sensations qu’ils éprouvent; leurs inquiétudes sont continuelles; la joie des autres les blesse ; ils n’ont d'imagination que pour la peinture de leurs maux; leur intelligence se rétrécit parce qu’elle ne sort pas des limites d’une idée exclusive ; quant à leur mémoire , il suffit de parcourir leurs lettres consultatives pour voir qu’elle ne les abandonne jamais, et qu'aucun autre malade ne serait capable d'écrire une histoire plus détaillée et plus minutieuse de sa vie.
S XXIIL. SyNcoPES, MORTS APPARENTES. Nous n'avons pas voulu donner comme caractères différentiels de lhystérie, et encore moins comme dernier dègré de cette affection, ces états de mr t apparente dont parlent tant d’auteurs ,
rce que, d’une part, rien n’est plus rare, au rapport des bons observateurs, et d’autre part, parce qu’un nouveau degré ne pouvait être fondé que sur une intensité plus grande dans les phénomènes de réaction; or, alors tout paraît anéanti. Ces circonstances ne peuvent arriver, sans doute, que lorsque les réactions de la vitalité ont totalement épuisé la somme d’influx nerveux qui
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produit les mouvemens. Dans le second degré de Phystérie nous avons déjà vu que la puissance vitale semblait soustraire, momentanément, les fonctions locomotrices à l'empire de la volonté; qu'il ne restait à l’entendement que les perceptions comme moyen de relation avec ce qui nous environne ; de telle sorte que les malades, privées en apparence de tout sentiment pendant l'accès, ont cependant la connaissance de tout ce qui se passe près d'elles. Es | L'énergie de la volonté, à quelque point qu’elle soit montée , peut bien, en produisant de grands mouvemens musculaires, user assez d’influx nerveux pour que le repos devienne nécéssaire, indispensable même , afin de réparer ces pertes, mais elle ne saurait aller au-delà des limites ordinaires des forces de lindividu ; tandis que la puissance vitale wse rapidement, dans les violentes convulsions qu’elle produit, ce même influx nerveux. Aussi, après ces:sortes d'accès, les femmes hystériques sont-elles comme anéanties, ct c’est alors qu’elles peuvent rester, suivant les auteurs, dans un état de mort apparente. Ce qui prouve que linflux nerveux destiné aux mouvemens musculaires est seul épuisé , c’est qu’il peut arriver que les propriétés de la vie orgañique persistent encore alors dans toute leur plénitude.
La couleur de la peau, dit Arétée, est toujours animée, les yeux conservent de léclat , etc. Dans l'observation du Journal des savans de 1745, le corps de la femme dont ilest question resta huit jours sans Offrir le plus léger signe d’altération. - « Pourquoi Îes forces vitales, dit Bichat, sont- « elles encore quelque temps permanentes dans « la-vie interne , tandis que dans la vie externe « celles qui leur correspondent se trouvent su- « bitement éteintes ? C’est que l’action de sentir « et de se mouvoir organiquement ne suppose « point l'existence d’un centre commun ; qu’au « contraire pour se mouvoir et agir animale- «ment, l'influence cérébrale est nécessaire. » ler il y aurait encore à ajouter à Pidée de Bichat, mais nous ne développerons ce point de doctrine qu’à Particle de la naturé essentielle.
Quoi qu'il en soit de ces états de mort apparente et dé ce qui a lieu alors, rien d’analogue ne s’observe dans le cours de l’hypochondrie; les fonctions cérébrales sont presque toujours dans une situation pénible et qui ne doit pas être sans influence, sans douté, mais cette influence ne porte Jamais, comme dans l’hystérie, sur des aberrations de l’influx nerveux de la vie animale. Ce sont les fonctions purement mentales qui sont essentiellement affectées, et non les fonctions
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locomotrices. Plus tard les souffrances physiques attristent lame, mais , n'ayant aucune action par leur nature sur l’influx nerveux, elles ne produisent ni convulsions, ni paralysiés, ni morts apparentes. Bien plus, la somme d’influx rerveux ne souffre aucune perte ; | l’hypochondriaque n'ose en faire usage ; il'se croit accablé, anéanti, mais si quelque danger plus imminent que ses maladies le pressait tout-à-coup, on le verrait déployer les plus grands efforts. C’est le cas des malades affectés de monomanie nostalgiaque ; ils peuvent à peine marcher tant qu’ils sont sans espoir de revoir leur terre natale, mais mettezles sur la route de leur pays, ils retrouveront toute leur énergie et toutes leurs forces.
$ XXIV. Nous avons recherché plus haut si on pouvait établir des variétés dans l’hypochondrie, et nous avons vu que les auteurs avaient pris les diverses périodes de cette maladie pour autant de variétés.
Dans lhystérie, même erreur ; nous ne parlerons pas des espèces de Sauvages, regardées comme des variétés par Cullen, c’est-à-dire de l’hystérie chlorotique , ménorrhagique, stomachique , libidineuse , etc. ; Sauvages a voulu.former des espèces hystériques en raison de certaines causes, ou de certaines complications, et
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Cullen n’aurait pas dû les considérer comme des variétés. Mais examinons les bases sur lesquelles M. Louyer-Viliermay a établi ses deux variétés de lhystérie ,: variétés qu'il propose d’appeler hystéricisme et hystérie épileptiforme. « L’hys- « téricisme, dit-il, est une affection nerveuse « qu’on observe surtout chez les jeunes per- € sonnes de douze à quinze ans, dont la consti- « tution commence à se développer, et chez « qui l’éruption menstruelle se prépare, mais « n’a point encore eu lieu. L’utérus semble « alors exercer une réaction plus ou moins sen- « sible sur le reste de l’économie, et spéciale- “« ment sur le système nerveux général. »
il est évident que jusqu'ici l’hystéricisme n’est nullement défini; on peut bien soupconner dans quels cas il se montre, et à quelle OCCasion , mais on ne voit pas en quoi il différe de hystérie or- -dinaire , qui comprend déjà toutes ces circonstances , et qui est aussi une affection nerveuse , même suivant cet auteur. |
Pour appuyer son opinion, M. Louyer-Villermay rapporte deux exemples d’hystéricisme (75).
Dans le premier il n°y avait aucun symptôme d’hystérie, à l’exception d’une sorte de resserrement vers la gorge, symptôme pathognomonique suivant Astruc, insignifiant suivant Gcor-
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get; mais, dans tous les cas, incapable de constituer , avec des palpitations nerveuses , une variété de l’hystérie.
Le second exemple d’hystéricisme est moins équivoque sous le rapport des signes hystériques; on remarquait de la dyspnée, de légers mouvemens convulsifs dans les membres, revenant par attaque trois ou quatre fois par jour ; c'était donc une hystérie ordinaire peu grave, et qui ne s'élevait pas au second degré.
M. Louyer-Villermay a cité, comme exemples d’hystéricisme ; quelques jeunes personnes chez qui l’éruption menstruelle n’avait pas encore eu lieu, mais il a trouvé ses modèles d’hystérie épileptiforme parmi des femmes qui, selon elles et selon lui, car il les en croyait sur parole, ne pouvaient supporter la continence ; il a vu leurs maladies céder aux plaisirs de amour; ce sont ses expressions (p. 82), et si la femme qui fait le sujet de la seconde observation, a fini par éprouver de l'amélioration, bien qu’elle ait renoncé à tout commerce amoureux, il en trouve bravement la raison dans Popinion de la malade, qui lui avoue ingénuement que son tempérament s’affaiblit depuis qu’elle ne fréquente plus la société des hommes (p. 85)!
Il est bien facile de voir qu'il s’agit ici unique-
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ment d’une différence plus ou moins grande dans l'intensité des symptômes hystériques, conséquemment de divers degrés d’hystérie , et non de variétés. Quant aux causes que M. Louyer- Villermay attribue à ces variétés, elles ne sont rien moins que prouvées, et en cela il a été conduit par ses idées ordinaires sur la causalité de cette maladie; nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à ce sujet dans notre section de létiologie. |
S XXV. Crises. Il à été prouvé par nous que , dans l’hypochondrie , il ne pouvait y avoir que des crises partielles, parce que les affections secondaires pouvaient seules être jugées , tandis que l'élément hypochondriaque qui les avait suscitées et entretenues, rentrant dans le domaine des actes sensoriaux, paraissait affecter une permanence funeste. Nous n’avons pas trouvé dans cé principe, en cffet, les caractères d’une réaction organique ; peut-être parce que, essentiellement parlant, il avait trop peu de rapports avec les organes ; quoi qu'il en soit nous n’avons constaté que des crises partielles , et cela nous a paru une des conséquences de cette proposition du professeur Cayol, que « la réaction de l’organisme « peut être générale ou locale. » (Revue méd., Mat 1829.)
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Bien que l’hystérie soit une maladie apyrétique , comme les centres nerveux paraissent concourir à la production des phénomènes de réaction, et conséquemment la rendre générale, il peut survenir des crises, la maladie peut se juger.
On peut admettre les résultats critiques sans être forcé pour cela d'accepter les jours ou les nombres critiques. Dans la doctrine des crises elle-même, cette différence est établie ; on dit que telle maladie se juge ordinairement en un certain nombre de septenaires de jours ou de semaines, etc. , tandis que telle autre se juge à des époques indéterminées.
L’hystérie s’est quelquefois Jugée après un seul accès , d’autres fois après un grand nombre dattaques. Au rapport des auteurs, presque tous les modes de crises lui seraient propres. Ainsi, on l'aurait vue terminée par des sécrétions diverses, par des sueurs , des diarrhées , des urines abondantes , etc. |
Les urines claires et limpides, si fréquentes dans le cours de l’hystérie, ne paraissent pas avoir des effets bien marqués sur la durée de cette maladie ; les auteurs en parlent plutôt comme d’un phénomène ordinaire dans les différens degrés. On sait que ce symptôme est regardé par Sydenham comme inséparable de l’hystérie , mais
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il n’est pas constant, ct on le remarque dans d’autres maladies. | L’évacuation vaginale a été regardée par une foule d’auteurs comme un phénomène critique de l'hystérie, parce qu’elle a lieu, selon eux, à la'fin de chaque attaque, ce qui n’est pas exact, et Georget dit avec raison que c’est une allégation sans preuves, qui n’a pas besoin de réfutation. M. Louyer - Villermay prétend , de son côté.
et cela se conçoit avec ses idées sur les effets de la continence , que l’hystérie se juge le plus ordinairement par la sécrétion du mucus vaginal. Il m'aurait été trés-facile d'admettre cette derniére assertion comme un caractère différentiel de plus entre lhypochondrie et l’hystérie, puisque lhypochondrie n’a pas donné lieu à des suppositions de ce genre ; mais l’intérèt de la vérité me porte à la rejeter complètement. Sans doute il peut y avoir altération de sécrétion de la muqueuse vaginale; mais cette sécrétion, plus abondante que de coutume, surtout si elle est provoquée, ne peut avoir d'autre effet que d’aggraver les symptômes hystériques , puisqu'ellemême n'est que le résultat de la surexcitation de l’apparcil utérin. I s'établit alors un cercle vicieux. L’irritation génitale peut, comme irritation locale et comme irritation nécessairement
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suivie d’un certain collapsus, mettre fin à un accès, paroxysmum solvere; mais elle en prépare d’autres qui, si on a recours à ce même moyen, deviendront encore plus violens, et pourront enfin se compliquer de ce délire des sens, connu sous le nom de nymphomanie.
Non-seulement Âstruc a admis comme constante cette sécrétion, qu'il croit avoir lieu dans la matrice , mais il ajoute qu’elle produit une humeur , tantôt blanchâtre , tantôt grisätre et tantôt sanguinolente ; 1l explique encore la raison de ces différences : «La matrice , dit-il, exprime « cette humeur de ses vaisseaux laiteux ou de ses « glandes muqueuses ; elle est blanchâtre quand
«elle vient des vaisseaux laiteux, grisätre quand « elle vient des glandes muqueuses, et quelque- « fois sanguinolente quand les contractions irré- « gulières de la matrice y font crever quelques « pelits vaisseaux capillaires, etc. » Il y a déjà long-temps que des connaissances plus exactes en physiologie ct en anatomie ont fait justice de toutes ces suppositions ; mais il serait à désirer que l’observation plus attentive des phénomènes de l’hystérie fit rejeter aussi généralement les prétendus effets critiques de la sécrétion vaginale, lorsqu'elle a lieu; circonstance qui même n’est nullement probable, à moins qu’elle ne soit
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provoquée où par des attouchemens indiscrets, où par des pensées voluptueuses.
S XX VI. Dracnosric. L'esprit humain, naturellement paresseux , s’accommode parfaitement bien des symptômes pathognomoniques, parce qu’un symptôme de ce genre , pour peu qu'il soit évident, dispense de tout travail; et si, avec cela, on supposait un médicament spécif que en regard, rien ne serait plus facile et d’une responsabilité plus légère que lPexercice de la médecine ; mais il s’en faut de beaucoup que les choses se présentent de cette maniére. C’est de l’ensemble des symptômes que se déduisent les données diagnostiques; il faut que l'esprit du praticien les reconnaisse, les compare, les ; Juge et les convertisse.en signes ; indépendamment de la finesse du tact, il faut de l'étendue dans l’esprit pour saisir à la fois toutes les expressions d’une maladie ; ces conditions sont nécessaires dans la majeure partie des cas, et spécialement dans l’hystérie. Celui qui ne s’en rapporterait qu'aux symptômes pathognomoniques des auteurs tomberait dans de graves erreurs. Nous savons déjà ce que nous devons penser des quatre symptômes d’Astruc, c'est-à-dire, de l'impression sourde ressentie dans la région de la matrice, de la constriction du cou , du resserrement de la
poitrine et du globe hystérique. Ces symptômes appartiennent réellement à l’hystérie, mais ils pourraient manquer dans une attaque que la maladie n’en existerait pas moins. Quelques auteurs ont posé d’abord généralement en principe une supposition qui nous semble toute gratuite : c'est que le diagnostic de l’hystérie est plus facile lorsqu’elle est modérée, c’est-à-dire, à son premier degré, que lorsque l'attaque ‘est très-mtense ; ce qui, selon nous, est contraire aux faits, puisque, de tous les symptômes hystériques , les plus caractéristiques ont lieu pendant les attaques convulsives. Or, dans ce dernier cas, il n’y a guère qu’une seule erreur à éviter : c’est de confondre l’attaque hystérique avec l'attaque épileptique , tandis que , dans le premier degré de Phystérie, il y en a une foule ; et une des plus communes, c'est de la confondre avec. l’hypochondrie. Àstruc fait au sujet du diagnostic quelques remarques très-justes : « [l faut prendre garde alors, « dit-il, de ne pas trop déférer aux idées des « malades, qui sont dans l’usage de donner le « nom de vapeurs hystériques à toutes les peines, « les inquiétudes, les chagrins qu’elles ont, à tous « les accidens des mauvaises digestions qui leur «arrivent, à toutes les indigestions qu’elles se « donnent , à toutes les faiblesses où elles tom-
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« bent dans les maladies de langueur ou de con: € somption. » Par ces remarques, Astruc signale précisément une des causes qui font que les au: teurs regardent l’hystérie comme une maladie beaucoup plus complexe qu’elle n’est réellement. Quand il s’agit, en effet, de cette maladie, on admet trop facilement tout ce que racontent les femmes. | |
Non - seulement les femmes hystériques ne considérent pas ordinairement sous un jour trop défavorable les accidens auxquels-elles sont en proie, mais on voit souvent des phthisiques, des anévrismatiques , etc., se consoler en donnant le nom d’hystérie aux symptômes formidables de leur maladie, pour peu qu’à une autre époque ou en même temps elles aient éprouvé quelques phénomènes nerveux.
Pour les affections hypochondriaques, c’est le contraire ; les malades répugnent à se croire attaqués d’hypochondrie ; cette persuasion pourrait rendre un peu de calme à leur esprit : ils ne veulent pas s’y laisser aller. Selon eux, leurs maladies sont extraordinaires, difficiles à apprécier ; elles sont trés-graves , et presque toujours elles doivent avoir une issue funeste.
Îls voudraient bien, disent-ils, être hypochon-
driaques ; avec un esprit aussi ferme que le leur,
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PA
ils sauraient bientôt se rendre la santé. Mais non 5 ils ne sont que trop sürs de la gravité de leur maladie, et pour le prouver ils entrent aussitôt dans ces longs détails que nous avons déjà exposés.
Nous ne nous arrêterons pas davantage sur le diagnostic de l’hystérie. Nous n’avons voulu le considérer que relativement aux symptômes, c'est-à-dire partiellement, comme nous lPavons fait dans nos considérations étiologiques. Nous y reviendrons encore lorsque nous parlerons des terminaisons, de la nature essentielle et du traitement de cette maladie ; et c’est ainsi que le diagnostic différentiel de nos. deux maladies se trouvera en quelquesorte constitué de toutes pièces à la fin de notre ouvrage.
On à dit que l’hystérie peut être simulée. On a dit la même chose de l’hypochondrie (Georget). Eh bien ! même dans l'examen de cette question nous pouvons signaler des circonstances remarquables relatives à ces deux maladies.
On peut d’abord dire , en général, que toute maladie facile à imiter, toute maladie à effet, exprimée par des symptômes peu nombreux, mais très-extraordinaires, très-variables, trésétranges , sera fort souvent simulée par les femmes, même lorsqu'il ny aura aucun but apparent, aucun motif pour cela.
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Tout ce qui peut exciter vivement Pattention est du goût de la plupart des femmes.
Certaines affections mentales, tristes, peuvent encore être simulées, pourvu qu’elles soient de nature à inspirer de l'intérêt ; la mélancolie, par exemple. 3
Ainsi, on peut déjà prévoir que l’hystérie peut être souvent simulée ; il n’est pas de notre sujet d'indiquer les moyens de reconnaitre si elle est réelle ou non. Nous voulons seulement faire remarquer que, par la nature ou plutôt par la forme de ses symptômes, elle est dans la classe des maladies que les femmes sont portées à imiter. Si on en excepte les effroyables attaques du second degré, qu’il n’est pas au pouvoir des volontés les plus fortes de simuler, quoi de plus facile pour des femmes exaltées naturellement, ou exaspérées par de mauvais traitemens , que d'imiter un état dans lequel les variations du pouls sont très-souvent insignifiantes , la figure animée, le teint tantôt pâle, mais tantôt tréscoloré , la poitrine oppressée, et la respiration coupée par de profonds soupirs? un état dans lequel il n’y a que demi-perte de connaissance, convulsions plus ou moins violentes, lutte contre les personnes qui vous retiennent, et enfin dans lequel il faut s’en rapporter entièrement à la ma-
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lade pour tout ce qui concerne les sensations intéricures , les mouvemens spashodiques des viscères , les sentimens de constriction , etc., etc. ?
Que si maintenant nous jetons les veux sur l’hypochondrie, nous verrons un spectacle tout différent! Examinons d’abord sil y a des motifs pour qu’en certains cas cette maladie soit simudée, si ses symptômes par leur nature et par leurs formes peuvent être imités. +
Une opinion très-généralement répandue dans le monde, c’est que dans l’hypochondrie il n°y a que des maux imaginaires. Or, quel intérêt peutil jamais y avoir à se donner pour un homme affecté de maux imaginaires, c’est-à-dire, pour un maniaque à charge et à ennui à tout le monde; car ii faut être médecin, et médecin philosophe, pour prendre intérêt à la situation d’un hypochondriaque qui n’est encore atteint d’aucune maladie grave.
Il ne peut guère y avoir de motif assez puissant pour faire simuler une maladie, si ce n’est celui d’inspirer un vif intérêt ou d'échapper à des peines judiciaires. Les hypochondriaques, on le sait ct ils ne le savent eux-mêmes que trop sou: vent, sont insupportables dans le commerce de la vie privée, et la maladie dont ils sont affectés ne pourrait, dans le cas où elle serait simulée,
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m exempter d’un service pénible, ni faire décliner un châtiment lé, parce que, d’une part, le prétendu malade n’offrirait aucun organe matériellement affecté, aucune fonction gravement altéréc, et que, d'autre part, on sait que l’hypochondrie ne prive pas les hommes de leur raison.
Relativement aux symptômes moraux et physiques, quel homme, si ce n’est un véritable hypochondriaque, pourrait se tourmenter lui-même aussi cruellement et aussi ingénieusement? Quel autre pourrait passer sa vie dans des inquiétudes, dans des anxiétés et des angoisses aussi pénibles ? Et cela, non à certaines époques, en certains temps, mais chaque jour et dans tous les momens de l’existence. Qui pourrait se condamner à ces régimes étranges , examiner scrupuleusement ses déjections, etc., etc.? Il suffit d’avoir bien observé une fois toutes les perplexités auxquelles les hypochondriaques sont en proie, indépendamment de leurs souffrances physiques. pour être bien convaincu que, dans aucun cas, cette maladie ne saurait être simulée. .
Nous ne parlerons pas des névrosés digestives, circulatoires, etc., qu'on reconnait à des caractères particuliers, et encore moins des lésions organiques, personne ne s’aviserait de soupçonner qu'on put les imiter avec succés.
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SX XVII. Maintenant que nous avons examiné comparativement les symptômes de l’hypochondrie et ceux de lhystérie , il convient d’en faire une doublé et succincte récapitulation générale et de les placer en regard, afin de faire mieux sentir toute l’opposition de ces symptômes et dans leur mode de développement, et dans là nature des lésions qu’ils indiquent. Cette revue nous semble nécessaire parce que les raisonnemens dont nous avons semé cette section déjà fort étendue , ont peut-être contribué à à rendre moins fappatél les différences de nos deux maladies quant à leurs expressions symptômatiques.
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