‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 3 sur 144 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

MAILLOT, PASSY , LX MUITTI . ACTSUIL , BOILOGSI, LO.NGCBXMPS. UXUHID, SAGATILLI.

*I~-«**tlUt.

Avant de franchir les limites de ta capitale, arrêtons-nous un moment à Cbaillot, qui forma long-temps un village particulier, remarquable par son heureuse position sur la colline qui domine ta rive droite de ta Seine.

A une époque très-reculée, et du temps des rois de la première j raee, U n'y eut dant toute l'étendue du pays compris dans l'angle formé par le cours de la Seine, au-dessous de Paris, qu'un seul lieu du nom de JVùni», qu'on a traduit par celui de JV</<m.

Cbaillot, cité, pour la première fois, dans un acte de la lia du xiv siècle, porta les divi renoms de Cattio. CalUtio.ClutUoio, Caloilum, et enfin de Challoel. Ce n'est qu'au xiv siècle que l'on commença a écrire CkaUUyau. nom qui fut encore changé dans le siècle suivant en ceux de Chailleau, Chaleau cl Chaiïliau. d'où il est facile de taire dériver le nom actuel.

GfeaiHot fut de bonne heure érigé en paroisse; en 1097, celte cure appartenait au prieuré de Saini-Martin-des-Champs.

Les auteurs qui ont éerit sur Cbaillot rappellent le nom et la généalogie d'un grand nombre de scigncuis fort obscurs ; nous

t <ho§rapkit MIcViJtftpH «u tmvinmt dê farû, |«r MX. Cstiirr tl broogniard, i»-4», page 114.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

Barderons bit- n de les imiter. Nous dirons seulement qu'en M5u * l'exllnitiun des seigneurs particulier* de celle terre, elle passa comme valante sous la (iominalion du seigneur de Marlyle-ChAteau, niais que le roi en conserva la hnute-justice avre le droit d'aubaine et biens vacants, appartenant au haut-justicier, droits dont il se démit bientôt en faveur de Philippe de Cummines, son chambellan. l£> lettrea-palentes ou e*t ronsignée cette donation a Commines portent : a Une tour carrée et « les prisons qal sont au-dessous, l'hôtel do la seigneurie qui

• étoit alors en ruine, environ sept arpens de jardin et de cerlc saie qui altolent jusqu'aux fosses des éfrouts de Paris; trois

• arpens de vigne en upe pièce ; seize ou vingt arpens de terre ; « trente livres parisis de gros cens, huit livres de menu cens; « rouaue des vins qui se baillent à ferme, et six ou sept arrière- « fiefs tenus de la tour carrée, justice moyenne et " « mairie et sergent. >

Plus tard, la haute-J*>tice de Chaillot revint à la mais nous trouvons dans une sentence de t«JS qu'elle appartenait alors au maréchal de Bassompierre, également connu par sa galanterie et par ses exploits militaires. Plus tard, enfin, la h a ut e-justice passa aux religieuses de la Visitation. Mais arrétonsnous un moment pour retracer l'origine de cette communauté et de quelques autres plus anciennes qu'on vit pendant longtemps & Chaillot.

Les ducs de Bretagne avaient, au xiv* sièele, a ne maison de plaisance sur l'emplacement même de l'ancien village de Nijon, dont elle conservait le nom. Cette maison fut destinée par la reine Anne de Bretagne, femme de Charles VIII, à l'établissed'un couvent de Minimes, appelés communément lté batu i, parce qu'à la cour de Louis XI on avait coutume d'appeler du nom de ton homme François de Paule, fondateur des Minimes : e* fut le premier couvent que cet ordre posséda dans les environs de Paris. |.a reine y Ht bâtir une église, sous le titre de Notre-Dame de itmtt Gritt, qui ne fut entièrement achevée que sous François I". Sur le fronton du portail de cette église étaient placées trois Hgort-s, qui n'avalent (guère la mine catholique : leur altitude n'était rien moins que pieuse ; et peut être pourrait-on présumer qu'elles représentaient quelques divinités païennes qui auraient orné autrefois le manoir de Nijon : ee ne serait pas la première fois que la dévote ignorance aurait fait de semblables bévues.

Il s'établit aussi à différentes époques, à Chaillot, plusieurs couvents de femmes, telles que des Augoliues, des Bénédictines; mais la plupart n'eurent qu'une existence éphémère ; il en fut autrement des religieuses de la Visitation.

Catherine de Medicis axait fait balir à Chaillot une maison en forme de palais : cette malsou avait été embellie par Bassompierre; et, tous Henri IV, elle portait le titre de Maison de Grammont, lorsque Henriette de France, cette riine malkevrture. Bile de Henri IV et femme de Charles I", précipitée du Iront d'Angleterre, vint y ensevelir sa douleur en s'y établissant avec les religieuses de la Visitation, qu'elle y attira auprès d'elle. « Il n'y avait que cinq ans encore que les religieuses de « la Visitation étalent établies à Chaillot et reconnues dames a du lieu, dit l'abbé l.ebeuf, lorsqu'elles obtinrent du roi

• l'amortissement du château de ce village, de la maison do « jardinier, jardin et bois clos de mors, avec la haute-justice, a sans être tenues de paver finances, pour cette haute-justice. « Les lettres sont jdu mois de septembre 1 666 '. » En 1686, elles acquirent la principale justice subalterne de. Chaillot, et en 1693, une seconde, la seule qui restât encore dans des mains

Le couvent de Chaillot devint le lieu de la sépulture de sa fondatrice et de tous ses proches, obligés de (.'expatrier et de chercher en France un asile que leur rt fusait l'Angleterre. Charles I". Jacques II, sa femme et sa lille Ma ie furent tous inhumé* à Chaillot ; mais le couvent obtint plus tard uu autre genre de célébrité dont il est temps de parler.

Il n'est personne qui ne connaisse les amours et l'infortune de cette belle et intéressante La Vallière; il n'est personne qui, en lisant le reeitdesa vie, n'ait partagé ses chagrins, lorsque son Ame ardente et sensible eut à gémir sur l'inconstance d'un roi qu'elle aimait pour lui-même, lorsqu'elle se vit un objet d'indiilérence aux yeux d'un monarque qui avait mis tout eu œuvre pour

il lah^nhnuiiPuriê.

séduire son ceeurel enflammer son imagination. CV-Ui Chnill.it, c'est dans le couvent fondé par Henrielte de Fut n e. quVIle courut ensevelir et son amour et le souvenir de ses faiblesses ; c'est là que Colbert vint, de la part de son maître, l'arracher encore une fois à la douceur d'une vie paisible pour la reporter au milieu du faste et de l'intrigue d'une cour qui lui convenait si peu, et qu'elle devait bientôt abandonner uue seconde fois pour consacrer le reste de ses jours à l'humilité et à la pénitence. La hbut Lamtê de fa M un>r or de mourut au couvent des Carmélites, à Parla.

Dès-lors, et depuis 1669 •, Chaillot était deveuo un des faubourgs de Paris, sous le nom de faubourg de la Conférence ; mais il faut remarquer qu'il le rut plutôt de nom que réellement, car il n'était point assujetti aux mêmes règlements que les autres faubourgs; le vin seul y payait droit d'entrée, et eela pour remplacer le prélèvement de 4t,ouo livres de tailles imposées à ce village depuis quelques années. Du reste, tout ce qui venait de Chaillot à Paris payait l'entrée ; le village ne relevait point du ChAtelet, mais avait ses juges particuliers, ses notaires particuliers ; et on ne le voit point ilgurer dans les arrêts du conseil de 1674 et de 1 TOI, qui fixent l'enceinte de Paris et sa division eu quartiers.

Chaillot n'était cependant pas encore très- considérable. Il ne consistait que .dans une seule rue; et sa population n'est portée dans le dénombrement de 1709 qu'à deux cent vlii'l feux. Celui de 1745 porto le même nombre.

Plusieurs personnes célèbres ont illustré Chaillot par leur séjour: entre autres le président Jcniiuln, dont le caractère franc, juste el loyal ne se démentit pas un instant au milieu •tes troubles civils enfantés par une politique Insidieuse autant que par le fanatisme religieux, et ce M ézeray, regardé généralement comme l'historien le plus impartial de l'ancienne monarchie, mais qui, pour obtenir une modique pen>ion, proposait à Colbert de paner l'éponge sur tout ce qui pourrait lui déplaire dans Sun Hieloire de France *.

L'église des Minimes était alors devenue celle de ta parois*.»-. On y voyait tes tombeaux de Françoise de Veym d'Arbontr, femme d'Antoine Dupntt, d'odieuse mémoire, cardinal et chan-

1 Vofi édil de Juillet «(S*.

' Voici Itn lettre* 4t &«>cray, qu'il e«l toi de faire connaître, trer It confiance que mentent le* écriu historique» de celte époque, t uu'on ref «de cernât lee plus impartlau» i

« Oscr»i-Je vens réitérer par cette seconde lettre les même» prières qui' j j,

• déjà prit U hardietse de vous taire par ma première, dont voici 1rs nn'un-» ■ terme». Ce que m'a dit I. l'eriaull de voir* part a été un terrible conp «V « fondre, qui m'a rendu u*(-i-f»it Immobile, el qui m'a été tout renlinirnt.

• Dormit relut d'une rlérérne dauleurde voosavoir dVplu Mi feule eapéranre

• Val, moo-eipncer, que. Dieu tout ajanl reodu votre aante, fou* Dé m<- « défendre! pa». aiajuurd'bui de preodre part à la réjouissance publique, et que

• pendant rettr faliifacUoo uni«rr»elle de» gen» de bien, tout ne <oudie< p»s

• que )e mil le seul qui demruro dans une irislrsse motlcilr. Prrniill .-a-moi

• donc, s'il «ou* platl, cnooselerieur, dam celle beoreuie conjoncture, d'un-

• plorer lo secours de votre «enéreeue bonté ; Je la aupplie lré*-hu«r.biernrnt « d'intercéder pour moi aupre* da vont, et de m 'obtenir ma srlte. que je tous « demande »«ee une eiiilére aoumitdoo el ua profond respect. Je ne prelcuds « point, monseigneur, Justifier met manquement» autrement qu'en lesré-imaui,

• el en Juxti6«ol la reeiitude de mes intention* par une prompte el sii'ite

• obrissance. Ce qui me aéra d'aulaot plu* facile, qu'une seconde e<lilion dr

• mon ouvrage, étant augmente* de plus de trois cents articles, et d'un ir. >- -. grand nombre de eba-r* anaai utile* que raie I el eurvauMa, effarée a et aueen-

• Hr* bientôt la premier* , car, tomme le savent ceux qui entendent le oom- . merer de* li«re», c'est une eipérlene* infaillible que les impression» poslé- « rieueea. quand cil*., se font du vivant de* auteur* et qu'elles sont plu, .. amples el plus correcte», font périr lout-i-Uit les précèdent**, et» Sorte qu oi» . n e* lient plu* compte, el que même l'on n'eu voit plu* da tout. C'est dan»

• cette disposition, measeigneur, que J'ai prié M. ferrault de vou*a*<urcr que

• j* mil frit é pt—r i'épone* sur Uu* les endroit* que vous Jaitrrci diiiurt « de foojur* dans mon livre, et de vous pioletier, tu même temj», qw j*

• veux employer tous me* efforts et si peu de taJeni que Dieu m'a donne puur

• faire conuottre é toute I* lerre que vous n'a > ri Jamais fait de rte^lurr qui eoil i vous par un attachement plus véritable, ni qui puisse avoir plu» do

pour tout c* qui «ou* tourbe qu'es aura Jusqu'au >

• passion el plus d* »élc pour

• daraler Joue d* sa via, etc...

• Je

a plu m'envojer. Je I «i reçue a»ec le même respect el avro I* nu ne* qne si ell* est été enUere M telle qae feu mouMimieur me l'aveit obtenu* du rai, M que vaaa-méme. mnaMicnen.aviei de me faire continuer durant plusieurs usé**) (Mi* j* «uu» men*ei|Mtu, qu« j'ai sujet d* CTUlvdl* qu'un n*

HISTOIRE DKS ENVIRONS DE PARIS

celler de France sous François lw; celui du comte de Rantzau, maréchal de France, sur lequel on lisait :

Dm corps da «raad JUnuau to n'ts qu'tnie de» pins, L'autre moUié mu dans les pleines de Mers : Il disperse periout ses membres et sa gloire. Tout aballu qu'il fut, il demeura vaioqoeur : Sod sang rot en tent lleai le prit de st victoire, Et Mars se lui laissa riea d'entier que te camr.

Aujourd'hui, Chaillot ne doit plus compter au nombre des villages voisins de Paris, puisqu'il se trouve dans l'enceinte même de la ville, dont il forme l'un des plus agréables faubourgs, tant par sa position entre les Cbamps-Élysées , le cours de la Seine et le bois de Boulogne, que par les riantes habitation» et les jardins charmants descendant en amphithéâtre jusque au bord de la rivière. Tous ces avantages y attirent dans la belle saison ceux qui, fatigués du tourbillon de la ville, vont y chercher la paix et le calme que permet trop rarement dans les cités une vie active et laborieuse.

Les établissements lés plus remarquables de Chaillot sont cette manufacture royale de tapis, qui a pris de la première destination de l'emplacement où elle s'élève le nom de Savonnerie. Sur la porte d'entrée on lit :

BMMIriCTlBI ROVALH DBS TJ.H8 BT MEULES 0> t* COCBOMNB, BITB LS SAVONSEBIE, rOMDtB PAS UBXBI IV, B* 160t.

Et la machine hydraulique, connue généralement sous le nom de pompe à (tu de Chaillot, qui porte Teau de la Seine dans une grande partie de fontaines de Paris.

Nous avons, dans notre Histoire de Paris, fait mention de rétablissement de cette machine ingénieuse ; nous ue pouvons qu'y renvoyer ceux qui désirent des détails sur la manière dont elle est mise en mouvement, sur la hauteur de ses réservoirs, sur l'étendue de ses tuyaux de conduite, sur les fontaines qu'elle

On sait que c'est à Chaillot. sur le penchant de la colline qui domine le cours de la Seine, et en face de l'Ecole-Militaire, que Napoléon avait jeté les fondements du superbe palais destiné au roi de Rome. Aujourd'hui de jeunes arbres s élèvent sur cet emplacement.

Passy ou Paci forme du côté de l'ouest la limite de Paris, dont il peut être regardé comme un faubourg; c'est un gros village situé au sommet et sur le penchant d'une colline, dout le pied n'est séparé du cours de la Seine que par la grande roule de Paris à Versailles.

Bien que ce lieu ne remonte pas à une très-haute antiquité, cependant nous trouvons, dés l'an 1260, dans le voisinage d'Auteuil, un endroit nommé Paciaeum. Ce n'était alors qu'un simple hameau, qu'un groupe de quelques maisons dépendantes de la paroisse d'Auteuil1.

Dans le siècle suivant, les habitants de Passy reçurent, par lettres de Charles V, la permission de clore leurs héritages de murs faits à sable et a chaux, et même de prendre et étrangler les conlls (les lapins) qui y feraient des dégâts.

« m'ait entera imputé quelque nouvelle fuite, et que ce retranchâmes! n'en

• soil uae punition, si J'ea peuvole arair connoitsanee, Je me laetlrots en « ecroir an de m'en Justifier, oa de la réparer »eloi» va» ordrea. Je m'examine

• pour ret effet a la dernière rigueur. Je cherche jusqu'au fond de mon lue, « ei ma conscience a* me reproche rien. Je (retaille, monseigneur, selon vos

• Intenliena et selon In régies que vous ra'atea prescrites. Je parle met feuilles

• a Jf. Pensait : J'asance la travail •niant qu'il eu passible : ainsi, moaeei- ■ gneor. Je ne puis trouver 4'aulre cause de ma itlminution qur mon peu tic

• mérite ; mais ta générosité da plut grand des rois, et la fevear de votre pro-

• terlion peuvent bien entore suppléer s. ce défaot, comme elles j ont supplée « jusqu'à l'année présente. C'est tvee celte espérance, monseigneur, que Je < prends la hardierse d'avoir recours i votre bonté, toujours si (averabie au

• gens da teitrc*, et aoa créatures de feu monseigneur le rardlnil, dont la

• mémoire tous est si chère. He retranches pas, s'il vous plell, une . pailie de «ea grâces à une personne qui perdroil plutôt la vie, que de rien . diminuer du tète qu'il a pour votre Service, et de l'attachement invtolibl» « avec lequel il fait gloire d'être, etc. • ■Éians.v,

hiKloritteraplie. »

1 On trouve bien dé* le ut* siècle un mapitler Simtm de J>asWa«o, mais rien n'indique que maître Siwxm ne Ml pas d'un antre Pater : car on connaissait alot» plusieurs lietre d< ce nom

Enfin les seigneurs de Passy, dont il sera t trop long de donner ici la liste, y firent bâtir, vers la fin du xvi* siècle, une petite chapelle, dédiée à Notre-Dame-de-Crâce, et, en 1667, une église qui fut bénite la même année.

Alors une cure fut établie à Passy, non sans beaucoup de difficulté; car la dame du lieu fut obligée de transiger avec le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris, qui avait le droit de nomination â la cure d'Auteuil, dont relevait Passy, ainsi qu'avec le curé de ce village, dont la juridiction allait se trouver restreinte; la charte accordée à la dame, par l'archevêque de Paris, stipulait que la cure de Passy appartiendrait à la communauté des Barnabites, « parce que, dit I abbé Lrbeuf, s M. de La Brunetière, vicaire-général, s'était aperçu que les « habitants de ce lieu, profitant du voisinage de Paris, attiraient e si souvent leurs vicaires en cette ville, qu'ils ne restaient « presque jamais a Passy. » Quoi qu'il en soit, Passy eut pour fête patronale l'Aiiminetâfion. Il fut même réglé que ce jour-lé, a le chapitre de Saint-Cermain y enverrait un chanoine, pour a y faire l'office, lequel prendrait son repas chez les pères Barnaa bites: ce qui s'est pratique exactement, ajoute l'abbé Lebeuf.»

Duc circonstance assci singulière se rattache à l'établissement de la communauté des Barnabites a Pa>sy. Un conseiller au parlement de Paris avait depuis peu fait bâtir dans ce lieu une maison superbe, dont le séjour, et surtout le point de vue qui s'étendait sur un horizon immense, charmaient tous ses loisirs. Ce conseiller avait été rapporteur d'une affaire, dans laquelle il avait fait dépenser beaucoup d'argent a un malheureux plaideur, qui, après tout, a\ ait lini par perdre son procès. Le plaideur nourrissait depuis longtemps dans son cœur le désir et l'espoir de se venger un jour, lorsqu'il apprend que son rapporteur vient de consacrer des sommes immenses à élever à Passy un petit palais, dont la possession fait ses déliées ; il y court, achète un terrain qui se trouve au-dessous de celui du conseiller, et v fait biilir lui-même une maison beaucoup plus haute que celle du juge, qui se trouve, par conséquent, entièrement masquée ; celui-ci ne put supporter uu tel sujet d'affliction ; et les Barnabites eurent presque pour rien la maison où s'établit leur communauté.

Passy prenait donc chaque jour de l'importance; des maisons élégantes s'y élevaient; les riches habitants de la capitale venaient y passer les moments de loisir qu'ils pouvaient dérober aux affaires. La découverte d'eaux thermales, en 1648, fut aussi une circonstance remarquable dans l'histoire de ce village; les étrangers s'y rendirent en foule ; ses limites s'étendirent; l'élégance fut introduite dans les demeures; et bientôt un château s'éleva en amphithéâtre sur le penchant de la colline qui domine la route de Versailles.

Tel était ce beau village. La Révolution passa, et tes monuments et son château furent respectés ; les alliés vinrent camper â Boulogne, et ses monuments et son château furent dévastés : c'est surtout en 1HI5, que Passy, occupé tour à tour par les Prussiens et les Anglais, eut le plus à souffrir; la plupart des maisons de ce malheureux village furent pillées et ravagées.

Aujourd'hui, l'heureuse situation de Passy, la proximité de la capitale, la salubrité de l'air qu'on y respire, le voisinage du bois de Boulogne, et ses deux sources d'eaux thermales, en font un des plus agréables] séjours des environs de Paris, et y attirent, chaque année, un nombre considérable de Français et d'étrangers.

Les eaux les plus fréquentées de Passy sont maintenant dans une maison charmante, appartenant au baron Detessert ; elles coulent dans un jardin vaste et commode, orné de bosquets, d'allées ombragées, et de terrasses sous lesquelles sont pratiquées des galeries élégantes, en sorte que les buveurs peuvent se promener en tout temps à l'abri du soleil de l'été, ou des frimas de l'hiver.

Le château est d'une belle apparence; il se compose de deux gros pavillons, séparés par un corps de logis; ses jardiussont grands et très-bien distribués.

Le village de Passy est bien bâti ; la grande rue qui le parcourt dans toute sa longueur rappelle celles de la capitale ; les maisons y sont en général élégantes et accompagnées de jardins où l'on retrouve le goût qui distingue ceux de Paris. Plusieurs manufactures y entretiennent l'aisance et l'activité; une superbe filature de colon et une rafflneriede sucre.appartenaut au baron Delessert, une fabrique d'apprêts et de teinture pour les Iraps,

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appartenant à M. Machault , sont les principales. La population de Passy est de 2,400 habitants.

Celui dont on a dit qu'il sut dompter la foudre et les tyrans Franklin , habita longtemps Passy : une rue porte son nom.

Le village de Passy appartient au département de la Seine , arrondissement de Saint-Dents, canton de Neuilly.

Je ne dois pas quitter Passy sans dire quelques mots de la Mutltt. maison royale rebâtie par Louis XV, à rentrée du bols de Boulogne.

Ce lien n'est guère connu que depuis an siècle ; cependant il est présumante qu'il y a eu dans ce lieu un ancien rendez-vous de coasse ; et Ton a même une ordonnance de Charles IX, datée de Passy-lex-Paris, dénomination qui ne peut guère appartenir qu'à la Muette. Plus tard , nous voyons encore Marguerite de Valois, première femme de Henri IV , faire don , en 1816 , du château de la Muette au Dauphin , qui fut depuis Louis XIII. Toutefois , cette maison sortit des mains de la famille royale , puisque nous voyons qu'elle fut, en 1716, achetée pour la duchesse de Berri, à on sieur Fleuriau d'Armenonville, qui reçut en échange le château de Madrid . dont nous nous occuperons bientôt.

Les écrivains qui ont parlé de la Muette nous disent que cette jeune duchesse s'y plaisait beaucoup. « Cette princesse en fait sa maison de campagne, dit le journal de Verdun \ et y va souvent passer les nprès-diners avec sa nombreuse cour , d'où elle ne revient au Luxembourg que fort avant dans la nuit, n Mais ces plaisirs durèrent peu, car la duchesse mourut au mois de juillet 171», Agée seulement de vingt-quatre ans. • Née avec a une constitution forte, même robuste, dit Poncet de la Grave « elle eût vécu longtemps, si son appétit démesuré ne l'eût pas a conduite au tombeau, encore à la fleur de son âge. » De quel appétit s'agit-il Icif II eût sans doute été plus exact de aire qu'elle mourut de ses excès en tous genres.

A la mort de la duchesse de Berri , le château de la Muette resta au domaine royal; alors i> fut presque entièrement réparé, augmenté d'un étage et accru d'un corps de bâtiment qui louche au village de Passy; les jardins s'accrurent aux dépens du bois de Boulogne , et les terrasses furent entièrement refaites.

Ce château n'avait rien de l'étendue et de la magnificence des autres maisons royales qui se voient dans les environs de Paris; mais, ne servant que de but de course, de pied-à-terre, encore très-rarement, il était trop grand, trop bien décoré, vu son inutilité.

Le bâtiment se composait d'un rez-de-chaussée , d'un premier étnge et de mansardes.

On voyait dans l'intérieur, des tableaux de Vander Meulen et d'Oudry ; dans la chapelle, le tableau de la Sainte Famille, de Raphaël; et dans les jardins, un grand nombre de statues de maîtres plus ou moins célèbres.

C'est à la Muette que fut reçue Marie- Antoinette, avant d'avoir obtenu la bénédiction nuptiale, o C'est là qu'elle coucha, dit le journal de Verdun , pour obéir aux lois de l'Église , et ne pas habiter sons le même toit que son futur époux. » C'est là aussi que l/ouis XVI passa les premiers mois qui suivirent son avènement au trône.

Ce fut dans les jardins de la Muette que , le 14 juillet 1 790 , lors de la fédération célébrée au Champ-dc-Mars , fnt donné . par la commune de Paris, nn banquet à plus de vingt-cinq mille fédérés , qui s'y rendirent après la célébration de cette féte mémorable.

Le château de la Muette fut vendu et démoli en partie pendant la Révolution. Il n'en reste plus aujourd'hui que deux gros pavillons et quelques autres lambeaux, qui furent même encore exposés aux pillages dis troupes anglaises campées , en 1815, au bois de Boulogne.

Ce village , fameux par plus d'un souvenir , est situé sur le prolongement de la colline dont Passy occupe une partie, n la droite de la grande route et de la Seine , et a la distance d'environ une lieue et demie du centre de Paris.

* MripuU emh /Weua «e*pirum»w< tyrannU.

• /«urnef du awfr d'aatl 1716, pace SS.

! M«moim int*rt*u*li penrwrvïrd l'tfitlcirt d> r'r*»tt, I. 4 page »»6.

L'existence de ce village ne remonte guère qu'au xti* siècle ; du moins les premiers titres qui en font mention *om le nom d'.4Icot»Kum, d'Altolium, ou à'Autolium, sont de cette époque.

L'heureuse position d'Auteuil et sa proximité de la capitale lui donnèrent de bonne heure de l'importance. Le portail de son église rappelle le goût et le travail du xn* siècle.

La seigneurie d'Auteullappartenaitalorsà l'abbaye de Sainte- Geneviève, qui y possédait une belle maison de campagne. 11 parait même qu'à celte époque les vignes d'Auteuil avaient une certaine réputation , car «les chanoines de Sainte-Geneviève « vendaient à des évéques le vin qui en provenait. » Des chanoines de Notre-Dame de Paris, qui possédaient aussi des vignes dans ce Heu, en gratifiaient leur église, afin que, du revenu, il fût fait, le jour de leur anniversaire, après leur mort, un repas à quatre services ad ttationtm quatuor ferculorum* . Dans un déuombrement de 1745, le nombre des feux d'Auteuil est porté à cent dix ou cent vingt: ce qui suppose plus de 500 habitants.

Auteuil était alors et fut toujours depuis le rendex-vous des savants et des gens de lettres. Qui n'a retenu par cœur ces beaux vers que le plus éloquent de nos poètes modernes a consacrés à cet aimable séjour*?

Aulcuil ! lieu (avorl. Heu saint pour tes poètes ! Que de rivaux de gloire unis sous les berceaux ! C'est M qu'an milieu d'eux l'élégant Desprénui, Législateur du goût, au goftl toujours Adèle, Enseignait le bel art dont II offre sa modèle ; LA, Molière, esquissant ses comiques portraits, De Cnrysale ou d'Anolphe a dessiné les Irait» ; Dans la forêt ombreuse, on le long des prairies, La Fontaine égarait ses douces rêveries ; LA, Racla* évoquait Andromaque et Pyrrhus, Cootre Néron puissant faisait tonner Burina» ; Peignait de Phèdre en pleurs le tragique délire. Ces pleurs harmonieux que modulait sa Ivre Ont mouillé le rivage ; et de ses ver» swrès La flamme anime eneor les éeho» inspirés.

Cest en effet à Auteuil qu'aimaient à se réunir ces grands hommes pendant la belle saison. Leur rendez-vous était la maison de Boileau, située dans un lieu fort agréable. On la volt encore aujourd'hui dans la seconde rue à gauche après l'église, sur la route de Saint-Cloud. Le joyeux Chapelle et le célèbre Baron, que Molière élevait et chérissait comme s'il eût été son fils, venaient souvent égayer celte illustre société. Cest là que pour ne pas perdre le goût et l'habitude de la satire, on plaçait sur la table, au milieu des plus brillants festins, les quatorze mille quatre cents vers du malheureux Chapelain, et qu'on forçait d'en lire quelques pages celui à qui échappait la plus légère faute de français.

Dans ces réunions, la conversation roulait le plus ordinairement sur la littérature ou la morale ; mais il arrivait quelquefois aussi qu'on oubliait à table les préceptes gênants d'une philosophie austère pour s'accommoder aux principes plus faciles d'une morale enjouée : il n'est guère personne qui ne connaisse l'aventure singulière arrivée dans l'un de ces touptri d'Auteuil , où la raison ne conservait pas toujours son empire '. Voici comment Racine le fils raconte la chose: « Le vin ayant jeté tous « les convives dans la morale la plus sérieuse , leurs ré- « flexions sur les misères de la vie , et sur cette maxime : que « le premier bonheur est de ne point naître, elle deuxième de « mourir promptement , leur firent prendre l'héroïque résolu- « tion d'aller sur-le-champ se jeter dans la rivière : ilsyalloient; c elle n'éloit pas loin. Molière alors leur représenta qu'une si o belle action ne devolt pas être ensevelie dans les ténèbres de c la nuit ; ils s'arrêtèrent et se dirent en se regardant les uns « les autres: II a raisonl A quoi Chapelle ajouta : Oui , mes-

I Nèerolofi» #ee/4»<*»Mf «a, Pari».

» M. J. Cbéttier ; voir» mi élégi* sar ta rromtnadt, loin, n itt OEuvrtê poslhumt: «dïiwn de 1 SIS, tn-S. Guiltaume, m» BtautefeuiUe, a* I».

» 4c trojaU cette »aec4elc «Met rtfxiuluc pour ne nai devoir ta rapporter ici, tiittool depola qu'elle • fourni t l'oo de no» écrivains Ici plu apiriiueh, le »oJ>l d'un» Jolie comédie ; niai» je me mit coataiuca, » Aulcuil mime, que le* ctiOir*le plu* (tm^rilcmcol coimup» sont encore Ignorées de btendoaiQOde. Je ceoyai» reconnaître le demeurr de Boileau ; el, pour ériaircJr mon doute, ;e demandai é un vieillard d'Auteuil, ai e» n'était pa* là ta mjison du poHe : il me répondit qu'il u».*ev»tt pas ce que j e voulait dire ; que c'était ta maimo 4« madame Robert-

HISTOIRE l>KS ENVIRONS DL PARIS.

e sieurs, ne nous noyons que demain, el ni Minutant, .niions « boire le vin qui nous reste, e il faut dire toutefois que cette anecdote a paru conlrouvéc à plusieurs, et que Voltaire ta dément formellement '.

Boileau affectionnait singulièrement cetVe demeure; cependant il la vendit sur ses vieux jours, espérant, comme le lui avait promis l'acquéreur, qu'il continuerait à y vivre comme chez lui; mais, voyant bientôt >oo espérance trompée, pour n'y plus reparaître il se relira a Paris.

Le fumeux d'Aguesseau eut aussi une maison à Auteuil. Plus tard, madame Hclvétius vint y fixer sa retraite, y pleurer un époux dont le nom faisait sa gloire', et rappeler le souvenir des réunions qui avaient illustré Auteuil dans le siècle passé, en même temps que sa candeur el sa bienfaisance répandaient le bonheur autour d'elle. C'est dans ces jardins d' Auteuil qu'elle groupa autour de sa vieillesse, selon l'expression d'un écrivain1, une élite d'hommes distingués par la supériorité des talents et du caractère : patronage si bien exprimé par les lettres de Franklin, où le philosophe lui donne le titre ingénieux de Motre- Dame d'Auteuil. La aussi, un homme vint plus d'une fois.cherch'T les suffrages qu'il obtint d'abord sans peine, alors que libérateur de sa patrie et vainqueur de l'Italie on pouvait voir en lui l'appui et le défenseur de son pays; mais qui lui furent refusés plu» tard, lorsque, fuyant les bords du Nil. il vint appesantir sur la France une main dont I étranger seul eût du st-ntir le poids.

Le village d'Auteuil appartient an département de ta Snne, arrondissement de Saint-Denis, canton «le Neullly. Sa population s'élève à peu près à mille habitants.

On trouve dans le chœur de l'église d'Auteuil le tombeau d'Antoine-Nirolas Nicolaï, premier président de la chambre des comptes de Paris, mort à Auleuil en 1731 .

Dans le cimetière, on voit une pyramide posée »ur une base de marbre noir, surmontée d'un glohe et d'une croix. Ce monument fut élevé à la mémoire de d'Aguesscau, chancelier de France, et de son épouse, Anne Lcfebvrc-d'Ormcsson : le roi voulut fournir les marbres pour le monument de ce grand

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Boulogne est un village considérable sur la droite et à peu de distance de la Seine, à une lieue et demie de Paris, en face de Saint-Ooud.

Du temps des rois de la première race, tout le pays compris entre Paris et Saint-Cloud était occupé par une forêt connue alors sous le nom de Rortritum, dont on fit plus tard Rouvret ou Rouvrait Cette forêt fut peu à peu abattue dansla partie la plus rapprochée de Saint-Cloud, el remplacée par un hameau nommé Menus-lez-Salut-Cloud, qui fit partie de ta paroisse d'Auteuil.

!«e premier acte qui fasse mention de Menus-lez-Saint- Cloud est de l'an 1 134.

Quelques habitants de Paris et des villages voisins qui avaient été en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne sur-Mer obtinrent en 13 ttt.de Philinpe-le-Long, ta permission de construire une église dans le village des Menus, et d'y établir une confrérie, à condition que le prévôt de Paris, ou une personne déléguée par lui. serait présent aux assemblées qui' s'y tiendrait nt. Celte église, bâtie sur le modèle de celle de Bnulognesur-Mer, prit le nom de Sotrt-Dam* de-Boulogne tur- Seine ou Boulogne-la-Pttit4 : noms qui firent oublier peu à peu celui de Menus.

En 1343, l'église de Notre Dame-de Boulogne fut érigée en paroi.-.se, et le village fut démembre de ta cuie d'Auteuil. C'est dans l'église élevée par la confrérie des Pèlerins que prêcha, le 26 avril 1429, ce fameux cordelier, frère Richard, tout récemment arrivé de Jérusalem, et qui depuis quelques jours faisait retentir de son éloquence les chaires de ta capitale. Suivant le Journal de Paris du règne de Charles VII, « le cordelier prêcha

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o le jnur de saint Marc ensuivant à Boutonne-la- Petite : et il y

o eut tant de peuple et pour vrai, en cette journée, au reve-

o nirdudit sermon, furent les gens de Paris tellement tournes a en dévotion et esmeus qu'en moins de trois heures ou de « quatre vous eussiez veu plus de cent feux en quoi les hommes o nrdoient (brûlaient) tables, tabliers, cartes, billes et billards, « nurebs et toutes choses à quoi on se pouvoit courser à mauo gréer à jeux convoiteux'. »

Quant a la forêt, elle conserva longtemps encore son premier nom de forêt de Rouvral. puis elle prit celui de forêt de Saint- Cloud. Il est certain qu' Olivier-le- Daim, barbier, puis favori de Louis XI, avait, dans le tmps de m faveur, le poste de capitaine du pont de Snint-Clnud et la garde de la garenne de Rouvrai : c'est Ift que les rois de France misaient le plus ordinairement leurs parties de chasse. Ils eurent plusieurs chàicaux dans son enceinte. [Voyez la Muette et Madrid.) Ce lieu fut au^si de tout temps le rendet-vous des duellistes et des partisans de plus doux combats.

Tels fui ent le villase et le bois de Boulogne; mais ce bois a éprouvé des dévastations telles que de longtemps on ne peut e«pérer d'y trouver ces ombrages témoins de tant de plaisirs divers. Les troupes anglaises et écossaises établirent un camp dans ces avenues superbes où les Parisiens venaient naguère montrer la richesse de leurs équipages; tout tomba sons leur rage destructive ; et de nombreuses années s'écouleront avant que se* vmlov anls taillis, que ses superbes avenues aient r* pris lont l'éclat qu'on jour a suffi pour faire disparaître.

On remarque duns le voisinage de Boulogne de nombreuses mai-ons do campagne, entre autres celle qu'y possédait l'arrhichancelier rte l'empire, Cambacérès, et celle qu'on rencontre ta première à droite en entrant par le bois : cette dernière est pr écédée d'yne longue avenue, et située au milieu d'un parc des plus agréables.

On trouve en outre à Boulogne une filature de coton appartenant à M. Boucher, et une fabrique de cire à cacheter.

Le village de Boulogne fait partie du département de la Seine, arrondissement de Saint-Denis, canton de Neuilly. Sa population est d'environ 3,500 habitants. Il y a une poste aux lettres.

Loxgchamps — Les pages consacrées au village de Boulogne nous amènent naturellement à parler de Longchamps, abbaye de religieuses, situé sur le bord de la Seine, à quelque distance au nord de ce village, et dans I enceinte même de ta forêt.

Cette abbaye, qui date du xtn* siècle, devait sa fondation a Isabelle de. France, sceur de saint Louis.

La princesse fit consulter Hémeric, chancelier de l'église de Notre-Dame de Paris, sur ce qui serait plus agréable à Dieu, de la fondation d'un hôpital, ou de celle d'une maison de swnrs mineures' : le chancelier se prononça pour le couvent; et Longchamps fut fondé.

Les premières religieuses de Longchamps ne furent d'aborl d'aucun ordre particulier; elles n'eurent d'autre titre que celui de Saurt inrlum de l'humilité de Notre-Dame, titre qu'avait choisi la princesse elle-même; et ce n'est qu'à la sollicitation de saint Louis qne le titre de Mineure* fut ajouté au premier, afin, dit-il, qu'elles fussent censées de l'ordre de saint François. Dans le siècle suivant, le titre d'Humilité disparut entièrement; et le monastère prit le nom de Lmgrhampe.

La fondatrice de l'abbaye se relira dans ce couvent, et y vécut dans la plus grande dévotion, sans toutefois faire de voeux ; mais elle n'habita pas long-temps sa retraite : les saurs mineures perdirent leur protectrice l'an J2fi», huit ans environ après l'établissement du monastère.

Cependant, comme si le ciel eût voulu perpétuer les bienfaits d'Isabelle, même après sa mort, sœur Agnès, historienne de la princesse, raconta jnsqu'à quarante miracles opérés par elle. Le monastère commença dès-lors à être en grande réputation: plusieurs individus voulurent être enterrés dans son église; plusieurs princesses de France furent religieuses à Longchamps; plusieurs rois visitèrent fréquemment ce couvent; Plulippe-le- Long y tomba même dangereusement malade : alors l'abbé c

< C'aat-à-dire, Atoiisks Jenx propre* à rngrnilrer dit «jtH-rrIIra, 4 alerter l'atijur •!.•< jAutiM» J. arual i» Furie, paru prera., p. *ta). t l.« fh«t*IU, par \gn>« «"Hmaart.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

les religieux de Saint-Denis vinrent pieds nus en procession de leur abbaye au couvent de Longchamps, firent toucher au prince un morceau de la vraie croix, un morceau de fer qu'on appelle le Saint-Clou, et un bras de saint Simon. L'abbé Lebeuf ajoute, d'après le continuateur de Nangis : D se sentit « guéri ou beaucoup mieux après avoir touché ou baisé ces <■ saintes relieurs; mais, la maladie étant revenue par sa faute, « il fit ses dernières dispositions, et mourut le S janvier 1321.»

On assure que les premières religieuses de l-ongeliamps vécurent dans la plus grande humilité; mais, vers le milieu du .wr» siècle, elles s étaient singulièrement relâchées de l'austérité de la règle de saint François. On voit dans V Hitloirt dt Pari», que Henri IV, yéjoumant dans ce couvent, devint amoureux d'une Jeune religieuse, nommée Catherine dt Verdun; qu'il la récompensa de ses faveurs, en lui donnant l'abbaye de Saint- Louis rte Vernou, et nommant son frère président au patientent de Paris; et que cette religieuse lui laissa un $outtntx-v»us dt moi.

Voici ce que dit saint Vincent-de-Paole dans une lettre latine adressée au cardinal Mararin, et publiée pour la première fois par M. Delort : « Il est certain, écrit-il. que déjà depuis « deux cents ans ce monastère a marche vers la ruine totale de « la discipline et la dépravation des mecurs.

« Les parloirs sont ouverts nu premier qui se présente, même « aux jeunes gens non parents : la, les religieuses accourent « quand il leur plait, seules et sans témoins, le plus souvent « malgré les ordres de l'abbcsse: on a même remarqué qu'il y a avait dans ce lieu de petites fenêtres, nu pétil certain des «jeunes vierges. Les frères mineurs recteurs du monastère a n'arrêtent point le mal : bien plus, ils l'aggravent eux-mêmes, a car ils avouent hautement qu'ils s'y introduisent pendant la « nuit à des heures inducs, pour s'y entretenir avec les soeurs. « L'un d'entre ces frères a été trouvé la nuit dans une cellule. « où il avait été introduit par l'une des plus jeunes religieuses. « Plusieurs autres introduisirent aussi de la même manière des a jeunes gens dans le couvent.

« L'abbesse avait Interdit à une des jeunes sœurs une fami- « liarité coupable et des entretiens fréquents et scandaleux avec « un jeune homme d'une haute naissance, mais de mœurs cor- « rompues; le père provincial autorisa celte familiarité et ces « entreliens, comme elle le déclara elle-même devant toute la o communauté et en présence du père provincial lui-même ; a et le bruit est que le provincial reçut du jeune homme une « somme considérable pour prix de sa complaisance.

o Souvent les frères ouvrirent à des laïques des entretiens f secrets dans les confessionaux , destinés à l'rxpialion des « péchés, contre la volonté et les défenses formelles de l'ab- « bessc.

« Il est constant encore qùe , lorsque la guerre força le « couvent tout entier à se réfugier dan» la ville, la plupart des a religieuses se livrèrent à toute espève de scandiile, en se a rendant seules et en secret dans les maisons et dans les « chambres de ceux qu'elles désiraient voir. Un ecclésiastique « avertit l'abbcsse de ce désordre; elle répondit quelle ne « pouvait réprimer le mal , el le pressa fortement d'en faire la c tentative lui-même; mais les sœurs lui répondirent avec • irrévérence et d'une manière scandaleuse, etc. ». •

Nous pourrions rapporter ici beaucoup d'autres passages de cette lettre ; car le bon Vintent-de-Paule nous a encore laissé te tableau le plus naïf de leur coquetterie et de leurs brillants atours : « La plupart, dit-il. portent des vêtements immodestes « el indécents; elles se montrent aux parloirs, brillantes de « couleurs empruntées ; elles portent des montres d'or, » Mais en voilà assez pour faire connaître quel était alors l'esprit des religieuses de Lougchamps.

Plus tard, l'abbaye de Longchamps acquit un autre genre de célébrité : on s'y rendait en foule le mercredi, le jeudi et le vendredi saints, pour assister à une espèce de concert spiriluel, où se faisaient entendre, dans les leçons chantées aux ttnêbret, 1rs voix les fias mélodieuses. L'archevêque crut voir dans ce pèlerinage un acte de curiosité autant que de dévotion ; on dit même qu'ayant eu connaissance de désordres arrivés dans l'église, Il Interdit la musique. L'église devint déserte ; mais la

• Mu Vota*» aux tuirMi iePtrit, pu M. OtUni. U Wtoa «4 4m t» •lUbo III s.

promenade n'y perdit rien; et, jusqu'à l'époque de 1» Révolution on vit ces mêmes jours, dans les allées du bois de Boulogne, et jusqu'aux portes du couvent, tout ce que Paris et la cour pour vaient offrir de plus riche et de plus brillant dans tous les genres. Plus d'une fois des Anglais, quittant leur gravité britannique, passèrent le détroit pour venir rivaliser de luxe el de folie avec les plus riches seigneurs du leraps. On en a vu traînés par des chevaux ayant aux pieds des fers d'argent, élevés sur des chars dont les roues étalent aussi garnies en même métal.

Mais c'est surtout chez les femmes que se faisait remarquer cet esprit de rivalité qui leur est si naturel; c'est là que, pour conquérir des suffrages, elles venaient étaler les plus riches parures, et le mérite de leurs habits el de leurs équipages.

L'abbaye de Longchamps fut vendue et démolie pendant la Révolution; on sent aussi que les brillantes promenades durent cesser. Mais, sous le consulat de Bonaparte, Longchamps fut plus que jamais l'objet d'un faste que chacun put dès lors mettre en évidence. On n'y vit plus de seigneurs ou de princes : on y vit des banquiers. Les dames de la cour et les maîtresses des princes ne s'y disputèrent plus les suffi âges; mais de riches etjolies parvenues vinrent en voiture passer en revue devant le public à pied: en sorte que, sous l'empire des consuls. Longchamps rappela les temps les plus brillants et les plus vaniteux de l'ancienne monarchie. Là finirent les beaux jours de cette réunion fameuse.

Madrid. Ce château, voisin de Longchamps, fut bâti par François I" à son retour d'Espagne, ou ce roi était prisonnier de Charles-Quint.

Les historiens ne sont pas d'accord sur l'origine de son nom. I^es uns croient qu'il a été construit en mémoire et sur le modèle du château où François I" fut renferme, et trouvent là l'explication du nom qu'il portait; d'autres, jugeant que le château du bois de Boulogne ne ressemblait en rien à celui d'E pagne . veulent que son nom soit venu de ce que le roi, qui y faisait des voyages fréquents, y élait caché à l'œil perçant des courtisans, comme au temps de sa captivité en Espagne.

Quoi qu'il en soit, le ciiàteau de Madrid, ainsi que nous le nommerons, était une construction du temps de François l" ; et le style appartenait évidemment à l'époque de la renaissance des arts en France. On doit le regarder comme l'un des premiers monuments qu'ait produits en France l'enfance de l'architecture grecque.

Ce château était placé à une extrémité et dans l'enceinte du bois de Boulogne, dans une situation agréable sur les bords de

la Seine. .

Tout l'édifice ne formait qu'une seule masse oblongue, placée sur une espèce de terrasse entourée d'un large fbf sé.

Comme le château de Madrid est depuis longtemps détruit, je vais rapporter la description qu'en laissa, eu 1676, I architecte Ducerceau. dont le langage naïf et suranné semble convenir admirablement au monument dont H parle.

> Tout redifice, dit-il, n'est qu'une masse, et consiste en ce « qui s'ensuit :

■ Premièrement, à chaque étage est une salle garnie d'une t petite sallette, en laquelle est une cheminée royale : derrière. « icellc cheminée il y a un petit escalier, par où l'on monte a l'étage sans être vu ; le plancher de la sallette est élevé seut lement de la moitié delà hauteur de la grande salle, y ayant « au-dessus comme une chapelle; cette sallette sert de retraite « pour les princes, et ont leur regard tant l'une que l'autre sur a ladite grande salle; aux lieux côtés, il y a huit eham' res et « quaire garde-robes, quatre avec deux garde- robes de chaque « part, servantes de commodité.

a Pur le dehors, rè^mnt autour, tant au premier qu'au se- « cond étage, allées en galeries ouvertes à arcs voûtés à plat « «tau-dessus d'icclles, qui est le troisième étage, terrassis • régnantes également ès-coins des susdites quatre cham- « bres et garde-robes , qui font de chacun son coté un « corps de bâtiment; y a un petit pavillon quart é en saillie, c outre les galeries, dans chacune desquelles à savoir, aux « quaire prochains de la salle est une montée, et aux qualio « autres des garde-robes ; entre les deux qui sont aux bouts, y « a encore une tour de chaque coté, esquelles est une vis fort t bien et industrieuiement faite, principalement l'une ôViçelle»

HISTOIRE DBS ENVIRONS DE PARIS

e qui doit être soigneusement remarquée entre artisans, et « mise en leurs tablettes ; au-dessus des terrasses sont aussi « deux étages avec les galetas , et est oc bâtiment couvert de

■ plusieurs pavillons entrelacés les uns nux autres, et le lont « si bien slmétrié, tant en son plan qu'enrichissements, que a rien plus : fait au reste la plus grande partie des enriehisseo ments du premier et deuxième étJge, par le dehors de terre a csmaillée

a la mosse est fort éclatante à la vue, d'autant qu'il n'est

• pas Jusqu'aux cheminées et lucarnes , qui ne soient toutes « remplies d œuvres : mais, outre ce que dessus, une chose me « semble digne d'admiration, de voir les offices pratiquées

■ dessous, en même sorte et manière de commodités que le « dessus, et ieellcs toutes voûtées , ayant leur jour descendant « du haut par quelques quadres aussi pratiqués au rez de terre, « répondants iceux jours chacun en son endroit de l'office;

■ m étant ad vis qu'entre les singularités remarquables des « bâtiments exquis de la France, les offices de ce lieu doivent « être tenues pour les principales de toutes. Le roi François I" o du nom fait faire cette maison, laquelle est accompagnée « d'un parc contenant deux lieues de tour ou environ ; et, pour c vous faire entendre que ce lieu est digne d'être vu cl consi—

• déré, je vous en al désigné particulièrement quelques enri- « chlssemcnts des choses plus singulières du dedans. »

l.c château de Madrid était en effet très-remarquable par ses ornementa. Les galeries, les façades , étaient en grande partie revêtues de briques recouvertes d'émail, ou plutôt de pièces de faïence ornées de dessins; ces briques, leur vernis et leurs dessins étaient l'ouvrage du célèbre Bernard de Palissy, un des hommes les plus. honorables du xvi* siècle, par son talent, son génie et son courage civil ; on appelait vulgairement cet édifice le Château de f (tonte.

On a admiré le point de vue que présentaient les galeries du château, d'où l'œil s'étendait d'un côté sur tout le bois de Boulogne, sur le rideau de Saint-Cloud, jusqu'au-dessus de l'observatoire, et de l'autre, sur la Seine, Puteau, Suresne, le Mont- Valérien, etc.

On connaît le goût de François l" pour le faste et la magnificence ; on dit qu'il paya jusqu'à vingt-deux mille érus, somme alo-s énorme, une tapisserie en soie et en or représentant le triomphe de Scipion, et dix-huit mille écus une autre représentant la vie de saint Paul; mais ici François 1er avait son but.

Avant lui, les hommes seuls formaient la cour des rois de France; les femmes vivaient dans leurs terres; il voulut aussi les attirer près de lui, parce qu'une cour sans femmes riait u»e anne'e sans printemps et un printemps sans roses- Henri Il hérita des goûts de son père pour le château de Madrid. Il le fil augmenter de deux pavillons : c'est lit qu'il passa une partie de sa vie avec sa Diane de Poitiers. Celte femme très-galante, mais plus sanguinaire encore, était l'instrument que le cardinal do Lorraine employait pour diriger l'esprit du roi et le porter à persécuter les protestants.

Charles IX aimait aussi à se retirer avec sa maitresse dans les sombres appartements de Madrid.

Henri III le réservait pour d'autres plaisirs : il y faisait élever des lions, des ours et d'autres bêles sauvages, qu'il se plaidait à voir combattre avec des taureaux ; mais une nuit il rêva que ces animaux voulaient le dévorer; à son réveil il les fit tous tuer, et les remplaça par des meutes de petits chiens : voilà le prince entre les mains duquel flottaient les rênes de l'Etat après la sanglante catastrophe de la Saint-Barthélcmi.

Dès lors, le château de Madrid commença à être abandonné; Henri IV le donna à la reine Marguerite; plus tard, il fut di meublé ; on cessa d'y faire des réparations, et Louis XVI en ordonna la vente et la démolition. On ne volt plus aujourd'hui, dans l'emplacement qu'il occupait, qu'une jolie maison de campagne, nommée ftfadrid-Maurepas, appartenant à M. Doumère.

Kn 1656. fut établi au château de Madrid la première manufacture de bas au métier.

Bagatelle. — Je ne dois quitter ni l'enceinte du Bois de Boulogne, ni la rive droite de la Seine, sans consacrer quelques lignes à ce château de /iogairlte, que son nom heureusement trouvé c:irac!érise si bien. Il est situé à l'extrémité du bois, rritTf Longchamps et Madrid, non loin des borda du Itouvt»,

Bnga'elle fut longtemps une simple maison de campagne, où mademoiselle de Clmrolois se plaisait à réunir ses amis au sein des plaisirs et des fêtes brillantes.

C'est cette même Charolois qui eut l'idée bUarre de. se faire peindre en habit de cordclicr, ce qui lui valut, de la part de Voltaire, cet impromptu bien connu:

Frtrc An«ode Charolois, Dis-nous par quelle aventure Le cordon de saint François Serl A Vénus de ceinture

Ce portrait donna lieu à beaucoup d'autres plaisanteries plus ou moins fines et voilées.

A la mort de mademoiselle de Charolois, le comte d'Artois voulut conserver à ce séjour favori des plaisirs et des arts tout l'éclat qu'il avait eu : il en fit l'acquisition; il reconstruisit le ch&'cau en soixante-quatre jours, et y plaça cette inscription latine : parva, sed apta. Alors le château fut indistinctement nommé Bagatelle, ou Folie d'Artois. !•* premier nom est le feul qu'il ait conservé.

II est difficile d'imaginer plus d'élégance, plus d'agrément et de commodité qu'on en trouve à Bagatelle; la situation et lo paysage sont charmants. Bagatelle appartint au duc de Bcrrl.

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