CHAPITRE XVir
SUITE DU GOUVERI9EUEI9T DE LOUIS XV* *— UilDAUE DE POMPADOUR.
Traité d'alliance et de garantie entre les couronnes de France et d'Espagne.^ Bataille des Napolitains et des Autrichiens dans la campagne de Rome. — Le marquis d'Argenson ministre des affaires étrangères. — Mariage du Dauphin avec une infante d^pagne. —Madame d'Étiolés maîtreiSse du roi. Son système de conduite. — Le roi iui achète le marquisat de Pompadour. Elle en prend le nom. Se lie au parti philosophique. Voltaire la flatte. Ce grand écrivain aspire à devenir homme politique. — Mort dePempereurCharles Vn.— Paix entre la Bavière et TAutriche. — Ségur évacue la Bavière.— L'électeur de Saxe, roi de Pologne, s'unit à l'Autriche. — On délibère au conseil du roi sur le rappel des protestants. — Louis XV et le Dauphin à l'armée de Flandre. — Bataille de Fontenoy. Humanité du roi envers les blessés ennemis. — Prise de Tournay. — Le roi de Prusse gagne la bataille de Friedberg. — Prise de plusieurs villes de Flandre.— Expédition en Ecosse du prince Gharies-Édouard. — Le maréchal de Maillebois et don Philippe s'emparent du duché de Parme et du Milanaisi — Le grand-duc de Toscane est élu empereur. — Bataille de Soor gagnée par le roi de Prusse. — Il fait la paix à Dresde avec Marie-Thérèse et l'électeur de Saxe. L'impératrice lui abandonne la Sllésie et le comté de Glatz. — Madame de Pompadour est présentée. Elle établit l'usage des représentations scéniques à la cour. Enchantement du roi. Il la comble de biens. Il renvoie, à son instigation , le contrôleur général Orry. Elle fait donner des lettres de noblesse à son père et le marquisat de Marigny à son frère.*
Après la prise de Fribourg , Tarmée fut mise en quartiers d'hiver dans les électorats de Mayence et de Cologne. On voulait ainsi punir les électeurs de Tappui qu'ils avaient accordé à Marie^Thérèse.
1 744. Avant de quitter Metz ^ le roi avait donné au maréchal de Belle-Isle la mission d'aller resserrer l'union formée entre une partie des princes allemands et la France. Le maréchal, en se rendant avec son frère, le chevalier de Belle-lslci de Gdssel à Berlin , fut arrêté conime il traversait un petit district deTélectorat de Hanovre. Conduiten Angleterre, on Ty retint ju9qu'au mois d'^^t d^ lancée buh vante.
Louis XY étendait phoque jour davantage ses relatioi^s avec la j)raQch^ des BoHr))0P9 qui régqaH à Naples et à Madrid. Quoique les pvéten tiens de cette dernière cour n'eussent cessé pendapt cette gqerre d'être pour nous une cause d'eml»arrasi }e roi avait signé à Fontainebleau, le 25 octobre 1743^ avec TEspagne, un traité d'alliance offensive et défensive 4 perpétuité. .
En vertu de ce traité , on se garantissait réciproquement toutes les possessions et même tops les droits que les àm^ oouroQUfss »W&nt pu devaient avoir. On se promettait mutuellement de ne quitter les armes et de n'entrer dans aucune négociation que d'un commua accord; çpAp o|i g^r^tiss^t le royaume de Naples et de Sicile à don Carlos. Ce prince, forcé à ia neutralité par la crainte du bombardemept d& sa capitale, s'était empressé de la fortifier. Aussitôt qu'elle fut à l'abri de l'insulte, il renoua ses alliances avec nous, reprit les armes et marcha au-devant du prince de Lobkowits, que Marie-rTfaérèse, dans l'enivrement . de sa fortune, avait chargé de prendre en son nom possession du royaums dss DsuKr^SicilsSà Lss armées se renoen*
bU RËGNE MB LOUIS XV. «il
trèrent sur les terres de TÉgUse et se livrèrent des eombats près des murs de Rome. Après plusieurs siècles de paix , le cliquetis des armes retentit de nouveau aux portes de la ville éternelle. Les hostilités' cessèrent à Tapproehe de la mauvaise saison* Elles n'avaient produit aucun résultat décisif. Abusant du droit de la force , les Autrichiens et les Napolitains établirent leurs quartiers d'hiver dans le domaine du pape. Benoît XIV, d'illustre et vénérable mémoire,, occupait alors le trône pontifical. Ce père commun des fidèles toléra avec une patience toute chrétienne la présence des étrangers, et se résigna à la charge pesante qu'ils lui imposaient.
Le roi , à son retour de Fribourg , se déchargea du poids du ministère des afifaires étrangères. Il nomma i ce poste M. d^ Villeneuve, son ancien ambassadeur à Gonstantinople, et sur le refus de celui-ci, le marquis d'.Argenson, frère aîné du ministre de la guerre. D'Argenson termina la négociation relative au mariage du Dauphin et de l'infante d'Espagne Marie-Thérèse, qui fut déclaré le 1*' novembre.
4745. Cette princesse est remise, le 13 janvier, dans l'île des Faisans, au duc deLauraguais, chargé de la recevoir. Cette fonction lui aviit été confiée par le roi, avant la maladie de Metz, à la demande de la duchesse de Châteauroux. La Dauphine, arrivée à Paris le 23 février^ y reçut Ubénédictiipn 4uptidl9 par le ministère du cardinal de Rohan, grand auv mônier.
Lp i»ariage du Dauphin donna Ijeu iw j'ipnoiivfillBment des fêtes qui MW#Qt «élélbré M Mto«if 4e i^uip
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le bien^aimé. Elles étaient ordonnées par le corps municipal de Paris ^ composé des échevins et du maire y connu alors sous le nom de prévôt des marchands; les corporations des marchands y paraissaient^ leurs bannières en tète, emblème de leur industrie *.
Dans ce temps, tous les rangs étaient encore fixés, et la position de chaque homme se trouvait réglée par les lois ou par les coutumes. Cette espèce d'embrigadement, si Ton peut s'exprimer ainsi; était peu propre sans doute à inspirer l'émulation , mais il restreignait les ambitions et mettait des bornes à la préoccupation de soi-même. Les sentiments se concentraient moins sur l'individu et s'étendaient davantage sur la masse. Dans chaque corporation, il existait un principe d'honneur qui obligeait tous ses membres à une discipline qui réprimait leurs écarts.
L'ordre établi dans l'association se trouvait également dans la famille. Les principes religieux y
* Le prévôt des marchands était nommé par le roi. La duréje de ses fonctions était de deux ans ; mais il pouvait être continué deux autres fois. Les échevins étaient au nombre de quatre : deux élus par les marchands, les deux autres par les bourgeois. Ils devaient être confirmés par le roi. Leurs fonctions duraient aussi deux ans; elles donnaient la noblesse.
• Les fuarchands se trouvaient classés en six corporations : 4** les drapiers, chaussetiers ; 2"* les épiciers, droguistes, confiseurs, ciriers; 3° les merciers, joailliers, quincailliers; i"* les pelletiers, fourreurs, aubaniers; 5<* les bonnetiers , aumussiers, mitonniers; 6* les orfèvres.
Chacune de ces corporations avait sa bannière et ses règlements. Pour être admis à exercer , il fallait être reçu maître dans la corporation à laqueUe on appartenait, ce qui ne pouvait avoir lieu qu'Après Pipprentissage r^lé par les statuts.
étaient honorés ; la décence y régnait avec les bonnes mœurs. On obtenait des succès sans cesser d'être modeste ; et lorsqu'une longue et industrieuse économie avait enfin produit la richesse ^ on ne voyait pas naître chez le commerçant le faste insensé qui trop souvent de nos jours l'entraîne à sa ruine.
Les fêtes données à l'occasion du mariage du Dauphin furent signalées par . un événement petit en apparence , mais grand par la funeste influence qu'il exerça sur les destinées du pays. Louis XV y rencontra cette petite bourgeoise qui, pendant vingt ans, obtint sur lui un pouvoir non moins grand que celui du cardinal de Fleury.
Un nommé Poisson , employé dans les vivres de l'armée avait été poursuivi pour dilapidation et condamné par contumace à être pendu. Il était parvenu à purger sa contumace et ensuite à se faire acquitter. Sa fille épousa par l'entremise de Tourneheim , amant de madame Poisson, M. Lenormand d'Étiolés, neveu de celui-ci, sous-fermier, qui devint peu après fermier général. Cette jeune femme, jolie, spirituelle , rusée surtout , s'était persuadée qu'elle deviendrait la maîtresse du roi. La première pensée lui en avait été, dès l'enfance, inspirée par sa mère. Au temps même de la plus grande faveur de la duchesse de Châteauroux, madame d'Étiolés s'efforçait de se faire remarquer de Louis XV. Le roi la rencontrait presque à toutes ses chasses , employant le manège de la plus habile coquetterie pour fixer les regards du maître. Mais afin d'arriver à son but, il lui fallait dans le monde une position spéciale qui I. 33
attirât Tattention. Elle se la procura en s' associant au philosophisme et en se montrant la protectrice des arts. Sa maison en devint le temple; les beaux esprits s'y donnaient rendez-vous; Voltaire la fréquentait.
Depuis la mort de la duchesse de Châteauroux ^ Louis XV était livré à une profonde mélancolie. A sa tristesse se mêlaient les impressions religieuses qu'un événement funeste réveillait toujours dans son âme. Les courtisans comptaient ^ pour le distraire de ses sombres pensées, sur le prestige des fêtes qui allaient avoir lieu, et sur les séductions de tout genre dont il serait entouré. Sans doute une jeune beauté fixerait ses regards , chacun se sentait impatient de la connaître , empressé qu'on était de mesurer les chances de fortune qui pourraient s'ouvrir par le crédit de la nouvelle favorite. Le choix trompa toutes les prévisions sans détruire cependant toutes les espé* rances.
Au bal que la ville donna à madame la Dauphine, les dames de la cour remplissaient un salon; un autre était occupé par les femmes d'une moindre condition, assez riches cependant pour y paraître avec éclat. Louis XV, après avoir parcouru la première salle sans êtrje arrêté par les nombreuses agaceries dont il fut l'objet, passa dans la suivante, moins remarquable par l'illustration du rang , mais plus brillante de beauté et de fraîcheur. Madame d'Étiolés parvint à s'approcher de lui et à se faire reconnaître pour la jolie personne qu'il avait si souvent aperçue à ses chasses. Après quelques moments de conversation , employés à lui rappeler les occasions où elle
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a eu le bonheur de le voir, elle se rejette dans la foule^ mais en laissant^ soit par hasard^ soit à dessein, tomber son mouchoir. Le roi le relève, et comme elle s'éloignait, il le lui jette avec la grâce parfaite qu'il mettait à toutes ses actions. Aussitôt un murmure confus se répand dans la salle. « Le mouchoir est jeté , » se dit-on de toutes parts ; et en effet dès ce moment le triomphe de madame d'Étiolés fut assuré *.
Les sentiments du roi ne tardèrent pas à être devinés par ceux qui l'entouraient. Le duc de Richelieu se trouva là tout prêt à intervenir entre les désirs de son maître et les scrupules de la femme qui en était l'objet ■. La négociation ne fut ni longue ni
' Ia roi sortit du bal amoureux de
Cette petite bourgeoise , élevée à la grivoise.
Qui fit do kl Mor un taudis , «te.
( Chanson de Maurepas. )
' L'auteur de la Fie da maréchal de Richelieu dément les écrivains qui attribuent à ce seigneur les fonctions de complaisant de Louis XV. 11 cite une lettre du marécbal , adressée à deux darnes^ où il se défend d'avoir participé au cboix des maîtresses du roi. Les termes de son désaveu sont remarquables par leur cynisme : '
« Je ne me ferais pas un grand scrupule d'avoir été utile à moil maître dans ses amours : on donne un joli tableau , un beau vase^ un bijou quelconque , et je ne vois pas qu'on doive rougir de mettre à même un souverain de jouir de tout ce qu'il y a de plus aimable au monde , d'une femme. Si le roi m'eût commandé de vous parler en sa faveur, je n'aurais pas balancé à m'acquitter de cette commission. On doit ses soins en tout genre au maître qui vous donne des ordres , et on peut bien lui donner une femme , comme autre chose. Je vous dirai que je n'ai procuré aucune femme au roi. 11 a toujours ou des gqâts que je ne prévoyais pas. Madame de Pompadour, c'est de Meuse et Binet qui ont terminé cette affaire, déjà éhauidhée dans la fèrêt de Sonars, v
difficile. Mademoiselle Poisson ne pouvait se montrer hautaine comme mademoiselle de Nesle. Elle se confiait d'ailleurs à la souplesse de son esprit pour réaliser la fortune qu'elle rêvait depuis son enfance. Elle arriva à la cour avec un plan tout formé dpnt elle ne s écarta jamais.
Se créer une grande richesse à l'abri des événements, s'emparer de l'esprit du monarque, en favorisant la paresse qui le portait à se déchaîner du poids des affaires; substituer à la majestueuse représentation de la cour les distractions d'un intérieur agréable; rendre ces dernières la principale occupation du roi; bannir ainsi l'ennui accablant que lé vide de sa vie lui faisait éprouver ; remplacer par les futiles soins de fêtes continuelles les sollicitudes du. gouvernement 9 lui persuader de laisser aux ministres et le travail et le pouvoir, à la condition de compter avec la favorite et d'être dirigés par elle; gouverner ainsi et son amant et le royaume; briser tout ce qui lui résistera; sacrifier honneur et délicatesse à la conservation de sa puissance , et ne pas même hésiter à favoriser sans respect pour elle-même le honteux penchant du roi au libertinage.
Tel fut le système à l'aide duquel nous la verrons régner jusqu'à sa mort , à la honte de la France et à l'opprobre de la majesté royale.
Le roi, timide d'abord dans ses erreurs, s'enhardissait peu à peu à braver publiquement la morale et la décence. Le vice était en progrès à la cour. Louis XY avait dissimulé pendant plusieurs années sa liaison avec madame de Mailly. Madame de Château-
roux ne fut avouée comme maîtresse qu'après plusieurs mois d'intimité. Quelques jours à peine passés, et madame d'Étiolés est déclarée maîtresse du roi. On choisit la semaine de Pâques pour cet outrage aux mœurs.
M. d'Étiolés adorait sa femme ; il fut au désespoir. Pendant quelque temps > il s'efforça de la ramener à lui. Fatiguée de ses importunités, elle lui fit donner l'ordre de s'éloigner de Paris *.
A l'apparition de madame d^Étioles , la cour se partagea en deux partis : celui des courtisans, constamment approbateurs, qui furent à ses pieds tout en se moquant des manières et des locutions bourgeoises dont elle ne put jamais entièrement se défaire , et celui des personnes religieuses , indignées de ce nouveau scandale. Parmi ces dernières figuraidort la reine et le Dauphin. De plus, les hommes qui croyaient encore la religion nécessaire à la conservation de Tordre social s'alarmèrent des liaisons de la favorite avec les philosophes. En effet, ceux-ci lui durent la protection à l'aide de laquelle ils purent consolider leur association destructive. La sévérité manifestée par le clergé à l'égard de madame de Châteaurpux faisait trembler la nouvelle maîtresse ; parce qu'elle le redoutait, elle le prit en haine, et se fit l'auxiliaire et la protectrice de ses ennemis. Voltaire dut à son crédit la place d'historiographe de France. Elle lui fit avoir gratuitement la charge de gentilhomme ordinaire de la chambre,
* Plus tard , il eut la faiblesse de lui demander des grâces et d^nvoquer son crédit.
5ia HISTOIRE PHILOSOPHIQUE
avec permission de la veadre et d'en conserver le
titre.
Ce grand écrivain dont Tesprit était toujours agité, s'enivrait alors des fumées de l'ambition • Il aspirait de nouveau à jouer un rôle politiq[ue. Comme d'illustres littérateurs de nos jours , il eût volontiers foulé aux pieds les lauriers d'Apollon, pour obtenir la renommée passagère et décevante de l'homme public. Dans cette vue, il prodiguait ses flatteries aux gens puissants. Sa réputation d'incrédule pouvait lui nuire : il écrit aux cardinaux ; il se jette par lettres aux pieds du saint-père, et jil obtient de Benoît XIV, à force d'intrigues, que le pontife le gratifie de médailles, et daigne, dans une réponse pleine de bonté, lui envoyer sa bénédiction. Les campagnes de Louis XV sont exaltées par lui dans une épître en vers qu'il adresse au roi; il fait une comédie (la Princesse de Navarre) pour les fêtes données à l'occasion du mariage du Dauphin ^ Il encense le duc de Richelieu et ses vices. Enfin , il ne rougit pas d'abaisser jusqu'aux pieds de la favorite la gloire du plus grand poëte du xviii^ siècle. Il lui écrit : (c Je m'intéresse plus que vous ne pensez à votre bonheur, et peut-être n'y a-t-il personne à Paris qui y prenne un intérêt aussi sensible ; ce n'est point comme un
* Voltaire , qui se moquait de tout , ne put s^empécher de se moquer de lui-même dans les vers qui suivent :
Mon Henri Qaatre et ma Zaïre,
Et mon Américaine Âizire Ne m'ont valu jamais un seul regard du roi ; J'eus beaucoup d'ennemis avec trés-peu de gloire. Les honneurs et les biens pleuvent enfin sur moi
Pour une farce de la foire.
DU RËGNE DE LOUIS XV. ÔIO
vieux galanti c'est comme bon citoyen ^ » Ancien camarade de collège du marquis d'Ârgenson^ ministre des affaires é.trangères , il entretenait une in* time liaison avec lui. Ce dernier^ honnête et droit, mais systématique , concevait facilement des idées que son jugement n'était pas assez fort pour bien mûrir. Il s'aida d.e Voltaire dans la rédaction d'écrits diplomatiques d'une grande importance^ et le poëte s'y appliqua avec ardeur, encouragé par l'espoir de se faire valoir près du roi et d'en obtenir ce qu'il convoitait avec ardeur.
Cette digression nécessaire sur les deux personnes qui exercèrent à cette époque une si grande in-^ fluence , nous a éloigné un instant des affaires po« litiques.
1745* L'empereur mourut à Munich, le 20 janvier, à l'âge de quarante-sept ans. Le chagrin avait altéré tous ses organes. Son inhumation fut faite avec les cérémonies usitées à la mort des empereurs, et on porta le globe du monde devant le corps de
' Voici quelques-uns des vers quUl lui adressait :
Ainsi donc vous réunissez Tous les arts , tous les goûts , toms les talents de plaire :
Pompadour, vous embellisseï
La cour, le Parnasse et Cylhére.
Charme de tous les cœurs , trésor d'un seul mortel ,
Qu'un sort si beau soit immortel.
Que vos jours précieux soient marqués par des fêtes ! Que la paix dans nos champs revienne avec Louis l
Soyez tous deux sans ennemis,
Et tous deux gardez vos conquêtes I
€68 vers scandalisèrent la reine et ses filles ^ elles firent entendre au roi que le poète lui manquait de respect en mettant de niveau les conquêtes faites sur les ennemis et celle du cœur d'une femme. Louis XV se laissa arracher l'ordre d'exiler Voltaire. Cela 88 passa en 4747.
celui qui, pendant longtemps n'avait pas eu un pied de terre pour reposer sa tête. Cette mort détruisait le prétexte de la guerre; mais Marie-Thérèse ne voulait la paix qu'après être parvenue à mettre la couronne impériale sur le front du grand-duc de Toscane, son époux. D'ailleurs elle était liée à l'Angleterre par les énormes subsides qu'elle en avait reçus. Georges II dans la pensée d'éloigner de son électorat de Hanovre le danger d'une invasion, travaillait sans relâche à brouiller toute l'Europe avec la France. Il soudoyait l'Autriche, laSardaigne, la Saxe et même les électeurs de Cologne et de Mayence. Le gouvernement français , de son côté , aurait voulu un empereur à sa dévotion, ou du moins qui ne fût pas son ennemi; il excluait l'époux de Marie-Thérèse, dans la crainte que celui-ci n'usât de' son nouveau droit pour entraîner dans la coalition formée contre lui les princes de la confédération germanique. Maximilien Joseph, le nouvel électeur de Bavière , n'avait que dix-huit ans lorsqu'il succéda à son père. Sa position lui imposait la nécessité de la paix. Il trouva son pays encore en proie à toutes les horreurs de la guerre, et sa capitale tellement menacée qu'il se crut obligé d'en sortir. Réduit à cette extrémité, il consentit à toutes les conditions que Marie-Thérèse lui imposa. Dans un traité de paix signé à Fuessen le 22 avril , il renonça à toute prétention sur la succession des États autrichiens, s'engagea à garantir la pragmatique sanction , à donner son suffrage électoral au grand-duc , et à renvoyer les troupes auxiliaires qui séjournaient dans ses États. Ces troupes auxiliaires consistaient dans cinq mille Français que
commandait le comte de Ségur. Par une trahison qu'on ne peut attribuer qu'aux ministres du jeune électeur, on cacha à Ségur et à Ghavigny, ambassadeur de France, les négociations entamées avec la cour de Vienne. Aussitôt que les préliminaires de la paix furent signés , les troupes bavaroises se replièrent brusquement sur Munich , et Ségur fut tout à coup et sans avoir pu le prévoir attaqué par quinze mille hommes. 11 se défendit avec intrépidité , prenant de bonnes positions et faisant éprouver de grandes pertes aux ennemis. Le troisième jour, il arriva à Donawert sans avoir été entamé. Un beau dévouement signala cette retraite. Ils abondent dans nos fastes militaires.
Le marquis de Rupelmonde qui commandait Tarrière-garde , tombe frappé d'une balle. Son aide-decamp, seul alors auprès de lui, s'empresse de le secourir: « Laissez-moi mourir, lui dit-il; courez avertir M. de Ségur > afin qu'il mette ordre à Tarrière-garde. »
Notre liaison avec la Bavière, qui nous avait imposé trois années d'une guerre injuste et malheureuse était rompue.
La cour de Versailles cherchait partout des compétiteurs à l'époux de Marie-Thérèse. On tenta l'électeur de Saxe par l'appât de la couronne impériale ajoutée à celle de Pologne qu'il possédait déjà. Mais l'exemple du malheureux Charles VII avait montré que l'assistance de la France était inefficace contre les dangers d'une lutte avec la puissance autrichienne. L'électeur de Saxe se décida au contraire à se lier plus, intimement avec Marie-Thérèse. En vertu
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des articles secrets d'un traité eonelu à Leipsick le 18 mai, cette princesse ^ qui donnait Tolontiers ce qni appartenait à autrui, concéda à Télecteur plusieurs districts de la Silésie que possédait le rm de Prusse.
Malgré la difficulté des circonstances, il fallut donc se préparer à une nouTelle campagne. Les proTinces commençaient à se dépeupler et fournissaient avee peine lenis contingents au recrutementi on était obligé d'enrôler les hommes mariés. Tels étaient le poids des impôts et la misère , que des paysans désertaient les hameaux, renonçaient à la culture et abandonnaient leur pays.
li paraît certain que le conseil du roi mit alors en délibération le rappel des protestants, auxquels on -' eût accordé le libre exercice de leur culte. Les avantages de cette mesure ne pouvaient se contester. Elle atteignait les ennemis dans leur population en leur enlevant les réfugiés firançais , et dans leur industrie que ces étrangers faisaient prospérer. D'immenses capitaux rentraient dans le royaume, la haine des dissidents s'assoupissait au dehors et à Tintérieur, et le gouvernement se délivrait de la nécessité de surveiller un million de protestants restés en France , que les Anglais cherchaient constamment à pousser à la révolte.
Le bon sens demeure trop souvent impuissant contre les préjugés; à cette époque la raison publique n^ était pas assez formée pour en triompher. On s^ arrêta de* vaut la crainte du mécontentement du clergé. Ce grand corps méconnut longtemps son intérêt et celui de la religion qui lui conseillaient plus d'in-
dulgence; car la tolérance eût enlevé au philoso* phisme d'ardents auxiliaires et aux troubles futurs d'actifs agents.
Une influence subie par Louis XV survivait à la personne qui i avait exercée et restait comme une empreinte que le temps seul efface. Celle de madame de Châteaunoux le poussait de nouveau vers les cbamps de bataille. Il fut décidé qu'il se rendrait à Tarmée la plus nombreuse > celle que commandait en Flandre le maréchal de Saxe. Un corps d'observation sous les ordres du prince de Conti devait se rassem-^ bler sur les frontières de la Franconie et s'opposer à l'élection du grand-duc de Toscane. Une autre armée confiée au maréchal de Maillebois, se joindrait en Italie aux Espagnols \
On attribuait^ non sans raison, les revers des campagnes précédentes à la supériorité de l'ennemi en troupes légères. Pendant Thiver on s'occupa d'en créer. Un corps qui prit le nom de Grassins, de celui de son chef, rendit de grands services à l'armée de Flandre. On choisit en outre dans la milice des hommes d'élite dont on forma sept régiments de grenadiers royaux.
* Le roi arriva le 6 mai à Douai; il avait enfin pem mis à son fils de l'accompagner. Ce jeune prince sérieux, réfléchi, appliqué, à qui toutes les sciences devenaient familières, voulait recevoir d'un grand maître des leçons dans l'art de la guerre. Le Dauphin était d'une taille avantageuse et d'une santé déjà as-
' n s'était élevé des divisions entre le prince de Conti et l'infant don Philippe, qui avait engagé le roi à retirer au premier le com» mandement de Tarmée d'Italie.
sez robuste pour supporter les fatigues d'une campagne. Ses yeux exprimaient Tintelligence , et une noble simplicité dans tout son extérieur ne pouvait que le rendre très-agréable aux troupes. L'armée retentit d'acclamations y lorsqu'elle vit le monarque et l'héritier du trône se vouer l'un et l'autre à la défense de l'État*.
Le maréchal de Saxe était malade, presque mourant, lorsqu'il partit de Paris. On cherchait à le retenir en insistant sur le danger de sa situation : ce II ne s'agit pas de vivre, répondit-il, mais de partir.» Aussitôt arrivé , il fit investir la place de Tournai.
L'armée ennemie sous les ordres du duc de Cumberland était composée d'Anglais , d'Hanovriens et de Hollandais. On n'y comptait que huit mille Autrichiens. La conservation de Tournai était trop importante aux alliés pour ne pas hasarder une bataille. Le 9 mai , le maréchal de Saxe est averti que l'ennemi s'avance en bon ordre et se prépare à l'attaquer. Il prend aussitôt position à Fontenoy, en laissant un corps de vingt mille hommes devant Tournai. Un courrier dépêché par lui prévient le roi qui rejoint immédiatement l'armée. La gaieté la plus franche s'y manifestait , l'approche du péril anime le soldat français ^ une bataille est pour
' Nous avons déjà dit que le Dauphin avait une âme ferme. Dès rage de douze ans, il donna une preuve de cette fermeté. Il était affecté, au bas de la joue droite, d'une tumeur extraordinaire, qu'on jugea à propos d'ouvrir. La Peyronie fit une incision depuis le milieu de la joue jusqu'au menton. Le roi, présent à l'opération , se trouva mal ; le seul Dauphin fut imperturbable , et souffrit, sans se plaindre ni même soupirer, l'opération et la douleur extrême qui la suivit pendant plus d'une heure.
lui une diversion à Tennui des camps , le roi montrait la sérénité et le calme du courage. Rappelant que depuis la bataille de Poitiers aucun roi de France n'avait combattu avec son fils , ni remporté depuis saint Louis de victoire signalée sur les Anglais: w J'espère être le premier , » dit-il.
Les relations abondent sur la bataille de Fontenoy , et d'ailleurs la description des batailles n'entre pas dans le plan de cette histoire; nous nous bornerons donc aux faits les plus saillants. Le roi passa l'Escaut, et malgré les représentations du maréchal de Saxe , qui craignait d'exposer sa personne j il se plaça sur une éminence où les boulets arrivaient jusqu'aux pieds de son cheval. Plusieurs personnes furent blessées derrière lui. Les Anglais et le^ Hollandais attaquèrent en même temps sur deux points différents. Les Anglais s'avancèrent sans que rien étonnât leur audace. Comme le terrain se resserrait , leurs bataillons furent obligés de se rapprocher, et ainsi se forma naturellement cette redoutable colonne dont le duc de Gumberland apprécia aussitôt la puissance. En effet, elle marchait en lançant la mort de toutes ses faces. Rien ne pouvait entamer cette terrible masse. Les régiments français venaient inutilement se heurter contre elle et périr. Le premier corps abordé par les Anglais fut le régiment des gardes françaises. Avant que. le feu commençât, un officier anglais sort des rangs^ ôte son chapeau, et dit : «Messieurs les Français, tirez. » Un officier s'avance aussitôt et répond : « Les Français ne tirent pas les premiers : nous riposterons. » Les Anglais font feu, et avec tant de précision que toute
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la première ligne des gardes tomba. Cette courtoisie intempestive coûta la vie à dix-huit officiers. Cependant la colonne avançait toujours/ lentement, mais avec une inébranlable fermeté. Elle avait dépassé de trois cents toises le front de Tannée française. La bataille paraissait perdue et les personnes qui entouraient le roi parlaient déjà de la nécessité de sa retraite. Le maréchal de Saxe qu'on avait vu toujours au milieu du feu , soit en litière, soit à cheval, accourt et s'écrie : « Quel est le qui donne ce
conseil à Votre Majesté? Avant le combat, c'était mon avis, il est trop tard maintenent. » Tout était perda, si le roi eût quitté le champ de bataille. Sa présence faisait des héros , son départ eût répandu le découragement dans tous les rangs. L'avis du maréchal sympathisait avec les sentiments du roi. Le sang de Henri lY bouillonnait alors dans son cœur. Il n'hésite plus : il reste; on se décide à tenter un nouvel effort mieux combiné. Le roi, dont le sang-froid n'avait pas été ébranlé un seul instant, rallie lui-même les fuyards. Quatre pièces de canon tenues en réserve pour sa sûreté , sont amenées et mises en batterie & quarante pas de la colonne anglaise. Elles tirent à mitraille à coups précipités; des vides immenses se creusent dans cette masse compacte , toute la cavalerie de la maison du roi va s'élancer. Le Dauphin tire son épée et s'écrie : «Marchons, Français ! où est donc l'honneur de la France? » L'autorité de son père peut seule modérer son ardeur. La cavalerie pénètre de toute part dans les intervalles que le canon à ouverts. Le fer aide le feu dans cette œuvre de destruction y et bientôt cette terrible colonne qui faisait
trembler les plus intrépides n'est plus qu'un composé de débris qui flottent dans la plaine et cherchent enfin leur salut dans la fuite. Les Anglais laissent neuf mille morts ou blessésj les Français avaient perdu cinq mille hommes.
Le maréchal de Noailles donna une preuve de dévouement dont l'histoire doit conserver la mémoire. Dédaignant les droits de l'âge et de l'ancienneté , il se mit aux ordres du comte de Saxe et lui servit d'aide de camp. Au commencement de l'action, son neveu, le duc de Grammont, avait été emporté par un boulet.
Le roi , après la bataille , se montra humain et compatissant. Il ordonna que les blessés ennemis reçussent les mêmes soins que ceux de l'armée française ^ Le soir, il mena son fils sur le champ de bataille, et lui montrant les débris humains qui y gisaient pêle-mêle , il lui donna cette mémorable leçon : « Méditez sur cet affreux spectacle , lui ditil ; apprenez à ne pas vous jouer de la vie de vos sujets, et ne prodiguez pas leur sang dans des guerres injustes. » Le jeune prince ne put retenir ses larmes. Des mourants soulevaient leur tête prête à s'appesantir pour toujours , et murmuraient encore le cri de « Vive le roi ! »
Il y avait du cœur dans cette action* Louis XV fut grand à Fontenoy ; il venait d'exprimer le sentiment d'une haute moralité , et peut-être s'y joignait-il le
• La plus grande partie fut envoyée à Lille où tous les e<mvent8 et communautés servirent d'hôpitaux. Les dames de la ville se consacrèrent exclusivement pendant plusieurs jours à faire de lA charpie et des bandes pour les blessés.
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crî d'une conscience troublée qui lui reprochait d'avoir consenti à une guerre injuste dans son principe. Après sa victoire^ il proposa la paix. Les Anglais n'avaient perdu que des hommes, leur commerce profitait de la guerre, et ils ne permirent pas aux souverains qu'ils salariaient de mettre un terme aux calamités dont l'Europe était affligée.
Le duc de Gumberland fit sa retraite sans être poursuivi. Les Français se concentrèrent de nouveau devant Tournai, qui capitula dix jours après.
Cette victoire , remportée par lé roi en personne sur les anciens ennemis de la France , eut un grand retentissement au dedans et au dehors. Frédéric écrivit à Louis XY une lettre de félicitation , dont le style cavalier choqua le petit-fils de Louis XIV. Il lui disait : « La bataille de Fontenoy et la prise de Tournai sont des événements glorieux pour la personne du monarque et avantageux à la France ; mais pour l'intérêt direct de la Prusse, une bataille gagnée au bord du Scamandre ou la prise de Pékin auraient été des diversions égales. »
On voit que le monarque prussien gardait rancune de l'abandon où nous l'avions laissé pendant sa campagne précédente. Cette campagne avait fatigué son armée et compromis sa réputation militaire. En ce moment , il se disposait à prendre sa revanche , et peut-être eût-il échoué encore , si le prince Charles eût persisté dans le genre de guerre qu'il lui avait fait en 1744. Mais la temporisation ne convenait pas à l'impatience de Marie-Thérèse. Le prince Charles reçut l'ordre de conquérir la Silésie. C'était attaquer le lion dans son aire. Frédéric répond aux préten-
tions de son adversaire en gagnant ^ le 4 juin , la bataille de Friedberg. 11 écrit à Louis XV : « J'ai acquitté à Friedberg la lettre de change que vous avez tirée à Fontenoy. »
Louis XV marche à de nouvelles conquêtes. Un héros que le nord nous avait cédé, le comte de LœwendaP, prend Gand par escalade. En s'avançant vers cette ville , les Français rencontrent un corps de six mille Anglais et le détruisent; Bruges ouvre ses portes au marquis de Souvré; le roi se rend maître d'Oudenarde en moins de quatre jours de tranchée ouverte; le duc d'Harcourt s'empare deDendermonde; Lœwendal réduit en six jours Ostende, qui avait soutenu des sièges de six mois ; Ath ne tient pas plus longtemps devant le marquis de Clermont-Gallerande.
L'armée ennemie ne se montrait nulle part; attaqué en ce moment sur son propre territoire, le gouvernement anglais ne pouvait envoyer au duc de Cumberland les renforts dont il avait besoin. Charles- Edouard , accueilli par les Écossais , commençait cette expédition à l'aide de laquelle il espérait faire prévaloir les droits de sa maison. Le moment paraissait favorable.
'Lœwendal était issu par son aïeul de la maison royale de Danemark, n commença à porter les armes en 1713. La guerre étant survenue en Hongrie, il y passa en 1716. En 1728, il fut fait maréchal de camp et inspecteur général de Tinfanterie saxonne, n fit les campagnes de 1734 et 1735 dans l'armée autrichienne. La czarine Pattira en Russie en 1736 et lui donna le grade de lieutenant général. Il fit la guerre contre les Turcs, défendit la Grimée, combattit les Suédois. Ayant ensuite proposé au roi de France d'entrer à son service, il fut admis le 1" septembre 1743 avec le grade de lieutenant général. Lœwendal était un ingénieur habile , et excellait surtout dans l'attaque des villes fortifiées. I. 34
Depuis longtemps y le Prétendant entretenait des intelligences dans les trois royaumes ; les Écossais l'attendaient comme un libérateur. On savait que les Anglais supportaient en murmurant les charges imposées par Georges II ^ dans Fintérét de sa puissance allemande; lui-même se trouvait sur le continent avec la plus grande partie des forces nationales. La France j de son côté ^ pouvait Taider efficacement ; car rinimitié acharnée de Georges aurait justifié aux yeux de l'univers les secours qu'elle eût accordés à son compétiteur. Mais ici commencent les déceptions réservées au malheureux prince. Louis XV ne fit rien. Nous avons vu qu'on craignait de mécontenter les États protestants d'Allemagne, et le prince Charles-Edouard n'obtint du gouvernement français que de stériles vœux.
Des négociants lui prêtèrent uû navire , l'Elisabeth^ et une frégate. Le vaisseau portait cinquante hommes et quelques armes; le prince met à la voile le 14 juillet. Il est rencontré par le vaisseau anglais le Lion. Le combat s'engage ; r Elisabeth dégréé , se trouve hors d'état de tenir la mer, et rentre. La fré* gâte s'échappe , gagne les îles Hébrides, où le prince débarque. En le voyant pauvre , dénué de tout , accompagné seulement de quelques amis , ses principaux partisans s'étonnent de la témérité de l'entreprise. Mais son inébranlable constance relèvera celle des autres; il saura obtenir du peuple écossais le concours dont il a besoin , qui rassurera et entraînera les chefs. Telle fut la Vendée : les paysans marchèrent, n'ayant pour bannière que la croix, pour conducteur que le pasteur du village. La honte
prit au cœur les gentilshommes, et bientôt ils sollicitèrent Thonneur de les guider.
Charles-Edouard se cache parmi les montagnards^ emprunte leur costume', se nourrit de leurs grossi era aliments. Au bout de quelque temps, il se fait connaître, anime leur enthousiasme; un noyau de douze cents hommes se forme; le prince , à leur tête, parcourt TÉcosse ; les clans s'ébranlent , le rejoi-gnent;' ses partisans reprennent courage, tous en-semble se dirigent sur Edimbourg. La garnison anglaise ne se sent pas assez forte pour résister; elle se retire dans le château , et la capitale de FÉcosse reconnaît pour roi le père de Charles - Edouard , et lui-même comme régent du royaume.
Le gouvernement anglais n'apprécia pas sur-lechamp la gravité de Tentreprise tentée contre lui. Son réveil fut celui d'un barbare. La première mesure prise par le parlement est de mettre à prix la tête de CharlesoÉdouard. Ses partisans sont égorgés partout où on peut les rencontrer. En lisant le récit des cruautés de cette époque, on croit rétrograder de plusieurs siècles. Mais les proscriptions, sans la fprqe des armes , irritent et ne soumettent pas. Le général Cope rassemble quatre mille hommes et s'avance vers Edimbourg. Stuart va à sa rencontre avec trois mille montagnards. On se joint à Preston-Pans le 2 octobre. Les montagnards , comme plus tard les Vendéens, se jettent sans ordre, mais avec une indicible impétuosité , leurs clay mores à la main , sur l'infanterie anglaise, sur la cavalerie, sur les canons. Tout est pris ou tué. Artillerie , tentes et bagages tombent dans les mains des vainqueurs.
En apprenant les succès du Prétendant, la cour de France se décide à quelques démonstrations en sa faveur. Elle envoie des armes et des munitions en Ecosse; mais, sous prétexte de ne pas compromettre les vaisseaux de la marine royale, on n'emploie que des bâtiments assez légers pour échapper aux croisières de l'ennemi et par conséquent d'un petit tonnage. C'est une politique de mauvais aloi que de fournir à une insurrection assez de secours pour subsister, pas assez pour triompher. Ainsi ont fait les Anglais cinquante ans plus tard dans les provinces de l'ouest de la France.
Vingt-deux mille hommes se rassemblent sur les côtes de l'Artois. Le duc de Richelieu est leur général. Vaine démonstration! cette armée n'est point destinée à agir : on la place en face de l'Angleterre, mais seulement pour donner de l'inquiétude au gouvernement de cette île, et l'obliger à rappeler ses troupes de la Flandre. On espérait de plus qu'au lieu de les diriger contre les Écossais, il les concentrerait sur le point que nous semblions menacer; mais les Anglais se rient de cet épouvantail , inutile à la cauçe du Prétendant.
Après la bataille de Preston-Pans, Charles- Edouard aurait dû profiter de la stupéfaction qu'elle causa en Angleterre pour s'avancer avec rapidité. Il perdit à Edimbourg un temps précieux en attendant les renforts que lui promettaient la France et l'Espagne.
Pendant qu'il temporisait ainsi , les orages qui devaient l'assaillir commençaient à se montrer à Thorizon ; Georges II accourt du continent; le duc
de Cumberland quitte la Flandre et revient avec une partie de ses troupes.
Le zèle des whigs leur fournit d'abondants secours. Des souscriptions sont ouvertes , des enrôlements volontaires ont lieu, le parlement suspend le bill de Yhabeas corpus , et bannit de Londres les prêtres catholiques.
Le danger le plus grand pour Charles-Edouard se trouvait dans le parti même dont il était le chef. Les insurrections contre le gouvernement établi manquent d'unité , tandis que leur adversaire agit avec ensemble, et emprunte sa force de l'action d'une volonté unique. Dans une guerre civile, les chefs de l'opposition qui hasardent leurs têtes, prétendent conserver la liberté d'agir à leur guise, et si on ne se hâte de les mettre d'accord en les occupant sur les champs de bataille , du choc des opinions diverses naît bientôt la discorde. Le prince, alarmé de celle qui se manifesta pendant son séjour à Edimbourg, prit l'audacieuse résolution de mener sa petite armée à la conquête de l'Angleterre. Des proclamations publiées par lui garantissaient le maintien de la constitution , et promettaient une protection spéciale à la religion de l'État. Ses premiers pas furent marqués par des succès. Newcastle, Carlisle, Lancastre, Manchester et Derby ne lui opposent aucune résistance. Il n'est plus qu'à cent milles de Londres. Mais aucun Anglais ne l'avait rejoint ; les faveurs que lui accordait la fortune n'étaient point encore assez éclatantes pour dissiper les incertitudes et surmonter les craintes. Cependant la révolution ne pouvait devenir complète que par
radbésion de la capitale. Edouard voulut marcher sur Londres , quoiqu'il n'ignorât pas qu'il aurait à combattre le duc de Cumberland et les vieilles bandes de Dettingen et de Fontenoy. Mais les chefs écossais craignirent les chances d'une bataille, éloignés comme ils l'étaient de leurs montagnes et des retraites profondes qu'en cas de défaite elles leur fourniraient. Le prince fut obligé de rétrograder et de rentrer en Ecosse. Telle était sa position à la fin de l'année 1745.
Les affaires de la maison de Bourbon n'avaient pas moins prospéré en Italie qu'en Flandre. Au commencement de la campagne, le roi de Naples, aidé d'une armée espagnole sous les ordres du comte de Gages , repousse les Autrichiens jusqu'à Bologne. Le duc de Modène rentre dans sa principauté. D'un autre côté, les Génois, irrités contre Marie-Thérèse par la cession de Final au roi de Sardaigne, ouvrent aux armées combinées de France et d'Espagne le chemin du Piémont et du Milanais. La république avait signé à Aranjuez un traité par lequel elle s'engageait, non-seulement à livrer le passage , mais encore à fournir dix mille hommes et un train d'artillerie , sous la condition d'une garantie par les deux couronnes de toutes ses possessions , et d'un subside de trois cent mille livres par mois.
Don Philippe fait sa jonction avec le maréchal de Maillebois dans la vallée d'Oneille, et ils descendent dans le Montferrat. Le comte de Gages ne tarde pas à se réunir à eux. Le 8 juin , par une manœuvre bien combinée , on parvient à séparer les Piémon-
tais des Autrichiens; les premiers sont battus à Montesimo y les Autrichiens à Bassignano. Ceux-ci sont forcés ensuite à Novi. Ou s'empare à leur vue du château deSeravalle et des villes de Tortone, de Plaisance , de Parme et de Pavie. L'armée pénètre victorieuse dans Alexandrie; on réduit la ville et le château de Casai; le brave Chevert fait la garnison d'Asti prisonnière de guerre. Les Espagnols marchent sur Milan : cette ville ouverte n'oppose aucune résistance^ et l'infant y reçoit le serment de fidélité comme duc de Milan (5 décembre).
Il restait à s'emparer des châteaux de Milan et d'Alexandrie. Le maréchal a le tort de pousser mollement le siège de ces deux places , et celui plus grand encore de ne pas profiter de la faiblesse de l'ennemi pour chasser Charles-Emmanuel du Piémont. Il dissémine les divers corps de son armée ^ et laisse ainsi à son actif et habile adversaire la liberté d'agir sur ses flancs. Cette fausse position, dont il redoutait lui-même les conséquences , lui fut imposée par la vanité des Espagnols pressés de faire reconnaître leur souveraineté dans tout le Milanais.
La persévérance de Marie -Thérèse à poursuivre obstinément les deux objets de ses désirs , le recouvrement de la Silésie et l'élévation de son époux à la dignité impériale , causa les désastres qu'elle éprouva en Flandre et en Italie. Comme il lui fallait une armée à opposer au roi de Prusse , une autre plus considérable dans la Franconie pour repousser le prince de Conti et assurer l'élection du grand-duc de Toscane , elle n'avait pu mettre en ligne que
huit mille hommes en Flandre ^ et ses forces en Italie ne dépassaient pas vingt-cinq mille hommes. Elle fut satisfaite dans le plus cher de ses vœux. Le prince de Conti y affaibli par les détachements qu'on retirait sans cesse de son armée , se vit contraint de quitter la Franconie et de repasser le Rhin* A l'unanimité des voix y moins celles du Brandebourg et de l'électeur Palatin , François, grand-duc de Toscane, est élu empereur le 13 septembre, et couronné avec magnificence dans cette même ville de Francfort , où son prédécesseur avait caché ses infortunes et sa misère.
Cette félicité politique et conjugale dont Marie- Thérèse jouissait avec délices , fut troublée par les succès du roi de Prusse. Victorieux à Friedberg, il publiait un manifeste contre Auguste III , qui avait joint ses troupes à celles de la reine de Hongrie. Non moins habile politique que grand guerrier, Frédéric traitait en même temps avec le roi d'Angleterre, pour qu'il lui garantît la Silésie et obligeât Marie-Thérèse à consentir aux conditions de paix qu'il exigeait d'elle. Georges désirait passionnément rompre l'alliance de la Prusse avec la France. Mais les ouvertures qu'il fit à ce sujet à l'impératrice furent repoussées. Georges, indigné, signa alors le traité de garantie que lui demandait le roi de Prusse, et engagea la Hollande à y accéder.
A la nouvelle de ce traité , la colère de Marie- Thérèse n'eut pas de bornes. Elle ordonna au prince Charles de combattre; mais les habiles dispositions de ce prince ne purent l'emporter sur la discipline et la tactique prussiennes, et il est battu à Schor par
une année moitié moins forte que la sienne. En Saxe, le général prussien, prince d'Anhalt, défait complètement les troupes de Télecteur roi de Pologne. Celui-ci est obligé de quitter sa capitale ; Frédéric y entre le 18 décembre, maintient une exacte discipline , et va saluer avec politesse la reine de Pologne et ses enfants restés dans le château.
Son génie avait deviné que la paix était à Dresde ; car la hauteur de Marie-Thérèse pouvait céder sans honte à la nécessité de sauver son allié. La guerre cessa en effet tout à coup , et deux traités de paix furent signés le 25 décembre , l'un entre la Prusse et la Saxe , l'autre entre l'Autriche et la Prusse. L'impératrice confirmait de nouveau la cession de la Silésie et du comté de Glatz, et le roi de Prusse reconnaissait le grand-duc de Toscane comme empereur.
Suivant sa coutume , Frédéric ne tint aucun compte de ses engagements avec la France. Le texte des traités n'était pour lui que des paroles de convenance qui engageaient seulement l'intérêt présent. Il attaquait quand cela lui semblait profitable et posait les armes aussitôt que son ennemi cédait à ses prétentions. Il ne s inquiétait d'ailleurs en aucune manière de l'avantage que ses amis en retireraient ou du préjudice qu'il leur causerait. S'il avait brusquement conclu le traité de Dresde, c'est, disait-il, que la glorieuse campagne des Français ne lui avait été d'aucune utilité.
L'armée de Flandre prit debonnne heure ses quartiers d'hiver et le roi revint à Versailles au mois de
septembre. Uoe grave affaire le rappelait : il s' agis* sait de donner un titre à madame d'Étiolés ^ afin qu'elle pût être présentée. Le roi lui acheta le mar* quisat de Pompadour , qui avait appartenu à une famille éteinte, et la favorite en prit le nom et le titre. La présentation fut faite , le 1 5 septembre , à six heures du soir y par la princesse de Conti douairière. La foule abondait, curieuse de voir cette petite bourgeoise prendre rang au milieu de la cour; chacun cherchait à deviner quelles seraient les paroles que la reine lui adresserait; elle se borna à lui demander des nouvelles de madame de Seissac ( cette dame avait contribué jadis à obtenir la révision du jugement qui condamnait le père de madame de Pompadour à être pendu). La favorite, déconcertée, balbutia sa réponse , on ne put en saisir que les mots suivants : «J'ai, madame, la plus grande passion de vous plaire.» Elle se montra en effet constamment respectueuse envers la reine; la faiblesse de cette princesse ne lui laissait rien à redouter de sa part. Il n'en était pas ainsi du Dauphin et de la Dauphine; la maîtresse du père craignait la rigidité du fils , et elle s'efforça d'éloigner de ce jeune couple le cœur du roi. Marie Leczinska manquait quelquefois de dignité dans sa résignation ; le roi ayant éprouvé à Choisy une indisposition , la reine s'y rendit, et pendant son séjour, elle consentit à manger avec madame de Pompadour. Toutes les dames invitées à cette résidence royale s'assirent à la même table que la concubine, leur délicatesse se trouvant sauvée par l'exemple de la reine.
1746. L'hiver de 1745 à 1746 fut extrême-
ment brillant à Versailles; les succès militaires de Louis XV étaient exaltés par une adulation inépuisable. Voltaire composa un intermède ayant pour titre le Temple de la Gloire. Dans ce ballet héroïque, on désignait le roi sous le nom de Trajan. La déesse s'approchait , prenait Trajan par la main , et le plaçait dans son temple converti en temple de la félicité publique ; ce ballet fut représenté d'abord dans les petits appartements. Voltaire avait obtenu la permission d'assister à la représentation et il se tenait derrière le roij à la fin de la pièce, emporté par son ravissement, il s'écrie : « Trajan est-il con* tent?» Cette familiarité, aussitôt réprimée, parut excusable à Louis XV, qui l'attribua à l'élan mal contenu d'une profonde admiration pour sa per* sonne.
Ce fut à cette époque que la favorite établit l'usage des représentations sçéniques à la cour. Il se forma fiQus ses auspices une troupe de comédiens et de danseurs grands seigneurs , dont le duc de La Vallière était le directeur. Les dames de haut rang y prenaient des rôles, et la marquise y représentait le principal personnage ; la faveur d'être admis dans la troupe ou d'assister aux représentationsétaitbriguée,etmadame de Pompadour seule en décidait; elle amusait le roi , et en même temps établissait son empire sur les courtisans.
Elle savait d'ailleurs charmer le monarque par une conversation divertissante, aiguiséesparlamédisanoe* Elle multipliait les soupers et les fêtes ; les voyages se succédaient soit à Choisy , soit dans les châteaux que les libéralités de Louis XV lui avaient donné la
faculté d'acquérir \ La vie du roi était un perpétuel enchantement. « Comme les jours passent ! » s'écriait-il.
Le faible souverain s'endort dans cette déplorable inertie y et son peuple s'indigne de l'empire qu'il subit. Lorsque la gloire manqua à Louis XV , les cœurs s'éloignèrent de lui ; l'influence malheureuse de la favorite sur le gouvernement pouvait-elle ne pas déconsidérer la royauté elle-même ?
Madame de Pompadour usa des prémices de sa faveur pour obtenir le renvoi du contrôleur général Orry qui avait dirigé avec intégrité et habileté les finances de l'État pendant seize ans; mais il se plaignait des profusions de la maîtresse. Le roi lui donna pour successeur M. de Machault d'Arnouville , homme
' La nomenclature des dons que le roi lui fit, dans Tespace de quelques années, est trop curieuse pour ne pas la placer ici.
Dès la fin de Tannée 4745, elle avait déjà cent quatre-vingt mille livres de rente, sans compter le revenu de la terre de Pompadour.
En 4746, le roi lui donna sept cent cinquante mille livres pour acheter la terre de Crécy , et lui délivra un billet de retenue de cinq cent mille livres sur la charge de trésorier des écuries.
Le 4*^ janvier 4747, pour ses étrennes, cent mille écus.
En 4749, sept (fent mille livres, dont trois cent mille pour acheter un hôtel à Fontainebleau.
En 4750, deux cent mille écus, pour acheter et orner Brimborion , au-dessous de Bellevue.
En 4752 , cent mille écus , sous prétexte d'acheter un hôtel à Gompiègne.
Six cent mille livres en 4753 , pour acheter , dans le faubourg Sain t-Ho noré , l'hôtel du comte d'Évreux.
Madame de Pompadour touchait, en outre, une pension de deux cent quarante mille livres.
rangé et probe , mais soumis aux exigences de la marquise.
Après avoir ainsi essayé sa puissance^ madame de Pompadour s'occupa de sa famille; elle couvrit le déshonneur de son père par des lettres de noblesse, c'était flétrir l'institution *. Le frère de la marquise fut créé marquis de Vandières, et comme ce nom donnait lieu aux plaisanteries des courtisans % on lui acheta le marquisat de Marigny. Il devint bientôt après directeur général des bâtiments. Le marquis, admis dans l'intimité du roi% ne fut point ébloui par la fortune ; il resta honnête homme , se distingua par son goût éclairé des beaux-arts, et laissa une mémoire honorée.
' La dame Poisson , malade depuis longtemps, mourut de joie en apprenant que sa fille était déclarée maîtresse du roi. « Tous mes vœux sont comblés, » dit-elle en expirant.
' Les courtisans le nommaient le marquis d'Avant-Hier.
^ Le roi l'appelait petit frère et l'admettait à ses petits soupers.