C. Symptômatologie de Phystérie
S XVIHT. Nous avons distingué deux degrés dans le développement des phénomènes de l’hystérie ; et, bien que ces deux degrés soient marqués par des symptômes analogues, nous verrons qu’indépendamment de leur intensité et du nombre des organes qui en sont le siége, les symptômes qu’on peut appeler de réaction ont de plus, dans le second degré, un principe déterminant tout spécial et qu’on ne saurait méconnaître.
SYMPTOMATOLOGIE. 239
Pour l’hystérie, comme on le voit, nous ne nous servons plus du même langage que pour l’hypochondrie ; nous ne parlons plus de périodes ; et, en effet, pour qu’on puisse dire qu’une période s'établit et succède à une autre, il faut nécessairement que de nouveaux événemens, que de nouveaux symptômes succèdent à ceux qui formaient la première , sans toutefois constituer une maladie nouvelle, c’est-à-dire, en conservant-encore dès analogies, ou mieux des rapports avec les précédens ; ainsi ils en seront une des suites naturelles , ils resteront sous la dépendance des mêmes causes.
Avec des symptômes identiques , au contraire, on ne peut avoir que différens degrés, si ces symptômes sont susceptibles de se propager, de surgir d'organes nouveaux, ou même s'ils ne sont que susceptibles d'acquérir plus d'intensité. Ainsi, la brülure, par exemple, présente des périodes et des degrés; des périodes, en ne considérant que la succession des symptômes de l'inflammation première, de la suppuration , de la cicatrisation, etc.; des degrés, en ne considérant que l'intensité croissante des mêmes symptômes, suivant qu’ils résultent des désordres de la peau, du tissu cellulaire sous- cutané, des
muscles, etc., etc.
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Dans l’hypochondrie , nous aurions pu peutêtre observer, dans chaque période, des degrés plus ou moins marqués, si nous avions voulu tenir compte de toutes les nuances symptômatiques; mais nous avons trouvé trois périodes bien distinctes; la première marquée par un état moral particulier, et par de légers troubles fonctonnels ; la seconde , par des névroses, névroses trés-variées sans doute > Mais toutes empreintes de la tente hypochondriaque ; la troisième, enfin, par des altérations organiques non moins variées que les névroses, mais comme elles soumises encore à l’élément hypochondriaque. C’étaient donc des périodes, puisque les symptômes, tout en exprimant trois ordres de lésions diverses, conservaient des analogies et restaient sous la dépendance générale des causes de cette maladie.
Dans l'hystérie, il n°y a plus que des degrés, et nulles traces de périodes ; point de symptômes qu’on puisse rallier à divers genres d’altérations : ce sont toujours les mêmes phénomènes, qu'ils surgissent d’un ou de plusieurs organes, qu'ils se montrent successivement ou simultanément ; lésions de sensibilité, lésions de contractilité, altérations légères de séc étion. En dernière analyse, voilà tout; il n’y a rien de plus dans l'hystérie, et les phénomènes qui indiquent ces
SYMPTOMATOLOGIE. 241 lésions peuvent se montrer et disparaitre tout-àcoup, durer quelques minutes ou plusieurs jours ! se montrer d’abord faibles pour acquérir pro=gressivement plus d'intensité, ou même d abord avec toute leur violence, pour diminuer ensuite graduellement. Voyons néanmoins les- divisions des auteurs.
Nous re devons pas nous arrêter sur certaines suppositions admises dans l'antiquité , par exemple, sur les mouvemens qu'Arétée de Cappadoce attribuait à la matrice (De causis et signis actt. morb., lib. 11, cap. x). Cet auteur mentionne comme une circonstance ordinaire un état très-, rare de nos jours ; c’est-à-dire l’état de mort apparente, et dans lequel, suivant lui, la mort réelle peut arriver sans être précédée par un seul des signes qui l’annoncent ordinairement, Un ne trouve dans sa description d’autre ordre symMptômatique que la communication des phénomênes aux parties les plus excentriques, idée que nous verrons adoptée par la plupart des auteurs , parce qu’elle n’est pas tout-à-fait dénuée de fondement.
On sait que, dans des temps plus modernes, Willis a admis un autre mode de progression et qu'il a développé ‘une théorie toute particulière à ce sujet. Chambon de Montaux n’a guère fait que
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commenter sous ce rapport les idées d’Arétée ct d’Aétius. | ù |
Nous ne reviendrons pas sur les opinions de Sydenham , concernant les formes et la marche de l'affection hystérique : nous en avons parlé suffisamment au commencement de notre section des symptômes de l’hypochondrie ;'et d’ailleurs, dans sa dissertation, ou plutôt dans sa lettresur cette maladie, Sydenham semble n’admettre aucune succession , aucun ordre dans les symptômes.
Astruc distingue trois éfats différens dans la passion hystérique. Après avoir établi 1° « Que « l'attaque commence toujours par quelque im- « pression sourde, et par quelque mouvement « obscur que’la malade ressent dans la matrice ; « 2° que cet état est bientôt suivi d’un resserre- « ment du col plus ou moins grand, qui fait que «la malade se plaint d’étrangler ; 3° que la poi- «trine est en même temps resserrée par en bas « autour des fausses côtes, comme par un cercle « de fer ; 4° enfin, qu’on sent dans le bas-ventre « comme une boule qui roule et qui se promène « dans différens endroits, tantôt plus grande et « plus molle, et tantôt plus petite et plus dure. » Astruc ajoute que, dans le premier état, il y 2 toujours les quatre symptômes dont il vient
SYMPTOMATOLOGIE. 243
de parler, quoique faibles ; « mais la cOnnais-
sancé, dit-il, et le sentiment subsistent, de même que la respiration et le battement du
‘ cœur ct des artères, avec quelque peine et
quelque irrégularité que les différentes fonctions s’exécutent. » } On voit qu'ici Astruc a été en quelque sorte
amené à à le mot etat comme synonyme du mot degré
#3 La)
« Dans le SET état, outre les quatre symptômes pathognomoniques qui sont plus marqués, la connaissance et le sentiment se perdant, toutes les parties du COrps sont en souffrance a et comme agitées par différeris mouvemens convulsifs. Mais la respiration et le pouls subsistent quoique faiblement, et avecune plus grande irrégularité ; ce second degré du mal est plusrare. € Enfin, dans le troisième état, les mouve mens de parties cessent PITARRTS la respition même et le pouls paraissent cesser aussi : les malades restent immobiles, froides, sans sentiment , sans connaissance , sans apparence de respiration ni battement de cœur : ; enfin,
entièrement semblables à des mortes. Cet .
effrayant dure quelquefois assez long-temps.… Ilest si semblable à la mort , qu'on s’y est mépris. Ce dernier ‘état du mal, qui est très-
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« effrayant, est heureusement trés-rare. » (Mal. des femm., t.1v, p.59).
Cullen , après avoir décrit le type le plus commun de ce que l’on appelle accès hystérique , dit que les paroxysmes varient considérablement chez les différentes malades , et parfois chez les mêmes personnes en différens temps. Cet auteur a bien vu que les différences ne portent pas sur des caractères nouveaux , mais bien sur dessymptômes identiques , c’est-à dire , dit-il, sur le degré de violence et sur la durée de Paccès (1516, Méd. prat. de
À l’exemple d’Astruc , Pinel a établi trois degrés dans le développement des symptômes de l’hystérie. Premier degré : « Sentiment d’une « boule qui semble partir de la matrice, et faire «refouler vers lestomac une chaleur plus ou «moins vive , ou un froid glacial, en se portant «ensuite au cou et en gênant plus ou moins la « respiration ; dépression et tension de l’abdo- «men, quelquefois aussi gonflement comme « dans la poitrine . etc.»
Deuxième degré : « Dans les attaques d’hysté- Urie plus Zntenses , accroissement des symptônes précédens..….. Quelquefois, perte de con- « naissance, mouvemens convulsifs des mem- « bres, du tronc et de la tête.»
SYMPTOMATOLOGIE. :
: Troisième degré : « Dans les attaques portées
sb,
«au plus haut degré, suspension presque absolue « de la respiration et de la circulation... ‘Mort
« apparente et quelquefois réelle... Mépri- « ses funestes par une inhumation trop préci- « pitée, etc. »
On remarque que Pinel, comme nous venons de le dire, a suivi exactement la division d’Astruc ; ajoutons encore que, adoptant la pensée de Cullen, il ne voit dans les trois degrés qu’un accroissement progressif. dans l'intensité des symptômes.
M. Louyer-Villermay a suivi Pinel pas à pas dans sa division de l’hystérie en trois degrés; seulement il a ajouté quelques symptômes peu importans, il a donné plus d'explications, et il a rapporté très au long des histoires de morts apparentes et d’inhumations précipitées, d’après Plinele-Naturaliste, Lancisi, Vezale, et quelques autres. |
Il est inutile de donner plus d’étendue à &s citations ; elles suffisent pour montrer que, même en se trouvant opposés relativement à la nature et au siége de l’hystérie , les auteurs lom de ‘dire, comme pour l’hypochondrie, que des scènes successives de symptômes variés et disparates en
marquent le cours; les auteurs. dis-je . ont presq ; " LE
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que unanimement observé les mêmes symptémes; les degrés qu’ils ont admis sont toujours fondés sur l'intensité variable de ces symptômes.
Des quatre phénomènes qu’Astruc avait signalés comme pathognomoniques, Georget en a retranché au moins deux, puisqu'il les regarde au contraire comme assez rares ; pour lui les attaques convulsives forment le seul phénomène caractéristique de l’hystérie.
Quoi qu'il en soit de ces diverses opinions, nous n'avons rien vu avancer de semblable touchant le cours de l’hypochondrie; on parle bien de paroxysmes, d’exacerbations dans les symptômes des trois périodes , mais dans toutes les maladies les symptômes s’exaspèrent, soit par l’influence de nouvelles causes, soit sans cause appréciable, à une époque déterminée de la journée ; il n’y a donc rien d’analogue, comme nous le verrons plus tard, avec les attaques con- Mlsives décrites par Georget, et même avec les symptômes pathognomoniques d’Astruc.
Notre conclusion est facile à prévoir; nous avons voulu prouver, d'après les opinions émises sur l’hystérie, que dans la marche et dans le développement des symptômes de cette maladie , il n’y à toujours, bien qu’à des degrés différens,
SY MPTOMATOLOGIE. 247
que des phénomènes exprimant des lésions identiques depuis l'invasion jusqu’à la fin des accés ; tandis que dans l’hypochondrie, lesauteurs, qu'ils aient ou non écrit d’après des idées préconçues, onttrouvé et ont successivement exposé une foule de symptômes incohérens, sans pouvoir s'attacher à une série d'organes plutôt qu’à une autre.
Toutefois les phénomènes de l’hystérie offrent aussi quelque cifférence, puisque nous reconnaissons deux degrés dans cette affection; mais rappelons encore que ces différences portent non sur le mode de succession et de développement, sous ce rapport on observe les plus grandes irrégularités , mais bien sous le rapport de l'intensité et spécialement du principe déterminant.
Georget n’avait distingué que le rapport d’intensité , et il s'était fondé sur lui seul pour admettre cette distinction, qu’il donne comme bien tranchée ; une observation profonde et philosophique des faits nous a révélé une ligne de démarcation beaucoup plus précise et surtout beaucoup moins contestable.
Donnons quelques développemens à ce suJet :
S XIX. Notre division des phénomènes de lhystérie en deux degrés est basée, d’une part sur l'intensité de la douleur, quel que soit son caractère et en quelque lieu qu’elle existe + et
248 SYMPTOMATOLOGIE.
d'autre part sur le déplacement du principe dé-
terminant des mouvemens musculaires.
Si la douleur est modérée, comme le remarque
Georget, les convulsions sont peu intenses; elles
sont commandées par les douleurs et détermi-
nées par la volonté. « Les malades, ajoute cet
Len Où
auteur, cComparent elles-mêmes ce qui arrive
dans cette circonstance , à espèce de roidisse-
ment général que l’on oppose machinalement à toute sensation douloureuse, vive et instan-
. tanée.
« Ce qu'il y à de certain, poursuit Georget, c'est que, dans ces attaques, ce ne sont en général que les muscles employés dans les grands efforts qui sont particulièrement mis en mouvement ; ce sont les muscles des membres, du tronc, etquelquefois les élévateurs des machoires, tandis que les petits muscles de la face sont en repos, n’altèrent point lés traits, et donnent à la physionomie une simple expression de souffrance. Les convulsions consistent en de grands mouvemens de flexion et d’extension qui dénotent une suractivité musculaire plutôt
qu’un état morbide véritable. »
Tels sont en effet, avec quelques autres bien
moins importans, les caractères du premier de-
gré de l’hystérie ; ajoutons toutefois que, quelle
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que soit la violence des convulsions auxquelles nous allons passer , il n'y aura pas plus d’état morbide dans les muscles convulsés que dans le premier cas; il y aura encore suractivité contractile ; seulement il y aura bien plus d'intensité, et le point de départaura changé. Examinons les faits.
« Chez les malades qui perdent complétement « la connaissance, reprend le même Georget ; les « convulsions sont plusintenses,etserapprochent « davantage de lattaque épileptique.» Cet auteur ajoute plus loin quelques autres symptômes, mais ils appartiennent plutôt à l’épilepsie qu’à Phystérie, ou du moins ils indiquent que, dans ces cas, il y avait. complication des deux maladies ; ce qui peut très-bien arriver.
Ainsi, dans le second degré de Phystérie, il y a intensité excessive des douleurs, et le principe déterminant des contractions musculaires n’est plusle même ; celui qui succède est plus énergique, plus violent , plus déréglé, et incomparablement plus difficile à maitriser que le premier.
Le premier était dans l’encéphale , non que là fut aussi le siége de la maladie, Pesprit ne faisait alors que céder à linfluence d’une douleur qui se faisait sentir ailleurs, mais le point de départ des grands mouvemens de réaction existait là, et n’était autre que la volonté.