TABLEAU COMPARATIF DES SYMPTOMES
sent tout-à-coup, les phénomènes suivaps : cris douloureux et sauvages, perte incomplète de connaissance , quelquefois perte entière ; face vultueuse; cou énormément gonflé; battemens du Cœur tumultueux et violens; contractions des muscles locomoteurs enlevées à la volonté; convulsions générales effrayantes; efforts extraordinaires contenus à peine par plusieurs personnes; grands mouvemens de flexion et d’extension; expuition fréquente; quelquefois salive un peu mousseuse, mais point d’écume à la bouche. Neque spumat 05 neque in-
tro flectuntur pollices. Suffocation
souvent imminente, respiratio et ctrculatio ferè suspendentur.
T'antôt les malades bondissent sur leurs lits; tantôt elles offrent des roidissemens presque tétaniques ; quelquefois syncopes prolongées où pertes de sentiraent et de mouvement sans pâleur de la face, ni froid des extrémités; la durée des attaques peut aller à plusieurs heures.
Retour prompt à la connaissance.
Post convulsiones statim aû se redeunt ægrotæ.
Retour à la santé possible, mais rarement à une santé bien complète.
Tunc prognosis in hysterid quemadmodum ir morbo ferè semper adhic immateriali et dynamico, fausta
(Lœwenthal, 84).
qe,
$ LE « Malum vero hypochondriacum recens, « ac stbi relictum plus ferè molestiarum , quam « repentini exit habet : at énveteratum difficilli- « mam admittit curationem et accedente præser- « tim perversà medicatione , aut minüs accurato « regimine , in graviora éransit symptomata, « viscerum obstructiones, scirrhos, cachexiam, « hydropem , hecticam, etc. » (Fréd. Hoffmann, De malo hypochondriaco.)
Ces observations d'Hoffmann sont d’une grande inexactitude. Ilignorait, comme nous Île verrons plus tard , la cause prochaine et la nature essentielle de lhypochondrie ; cependant ces ré-
marques pratiques resteront, parce qu'il avait bien observé la succession des phénomènes morbides ; il est facile de prouver qu’elles trouvent leur application dans la théorie que nous avons donnée de l’hypochondrie.
Lorsque la maladie est récente, elle se termine rarement par la mort ; on ne conçoit pas même qu’elle puisse la déterminer ; plus molestiarum habet. C’est l’état moral de la première période ; “seulement il est à peu prés impossible de supposer la condition ajoutée par Hoffmann : sibi relictum. Toute autre maladie peut être. em effet, abandonnée à elle-même, et parfois le malaide ÿ gagne; les observations en faveur de cette opinion ne seraient pas rares. Mais l’hypochondrie , sous ce rapport, forme une exception unique peut-être; dans la premiére période, on peut dire qu’elle n’existe que par cela qu’elle n’est pas abandonnée à elle-même ; les médecins peuvent bien l’abandonner à elle-même, et cela arrive souvent, mais le malade peut-il l’abandonner ainsi, lui qui, à chaque instant, s y trouve rappelé par les sensations les plus vagues, et qui croit ne pouvoir en prévenir les suites funcstes qu'en s’eñ occupant sans cesse ?
On entend communément par maladie abandonnée à elle-même, toute maladie contre la-
quelle on ne dirige plus une médication quelconque, raisonnée ou empirique ; une maladie enfin qu’on abandonne aux seules forces médicatrices de la nature ; mais cette définition n’est plus applicable à l’hypochondrie. Admettons que les gens de l’art l’aient abandonnée, que le malade lui-même, ce qui est plus rare, ne fasse usage d'aucun médicament et ne se soumette à aucun régime particulier ; eh bien ! elle n’est pas pour cela abandonnée à elle-même, l'attention du malade n’est pas distraite pour cela de ses maux; elle est toujours dirigée, concentrée sur la perception de chaque sensation; elle tâche toujours d’en prévoir lissue ; en un mot Pesprit ne l’abandonne pas.
At inveteratum difficillimam admittit curationem. Elle est invétérée lorsque les organes sont névrosés, et difficile à guérir parce qu’alors il s’est établi un cercle vicieux difficile à rompre ; l'anxiété morale augmente en raison de la vivacité des douleurs, et celles-ci s’exaspèrent en raison de l'accroissement des inquiétudes. C’est la seconde période, plus rebelle au traitement que la premiére, parce que les névroses sont cntretenues par l’action de causes persistantes.
Hoffmann a mentionné ensuite une circonstance importante sous le rapport du pronostic,
c'est le passage de la seconde période à la troisiéme , éransit in graviora symptomata, et, de plaie il a rappelé en même temps les causes les plus capables d’effectuer ce passage, accedente præsertim perversé medicatione aut mins accurato regimine ; c’est en effet l'abus des médicamens qui détermine souvent des phlegmasies chroniques et des lésions organiques chez les hypochondriaques, comme nous avons vu dans la section précédente; ces lésions, Hoffmannles avait constatées : et il les énumère, viscerum odstructiones., scirrhos, Dee cp , y dropem , hecti- Can, elC. ; or, Cet état, qu'est-il autre chose, si ce n’est nôtre troisième période ? L'influence du | régime sur la production de ces affections n’a pas échappé à cet auteur, aut mins accurato regimine; peut-être aurions-nous préféré lire, aut nimium aëcurato r'egtInine , car c "est souvent à un régime trop exclusif, trop bien suivi, soit excitant, soit débilitant , que le malade doit en partie ses maux, moins peut-être encore au premier qu’au second ; si aux inquiétudes morales, en cffet, vous joignez une alimentaton insuffisante, il y a de quo ruiner les cônstitutions les plus vigourcuses ; c'est le sentiment de Baglivi : «Multi « cœteroquin s Sani et r'obusti parcé atque timidè « cibum sumunt ob metum, ne in cruditates et
« exindé in morbos delabantur cum reverä 0b « illum ipsum vanum timorem, morbosamque « imaginationem, non solùm exiguum illum ci- « bum malé digerunt, sed ob hoc in morbos « incidunt. » ( Baglivi, Ve medendis animi morbis.) | |
$ I: Le pronostic porté par Hoffmann , relativement à l’affection hystérique, est d’une toute autre nature, et il ressort évidemment de ses idées sur les différences qui séparent cette affection de lhypochondrie,
« Passio hysterica, inquit, ut ut valdé dira et « terribilis videatur, in se non aded periculosa sit; « nisi præpostera Curatio, vel perversum regi- « men accedat, vel in corpus incidat vaidè imbe- « cille et valetudinarium. » (Demalo hysterico.)
Il faut le dire cependant, lorsque l’hystérie se montre sous des formes aussi redoutables, sans entrainer immédiatement ‘la mort, on peut la regarder comme dangereuse, et dans le plus grand nombre des cas, elle n’est pas suivie d’une | guérison complète. Il est bien vrai qué ces convulsions effrayantes n’amènent pas ordinairement à leur suite la démence, comme on le remarque pour les attiques d’épilepsie, mais elles Jlaissént souvent des rétractions spasmodiques, des paralysies incomplètes, des tics bizarres, ete. Tou-
telois les restrictions que met Hoffmann à sa proposition lui donnent peu d’extension, caril est rare que l'hystérie arrivée à ce point, ou n’existe depuis long-temps, ou n'ait été exaspérée par des écarts de régime, ou enfin ne survienne dans une constitution déjà gravement affectée.
Le régime est ici, en effet, d’une grande importance ; ce n’est plus, comme il arrive souvent dans l’hypochondrie , une diète trop rigoureuse qui entretient la maladie; les symptômes s’exaspérent le plus ordinairement sous l’influence d’un régime trop excitant; et ceci trouve aussi son application pour la médication à laquelle on ne manquait pas de recourir pour un temps, et qui, loin de contribuer à la guérison, ne pouvait que l’entraver, puisqu'elle était presque toujours tonique et stimulante.
Îlest une complication qui rend le pronostic de l’hystérie très-fâcheux, c’est la complication de l’épilepsie; elle amène ces hystéries que quelques auteurs ont nommées épileptiformes, et elle peut mettre quelquefois de l’obscurité dans le diagnostic de l’hystérie.
Lorsque la constitution est trèés-affaiblie , comme Je suppose Hoffmann, le pronostic est encore assez sérieux, parce qu'il est très-difficile de remonter les autres systèmes au degré de
prééminence du système nerveux, c’est-à-dire de les équilibrer les uns par les autres. de
Il ne faudrait pas alors songer à affaiblir le système nerveux; comme nous le dirons dans la section du traitement , on connaît trop peu quels sont les véritables sédatifs de ce système, et l’affaiblissement qu’on croirait lui donner porterait probablement sur les autres systèmes.
Certaines terminaisons fâcheuses de l’hystérie ont été indiquées par le même auteur dans son énumération des lésions cadavériques observées par Vésale , Diémerbroeck et autres: mais il est douteux que ces lésions aient été des terminaisons directes de l’hystérie; elles coïncidaient peut-être avec cette affection , et on ne devait les considérer que comme des résultats prébables de diverses complications.
S IE. Suivant Astruc, le pronostic de l’hystérie roule sur deux points :
* La guérison est-elle possible ? 2° Cette maladie est-elle dangereuse ? :
On voit déjà que de ces deux questions, la premiére rentre dans l’autre, car une maladie n’est dangereuse qu’en raison de impossibilité de la guérir; aussi Astruc donne-t-il les mêmes réponses dans les deux cas : « 1° La maladie est-elle
guérissable? Rép. On guérit facilement là pas-
« sion hystérique quand elle ne vient que de la « Suppression ou du dérangement des règles, « des vidanges ou de la retenue de l'humeur «e spermatique trop àcre. 2° Ce mal est-il dange- « reux? Rép. À Pégard de la maladie, 6n voit “ que, quelque opimiâtre qu’elle soit , elle n’est « point ordinairement dangereuse fée elle dé- « pend de la suppression ou du dérangement des « règles, ou des vidanges ou de la retenue de « humeur spermatique. »
Maintenant il y a plus. les raisons sur lesquelles cet auteur établit son diagnostic sont vicicuses ; il'est à peine besoin de le faire remarquer.
Lorsque les phénomènes hystériques se sont montrés peu aprés Ja suppression ou le dérangement des menstrues, nous le savons, on ne manque pas d'attribuer leur existence à ces accidens, bien que le plus souvent, comme nous l’avons dit en parlant des causes, ces accidens ne soient que les prodrômes de lhystérie et non la cause ; Mais, quoi qu'il en soit, l'est d’observation que même lorsqu'on est parvenu à régulariser cel écoulement, c'est-à-dire x enlever la cause supposée, les symptômes hystériques peuvent persister avec la même véhémence , ce qui prouve où que Paménorrhée n’était pas la véritable cause des attaques hystériques, où que
celles-ci sont alors entretenues par des effets permanens ; ce qui revient à peu près au même pour le pronostic.
Nous pourrions dire la même chose de la suppression des lochies ; cet écoulement soumis, comme toute évacuation, aux influences immédhiates de linnervation, peut se supprimer par le seul effet des anomalies nerveuses utérines ; cette suppression serait donc plutôt effet .que cause de l’hystérie. Toutefois, nous voyons la plupart des auteurs placer ces causes au premier rang. C'est ainsi qu'on raisonnait à l’égard de la péritonite perpuérale : combien d’auteurs ont répété invariablement parmi les causes de la péritonite puerpérale la suppression de lochies? Et cependant mon ami et compatriote M. Beaudelocque vient de prouver, dans son excellent Mémoire, que cette suppression est bien plus souvent effet que cause de la péritonite.
Quant à la rétention de la liqueur spermatique , considérée comme cause de lhystérie, cette question ne mérite pas même de réfutation , bien que M. Louyer-Villermay l'ait intrépidement admise comme réelle dans son ouvrage ( Mal. nerv.; 34 ).
Astruc ajoute « qu’on ne guérit point du tout « l’hystérie quand elle reconnait pour cause quel-
‘que tumeur ou quelque vice dans quelqu'un «des ovaires, ou dans quelqu’une des trom- « pes, ou quelque érosion ulcéreuse de la ma- « trice. »
Il est évident qu’alors l’hystérie n’est que secondaire , et que son existence soit liée ou non à ces lésions organiques , ce sont celles-ci qu'il importerait de guérir , parce qu’elles seules menaceraient réellement la vie des malades.
Le même auteur a distingué ensuite le pronostic de l’hystérie pendant des-attaques convulsives et dans intervalle des attaques ; cette distinction est nécessaire, elle ne peut ressortir que d’une maladie telle que l’hystérie , et nullement de l’hypochondrie ; nous y reviendrons.
S IV. Les terminaisons de l’hypochondrie ont été classées, par M. Louyer-Villermay, de la manière suivante : a Terminaisons favorables suites du traitement; 2» Crises ou guérisons opérées exclusivement par la nature ; 3° Terminaisons de l'hypochondrie par d'autres maladies.
On voit déjà que , suivant cet auteur, l’hypochondrie ne pourrait se terminer que par le retour à la santé ou par sa conversion en une autre maladie ; mais que, dans tous les cas, elle
ne saurait par elle - même compromettre l’existence.
C’est encore ici une assertion émise assez légèrement , et qui résulte d’une observation tout-à-fait inexacte des phénomènes de cette maladie ; 1l n’est besoin que de se rappeler les élémens qui constituent les trois périodes pour voir que, par ses propres effets , lhypochondrie peut donner lieu à un pronostic fort sérieux, à moins qu'on ne veuille considérer le développement des lésions organiques de la troisième période comme autant de conversions en d’autres maladies. |
1° ( Terminaisons favorables suites du traitement.) |
M. Louyer-Villermay avoue que les exemples de guérison dus aux efforts de l’art n’ont pas été Jusqu'ici aussi multipliés qu'ils auraient pu l'être (397), et il s’en étonne, en considérant que cêtte maladie , dans le principe , est compatible avec l'intégrité des tissus organiques : pour nous , qui admettons avec lui qu’au début il \ a intégrité des tissus, cela ne nous étonne pas du tout , parce que le plus souvent, il faut le dire hautement, l’art a corroboré de ses efforts les causes productrices de la maladie ; nous nous réservons de le démontrer dans l'examen des
opinions émises sur le traitement dé cette maladie.
Toutefois , pour prouver qu’il est des exemples de terminaisons favorables , suites du traitement, M. Louyer-Villermay cite quatre observations qui lui sont propres; il ne serait peut-être pas inutile d’en faire l’analyse , mais les bornes de notre travail, les réserves que nous nous sommes imposées, et le but que nous nous proposons ne nous le permettent pas.
2° (Crises ou guérisons opérées exclusivement par la nature.)
Tantôt, dit M. Louyer-Villermay, il n°y a pas de crises accessibles à nos sens; dans d’autres Cas, il existe des phénomènes critiques, etc. (411).
Cet auteur examine les mouvemens critiques dans les différens systèmes de l’économie.
Nous ne le suivrons pas dans l’énumération de toutes ses probabilités critiques, nous nous sommes. expliqués ailleurs sur ce sujet ; il répète d’ailleurs ce qui est connu de tout le monde touchant les sueurs , les urines, les éruptions, etc. Mais ce que tout le monde ne sait sans doute pas, c'est qu’une sécrétion abondante de larmes a été donnée comme ayant formé la crise d’une hypochondrie , et que M. Louyer-Villermay concoit cela. |
3° ( Terminaisons de l’hypochondrie par d’autres maladies.)
« Les maladies qui terminent le plus ordinai- « rement l’hypochondrie , poursuit cet écrivain { « sont les affections des organes abdominaux, « leurs phlegmasies aiguës , et surtout les chro- « niques ; la dégénérescence de leurs tissus , la « phthisie pulmonaire, les anévrysmes du cœur.» Si M. Louyer-Villermay, quidureste entrevoit ici le véritable côté des choses, avait bien observé les lésions secondaires des organcs , ln aurait pas dit : qui terminent l’hypochondrie, mais bien qui surviennent, comme effets naturels, dans le cours de l’hypochondrie ; nous avons suffisamment démontré comment les hypochondriaques, c’est-\dire, pour nous servir des expressions de Baglivi, ceux : qui laborant animi pathemate , COTTIpI potissimim solent morbis ventriculi conquerenturque primo de languore ventriculi ; etc., et comment des lésions organiques succèdent à ces lésions fonctionnelles , pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir ici : mais nous ne voyons pas pourquoi M. Louyer-Villermay dit ‘ qu'ilne cherchera pasà émontrer longuement « Pinfluence de lhypochondrie sur le Re .
‘ pement de ces diverses affections. » ( 407.) C: était précisément là une des parties les plus intéressantes de l’histoire de l’hypochondrie, puisque ces affections entrent comme principes cons-
tituans dans le cours de cette maladie, Les raisons que cet auteur donne, pour da dispenser, sont faibles selon nous.
$S V. Pour ce qui est de l’hystérie, M. Louyer- Villermay a considéré les terminaisons des accès et de la maladie. Cette distinction est fondée , et elle établit encore une différence entre cette maladie et l’hypochondrie, puisque, dans cette derniére ,les paroxysmes ne sont Jamais assez marqués pour offrir des terminaisons spéciales ; mais voyons toutefois quelles sont les terminaisons notées par M. Louyer-Villermay, soit des accés , soit de la maladie prise dans l’ensemble et dans la succession de tous ses phénomènes.
On ne trouve , sous le nom de terminaisons de l’accès, que les symptômes de déclin, tels que la diminution progressive des convulsions , les pandiculations , les bäillemens , les éternuemens , les borborygmes, la fatigue ; et enfin le phénomène qui, suivant M. Louyer-Villermay, assure plus Spécialement la fin de l'accès, la lubrifaction des parties génitales par un liquide particulier.
Ceci rentre dans l’histoire symptomatologique de lhystérie. Nous en avons parlé ; il eût été plus convenable de faire connaître les accidens consécutifs amenés par de violens accès d’hystérie ;
nous examinerons cette question tout-à-l’heure. Relativement aux terminaisons de l’hystérie considérée en elle-même , M. Louyer-Villermay admet, sur la foi des auteurs , qu’elle peut se convertir en fièvre catarrhale , en asthme convulsif, en phthisie tuberculeuse, en hématémése, en goutte + en apoplexie , etc, etc. Toujours. même routine ; nulle part M. Louyer-Villermay ne cherche à dires au raisonnement les matériaux qu'il a puisés dans les auteurs. À la suite de mille incidens divers, l'hystérie et l’hypochondrie peuvent se développer | parce que ces incidens peuvent ne pas mettre. obstacle à ce développement ; et nous avons vu, dans l’étiologie, que M. Louyer-Villermay trouve dans chacun de ces incidens autant de causes, où morales ; ou physiques de ces deux maladies : actuellement les auteurs disent qu’on voit succéder à ces deux affections les maladies les plus variées , et M. Louyer-Villermay admet encore que l’hypochondrie et Ph vertir en chacune de ces
Ystérie peuvent se con-.
aladies ; et on prétend que les sciences médicales font des progrès, lorsque ceux qui paraissent Les cultiver avec quelque distinction se montrent si éloignés de toute idée philosophique.
Peut-on dire ensuite qu’on a donné les élé-
mens du pronostic d’une maladie, plutôt que d’une autre , lorsqu'on a dit que ce pronostic sera plus ou moins grave, en raison de l’âge de la malade , de son tempérament, de sa situation dans la société ; situation telle que ses vœux peuvent ou ne peuvent pas être cxaucés, et autres lieux communs semblables ; en raison des causes amovibles ou inamovibles, du degré d’ancienneté de la maladie , de ses complications, etc. (141)? Peut-on même croire, qu'avec tant de mots, on a dit quelque chose? M. Louyer- Villermay, enfin , avec toutes ces circonstances ,
n'aurait-il pas pu porter, dans les maladies he plus simples comme dans les maladiés les plus graves ,; un pronostic conditionnel tout aussi lucide et tout aussi positif ?
S VI Même lorsque nous ne sommes nullement d'accord avec Georget, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître ce qu’il y a d’exact dans ses observations. Cet auteur à parfaitement senti ce qui a erans é ju
jusqu'à présent Le perfectionnement du diagnostiè et du pronostic de 1 l’hypochondrie , etila signalé aux observateurs la seule méthode à suivre pour lever tous les obstacles. «Les hypochondriaques vivent si long-temps , «dit-il, qu'il est presque toujours fort difficile
«de suivre /& marche de leur affection > la’ Suc-
« cession des désordres et le développement des « altérations plus graves qui la compliquent ow « qui lui succèdent. Ce point de l’histoire de lhy- « pochondfrie , ajoute-t-il, est fort obscur et mé- « rite d’être étudié avec soin. » Voilà précisément l'idée dominante de tout notre travail sur cette maladie; nous avons continuellement cherché et nous chercherons encore à démontrer que la véritable succession des phénomènes hypochondriaques, et que le développement subordonné des altérations plus graves qui constituent la troisième période, une fois bien connus , l’histoire de l’hypochondrie n’est pas plus difficile à tracer que celle des inflammations les plus franches. Ajnsi cette question , que Georget à parfaitement posée, contient les fondemens réels du diagnostic et du pronostic de cette affection. Nous venons de voir que cet auteur ne s’est pas mépris sur l’état de la science sous ce rapport; il avait observé des hypochondriaques ; il avait parcouru les auteurs qui traitent!
l’hypochondrie ; qu’a-
vait-1l remarqué? Que certains malades ont esprit seul affecté avec des organes parfaitement sains ; que d’autres sont en proie à des douleurs réelles et violentes ; que chez quelques-uns le cœur précipite ses battemens ; que chez d’autres, Festomac remplit à peine ses fonctions ; qu'il en est
enfin dont les organes sont altérés matériellement. Quant aux auteurs, Georget avait été sans doute frappé de leurs dissidences, des divers points de départ qu’ils assignaient à la maladie, des formes bizarres sous lesquelles ils la décrivaient , etc.; et son esprit, naturellement juste, en avait conclu que lhypochondrie, comme toutes les individualités morbides , doit avoir un point de départ unique, une marche symptématique particulière ; que les graves altérations rapportées par les auteurs et constatées par les ouvertures des corps devaient se joindre ou succéder à cette maladie, suivant telles ou elles circonstances : mais pour ce qui est de l’ordre du développement et de la succession , c’est un point de doctrine qu’il n’a pas attaqué, se bornant à le signaler comme obscur et difficile aux recherches des médecins qui viendraient après lui.
Examinons maintenant si, après avoir formé des conjectures-aussi fondées, Georget a entrevu les terminaisons les Plus fréquentes de l’hypochondrie et le pronostic qu'on de porter en
sénéral sur cette affection.
Est-il bien vrai, d’abord, comme il le remarque, que «beaucoup de malades restent hypo- « chondriaques pendant de longues années , du- «rant {toute leur vie, sans que les fonctions nu-
« tritives manifestent des désordrgs notables? » La condition dont il fait dépendre cet état statiohnaire ne nous parait rien moins que prouvée, « pourvu, dit-il, qu’ils s’astreignent à un « régime de vie sévère. » L’observation des faits ne parait pas indiquer que l’austérité du régime contribue réellement à les maintenir dans cet état ; ceux qui en jouissent le doivent plutôt, selon nous, à la forceet à la vigueur de leur constitution organique. i |
« Lorsque les malades, poursuit cet auteur, «ne peuvent plus supporter la plus légère « quantité d’alimens sans être pris de vomisse- « mens, on les voit tomber progressivement dans « un état de maigreur et de marasme extrêmes. » Ce résultat se conçoit parfaitement : l'estomac n’est plus ici névrosé ; il est affecté organiquement, surtout si les matières vomies sont noirâtres ct semblables à de la suie délayée dans de l’eau , et si la peau des malades prend peu à peu une couleur jaune-paille. Grébrget aurait pu tout aussi bien ajouter que lorsque, dans d’autres cas, les palpitations deviennent habituelles chez les hypochondriaques, et que les battemens du cœur se font sentir dans une grande étendue ; que la face s’injecte, prend une couleur rouge violacé ; que les jambes, les cuisses et les parties génitales s’in-
filiren que Lanxiété augmente, etc., etc.; en un mot, que le cœur est affecté organiquement, ils courent le plus grand danger.
Les autres altérations organiques qui peuvent survenir dans la dernière période de 1 lhypochondrie ont été également indiquées par Georget. « Quelques malades succombent, dit-il, à des Caffections chroniques du cerveau, di pou- « mon, du cœur. >» « {lobserve avec raison que « ces FFORRe era se forment lentement, et « que les malades les portent des années avant de « mourir, et que c’est ce + ‘on appelait autre- « fois obstructions. » Cette remarque est exacte sous tous les rapports ; ces désorganisa. tions ont lieu lentement , parce qu’alors elles reconnaissent une cause toute spéciale, insensible en quelque sorte dans son mode d’action ; elles apparaissent et se développent sous l'influence de l’élément hypochondriaque.
Il est une sorte de terminaison, donnée il est vrai, commé rare par Georget, mais que nousne pouvons admettre qu’en partie. Quelques malades finissent, suivant lui, par perdre la raison, par devenir aliénés. « C’est alors, dit cet auteur, “qu'ils s’imaginent que leurs organes sont dissous où transformés, que leur sang est décom- «posé, etc.…...; qu'ils sont haïs, méprisés, aban-
« donnés, même de leurs proches et de leurs « amis ; qu’ils sont en butte à la calomnie, à l’in- « justice, menacés de perdre leur fortune ou la « vie, etc. » I y a ici des symptômes d’hypochondrie et de mélancolie. Il est facile de les reconnaître, pour qui connait ces deux maladies. Les premiers appartiennent à l’hypochondrie, mais ils nindiquent pas que les malades qui les éprouvent aient perdu la raison ; ils ont des idées assurément trés-inexactes en pathologie, et excessivement exagérées sous le rapport de leurs maux ; mais, parmi beaucoup de gens du monde, on trouve des idées semblables. Quant aux derniers symptômes que nous venons de citer, ce sont les symptômes pathognomoniques en quelque sorte de la mélancolie. Vers la fin de sa vie, Rousseau les éprouvait sans cesser d’être bon, et d'aimer les hommes dont il se croyait détesté ; Tibère les éprouvait aussi, mais avec un profond mépris pour lespèce humaine, dont la haine linquiétait fort peu : Oderint dum metuant.
Revenant aux idées des hypochondriaques sur l’état de leurs organes et de leurs humeurs, nous dirons que c’est moins une terminaison qu’un état plus ou moins prononcé chez ces malades, mais assez ordinaire dans Îés trois périodes. M. Louvyer-Villermay a pu croire que lhypo-
chondrie était à son summum quand les malades éprouvaient ces idées bizarres ; mais Georget a remarqué que, même avec un état extérieur en général assez satisfaisant , l’exagération de leur langage est extrême, leurs suppositions absurdes, et que leur caractère est détestable.
Le pronostic que Georget à porté sur l’'hypochondrie est un peu vague, et se ressent trop de ces restrictions continuelles , bonnes sans doute en pathologie générale, mais qui ne laissent rien de précis et de spécial dans l'esprit du lecteur. Ainsi, que le retour à la santé puisse être prompt quand l’hypochondrie est récente et quand elle est produite par des causes dont on peut faire cesser l'influence, cela doit étre supposé connu et admis pour toutes les maladies. illen est de même des propositions suivantes : « Lorsque les causes ne peuvent être détruites, Qil y a impossibilité de guérir la maladie. L’hy- « pochondrie qui ne disparait pas avec la cessation « des causes est difficile à guérir ; au contraire,
« la: maladie qui n'existe ou ne se renouvelle « qu'autant que les agens qui l'ont produite exer- «cent leur action, est moins fâcheuse. Lorsque
‘cette aflection a duré plusieurs années, s’est «renouvelée plusieurs fois, les guérisons sont ‘ rares et rarement complètes, surtout si son
« existence n’est pas subordonnée à l’action des « causes toujours agissantes , et dont on peut dé- « truire l'influence ; dans ce cas, on n'obtient « ordinairement que des rémissions , des inter- « missions plus ou moins longues; il reste tou- « jours un état d’irritabilité excessive des organes
ns La)
qui les rend très-impressionables et les dispose
Ps =
aux rechutes, etc., etc.»
Loin de nous l’idée de chercher à contester la vérité de ces propositions; nous voulons seulement faire remarquer qu’elles sont d’une vérité trop générale , et qu’elles ne sont d’aucune utilité pour la solution du problème qui nous occupe. Substituez, en effet, le mot hystérie à celui d'hypochondrie , ces propositions n’en resteront pas moins vraies. et aussi bien appliquées, devrat-on pour cela en inférer que ces deux maladies sont identiques? Non, sans doute. Georget luimême ne le pensait pas; car une foule de maladies, bien distinctes de lhypochondrie, pourraient, à l’aide d’un semblable raisonnement, être confondues avec elle.
$ VIL Nous avons vu que Georget, sans connaitre précisément l’enchainement des phénomènes de lhypochondrie, avait cependant remarqué que des lésions organiques très - graves finissent par attaquer les malades, soit comme
complications, soit comme terminaisons de la maladie première. Maintenant nous allons voir cet auteur assigner à hystérie des terminaisons en quelque sorte spéciales , sous le nom de suites Jächeuses de cette affection. Nous devons néanmoins faire remarquer ici que ces accidens consécutifs n’ont guère lieu qu’après de longues et violentes attaques, c’est-à-dire à la suite d’unehystérie élevée au second degré. Ces accidens sont : « Des « tics convulsifs permanens, des rétractions € spasmodiques de quelques parties; des para- « lysies partielles, le plus souvent incomplètes, « des sens ou des mouvemens volontaires ; un « état mélancolique prononcé, etc. »
Ces terminaisons sont importantes à noter, elles rentrent nécessairement dans la question du diagnosticdifférentiel de l’hystérie , parce qu’elles sont des résultats caractéristiques de cette rnaladie. Nous nous expliquons : Les paralysies, par exemple, complètes ou incomplètes ne sont que trop souvent liées comme effets aux attaques convulsives ; suivant Cullen, «la perte du pouvoir
d'exercer le mouvement volontaire, peut être
due à une affection morbifique des muscles ou des organes du mouvement, qui les rend in-
F Pa
capables d'exécuter cette fonction ; où à Pin-
«€ terruption de Pinfluence de la puissance ner-
TERMINAISONS. 31 à
« veuse qui est toujours nécessaire aux mou- « vemens des organes qui sont soumis à notre « volonté. » De ces deux sortes de causes les paralysies hystériques ne' peuvent reconnaitre que la dernière, puisque les muscles n’ont souffert aucune altération appréciable; mais l’interruption de la puissance nerveuse, ou plutôt de l’influx nerveux, peut avoir lieu de plusieurs manières, ou par la compression soit de quelque partie de l’axe cérébro-spinal , soit des cordons nerveux, Ou par une perturbation plus ou moins considérable dans la distribution de l’influx nerveux, Ou enfin par son abolition, sans lésion des solides. Fr à Dans les phénomènes propres à l’hystérie, deux puissances semblent se disputer la direction de linflux nerveux pour susciter des mouvemens dans les muscles ordinairement soumis à la volonté ; l’encéphale d’une part, qui n’est que l’instrument de la puissance intellectuelle, et le grand sympathique de l’autre , qui n’est que celui de la puissance vitale. Que le cerveau soit malade dans sa substance, des paralysies surviennent, parce que la volonté ne peut plus, avec un instrument vicié, régler l’ordre des mouvemens ; que le grand sympathique soit surexcité dans son action, des paralysies pourront alors avoir lieu,
parce que la puissance vitale qui déborde, pour ainsi dire, au-delà de ses limites ordinaires, suscite d’abord des convulsions effrayantes dans les muscles qui ne devaient être soumis qu’à là volonté, puis y laisse des paralysies, soit par l'épuisement plus ou moins durable de linflux nerveux , soit même par quelque altération organique. Nousreviendrons sur ce sujet en traitant de la nature es. sentielle-de l’hystérie ; qu'il nous suffise de faire remarquer que Îles paralysies se rattachent spécialement aux convulsions, et conséquemment aux aitaques d’hystérie.
Cependant ces terminaisons ne sont pas les seules indiquées par Georget ; il parle aussi de phlegmasies chroniques, de vomissemens continuels, de tumeurs abdominales, de maladies du cœur, etc. Mais comme il a fait précéder cette dernière énumération de l’état hypochondriaque, il semble ainsi avoir donné-une double raison de l'existence de ces lésions organiques; en effet , elles peuvent et doivent même assez souveñt succéder aux névroses développées directement dans les organes de la vie organique par le seul fait de l’hystérie, ou indirectement par la coexistence d’une hypochondrie : ces lésions organiques ont été observées par tous les auteurs qui se sont occupé des affections nerveuses ; il n’y
a que dans ces derniers temps qu’on a pu supposer que ceux qui croient aux névroses ne se
livrent pas à l’étude des altérations cadavériques ;
les recherches de Valsalva et de Morgagni at-
testent le contraire. « Nous ne terminerons pas
nos observations sur les causes des maladies nerveuses, dit Robert Whytt, sans faire une observation que nous croyons utile. Quoiqu'il paraisse par l’ouverture des cadavres de beaucoup de ceux qui sont morts de maux de nerfs, que l’estomac, les intestins, le foie, la matrice, etc. , se trouvent obstrués , squirrheux, ou attaqués d’un autre mal , néanmoins, comme dans un grand nombre d’autres gens morts des mêmes maladies, l'examen de ces viscères n’a fait voir aucune trace de semblables vices, 1l est permis de conclure que les symptômes nerveux peuvent venir fort souvent de causes qui, n'étant pas sensibles pour nos sens, ne peuvent être découvertes par l’ouverture des cadavre. Nous sommes même tentés de croire que les obstructions, les squirrhes, et les autres maladies viscérales que l’on a observées dans les cadavres des personnes qui ayaient enduré long-temps quelques affections nerveuses, ont été nombre de fois la suite ou l'effet de ce que leur santé est restée mau-
« vaise, plutôt qu’ils n’en ont été la cause. » (Malad. nerv., t. L, p. 565. — Paris, 1767.)
En général, dit Georget, les attaques hystériques diminuent de violence et de fréquence avec les progrès de l’âge. Passé quarante ou quarantecinq ans, elles deviennent rares et elles se réduisent le plus souvent à des pertes ou semipertes de connaissance avec des raideurs musculaires générales. Cette observation est exacte, mais elle n'appartient pas à Georget; long-temps avant lui Boerhaawe, Cheyne, etc., avaient remarqué ét écrit qu'il suffit, en général, d'avancer en âge pour que cette maladie, ou plutôt pour que la disposition à cette maladie disparaisse.
C'est, au contraire, passé quarante ou quarante-cinq ans que les symptômes de lhypochondrie se montrent dans toute leur intensité, ce qui concourt à indiquer que l’hypochondrie n'est pas une maladie nerveuse comme l’entendaient les auteurs.
À cet âge , poursuit Georget , les femmes sont ordinairement délivrées des attaques d’hystérie, mais c’est alors qu’on observe cet état hypochondriaque et mélancolique qui rend lexistence insupportable. |
Bien que les auteurs n'aient guère indiqué que
;ce moyen de distinguer l'accès hystérique de
TERMINAISONS. 321 l'accès épileptique , ils n’ont pas donné l’épilepsie comme une terminaison fréquente de l’hystérie, les faits auraient prouvé le contraire , et Georget lui-même qui, dans son système, ne voyait qu’un même point de départ dans lhystérie et dans Pépilepsie, et des symptômes caractéristiques à peu près identiques, c’est-à-dire des attaques convulsives, est forcé d’avouer que « ce chan- « gement fâcheux est heureusement fort rare. »
En résumé, cet auteur nous a laissé pour l’hystérie un pronostic moins vague que pour lhypochondrie, sans doute parce qu’il en avait mieux suivi les phénomènes ; et s’il a commis quelque erreur dans l’histoire de Paffection hystérique , c’est seulement en lui donnant un point de départ hypothétique d’après des idées préconçues.
Comme presque tous les auteurs modernes, il ne pense pas que l’hystérie soit mortelle par ellemême ; et en effet, à l’exception de très-peu de faits du genre de’celui que M. Rullier a rapporté, les accès d’hystérie peuvent bien amener des accidens assez fâcheux , établir même des dispositions aux affections les plus graves, mais par eux-mêmes ils sont en général plus effrayans que dangereux. On ne voit plus de nos jours ces syncopes si prolongées, ces états de mort appa-
rente, décrits par Arétée, Aétius, Pline-le-Naturaliste ; Rabbi-Moyses, Ambroise Paré, Lancisi , ete. |
L'hystérie at-elle perdu de son intensité, ou plutôt certains observateurs n’ont-ils pas été induits en erreur sur la réalité de cette maladie ?
C’est ce que nous ne cherchons pas à décider; quoi qu'ilen soit, nous nous sommes bien gardés de faire de cet état de collapsus un troisième degré de l'hystérie, parce qu’en supposant même cet état plus fréquent qu’il n’est réellement , c’est plutôt un arrêt, une suspension, une chute, qu’un accroissement de phénomènes hystériques.
Quelle que soit la fréquence et la gravité de ces diverses terminaisons de l’hystérie , toujours est-il que nous avons ici le bénéfice de l’âge qui détruit peu à peu la susceptibilité nerveuse , et conséquemment la prédisposition hystérique. Indépendamment de cette circonstance , le pronostic est encore moins grave que dans l’hypochondrie; le danger ne peut venir que de la violence des attaques , et encore ce danger ne parait pas aussi imminent, du moins dans nos climats ; qu'on le pense généralement. Dans la presque totalité des cas, les convulsions s’appaisent peu à peu , et la respiration devient en même temps plus libre.
S VIIL Tout le monde connait l’observation intéressante que M. Rullier a consignée dans sa thèse inaugurale (Paris, 1808). Georget ne la point passée sous silence; mais si on ne s’en rapportait qu’à extrait qu'il en a donné , on serait peut-être porté à croire qu’une véritable congestion cérébrale aurait été le point de départ des symptômes , tandis que les observateurs (MM. Rullier et Blainville ) n’ont trouvé aucune altération capable de déterminer une sétie d’accidens aussi formidables. Voici le fait :
Une jeune fille de quinze ans, nommée Alezi, offrant tous les signes de la puberté confirmée , éprouva une suppression de règles à la suite d’une vive frayeur. Rien de ficheux n’en résulta cependant ; mais au retour de l’époque suivante, elle est prise de malaise et se plaint d’engourdissemens dans les jambes et dans Îles cuisses. Le jour suivant, sentiment de strangulation tel que l'aurait déterminé un collier trèsserré ; région hypogastrique , siége d’un gonflement marqué; sensation de gêne dans les parties génitales. Les membres et le tronc sont agités de mouvemens convulsifs répétés. Constriction et spasmes au pharynx, tellement intenses, que la malade ne peut prendre la moindre quantité de liquide. Quelque besoin qu’elle ressentit de
boire , et quelques efforts qu’elle fit pour y parvenir , cela lui devint toujours impossible. Le lendemain elle est conduite à l’'Hôtel-Dieu.
Les mouvemens convulsifs continuaient avec la même force, la suffocation et l’anxiété étaient portées jusqu’au désespoir. Cette malheureuse fille conservait toute sa raison ; elle portait à tout moment les mains à son cou comme pour en arracher le fatal collier. De même que la veille j elle ne pouvait prendre aucun liquide ; elle priait instamment qu'on cessdt de lui en présenter , tant était considérable la douleur qu’elle éprouvait au pharynx lorsqu'elle essayait d’avaler. La gène de la respiration était inexprimable , et à tout moment il y avait menace de suffocation. Le pouls était serré , dur , fréquent et très-irrégulier. Les mouvemens du cœur offraient les mêmes caractères ; ils étaient forts, sensibles au tact, et même à la vue.-La peau était rouge et couverte de sueur. Cette infortunée expira à quatre heures du soir, au milieu d’uné violente exacerbation , et prononçant qu’elle était étranglée.
Nécropsie. Le pharynx , l’'œsophage et l’estomac étaient à l’état normal; l’appareil circulatoire n’offrait aucune nait remarquable, si ce n’est que le système à sang rouge était
presque entièrement vide , tandis que le système à sang noir était rempli de ce liquide à demi coagulé. Les poumons sains et crépitans étaient gorgés de sang noir ; les organes des sécrétions furent trouvés à l’état normal, seulement un sang noir Imprégnait tous les tissus, et avait engorgé aussi les veines cérébrales et les sinus de la dure-mère (cette dernière circonstance est la seule rapportée par Georget , tant il'est difficile de se défaire de ses idées premières , même à l’aspect des faits). Malgré les recherches les plus minutieuses , les observateurs ne trouvérent aucune altération, soit de conformation extérieure , soit de structure dans l'axe cérébro-spinal. [l'en fut de même de ses enveloppes, ainsi que des nerfs émanés de cette source. Le nerf trisplanchnique , soumis aux mêmes invesugations, n'offrit également rien d’insolite, Les organes reproducteurs étaient comme on les trouve dans l’état de virginité, excepté les ovaires qui se trouvaient enveloppés d’une sorte de tunique albuginée , comme transparente en plusieurs points ; ils contenaient une foule de vésicules arrondies , et remplies d’un fluide muqueux abondant.
Cette observation pourrait fournir matièré à de nombreuses réflexions, si la nature de notre
travail le permettait ; nous dirons seulement , en passatit, qu'on à lieu de s'étonner, après des faits semblables, d'entendre répéter sans cesse que bien qu’or arrive quelquefois à la détermination d’une maladie par linvestigation des symptômes, on arrive bien plus sirëment encore à la même détermination par la seule inspection cadavérique. ( Clinique de M. Rostan. Voyez Lancette française, t. ui, n° 15.)
Il est évident que ; dans le cas que nous venons de citer, l’inspection cadavérique seule pouvait faire soupçonner peut-être que la mort avait commencé par le poumon; mais quant à la nature de la maladie, elle ne pouvait rien apprendre , rien sd és db | |
H y a plus, après avoir médité sur les symptômes, on pourrait se demander si cette jeune fille est réellement morte dans une attaque simplement hystérique. Les symptômes prédominans, comme l’a remarqué M. Rullier luimême , pourraient plutôt être rapportés à l’hydrophobie qu’à lPhystérie. 11 y a aussi des convulsions dans l’hydrophobie, et limpossibilité d’avaler des liquides en est un des signes caractéristiques. La jeune malade conservait toute sa raison ; elle se plaignait de la gorge , et suppliait les personnes qui l’assistaient de ne plus lui pré-
TERMTNAGR NS. 327
senter des boissons. Même, au dernier moment, il n’y eut pas de demi-perte de connaissance , malgré l'intensité de l’exacerbation, etc, etc.
Quoi qu'ilen soit ,; on peut dire que par sa rareté et par ses symptônres équivoques, la maladie dont nous venons de rapporter lPhistoire ne saurait rendre plus grave le pronostic de l’hystérie. C’est d’une série assez considérable de faits qu'on doit tirer des inductions générales et non d’un fait particulier , et surtout lorsque ce fait lui-même n’est pas suffisamment prouvé , ou du moins est fort équiv oque quant à ses caractères phénoménaux. | 59 ;
$ IX. Si maintenant nous passons aux auteurs qui n’ont vu dans Phypochondrie d'autre Jésion que l’état inflammatoire d’un viscére , dont les érections vitales détermineraient tous lessymptômes moraux , il est à peine besoin de dire que, selon eux, les hypochondriaques ne peuvent périr que par les progrès de l’inflammatien; pour lPhystérie, le pronostic porté par ces auteurs sera analogue, puisque, d’après leurs idées, l’hystérie consiste dans l'irritation inflammatoire des voies digestives ou de la matrice et des ovaires chez les femmes dont les nerfs sont très-irritables.
Quelques partisans de cette doctrine ont admis néanmoins que l'état mévropathique peut
328 TER MN AÏSONS.
exister d'abord sans phlegmasie ; mais ils ajoutent que dans ce cas «les viscères finissent tour- « Jours par s’enflammer , et que c’est encore par « Pinflammation que ces névropathiques péris- «sent.» ( Malad. nerv., p. 151.)
Nous en avons dit assez sur les terminaisons de l’hystérie, pour savoir à quoi nous en tenir relativement aux lésions organiques observées aprés la mort. Il suffit de consulter un petit nombre d'auteurs pour savoir que tantôt on a trouvé des altérations très-diverses , et plus souvent encore aucune lésion appréciable. Il est cependant des médecins qui écrivent encore aujourd’hui « qu’a l’ouverture des cadavres on « érouve des ulcérations au col de l’utérus , un « squirrhe de Fovaire , des corps étrangers dé- « veloppés dans la matrice , et presque toujours « dhorribles gastro-entérites , etc. ( Fourcade, Prun., 320.)
Dans un ouvrage postérieur , le docteur Nauche à émis un pronostic général de lhystérie plus juste, parce qu’il résulte de connaissances plus étendues et plus exactes sur la nature de cette maladie. |
« Le spasme de l'utérus récent, dit-il, et « borné à cet organe , est ordinairement de peu « de durée. Sa guérison est plus difficile lors-
TERMINAISONS. 329 « qu'il se complique de celui de axe cérébro- «spinal. Quelquefois, ne peut-on pas l'obtenir , «il cesse. parfois au bout de quelques années, « se prolonge rarement jusqu’au retour d'âge, « et ne se continue guère après la cessation des « règles. » (Malad. des fem.,t. 11,425.) ° La conclusion générale de tout ce qui a été rapporté sur les terminaisons diverses de Phypochondrie et de lhystérie, c’est que celles de la première de ces deux maladies ont été regardées avec raison comme plus graves que celles de la seconde. L’étude que nous avons faite des symptômes peut rendre raison de cette différence. Les altérations organiques, données par les auteurs comme un genre de terminaison assez fréquent dans l’hypochondrie, sont dans la nature des choses ; quand la maladie suit ses périodes, les altérations organiques ne sont pas même des terminaisons, car quand elles sont développées, la maladie existe encore, elle est arrivée à son summum d'intensité. | Dans la plupart des maladies pyrétiques, il y a des périodes d’accroissement, d'état et de déclin.Dans l’hypochondrie , sirien ne retarde la tendance imprimée à l’économie, elle marche jusqu’à la désorganisation complète des tissus organiques. Cependant la maladie peut s'arrêter après quelques
symptômes moraux , le malade peut aussi passer à la seconde période et ne pas aller au-delà, c’est le cas le plus fréquent; ces hypochondriaques restent sujets à des névroses exacerbantes. On peut donc porter le diagnostic suivant :
L’hypochondrie est, en général, une maladie grave parce qu'elle résulte de causes le plus souvent permanentes ou difficiles à éloigner.
. Dans la première et dans la seconde période , le malade peut revenir à la santé la plus complète ; et cela en quelques jours.
Dans la troisième période le pronostic est extrêémement sérieux, presque toutes les ressources de la médecine se bornent à l'emploi de quelques moyens palliatifs.
L’hystérie, par la nature et la succession de ses symptômes, donne lieu à un pronostic beaucp moins grave que l’hypochondrie , lorsqu’on nes s’en laisse pas imposer par la violence des phénomènes.
Dans les divers degrés de l’hystérie, la nature médicatrice paraît plutôt lutter contre les causes d’excitation elles-mêmes, que contre les effets matériels de ces causes : les altérations organiques Wen sont que des terminaisons fort rares; ellés n'entrent pas comme élémens dans cette maladie. Ainsi, tout en convenant que les carci-
___ TERMINAISONS. 331 nômes de l'utérus . les affections organiques des ovaires ;, etc. , peuvent être considérées parfois comme des terminaisons de lhystérie , nous devons ajouter que ces altérations organiques n’entrent cependant pas nécessairement dans la production de ses symptômes, et qu'on les observe tous les jours sans aûcune apparence de ces mêmes symptômes ; il est même remarquable que ceux-ci subsistent ordinairement pendant plusieurs années , sans laisser de traces semblables. Ces altérations organiques n’ont donc pas de liaisons de causalité bien déterminées avec les symptômes hystériques. On ne peut pas dire qu’elles en soient nécessairement la suite ; aussi souvent ne sont-elles que des complications, de simples coincidences; et comme il est dans:la nature des maladies de ne pas exister simultanément à un même degré, les altérations organiques, qui ne rétrogradent presque jamais, doivent finir, dans la plupart des cas, par obscurcir et faire disparaître les symptômes caractéristiques de lhystérie. |
Nous avons dit, pour l’hypochondrie, que les terminaisons fächeuses des auteurs, c’est-à-dire les lésions organiques, étaient moins des terminaisons que des affections secondaires, toujours sous la dépendance de lhypochondrie. Pour
[2 l’hystérie, nous dirons que les terminaisons fàcheuses des auteurs, c’est-à-dire les paralysies partielles, complètes ou incomplètes, les rétractionsspasmodiques, lestremblemens, les tics, etc. sont moins des terminaisons que des accidens amenés par la violence des attaques, mais toutà-fait en dehors de la maladie.
$S L Nous avons cru devoir réunir dans une même section les opinions des auteurs et ce que nous avons à dire nous-même sur la nature essentielle , le siége et la cause prochaine de nos deux maladies ; il serait inutile de chercher à étabbr des distinctions subtiles entre ces expressions ; les auteurs ont bien vu que les phénomènes morbides exprimés dans le cours des maladies, , et que les altérations anatomiques laissées par ces maladies, n’en constituaient pas la nature intime, et ils ont employé ces diverses expressions pour désigner cette altération première ; ou du moins les recherches pratiques qu'ils ont faites, et les
raisonnemens auxquels ils se sont livrés pour arriver à la connaissance du siége, par exemple, ont été les mêmes que pour arriver à celle de la nature essentielle et de la cause prochaine. C’est la partie de la médecine qui a soulevé le plus de discussions ; æc est causa illà pro cujus determinatione tam , acerba vulnera inter medicos quotidiè refricant et singulorum animi tam fæd& dissentione commoventur, dit Baglivi (De caus4 proxima morborum ). Rien n’a causé plus de préjudice aux progrès de la science, nous sommes loin de le nier; mais ne sommes-nous pas tombés de nos jours dans un excès contraire? Pourquoi poser, de notre autorité privée, une barrière à l'esprit humain en déclarant que toute discussion à ce sujet serait oiseuse, parce que cette nature intime échappera toujours à tous nos moyens d'imvestigation? Si nous voulions chercher de bonne foi ce qui doit résulter de cette manière de raisonner, nous verrions qu’après avoir amassé une immense quantité de faits prouvés exacts , rigoureux même, nous n’aurions encore que des faits, et point de science proprement dite. Sans doute nos devanciers se sont trop pressés dans la recherche des causes prochaines, ils n'avaient pas assez fait usage de la méthode expérimentale ; mais pourquoi interdire
aujourd’hui aux médecins toute recherche à ce sujet? Evitons dans nos discussions l’âcreté que Baglivi reproche aux médecins de son temps; cherchons seulement à nous éclairer, et ne négligeons aucune partie de terrain de la science.
On ne doit recourir à l'autorité en médecine , a-t-on dit, que d’une manière secondaire, c’estàa-dire pour corroborer les faits d'observation. Rien n’est plus vrai; mais comme on doit aussi accorder quelque chose à cette puissance du génie qui devance par fois l’observation et qui semble deviner les faits qui lui sont cachés, les Jugemens portés par les hommes qui, à diverses époques, ont honoré la science , ne doivent pas être dédaignés ; on doit en tenir compte , et c’est ce que nous alions faire relativement à la cause prochaine des deux maladies qui nous occupent.
Les anciens médecins, dit Robert Whytt, et avec eux plusieurs modernes, ont cru devoir regarder la matrice comme l’unique ou du moins comme le principal siége de la maladie hystérique, mais quant aux parties qui sont essentiellement affectées dans la maladie hypochondriaque, les opinions ont été différentes et même contradictoires (Mal. nerv., t. 1, p. 396).
Les nombreuses différences qui distinguent ces deux maladies ont frappé en effet presque
tous les anciens ; et parmi les modernes ceux qui les ont admises ne sont pas d’une autorité inférieure a ceux qui les ont rejetées.
$ IL. On peut d’abord partager les auteurs, relativement à leurs opinions, en deux grandes classes ; 1° ceux qui distinguent l’hypochondrie de lhystérie; 2° ceux qui regardent ces deux maladies comme identiques. On peut établir entre eux de nouvelles divisions relativement à leurs opinions particulières sur le siége de l’hypochondrie et sur celui de hystérie. Sur le siége de l’hypochondrie : entre ceux qui le placent dans les voies digestives et ceux qui le placent dans d’autres organes ; sur le siége de l’hystérie : entre ceux qui le placent dans le système utérin et ceux qui le placent dans d’autres organes.
Dans la premuère classe, c’est-à-dire, parmi ceux qui ont distingué l’hypochondrie de l’hystérie, on doit remarquer Démocrite, Hippocrate, Dioclès Carystus, Celse , Galien, Arétée, Aétius, Paul d’'Egine, Rhazès, Avicenne, Sérapion, et la plupart des médecins arabes ; Fernel,. Sennert , Michaëlis, Rivière, Ettmuller, Zachias, Willis, Mondeville, Stahl, Junker, Hoffmann, Pressavin, Sauvages, Chambon,’ Astruc, Cullen, Bosquillon, Pujol, Pinel, Louyer-Villermay, Georget, etc., etc. |
Parmi ceux qui regardent l’hypochondrie et l’hystérie comme des maladies identiques, on cite spécialement Carolus Piso, Hygmore, Sylvius, Sydenham, Boerhaawe , Van-Swiéten, Albert, Whytt, Lorry, Tissot, Pomme, etc.
Si maintenant nous passons aux auteurs qui ont placé le siége de l’hypochondrie dans une partie quelconque de la série des organes digestifs, soit dans l'estomac, soit dans le mésentère , le foie, la rate, les intestins, etc., nous aurons surtout à noter: Galien, Aétius, Cœlius Aurélianus, Rhazès, Mercurüalis, Amatus Lusitanus , Eugalenus , Michaëlis, Rivière, Hygmore, Pressavin, Broussais, Louyer-Villermay, etc.
Parmi ceux qui n’ont pas admis cette dernière opinion, se trouvent : Willis, Sydenham, Stahl, Alberti, Junker, Whytt, Pomme, Cullen, Tissot, Pinel, Georget, M. Falret, Voisin, etc., etc.
La question du siége de lhystérie a encore entrainé d’autres dissidences. Ceux qui le placent dans l'utérus comptent avec eux presque tous les auteurs anciens depuis Démocrite jusqu'aux médecins arabes, puis Rivière, Michaëlis, Ettmuller, Alberti, Dimerbroeck, Vésale, Morgagni, Henricus, Hoffmann, Freind, Chambon, Pressavin, Astruc, Sauvages, Cullen, Pujol , Pinel, Louyer- Villermay, etc. | |
On trouve enfin au nombre de ceux qui n’admettent pas ce siège : Charles Lepois, Carolus Piso , Hygmore, Willis, Sydenham ; Dumoulin ! Stahl , Boerhaawe , Cheyne, Whytt, Raulin À Pomme, Lorry, Tissot, Georget, M. Voisin, etc.
S IL. Pour apprécier la valeur relative qu’on doit attacher à ces diverses Opinions des auteurs , il nous resterait peut-être à examiner les idées qu'ils ont émises à appui de ces Opinions ; mais, comme les explications données par le plus grand nombre ne peuvent être d'aucune utilité pour éclaircir la question qui nous occupe, et que rien ne serait plus fastidieux que de longues citations de ce genre, nous n’examineronis les autorités que sous le point de vue très-général de la différence ou de l'identité de l’hypochondrie et de l’hystérie , sauf à entrer dans de plus longs développemens lorsque nous arriverons aux auteurs voisins de notre époque médicale.
Nous allons donc jeter un coup - d’œil rapide sur les opinions particulières des médecins anciens , suivant l’ordre dans lequel nous les avons énumérés. |
S IV. « Démocrite me parait avoir eu raison à «€ dit Sydenham (p, 77), d'assurer, dans sa lettre «à Hippocrate, que laffection hystérique est « la source d’une infinité de maux, quoiqu'il se
« trompèt en désignant la matrice comme cause «de cette affection. ». Il n’entrait pas dans les idées du médecin anglais de partager le sentiment de Démocrite sur cette cause prochaine de l’hystérie, puisque, confondant cette maladie avec l’hypochondrie , il la croyait commune aux deux sexes. PRIRTRT D |
$ V. Hippocrate a parlé de la mélancolie, et lui à assigné ses caractères; 1l a aussi parlé de l’hypochondrie , si lon veut, mais non de lhypochondrie comme nous lentendons aujour= d’hui ; c’est pour cela qu’on à trouvé sa description incomplète. Sous le nom d’avorrr, il ne réunit que des symptômes gastriques et quelques phénomènes très-vagues.
Quant à l'opinion qu'on prête à Hippocrate toucliant les causes prochaines des phénomènes hystériques, elle n’est pas de lui; Galien Pattribue à Platon; et malgré l’autorité d’Erotien, on doit croire avec Mercurial qu'Hippocrate n’a eu aucune part dans la composition des traités De natur@ muliebri, de morbis muliebribus et ve sterilibus. )
S VL. Tout en admirant certaines descriptions pittoresques d’Arétée, celle, par exemple, du phthisique arrivé au dernier degré, nous ne pouvons partager le sentiment de M: Louvyer-
Villermay , qui trouve beaucoup d’exactitude danssa description de l’hystérie , et qui prétend que cet auteur n’entrave pas l'exposition des faits par des oh (Recherches sur l'hyp., p. 3 et 5).
C’est à peine , au dti) si on trouve quelques.faits un peu suivis dans la description dont nous parlons ; partout elle est entravée . par les prétendus déplacemens de l'utérus , qu'Arétée fait continuellement voyager de la she à Pappéndice xyphoide. L’utérus, suivant lui, ressemble à-un arbre dont les branches fiexibles suivent les impulsions d’un vent léger, etc., etc.
. Les descriptions des anciens sont souvent entachées d'explications encore plus erronées ; l’atrabile obscurcit l’ame dans Rhin nat et dans, la mélancolie ; les idées , suivant quelquesuns, tirent alors di teinte son blé de la couleur noire de cette humeur. Faut-il pour cela dédaigner l’antiquité médicale ? Nullement. « Les an- «-clens , dit Pascal, doivent étre admirés dans les « conséquences qu'ils ont tirées du peu de prin- «cipes qu'ils avaient, et ils doivent être excusés « dans celles où ils ont plutôt manqué du bon- « heur de l'expérience que de la force du raison- «nement, » (Pensées diverses). x
Notre respect pour l'antiquité ne doit pas ce-
pendant aller au-delà de certaines bornes ; admirons-les d’avoir pu apprécier les diffureifées ot lès phénomènes les plus marquans de nos deux maladies ; maïs, d’un autre côté; loin d'approuver leurs explications, excusons-les d’y avoir eu recours , et cela avec d’autant plus dé raison que si /e bonheur, de l'expérience est utile, c'est surtout en médecine ; non qu'il faille admettre , d’une manière absolue, la maxime de Baglivi : Wedicina non ingenit humani partus est, sed temporis Jfilia; mais parce qu'il faut le concours de ces deux choses : le génie et le temps.
$ VIT. Cependant Galien a assigné à l’hystérie la plupart de ses véritables symptômes et dans l’ordre réel de leur développement ; et'en oùtre il à fait voir l’absurdité (c’est P expression dont il s’est servi) de ceux qui prétendent que l'utérus se meut à la manière d’un animal, dans la passion hystérique. Cette idée, dit-il, avait été émise par Platon : « Quà de re Platonem ita sCripsisse « comperimus : uteruin veluti animal esse, quod « universo corpori nocere posset : errans per to- «tum corpus et spiritûs meatum obstrüens, res- « piraréque non sinens, in extremam anxieta- « tem dejicit , atque multos alios morbos excitat : « hæc dicente Platone, quidam addiderunt, etc. » On conçoit tout ce qu’on a pu ‘ajouter à de pa-
reilles idées ; bien loin de partager ces erreurs, Galien dit que ceux qui les ont accréditées n’avalent aucune connaissance en anatomie : ; car les personnes exercées dans cette science savent, dit-il, que ces mouvemens de la matrice sont impossibles ; « et si aliquid uteri ascendere videa- « tur, id perexiguum est, neque sufficit ad hoc. «ut totum Ipsius spatium ne ad ventriculum « quidem ascendisse ostendat, etc. » (De locis af- Jectis, Gb. vr, 3, 38, r.).
Pour ce qui est de l’hypochondrie, Galien, comme nous lavons fait pressentir , s’est livré à des explications qui ne lui étaient que trop familières, c’est-à-dire , à ses théories humorales ordise À
«€ Porrd multos non solum insomnia, et somni «tumultuosi molestant, sed amentia quoque « propter vitiosum humorem in ore ventriculi « acervatum. » (Îe locis affect. 5, Kb. 1, 32 e.).
Il distinguait parmi les hÿpochondriaques ceux qui étaient affectés de -spleen , comme formant une espèce has : « Plures in ipsis splenici ‘(« quoque sunt.
$ VI. trs temps avant Galien, le Élébre Dioclès Carystus, médecin d’Antigone, avait indiqué quelques symptômes gastriques pris à tort
-pour des symptômes. d’hypochondrie, et il en
avait recherchée siége et la cause prochaine. Ce médecin est le premier, dit Zachias, qui ait désigné l’hypochondrie sous le nom de morbus flatuosus seu flatulentus; avant lui, on la nommait, avec Hippocrate , 22171, morbus ressicatorius. Zachias a partagé l’erreur commune; Hippocrate et Dioclès n’ont pas désigné sous ce nom l’hypochondrie. Toutefois, la description de Dioclès est plus précise que celle d’'Hippocrate, et sous ce rapport, on peut aussi le regarder comme supérieur à Arétée ; après avoir parlé de quelques maladies de l’estomac, Dioclès, au rapport de Galien, s'exprime de la manière suivante (De locis affect., m1, cap. 5) : « Oritur alius a ventriculo « morbus qui ab aliis melancholicus ab aliis flatuo- « sus nominatur , quem sumpto cibo maximé « coctu difficili et caustico, sputum humidum , « idemque multüm comitatur, item ructus aci- « dissimi, flatus, æstus in hypochondris, fluctua- «tio non illico sed quum retinuerint : mterdum « ventriculi quoque vehementes dolores, quinon « nullus ad dorsum usque procedunt ; concoctis « deindè cibis quiescunt ; mox ingestis alis cibis, eadem revertuntur accidentia, quæ interdum « jejunos, interdüm etiam à cœnà molestant, ät-
«que evomunt crudos cibos et phlegmata, vel « subamara , etc. » | | |
Ici, comme nous le verrons tout-à-lheure , Dioclés Carystus n’a pas entendu décrire la ma- Jadie connue aujourd’hui sous le nom d’hypochondrie; c’est une maladie des voies digestives qu'il veut faire connaitre, alius a ventriculo morbus; c’est la gastro-entérite chronique dont on a cru faire là découverte de nos jours ; il appuie sur les symptômes signalés dans nos ouvrages modernes : « Douleur stomacale, le plus souvent «irrégulière ou intermittente ,; qui augmente « après le repas, surtout lorsqu'il a été copieux, « ou après l’ingestion de substances irritantes ; la «chaleur morbide , qui ne s’observe qu’au mo- « ment des digestions; des éructations acides et « même àcres ; des flatuosités, des rapports, etc.; ‘«accidens qui se renouvellent à chaque diges- «uon, etc. » (Rayer, Dictionn. de méd.)
Il y a plus, le médecin d’Antigone connaissait les épaississemens partiels, découverts encore tout récemment; laissons-le parler lui-même : €Aiunt nonnulli, os ventriculi, quodintestinis « continuatur, in, hujusmodi morbis inflammari, «ac ob inflamationem ipsam et obstrui et prohi- « bere ne alimenta, statuto tempore, ad intes- « tina descendant; quamobrem diutits quam de- « cet, in ventriculo morantur et dolorés et œstua «ac reliqua quæ prædicta sunt afficiunt. »
La description d’Hippocrate est beaucoup moins complète que celle-ci, mais elle suffit pour montrer que, de même que Dioclès, il n’a pas parlé réellement de l’hypochondrie, en supposant qu'Hippocrate soit l’auteur de l’ouvrage dans lequel se trouve ce passage.
Galien a bien remarqué que Dioclès n’avait pas décrit les. symptômes réels de l’hypochondrie, et il lui reproche d’avoir omis précisément ceux que : hypochondriacam -affectionem tänquàm charactere designant, c’est-à-dire, l’état moral des sujets.
Reproche remarquable en ce qu'il prouve que le génie observateur de Galien avait bien enirevu ce qui constitue l’'hypochondrie , et ce qui n’est que secondaire dans cette affection.
Sennert a cherché à justifier Dioclés, en disant que ce médecin ne s’était pas proposé de décrire la monomanie hypochondriaque dans l'espèce, mais bien laffection hypochondriaque dans le genre ; car on peut observer, ajoute Sennert, des maladies des organes contenus dans la région des hypochondres , sans traces de mélancolie. (De affect. hypoch.) j1seR
S IX. On peut dire qu'Aétius, sous le rapport du rôle attribué aux humeurs ; n’a pas été moins loin que Galien; comme il avait remarqué que
dans l’hypochondrie les premiers symptômes ont le cerveau pour point de départ, il admet que toute la masse du sang reste saine , à l'exception de cette partie qui se trouve en rapport avec le cerveau. « Alio tempore, sanguine in toto ho- « mine illæso permanente, is, quijuxtà solum ce- « rebrum est, alteratur. »
Mais il pense que, dans le plus grand nombre des cas , une exhalation de l'humeur mélancolique s'élève vers la tête, et cela d’autant plus facilement que l'estomac a des connexions trèsétroites avec le cerveau par le moyen des nerfs pneumo-gastriques. « Nam os ventris quomodo- « cumque affectum facilè ad consensum ducit «cerebrum ob cognationem per maximos duos “ nervos qui in supernis ad ipsum deferuntur. » (ÆUt, T'atrabib., serm. n).
Les premiers symptômes qui ont lieu dans les voies digestives sont très-bien indiqués par cet auteur, puis les insomnies des malades : « Somni « parvi, divulsi, insommia turbulenta, et vibratio- «nes corporis aliæ alias, vertigines capitis et fla- « tuum sonitus circa aures. » Leurs craintes excessives : « Non pauci ipsorum mortem timent «et alta quædam nullo timore digna.» Mais c’est surtout pour l’explication qu'il donne de ces craintes qu'Aétius a besoin d’excuse ; rien n’est
NATURE ESSENTIELLE. 347 plus puéril : « Nihil miri est; videmus enim etiam « extrà Corpus nihil nobis ita horrendum velut « sunt tenebræ.Quüm igitur velut caligo quædam « rationali animæ parti circumfusa fuerit, necesse «est timere hominem, ut qui causam timoris se- « cum in corpore circumferat ! »
Loin d’avoir besoin d’excuse, Aétius mérite des éloges dans sa description des effets de l’hystérie. Le point de départ lui est bien connu ; et, sans s’appesantir sur de prétendus déplacemens de la matrice, comme le fait Arétée de Cappadoce , il explique la propagation des spasmes par le seul moyen du consensus qui lie tous les organes entre eux. « Uteri strangulatio ab utero « quidem inferné oritur (nous verrons la même « remarque développée par Fréd. Hoffmann) « verum supernæ partes et principales præser- « tim , per consensum afficiuntur, nam ad cere- « brum per nervos affectio transit; videturque «uterus velut ad supernas partes ascendisse. » (Æui, T'atrabib., serm. 1v, cap. Lxvin.)
Pour nous servir des expressions de Pascal, c’est ici que nous devons admirer Aétius dans les conséquences qu’il a tirées du peu de principes qu'il avait; au dix-neuvième siècle il n'aurait guère pu dire rien de mieux; ila exprimé, à une époque où l'anatomie n’était pas même éncorc
dans son enfance , ce qu’on lit dans les ouvrages les plus récens : « Rarement le spasme est borné « à ces parties, dit M. Nauche, il se transmet à « l'estomac, au cœur, au cerveau, et aux orga- « nes avec lesquels l'utérus à des connexions « nerveuses où sympathiques. » ( Des maladies propres aux femmes ,t. 11, p. 416. Paris, 1820.)
La description de l’attaque hystérique tracée par Aétius est assez exacte, elle est préférable à celle transmise par Arétée. Il dit que la vie peut persister encore quelque temps, bien que la respiration paraisse entièrement suspendue, et il blâme, à cette occasion > CEUX qui pensent s’assurer de la réalité de la mort au moyen de légers flocons de laine placés près de la bouche ou des narines. Mais en même temps Aétius fait une supposition qui tenait aux préjugés anatomiques de son temps. >1l ajoute que la respiration a lieu alors s'intérieurement, dans toutes les artères.
S X: Suivant Paul d'Egine , l’hypochondrie est une a dve de mélancolie, et la mélancolie est une maladie apyrétique caractérisée par une sorte de délire.
: Melancholia delirium quoddam est citrà fe-
Me ex atrabiliario humore, qui mentem « OCCUpavit, maximé oriens.
Quandoque i ipso cerebro primarid affecto ,
« quandôoque unà cum toto corpore permutato.
« Sed et tertia melancholiæ, species’est, quam « flatuosam et hypochondriacam, id est, præ- « cordialem nominant, ex inflammatione præcor- « diorum circa stomachum oborta, quæ ali- « quandd auram quamdam pravam, etc., ad «cerebrum transmittunt. » ( Pauli Ægineti, Cap. XIV.) | |
Paul d’'Egine ne s’est laissé aller ici qu’à des suppositions telles qu’on en a fait de tout temps, et telles qu’on en fait de nos jours. Pour lui, la cause immédiate de l’hypochondrie, ou mieux des lésions morales qu'on observe dans cette maladie, réside dans une inflammation des organes digestifs, d’où s'élève, suivant lui, une vapeur vers le cerveau; pour Pujol, celte cause immédiate est une hépatite chronique ; . “pour M. Broussais , c’est une gastro-entérite chronique, d’où surgissent des érections Ft qui stimulent le cerveau. On voit que les différences ne sont pas encore aussi grandes que pourraient le faire croire les siècles qui nous séparent de. Paul d’'Egine.
Ce qu'il y a de remarquable encore , c’est que Paul d’'Egine faisait aussi partir ses émanations vitales de l'irritation, même quand cette irritation ne s'élevait pas au degré de linflamma-
tion; distinction que quelques personnes nous donnent comme toute nouvelle. Ainsi, au rapport de Sennert, Paul d’Egine ne supposait qu'une simple irritation : « Non veram inflamma- « tionem sed oywsw seu calorem et æstum in- « telligit : okeyporn autem propria dicta, admitti « non potest, cum hæc sinè febre, quæ in hoc «affectu rard apparet, excitari non possit. »
[lserait difficile de mieux exposer les symptômes de Paliénation nentale que ne le fait cet auteur ; il termine sa description par une observation qui mérite de nous arrêter.
On sait que c’est l’école fondée par Démocrite qui, devançant son siècle, substitua aux prétendues causes divines des aliénations mentales, des causes naturelles et dépendantes de l’organisme. Du temps de ce philosophe, en effet, on attribuait tous les phénomènes de ces maladies à la présence d’une divinité malfaisante, qui maîtrisait entièrement le malade ; on sait encore que dans le moyen-àge on revint à ces idées, et que l'esprit malin était regardé comme la cause de toutes les maladies qui frappent de terreur les esprits vulgaires. C'était, en quelque sorte, une recrudescence de l’époque que j'ai ibpeléé thaumaturgique.
Paul d’Egine ne partageait pas ces préjugés,
æ NATURE ESSENTIELLE. 351
mais, en bon observateur, il remarque que ce sont is malades qui se croyaient parfois sous l’influence d une divinité puissante, et qui prétendaient qu inspirés par elle, ils pouvaient prédire les événemens futurs.
€ Quidam verd etiam putant se aliquibus ma- « Joribus potestatibus impelli et futura prædi- « cere, velut numine afflati, quod ‘etiam pri- « vatim numere afflatos nominant. » (/n loco citato.) ing
Ce genre de manie ne survient jamais par le fait du développement de l’hypochondrie; il peut être amené dans la folie par des hallucinations tellement bizarres, que les individus se croient obsédés par ungénie malin,qui ale pouvoir de leur commander et de les initier à certaines choses, etc.
Dans l’hypochondrie, comme la remarqué Cabanis, il y a plutôt abattement et langueur dans les opérations intellectuelles ; mais quand les désordres moraux, dit ce même Cabanis, sont provoqués par des affections nerveuses des organes de la génération, c’est-à-dire par des affections hystériques, ont les voit « accompagnés de phé- « noménes dont la bizarrerie a paru, dans les «temps d’ignorancé , supposer l’opération de « quelque être surnaturel. Les catalepsies, les « extases et tous les accès d’exaltation qui se
3h52 NATURE ESSENTIELLE. æ
« caractérisent. par des idées et par une élo- « quence au-dessus de l’éducation et des habi- ««. tudes de l'individu , tiennent le plus souvent « aux Spasmes des organes de la génération.
({nfluence des malad. sur les idées.)
Nous nous sommes arrêtés sur ce point, parce que. nous y avons trouvé une différence-dé plus entre l’hypochondrie et l’hystérie. Dans Phypochondrié, en effet, on ne voit que trop souvent l'esprit se rétrécir à force de s'occuper d’une seule chose, et de rester concentré sur de fausses idées de maladies et de remèdes; dans lhystérie on à quelquefois remarqué des attaques surprenantes par ‘l’élocution comme inspirée, et par le grandiose des pensées de certaines malades ; ce qui faisait dire à Diderot que, dans le délire hystérique , la femme revient sur le passé, qu’elle lit dans l'avenir, et que tous les temps lui sont présens. Rien qui se touche de plus près, ajoutait ce philosophe enthousiaste , que l’extase, les visions, les prophéties, les révélations, la poésie fougueuse et l’hystéricisme.
Mais ceci devient une digression.
Quelque erronées que soient les explications données. par les anciens médecins sur la nature essentielle de nos deux maladies, et surtout sur celle de l’hypochondrie ; nous avons vu qu’elles
sont souvent accompagnées d’observations pro fondes et exactes, et que ces observations portentaussisur les différences de Phypochondrie et dePhystérie; en effet, bien que le premier point de départ des phénomènes hypochondriaques n’ait pas été précisé par les anciens, bien qu’ils aient fait jouer à une humeur qui n’existe pas, un rôle imagimaire, ils n’en ont pas moins cependant distingué les principaux symptômes et les caractères les plus tranchés. D’un autre côté, leurs observations sur l’hystérie ont été plus généralement exactes : si l’on en excepte les suppositions absurdes de Platon, le siége est bien indiqué: la suceeséion des phénomènes laisse peu de chose à désiréf : peut-être ces phénomènes nous paraissent-ils exagérés ; mails, soit à cause de la différence des climats, soit à cause de la différence des mœurs, ou de toute autre circonstance, il paraît que dans l’ancienne Grèce et dans l'antique Italie , les affections hystériques s’élevaient à un degré d’intensité presque inconnu de nos jours.
Sans connaitre la nature des relations qui existent entre lesprit et les organes, les anciens les avaient entrevues, et ils en ont donné les signes. Sans connaitre non plus le genre de lésion dont était affecté le système utérin, ils ont reconnu qu'il était prémitivement affecté, et que de là
surgissalent tous les symptômes caractéristiques de l’hystérie..
.Voyons'si à des époques moins reéculées, on a conservé les. différences de ces deux. maladies, tout, en.se. livrant à des hypothèses pour expliquer le développement de leurs symptômes.
S XI. Les médecins arabes, dit Zachias, out,nommé l’hypochondrie morbus mirachialis «.Qquoniam #nirach apud ipsos membranam illam «cut intestina alligata sunt significat. » Cet auteur ajoute cependant un peu plus loin que mirach signifie aussi toute la cavité abdominale.
Quoi qu’il en soit, Avicenne ne parait pas faire dépendre l’hypochondrie d’une lésion du mésentère, ni d’une affection générale des organes renfermés dans l'abdomen. Le foie et la rate lui semblent produire , dans certaines circonstances, les humeurs morbifiques qui causent la maladie. Quant aux symptômes et même quant à ses hypothèses , il ne fait que copier les anciens.
Les symptômes sont assez bien décrits, mais ces symptômes ne peuvent appartenir qu'à une période ‘déjà fortavancée de l’hypochondrie, c’esta-dire lorsque déjà il existe des lésions organtques dans les voies digestives : « Sunt quidam , « quibus accidit dolor stomacht cum comedunt , « et sedatur post concoctioném et eorum plurimi
« sunt melancholici et patiuntur melancholiam « hypochondriacam : sunt adhüc quidam quibus « accidit dolor in fine spatii comprehensionis «cibi in stomacho et his dolor non sedatur do- «nec evomuerint humorem, etc. » (Avicen., Canon medicinæ, 111.) Œ
Il est évident que les premiers malades dont parle Avicenne étaient affectés de phlegmasies chroniques amenées sous l'influence de Pétat moral hypochondriaque , et que ceux qui ne trouvaient de soulagement qu'après avoir vomis, étaient probablement arrivés à la période des dégénérescences organiques.
Pour l'explication de la cause prochaine et du siége de l’hypochondrie, Avicenne, comme la plupart des médecins arabes, adopte les théories humorales des Grecs ; il cherche à rendre raison de la différence de certains symptômes , par la différence des humeurs morbifiques; il ne dit pas toutefois, à l'exemple de quelques anciens, que la même humeur produit tous les phénomènes, suivant qu’elle se porte sur les divers organes ; selon lui, l’humeur fournie par le foie détermine tel ordre de symptômes, et celle fournie par la rate telle autre série de symptômes.
$S XII. Sennert n’a d'opinions à lui que lorsqu'il entre dans les détails des explications ;
quant au siége considéré d’une manière générale , ét aux symptômes des deux maladiés qui nous occupent , 1l se range de Pavis de ceux sa l'ont précédé. |
Afin de faire comprendre plus facilement tout ce qu'il a à dire sur le siége et les causes de Phypochondrie , il commence par la description des phénomènes de la digestion qu'il divise en stomacale et en intestinale. C’est dans le dérangement de cetté fonction qu’il va chercher les causes prochaines : «Si vero quid peccatur, plu- « rima excrementa circa primæ et secundæ coc- « tionis organa colliguntur è quibus posteà varii « morbi excitantur. »
L'autorité de Fernel est d’un grand poids pour Sennert, relativernent au siége de lPhypo chondrie ; il adopte entièrement le sentiment de cet auteur, qui s’accorde d’ailleurs avec sa théorie des troubles fonctionnels des organes digestifs. Ÿ nat |
Le lieu choisi par Fernel est Le méme , etil fait à cette occasion une sorte de profession de foi : « Ego hoc affirmo, profiteor, choleræ, me-
lancholiæ , diarrheæ, etc., causas me in his « sedibus invenisse. » (Lib. vr, De part. morb. et sympt.)
Sennert ne s’en est pas tenu là ; il a cru de-
voir préciser davantage le siége et la cause prochaine de l'hypochondrie ; et pour rendre plus claire sa théorie , 1l a considéré successivement 1° le lieu qui contient primitivement les humeurs viciées ; 2° la nature de ces humeurs ainsi viciées ; 3° les affections diverses que ces humeurs développent dans l’économie ( Senn., De affect. hypoch., t. x). Nous ne le suivrons pas dans les développemens qu’il a donnés à ces premières idées, il nous suffira de faire remarquer que, frappé surtout de certaines lésions circulatoires , telles que des battemens extraordinaires du tronc cœliaque, et des changemens organiques observés par quelques anatomistes dans le système de la veine-porte , il a été conduit à admettre encore comme siége de la maladie les branches principales de la veine-porte, du tronc cœliaque, et les artères mésentériques. Il n’avait considéré la maladie que lorsqu'elle a, comme le dit Georget, plusieurs foyers. |
Remarquons ici que nous trouvons toujours beaucoup moins de variations entre les auteurs, relativement à l’hystérie qu’à l’hypochondrie ; soit parce que le point de départ dans l’hystérie est en quelque sorte indiqué par la succession ordinaire des symptômes , soit parce que ces symptômes ayant une marche beaucoup plus
rapide que dans l’hypochondrie , les observateurs ont pu en suivre avec plus de facilité la naissance , l’enchainement et les terminaisons. Assurément nous verrons les auteurs faire presque autant d’hypothèses sur la nature de la lésion des organes de la génération , et sur la propagation des symptômes hystériques, que sur les variations et Fa multiplicité des phénomènes de l'hypochondrie ; mais nous verrons en même temps les bons observateurs ramener toujours à des sources différentes les désordres des deux maladies. Aussi, tant que les hypothèses sur leur nature essentielle ne nous paraitront pas dignes d’être rélutées ,; nous ne parlerons que des symptômes caractéristiques indiqués par les auteurs ; mais lorsque nous serons arrivés x notre époque , nous examinerons avec plus de détail les opinions émises sur leur cause prochaine.
- Que Sennert ait trouvé quelque analogie entre le scorbut et lhypochondrie, cette idée n’est pas aussi singulière qu’on Pa dit, car ila pu les voir coincider, comme cela n’arrive que trop souvent à bord des bâtimens , dans les voyages de long cours ; quoi qu’il en soit , il n’a eu garde d'en trouver entre les symptômes de lhystérie et ceux de lhypochondrie. L’hystérie lui paraît « gravissimus et admirandus affectus qui non so-
NATURE ESSE\TIELLE, 359
lum œgrotantibus , sed medicis sæpè et ads- « tantibus timorem incutiat. » ( De suff. hyst., t. 11, p. 668.)
Sennert a pu adopter les idées de Fernel , Sur le siége et les causes immédiates de Phypochondrie, parce que ces idées rentraient dans certaines théories générales alors en vogue ; mais il était trop bon observateur pour partager le sentiment de Fernel sur les mouvemens de la matrice. ‘
Ce qu’il y a de EUX , c’est que Fernel, malgré ses vastes connaissances , reproche à Galien précisément ce qu'il a dit de mieux : Galien avait prouvé que la matrice ne peut errer dans l'abdomen , et encore moins remonter jusque dans la poitrine. |
Fernel prétend que Galien Favait induit en erreur , et que, dans plusieurs cas, 1l a senti cet organe remonter sous sa main Jusqu'à lPestomac. ( De morb. partium quæ sub draphragmee sunt, Cap. XVI, uÉert SYmpt.)
Sennert n’a pas imité Fernel, et même la HÈbo rie qu'il a développée à ce sujet sort des limites ordinaires du galénisme , comme nous allons Île faire voir.
On a dit que, jusqu'a l’époque de la découverte de la circulation , c’est-à-dire, jusqu'à
Servet ,: Colombus, Césalpin et Harvée, toutes les écoles de médecine en Europe étaient restées sous le. joug d’un galénisme fondé sur la philosophie d’Aristote ; et que ce n’est que lorsque le système Descartes fut introduit en médecine que , pour la première fois , on laissa les humeurs pour la matière subtile ; c’est une erreur, les anciens eux-mêmes ont parlé de cette maüère : aura quædam prava. ad superiora transit, dit Paul d’Égine ; et Sennert ne reconnaît pas d'autre cause immédiate dans le développement de l’accès hystérique. « Nos unicam et « proximam causam esse statuimus, vaporem « malignum et venenatum per arterias , venas et « nervosum genus ad superiores partes eleva- « tum , earumque actiones varié lœdentem. »
. Sennert entre ensuite dans beaucoup de raisonnemens pour prouver qu'une humeur, quelle qu'elle soit, ne pourrait jamais s'élever avec assez de rapidité pour produire tous les désordres d’un accès hystérique ; ce n’est donc pas une humeur qui s'élève de Ja matrice, dit-il: « Sed susriris- (€ SIMUS VAPOR , aura, vel spiritus ; vi et efficacià « -potens attollitur. »
il est donc évident que, sous ce rapport, le système de Descartes n’a rien introduit de nouveau en médecine. Ne peut-on pas en dire au-
NATURE ESSENTIELLE. 361 tant des fluides impondérables qu'on veut de nouveau admettre dans l’économie (V. Journal hebd ), et qui, dit-on, peuvent devenir malades? Ces fluides impondérables , ainsi lésés , sont-ils autre chose que l'aura prava de Paul d'Egine, et le subtilissimus vapor malisnus de Sennert ?
On voit que dans les rapprochemens que nous faisons , nous suivons le précepte de Baglivi ; nous re voulons pas nous en laisser i imposer par des mots différens qui expriment des idées parfaitement analogues : « Novi veteribus non Op- « ponendi, sed quoad fieri potest, perpetuo « jJungendi fœdere. Quid enim insulsiüs, quam « ubi re consentiunt, eos verbis dissidentes fa- « cere? »
Pour que ces vapeurs puissent s'élever de la région hypogastrique , il faut, suivant Sennert, que la matrice soit engorgée d’un sang altéré ou de semence corrompue ; « vapor autem ille ortum « habel à sanguine aut seminein utero corruptis.» Toute gratuite qu'est cette supposition renouvelée des anciens ; elle est restée dans les écoles : et bien qu’un peu déguisée, elle existe encore aujourd’hui dans l'esprit de quelques médecins. Pour ne parler que de Pépoque actuelle, qu’estce que les métrites chroniques de Püju, les hy-
perhémies du système utérin des anatomo-pathologistes, etc., si ce n’est l’engorgement sanguin des anciens médecins? Et quant à la production des phénomènes secondaires, doit-on se croire beaucoup plus avancé lorsqu'on vient nous dire « que l’irritation s’élance de l'organe primitive- « ment modifié sur les viscères de labdomen, « de la poitrine, puis sur le cerveau et dans les « nerfs locomoteurs? » (Malad. nerv., Fourcade, Prun., 1826.)
= La rétention de la liqueur spermatique a été encore mentionnée dans ces derniers temps, puisque M. Louyer-Villermay dit que cette liqueur parait très-abondante chez certaines femmes (34).
S XIIT. Discussion ENTRE HyYGMoRE ET Wieuis.
La théorie de Thomas Willis parut à peu près en même temps que celle de Hygmore. Willis l'avait publiée à Oxford, en 1667, dans un traité particulier, ayant pour titre : Pathologiæ cerebri et nervosi generis in quo agitur de morbis convulsivis, etc., in-,°. Hygmore, qui, en 1660, avait déjà donné un ouvrage sur l’hypochondrie et sur l’hystérie ,; entreprit de réfuter la nouvelle doctrine de Willis, et il publia, en 1670, une nouvelle dissertation en forme de réponse à Willis, De passione hystericé et affectione hypo-
chondriact, responsio: epistolaris ad D. il lisium. Londini, 1676, in-4°.
L'opinion émise par Willis est fort importante pour nous, en ce qu’elle tendrait à confondre l’hypochondrie avec lhystérie, en leur donnant un siége commun et des causes prochaines analogues. Suivant Willis, la matrice n’entre pour rien dans la production des phénomènes hystériques. Jusqu’à présent, nous avions vu les auteurs se réunir, malgré de nombreuses dissidences , pour faire jouer à la matrice le rôle principal dans cette maladie; Willis nie qu’on puisse regarder l’utérus comme le siége primitif de lhystérie, et il n’est pas le premier qui soutienne cette opinion. Charles Lepois, entre autres, environ cinquante ans auparavant , avait aussi considéré la matrice comme étrangère au développement des accidens de l’hystérie.
Des observations rigoureuses avaient porté Willis à ne plus donner à l'estomac et aux voies digestives en général une aussi grande importance qu’on le faisait avant lui; il avait observé qu'il est des hypochondriaques qui n’éprouvent aucun dérangement dans les fonctions de ces organes ; et nous avons vu que cette remarque est très-fondée ; il en avait conclu que le siége réel de l’hypochondrie devait plutôt, à raison des
symptômes, être rapporté à l’encéphale. Pour ce qui est de l’hystérie, la cause de l'erreur dans laquelle Willis est tombé, en l’assimilant à Phypochondrie pour le siége, est facile à trouver : il n’a voulu considérer dans l’hystérie que les phénoménes convulsifs, et il a agi physiologiquement en les rapportant au système nerveux.
Sion ne veut tenir compte, en effet, que des convulsions générales dans l’hystérie, on ne peut faire partir directement ces phénomènes du Système utérin, comme nous avons démontré dans la symptomatologic ; et dans le traité de Willis il s’agit précisément de morbis convulsivés.
Ainsi, comme on le voit, nous n’aurions pas même eu besoin de faire sentir le vide de certaines explications de Willis pour prouver que cet auteur n'avait nullement constaté l'identité de l’hypochondrie et de l’hystérie.
Willis avait dit, avec juste raison, qu'il est impossible d'expliquer tous les symptômes de l’'hypochondrie, en leur donnant pour cause immédiate la faiblesse de l'estomac, puisque les symptômes primordiaux résultent uniquement d’un dérangement dans les fonctions sensoriales. ne faut pas croire, avec M. Louyer-Villermay, que, sous ce rapport, Willis confondait lhypochondrie avec la mélancolie; il voulait parler de
NATURE ESSENTIELLE. 365 la monomanie en elle-même, c’est-à-dire, de la véritable hypochondrie, bién différente des ma ladies venteusés et f/atueuses décrites par quelques anciens. Willis, au contraire , a le double mérite d’avoir vu , 1° que les phénomènes caractéristiques de lPhypochondrie sont des ‘phénomènes intellectuels, idée émise par Galien dans ses remarques sur Dioclès ; 2° qu'il est des hÿpochondriaques exempts de troubles dans les ee lions digestives. LES |
Voyons maintenant l opinion de Willis rélativement aux convulsions hystériques. On sait que dans le siècle de cet auteur et même dans lé dixhuitième siècle on prétendait expliquer les actes intellectuels, et même tous les actes de linnervation , à l’aide des esprits animaux , matière subtile, ‘élaborée dans les centres nerveux, et ayant pour conducteurs tous les nerfs de léconomie. Willis pensait que ‘les ‘esprits animaux, dans leur état naturel, ne produisent que des mouvemens réguliers, mais que ces esprits déterminent des convulsions quand ils sont mélés de parties hétérogènes; et, suivant lui, c’est ce | qui doit avoir lieu dans les maladies convulsives:
Il y a quelque chose de vrai dans la supposition de Willis, non qu’on doive penser que l’influx nerveux, quel qu'il soit, puisse éprouver ces
mélanges, puisse même éprouver des altérauons matérielles comme on le prétend aujourd'hui, mais il est probable que ces phénomènes tiennent immédiatement à des perturbations dans le mode de distribution et d’impulsion de cet agent subül ; ainsi les convulsions générales , à quelques maladies qu’elles appartiennent, viennent directement de l’axe cérébro-spinal, Maintenant, que fallait-il démontrer à Willis pour lui prouver qu'il avait tort de donner lencéphale commesiége primitif de l’hystérie? Ne fallait-il pas lui prouver qu’ on observe un mode de développement etde propagation dans ces symptômes, tel, qu’ils ne peuvent résulter de la lésion primitive du centre nerveux de la vie animale ?
Ne fallait-il pas lui prouver enfin que les convulsions résultent zrdirectement d'une excitation particulière du système utérin ? Voyons les objections faites à Willis par Hygmore.
Au lieu de chercher à suivre la route que nous venons de tracer ; au lieu de chercher à expliquer l’origine première des mouvemens convulsifs de l'hystérie , Hygmore, convaincu sans doute que Willis avait raison de faire dépendre les accés convulsifs d’un état particulier du système nerveux, et n’ayant rien à répondre à cela, s’est uniquement rejeté sur les spasmes des viscères
abdominaux et thoraciques , et il a cherché à expliquer, à l’aide d’ RTE la cause me de ces spasmes. R
Suivant Hygmore, un sang subtil et faciles à se dilater, s’engorge dans les poumons et dans les cavités du cœur ; de là les constrictions de la poitrine et de la gorge, les dyspnées , les palpitations, etc., phénomènes qu'il regarde comme caractéristiques de l'affection hystérique.
Quant à l'affection hypochondriaque , il persiste, malgré les objections de Willis, à la regarder comme. dépendante de la faiblesse des voies. digestives. Set fe |
La même année, Willis publia, en réponse à à la lettre d'Hygmore, une nee dissertation ayant pour titre :
« Affectionum hystericarum et TN PS « carum pathologia spasmodica vindicata contra « responsionem epistolarem N. Hygmori. Lon- « dini, 1670.» |
Pour expliquer la sensation d’une boule que les malades éprouvent depuis lhypogastre jusqu’à la gorge, Willis est entré dans les détails d’une théorie particulière, mais toujours en admettant la dégénérescence des esprits animaux. |
S XIV. Zachias, médecin romain du dixseptième siècle, a donné une définition de l’hy-
pochôndrie Le affect. hyp., in-1 2, Rom. 1671 ÿ qui montre qu’on s’est servi des symptômes des maladies. ‘comme Ôn se sert aujourd’hui - des caractères anatomiques, c’est-à-dire qu’on a cru pouvoir indiquer la nature essentielle d’ uné affection en choisissant tel symptôme, comme aujourd’hui quelques médecins pensent avoir pénétré cette nature essentielle en considérant tel résultat anatomique. Ainsi, si lon écrit. de nos jours que tous les Ménoienes qui ont eu lieu pendant les diverses périodes d’une maladie donnée, ont été autant d'effets d’une rougeur ou d’un ramollissement trouvés sur le cadavre , Zachias , de son temps, trouvait que lhypochondrien’est autre chose que le sentiment de chaleur éprouvé par certains malades dans Ja région épigastrique ; et tous les phénomènes de Fhypochondrie se trouvaient. expliqués, suivant lui , par l'existence de cette pr comme des effets le sont par leur causé : :« Affectio hypochondriaca, € quantum mihi Po nil aliud est, quam & calor naturalis hypochondriorum , unius vel « scilicet plurium : in ipsis contentarum partium, « in calorem non naturalem, extraneum et inso- : litum conversus. » F ut avait pensé qu’ on ne pouvait Jui faire qu’ une seule objection, et il a voulu aller au-
devant : la fièvre , à cette époque, pouvait être aussi considérée comme un développement de chaleur anormale allant du centre à la circonférence. Zachias fait une distinction pour l’hypochondrie. ee |
Dans la fièvre, dit-il, la ee a son siége dans le cœur, et de lä elle est transmise rapidement aux parties les plus excentriques , tandis que dans l’hypochondrie cette chaleur se montre d’abord dans l’estomac, et son mode de propagation est tout différent. Cependant Zachias devait tenir compte des troubles moraux, puisqu'il les avait bien observés : « In iisdem cogitationi-
bus semper fixi manent hypochondriaci, nec « sinceriorum etiam amicorum persuasionibus « ullo modo ab illis demoveri cupiunt. » Sous ce rapport, il a renoncé à expliquer par l'effet de la chaleur, il a adopté les idées générales de son temps, et il attribue ces lésions morales à l’humeur mélancolique. |
S XV. Sypewram. Nous voici arrivé à un auteur dont l'autorité a toujours été d’un grand poids en médecine, nous voulons parler de Sydenham. Il faut le dire, cependant, ce n’est pas sa dissertation sur l'affection hystérique qui a établi la haute réputation dont il:a joui ; surtout pendant le cours du siècle dernier. On peut
même dire que cette dissertation, écrite en forme de lettre à Guillaume Cole, n’est pas au niveau de ses autres ouvrages ; on n’y trouve ni la même force de raisonnement , niles mêmes remarques pratiques. Les causes éloignées de cette affection sont à peine indiquées ; la cause prochaine, prise dans Willis avec quelques modifications , a beaucoup plus occupé l’auteur ; la description des symptômes est incohérente , Het même , et le traitement tracé sans méthode.
Personne n’ignore que Sydenham a regardé comme identiques l’hypochondrie et l’hystérie, et qu'il a compris ces deux maladies sous le nom d'affection hystérique. Avant d’examiner les motifs sur lesquels il a cru pouvoir établir cette Opinion, voyons la marche qu'il a suivi dans sa dissertation. On peut la diviser en cinq sections ; la première est relative à la fréquence de l’affection hystérique ; la seconde est un exposé des formes qu’elle peut revêtir ; la troisième ; trèscourte, comprend les causes externes; la quatrième roule sur la cause interne cu prochaine, et la cmquième renferme le traitement. Nous avons déjà parlé ailleurs des causes externes et des formes ; plus tard nous parlerons du traitement. Nous n’allons nous occuper ici que de la cause prochaine et du siége, après avoir dit un
mot sur la fréquence de cette maladie suivant Sydenham.
Si nous voulons en croire cet auteur, de toutes les maladies qui sévissent sur l’espèce humaine, les fièvres, sous le rapport de la fréquence, forment les deux tiers, et l’affection hystérique la moitié de l’autre tiers ; de sorte que toutes les autres maladies comprises dans les cadres nosologiques, ne trouvent plus pour elles qu’un sixième. Cette assertion put ne pas paraître singulière à l’époque où vivait Sydenham , mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu’elle forme un contraste fort étrange, dans l’histoire des variations médicales, avec l’opinion si répandue aujourd’hui que les névroses et les fièvres doivent être retranchées du nombre des maladies. Revenons à la cause immédiate de l’affection hystérique suivant Sydenham.
Nous avons déjà fait remarquer qu’il convient, dans lexamen des idées de nos devanciers en médecine , de ne pas donner une mauvaise interprétation aux mots qu’ils ont employés, mais bien d’en chercher la véritable acception. Nous devons regarder expression d’esprits animaux, si souvent employée par Sydenham dans sa dissertation, comme synonyme d’influx nerveux, et examiner, sans nous laisser effrayer par les
mots, si l’atakie qu’il suppose est fondée ou non.
L'opinion de Sydenham, quoique puisée dans Willis, parait encore plus hypothétique que celle de ce dernier auteur. En voici la raison : Willis, comme nous l'avons dit, tout en admettant les esprits animaux comme causes des convulsions, avait ajouté que, dans ce cas, la nature de ces esprits est altérée (dans le sens admis aujourd’hui par quelques auteurs), par suite de l'affection d’un organe particulier, de la rate, par exemple, disaïit-il, de sorte que ces esprits ainsi viciés, occasionnent tous les désordres.
Sydenham n’a pas cru devoir recourir, comme Willis, à cette victation des esprits animaux par des principes hétérogènes; il dit tout simplement que laffection revêt telle forme, suivant que les esprits se précipitent en foule sur tel organe,
et il pense en donner de nombreux exemples. Il
restait à dire cependant par quelle raison il arrivait que ces esprits, au lieu de se distribuer réguliérement, se précipitaient ainsi tout-à-coup en foule vers une partie quelconque.
Il fallait enfin donner une cause à ce désordre des esprits animaux; Sydenham en a trouvé une : il ne dit pas, comme on pourrait peut-être le supposer, que cette irruption insolite des esprits animaux tient à un excès de force ou de concen-
NATURE ESSENTIELLE. 373 tration ; 1l dit au contraire que si les esprits se portent impétueusement vers telle ou telle partie, cela tient à leur trop grande faiblesse, soit naturelle, soit accidentelle. |
« La constitution des esprits, dit-il (p. 80), « ne peut s’apercevoir que par l’entendément, « mais elle répond exactement à l’état des par- « ties qui tonbent sous nos sens. » De sorte que st l’on voulait poursuivre la comparaison indiquée par Sydenham, on en concluerait que plus un organe agit avec violence, plus il a de faiblesse naturelle ou accidentelle; ce qui deviendrait d’une absurdité trop évidente.
En résumé, voici toute la théorie de Sydenham :
La cause immédiate des spasmes dans l’hybochondrie comme dans lhystérie, ou micux dans l'affection hystérique , consiste dans la distribution inégale des esprits animaux, et ce désordre lui-mème dépend de la faiblesse de ces esprits. Dans presque toutes les explications, et nous avons eu déjà l’occasion de le remarquer, il y a quelque chose de vrai ; ainsi dans ces explications de Sydenham, n’y a-t-il pas quelque apparence de vérité, lorsqu'il dit que les contractions spasmodiques des plans musculeux des viscères et que les contractions convulsives des muscles du tronc et des membres, tiennent à’ce que Pinflux
nerveux, agent du mouvement, est vicieusement distribué, et parfois poussé, pour ainsi dire, avec violence vers les organes? Mais, d’un autre côté, il n’a pas su distinguer le point de départ de ces phénomènes dans les attaques convulsives, ni tenir compte des lésions morales caractéristiques de l’hypochondrie : en somme, sa dissertation prouve peu de chose en pathologie, et les assertions dénuées de preuves qu’on y remarque ne sont nullement propres à faire adopter l’identité de ces deux maladies.
S XVI. Frénéric Horrmanx peut être opposé avec avantage à Sydenham. Autant celui-ci cherche à mêler d’une manière bizarre les phénoménes de l’hypochondrie et de l’hystérie, autant Hoffmann cherche à distinguer les caractères les plus tranchés de ces deux maladies , et À montrer l’enchainement de leurs symptômes. Cependant, il faut l'avouer, si nous avons regardé la prétendue ataxie des esprits animaux de Sydenham comme ayant à peine besoin de réfutation dans l’état actuel des connaissances médicales, nous serons forcés d’en dire autant des causes prochaines données par Hoffmann, c’est-à-dire , de l'interruption du mouvement péristaltique du tube digestif pour l’hypochondrie, et de la corruption de la liqueur séminale pour l’hystéric.
C’est à l’occasion de cette dernière maladie
que Fréd. Hoffmann s’est attaché à distinguer les
symptômes hystériques des symptômes hypo-
chondriaques ; et, bien que nous ayons fait re-
marquer ces différences dans la section de la
symptomatologie , il ne sera pas inutile de laisser
parler encore ici Hoffmann, afin de les rappeler
l'esprit beaucoup mieux que nous ne Île pour-
rions faire nous-mêmes :
« Morbus hypochondriacus longissimus, atque
« diüturnam semper exposcit curationem, at hys-
Pas —
Le)
terica passio subito vehementer et ex improviso miseras haud rard adoritur., ut, omni sensu ac motu privatæ, repentè in terram concidant ; quod in hypochondriacis non animadvertitur.
Prætereà in paroxysmis hystericis, musculi abdominis vi spasmorum introrsüm contrahuntur et umbilicus profundiüs retrahitur : cum in hypochondriacis venter potius extrorsum distendatur, et in multis giobi ex imo ventre adscensus versus superlora percipitur : quæ cuncta à malo hypochondriaco sunt longè remota. Nec in hoc tam frequens animi deliquium et tam subito ad suffocationem usque intercepta respiratio, cum faucium tam forti strangulatione, quam quidem in hystericà affectione, observatur, Et denique null unquam hypochondriaci
« pro mortuis, ac sepulchro destinatis fucrunt « habiti, uti quidem de hystericis fide dignæ tes- « tantur historiæ. »
Frédéric Hoffmann a rapproché très-heureusement, comme nous le voyons, les caractères qu’on peut appeler culminans de Paffection hystérique, pour les opposer à ceux de l’hypochondrie; cette marche est simple, et elle tend à prouver la différence des deux maladies, bien mieux que ne pourraient le faire toutes ses explications sur leur nature essentielle. Nous allons toutefois examiner ces hypothèses ; elles ont régné long-temps dans nos écoles, et nous verrons que si l’observation avait bien servi cet auteur dans le rapprochement des phénomènes morbides , il a été beaucoup moins heureux sous le rapport du raisonnement, lorsque d’une part il a cherché à faire découler tous les phénomènes de l’hypochondrie d’un mouvement anti-péristaltique des intestins et d’une altération consécutive dans le sang, et d’autre part ies symptômes de lhystérie d’une supposition également gratuite. Hoffmann, comme on va en juger, s'était fortement élevé contre ceux qui avaient admis l'identité de ces deux maladies : en cela, il a bien raisonné. Mais nous ne devons pas taire ce qu'il y à de vicieux dans sa théorie. Commençons par
NATURE - ESSENTIELLE. 377 l’hystérie , puisque c’est encore à lPoccasion de cette maladie qu'il a fait sa profession de foi : « Recentiorum medicorum quidam, hystericam «ac hypochondriacam passionem pro uno morbo « habentes, ut nominatim Hygmorus, Sylvius et « Sydenham, ventriculum, pancreas, mesente- « rium, venam portæ pro geminatà sede perpe- «ram accusant. Minus recté Car Piso (Zn se- « Lectioribus observationibus) præcipuum sedem «in cerebro, vel potiüs nervorum PRINCGIPIO « collocavit. » Ce dernier jugement est peut-être un peu trop sévère ; car cet auteur n'avait pas eu tort, comme le croit Hoffmann, de chercher lagent des convulsions 272 nervorum principio.
«Nos verd, cum antiquissimis medicis, symp- « tomatum hystericorum primam origimem ab « utero, ejusque membranosà et vasculosà sub- « stantià et vasis ad illum spectantibus, impri- «mis spermaticis petendam esse, FIRMITER per « suasi sumus ; quarum partium spasmodicæ con- «-strictiones posteà in nervos vicinos ossis sacr! « et lumborum sese insinuant, et, ob consensum « totius medullæ spinalis, nerveas membranas
Las ES
gradatim occupant à parübus inferioribus ad superiores sensim paulatimque se propa-
— pr
{( gando. )) Hoffmann entre ensuite dans les détails de ce
mode de propagation. Nous avons déjà pu voir que les anciens auteurs avaient entrevu ce développement des phénomènes hystériques, mais aucun ne l’avait aussi bien indiqué que Fréd. Hoffmann. Nous ne parlons pas du genre d’affection qu'il assigne aux membranes et aux vaisseaux de l’utérus, mais de l’origine et du développement de ce consensus qu'il établit entre le grand sympathique et laxe cérébro-spinal. Ce n’est qu'ainsi qu'on peut expliquer physiologiquement les phénomènes de cette maladie. Nous y reviendrons plus amplement dans un autre lieu.
Hoffmann, en parlant des causes prochaines, n’a pas évité l'erreur commune, cette erreur que Galien avait malheureusement sanctionnée de son autorité ; nous voulons parler de la prétendue rétention de la semence. Il y a dans le traité d'Hoffmann un article tout entier consacré à expliquer qué ratione semen corruptum hysterica gignat Symptomata.
Relativement à l’hypochondrie, on pourrait faire à Fréd. Hoffmann le reproche que Galien fait à Dioclès Carystus, c’est-à-dire, de n'avoir tenu aucun compte des phénomènes MmOTAUX ; Hoffmann , en effet, ne considère en quelque sorte que Îles troubles digestifs si fréquens dans cette maladie ; de sorte que, pour lui, le siége de
NATURE ESSENTIELLE. 379 lhypochondrie, on peut déjà le prévoir, sera dans ces mêmes voies digestives.
Après avoir cherché à démontrer que lhypochondrie n’a pas son siége dans la rate ou dans la veine-porte , «sedes mali hypochondriaci non « est in liene, non est in venà-portæ, » il ajoute : « Ut igitur nostram de sede morbi kypochon- « driaci sententiam aperiamus, hanc in canale
« 1110 alimentari membranaceo, ac valdé nervoso, « qui ventriculum ac intestinorum volumen con- « stituit, coflocandam esse censemus. »
Pour préciser encore davantage le siége de l’hypochondrie, Hoffmann décrit les diverses tuniques du canal alimentaire, et il donne une idée du mouvement péristaltique à Pétat normal.
Ainsi, tout en se conformant à l’opinion la plus généralement admise par ceux qui n’ont porté leur attention que sur les phénomènes secondaires de l’hypochondrie, c’est-à-dire , l'opinion qui en place le siége dans les voies digestives, Hoffmann a voulu, par une théorie particulière, localiser plus spécialement encore cette maladie et expliquer le développement de ses symptômes. C’est pour atteindre ce double but qu'il a avancé sans preuves, 1° que la maladie réside primitivement dans la tunique nerveuse, c’est-àdire , suivant les anatomistes modernes. dans le
380 NATÜRE ESSENTIELLE.
üussu cellulaire dense et serré qui unit la muqueuse du tube digestif aux divers plans musculeux de lestomac et des intestins ; 2° que, par suite de la lésion de cette tunique , le mouvement péristaltique est interverti, et de là tous les accidens de l’hypochondrie.
On sent à combien d’hypothèses Hoffmann a été obligé de recourir pour étayer toutes les partes de cette théorie, moins encore pour faire admettre son siége primitif (car il le donne en quelque sorte d’autorité ) que pour expliquer commeiit l’intervertissemént du mouvement ordinaire du tube digestif détermine et l’altération de la bile, et l’acrimonie du suc pancréatique, et la sécrétion des gaz, etc.. etc.
Ces taches néanmoins ne doivent pas nous empêcher de rendre justice au bon esprit qui à guidé Hoffmann dans la symptomatologie générale et dans l’ordre de succession des accidens de lPhystérie.
Et quant à ses théories, il est d’autant plus excusable, qu'il semble, à ceux qui ont bien étudié, la philosophie médicale, que la nature essentielle de ‘chaque maladie soit un thême sur lequel chaque génération se chargé de faire une variation plus ou moins éloignée des précédentes.
S XVIT. Indépendamment des auteurs que nous avons cités, il en est une foule d’autres qui, dans des traités généraux ou même spéciaux, ont encore émis des opinions différentes sur le siége , la cause prochaine et la nature de nos deux affections; nous nous sommes abstenus de les mentionner , parce que , sous. le rapport de cette question surtout, il serait fastidieux de rassembler tout ce qui a été dit ; ainsi, nous n’avons pas parlé de Freind qui, dans son emménologie, n’a pas manqué de trouver dans la pléthore utérine et générale la cause des accidens hystériques et même des convulsions, ni de Boerhaawe dont Pautorité est plus imposante | mais qui, sans plus de raison, fait venir l’hypochondrie tantôt d’une matière grasse et poissante qui gorge les vaisseaux des hypochondres ( Aphor. 1098 ), et tantôt d’une humeur atrabilaire qui se trouve alors dans le pancréas et la rate; ni de Mandeville qui croit que ce qui Poccasionne c’est que la chylification ne se fait pas aussi parfaitement qu'il serait nécessaire , ni de Cheyne qui ne reconnait dans cette maladie qu’une obstruction des glandes de l'estomac et de tous les organes abdominaux , etc., etc.
[l'est d’autres auteurs que nous ne ferons encore qu'indiquer pour arriver plus tôt aux méde-
cins dont l'opinion est aujourd’hui en faveur , et qui méritent toute notre attention.
L’hystérie, considérée à une certaine époque, paraît une maladie générale ; tout l’organisme est à la fois troublé, c’est ce qui a fait dire à Méad qu'elle n’a pas de siége particulier : « Non unam sedem habet sed totius corporis « est. »
Pomme a joui d’une grande réputation dans le siècle dernier ; son principal mérite, comme nous le dirons plus tard, est d’avoir mis beaucoup plus de simplicité dans le traitement des affections nerveuses, qu'on ne le faisait avant lui ; mais ce qu’il a avancé sur la cause prochaine de ces maladies, ne mérite pas même de réfutation ; dans tous les cas, suivant lui , il y a éréthisme , raccornissement , tension et vibrations trop fortes des nerfs.
Astruc est beaucoup plus complexe dans ses suppositions sur la cause prochaine de l’hystérie; il en donne cinq qu’on doit regarder , dit-il, comme propres à amener cette maladie :
1° Le battement trop fort des artères de la matrice ;
2° La tension et le gonflement des vaisseaux laiteux de la matrice ;
3° Les picottemens ou irritations d’une hu-
NATURE ESSENTIELLE. 383 meur âcre qui découle de la matrice : fleurs blanches ou ulcères, etc.
4 Le gonflement des ovaires et des trompes ;
5° Le chatouillement trop vif de lhumeur spermatique , etc.
Les raisons données par Astruc pour prouver que c’est la matrice plutôt que tout autre organe qui est affecté dans l’hystérie , sont beaucoup plus plausibles que celles qu’il avance pour établir la réalité des cinq sortes de causes que nous venons d’énumérer ; 1l avait bien prévu qu’on lui objecterait que ces causes sont presque toutes permanentes, tandis que les symptômes hystériques ne se montrent souvent qu’à de longs intervalles ; aussi est-il obligé de supposer encore des variations dans Les humeurs qui engorgent la matrice, certains tempéramens, etc., etc. Ce qu'il y a de mieux dans cet article d’Astruc, c’est ce qu'il dit sur les rapports sympathiques de l’organisme, le consensus général ; conspira- {10 una.
S XVII. Cullen à eu raison de regarder l’hypochondrie. comme pouvant exister parfois sans dyspepsie, et de soutenir que les troubles digestifs, quand ils se montrent avec l’hypochondrie , peuvent dépendre d’une toute autre cause que d’une affection primitive de l'estomac (1227).
Souvent, en peu de mots, cet auteur a montré des vues profondes. Suivant lui, c’est l’état de lesprit qui distingue spécialement l’hypochondrie (1230), et à cet égard il'est entré dans des distinctions fort lumineuses. Ainsi il trouve que dans la dyspepsie, et, sous ce nom, il faut entendre le plus souvent des symptômes de gastralgie, il n’y a au moral qu’un peu d’abattement et de langueur, ou même aucun trouble , ce qui est vrai, tandis, ajoute-t-il, que dans l’hypochondrie , Paffection de l'esprit est constante, le malade est frappé de crainte, et les symptômes de dyspepsie peuvent ne pas coincider. Mais Cullen est beaucoup moins heureux lorsqu'il veut établir la cause immédiate de l’état moral qu'il a si bien décrit ; au lieu de chercher, comme nous lavons fait dans l’étiologie , quelles sont réellement les causes modificatrices de nos idées , il dit (1230) «que l’état de l'esprit qui distingue spé- « cialement l’hypochondrie est l'effet de la ri- « gidité des solides, de lengourdissement de la « puissance nerveuse , et de l’équilibre particu- « lier entre le système veineux et le système « artériel, quise manifestent dans un âge avancé, «et qui, dans tous les temps de la vie, exis- « tent plus ou moins dans le tempérament mé-
« lancolique. »
Aiïnsi la question soulevée par Cullen se réduit à ceci : l’'hypochondrie est une maladie caractérisée par un état particulier de l'esprit, accompagnée très-souvent, mais non toujours, de symptômes spasmodiques variés. Cet état de lesprit primitif et idiopathique (123) parait être une modification imprimée à l'ame par une disposition fàcheuse des solides et des liquides ; et quant À cette mauvaise disposition de l’organisme, elle est tantôt le résultat d’un tempérament particulier, et tantôt amenée par l’âge. Comme on le voit, Cullen avait d’abord bien saisi la question; l’état primitif et simple de Paffection hypochondriaque n’est pas obscur pour lui ; il n’a commis ensuite quelques erreurs, selon nous, que dans l'appréciation de la cause prochaine, qu’il attribue gratuitement à la rigidité des fibres, etc. Nous sommes loin de nier cependant que le physique ne puisse modifier le moral; les connexions sont trop étroites entre eux pour qu'il n'y ait pas d'influence réciproque ; nous pensons , au contraire, et nous l'avons exprimé plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage, qu’il y a entre eux des relations très-mtimes , comme il doit. y en avoir entre une intelligence et des organes chargés d'exécuter ses actes. ci
Bien que le commentateur de Cullen ait pensé
385 NATURE EÉSSENTIELLE.
que les troubles digestifs accompagnent toujours l’hypochondrie, il nous paraît avoir parfaitement reconnu la succession des phénomènes, et ce qu'il a dit à cet égard ne laisse aucun doute : « L’hy- « pochondrie , dit le savant Bosquillon (Note au « paragraphe 1222) commence toujours par l’af- «-fection du sensorium commune ; la dyspepsie « n’en est que la conséquence ; c’est pourquoi « l’hypochondrie peut se terminer par des ma- « ladies qui annoncent que le sensorium com- « mune est affecté. » Rien de plus vrai, de plus exact et de plus rigoureux que ce que vient de dire Bosquillon; ajoutons qu'il n’a pas ensuite, pour la cause prochaine de l’état moral, adopté le sentiment de Cullen, car il dit avec juste raison «que l’on ne pourrait expliquer comment cet « état de l’esprit serait produit par un tempéra- « ment accompagné de fibres rigides et de la plé- « thore veineuse. »
Il y a une sorte de contradiction dans Cullen, relativement à la cause prochaine et au siége primitif de l’hystérie ; ou plutôt, après avoir émis une opinion à lui sur cette question, ce médecin semble forcé de revenir à l’avis le plus général. Quelques réflexions en effet sur la nature des paroxysmes et sur les fonctions de l’utérus le raméêénent à l’opinion commune.
« I me parait évident, dit-il (1520), que les
« paroxysmes de l’hystérie commencent par une « affection spasmodique et convulsive du ca- « nal alimentaire, qui de là se communique au « cerveau ct à une grande partie du système « nerveux. » À ne considérer que les phénoménes saillans, l’idée de Cullen paraît vraisemblable; car, comme il le dit dans sa nosologie méthodique, c’est là le type le plus commun de cette affection : sensations de constriction spasmodique, ou d’une Bone qui de labdomen semble remonter jusqu’à la gorge ; dispositions
morales bizarres et involontaires ; convulsions et souvent émission d’une urine abondante et limpide. « Cependant, ajoute immédiatement Cullen,
« les accès ont si souvent une telle connexion
«avec le flux menstruel et avec toutes les mala- . dies qui dépendent de l’état des, parties de la « génération, que c’est avec raison que les méde-
«cins ont de fout temps considéré l’hystéricisme « comme une affection de l'utérus et des autres ‘ parues du système de la génération. »
Tout en usant d’une réserve judicieuse, Cullen développe Les notions les plus positives sur la nature intime de lhystérie :
«Je ne prétends pas expliquer, dit-il, de delle « maniére la matrice et les ovaires sont affectés
« dans cette maladie, ni comment laffection de «ces parties se communique, avec dés circons- « tances particulières, au canal alimentaire, ni « comment elle se porte de là aux parties supé- « rieures et affecte le cerveau au point de pro- « duire les convulsions qui surviennent dans Pac- « cès hystérique. » |
C’est déjà beaucoup, pour Phistoire d’une maladie, d’avoir pu indiquer d’une manière aussi précise le point de départ et l’enchainement des phénomènes ; on doit remarquer que, pour l'hystérie comme pour l’hypochondrie, Cullen ne s’est pas laissé égarer par la bizarrerie apparente des caractères morbides.
«Mais, quoique je ne puisse remonter Jus- « qu'aux premières causés de l’hystérie, poursuit « cet auteur (1521), ou en expliquer tous les « phénomènes, j'espère être en état de tirer quel- « ques conclusions générales sur la nature de « cette maladie. »
Cullen cherche alors à prouver que la cause prochaine consiste dans ce qu’il appelle la mobtlité du système utérin, c’est-à-dire, dans un état particulier d’excitation ; et en cela encore tout concourt à prouver que cet auteur a bien vu les faits; mais il ajoute ensuite qu'il lui est impossible de déterminer si cette excitation peut
NATURE ESSENTIELLE. 389 être produite indépendamment d’un état de pléthore générale ou de congestion utérine ; suivant lui, dans le plus grand nombre de cas, il doit y avoir en même temps pléthore de toute l’économie ; ou au moins turgescence utérine. Remarquons que, dans toutes ces considérations, Cullen ne dit pas un mot sur Pinflammation aigué ou chronique de ces organes. Il admet même que , dans plusieurs cas , il existe une excitation évidente sans traces de pléthore générale ou même de turgescence locale.
Il nous semble que , dans toutes ces réflexions, Cullen a toujours été dans les véritables termes de Ja question. Peut-être n’a-t-11 eu que le défaut d’avoir voulu aller trop loin, d’avoir cherché la cause de ce qui est la cause première, ou du moins de ce qui est amené par des causes étrangères à l’organisme. |
Quoi qu'il en soit, Cullen nous à fourni des données précises relativement aux différences de ‘hypochondrie et de l’hystérie, en faisant ressorür toute l’importance de l’état moral dans la premiére , ét en suivant les phénomènes de la seconde , depuis l'affection primitive et particulière de l'utérus jusqu'aux troubles généraux du système nerveux de la vie de relation.
S AIX. L'hypochondrie n’occupe que fort peu
de place dans la nosographie philosophique ; mais elle y est bien placée , puisqu'elle se trouve au nombre des dérangemens des fonctions cérébrales. Les considérations auxquelles Pinel s’est livré avant de traiter successivement de chaque vésanie, conviennent spécialement, on peut le dire, à l’hypochondrie, et elles sont beaucoup plus propres à indiquer la nature de cette maladie et son traitement, que Particle qui lui est spécialement consacré dans l’ouvrage de cet auteur.
« Hest une étroite union, dit Pinei, une dépen-