CHAPITRE III
VAUCIRABD, ISSV, VAXVft.ES, CLAMART, MEODON, FLEUR Y, BEI.LRVUK, SÉVRBS.
g l.-vaoclrar*.
Ce village, situé à la porte de Paris, sur la rive gauche de la Seine, porta d'abord le nom de Valboitron ou Vauboitron, du latin Vallis Bostronia ou Boslaroniœ; or, comme le moine Abon se sert dans ses poésies du mot Bastar pour exprimer une étable à vaches, que la vallée qui entoure Vaugirard devait fournir de gras pâturages où l'on élevait sans doute des bestiaux, on n'a pas hésité à trouver dans ce mot de Bostar l'étymologie de Valboitron.
Quoi qu'il en soit, ce nom ne fut en usage que jusqu'au xiii* siècle, où Girard de Moret, abbé de Saint-Germain-desl'rés, d'où relevait ce village, l'agrandit considérablement, et lui donna son nom.
Alors Vaugirard dépendait de la cure d'Issy ; mais les nouveaux accroissements qu'il reçut de Jean-dc-Précy, dans le siècle suivant , y tirent ériger une cure , sous la condition que les habitants paieraient, comme dédommagement, au curé d'Issy dix livres de rente , à la fabrique quarante sous , et , au nouveau curé, vingt livres de rente chaque année. L'érection de la paroisse de Vaugirard date de 1342.
L'rglisc.fut d'abord sous l'invocation de la Vierge ; mais les reliques de saint Lambert, évêque de Maslricht', celui-là même qui fui assassine pour s'être élevé contre l'adultère public de Pépin , dépossédèrent la Vierge des honneurs qu'on lui rendait dans ce lieu. Ces reliques y attirèrent un concours si considérable de dévots, qu'il s'y forma , dés l'an 1451 *, une confrérie eu l'honneur du saint, et qu'il devint le second patron de Vaugirard.
Les persécutions du règne de François II semblaient déjà présager la sanglante catastrophe de la Salnt-Barthélemi : l'oppression exercée envers les huguenots était extrême; le tableau en est effrayant : a Le peuple de Paris (j'emprunte ici
• les paroles d'un écrivain qui ne peut être suspect de partina lité'), éveillé par les récompenses promises aux délateurs a nllc:'hc par le pillage des maisons abandonnées, cl ameuu « par quelques moines enthousiastes , mettait son étude et sa a gloire à exterminer sans miséricorde, une engeance qu'on lut « peignait comme ennemie de Dieu et des hommes. Entre aua très moyens qu'on mit en usage pour découvrir ceux qui a dissimulaient , celui-ci parut eflicace. Comme on connaissait « leur horreur pour le culte des images , on plaça au coin des a rues, cl sur la porte des maisons les plus apparentes, de
• petites statues de la Vierge ou de quelque saint. On dressait
' D'autres disent tt Llrgf. Vojo» VtUf, I, 4, p. 114. » Voyet Knrtrtmt ir Purit, La Caille, » 04'p.ler, HWoirt 4* f renée,
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
c an pied une table en gtiife d'autel, sur laquelle on mettait des « cierges allumés, Si quelqu'un passait sans s'être agenouillé , « ou du moins sans avoir dévotement lalué l'image , des gens
• cachés dans des .boutiques voisines couraient après lui, le
• forçaient de remplir ce devoir, ou le traînaient chez un cora- « missaire. Pour fournir à l'entretien du luminaire, on avait « fabriqué une sorte de boîte qu'on nommait tirelire ; on la a présentait effrontément au premier qu'on rencontrait ; et qui- « conque refusait d'y jeter quelque pièce de monnaie était injuc rié, battu, et en danger d'être assommé. » Le parti des mécontente, c'est ainsi qu'on nomma les protestants, ne put supporter plus longtemps d'aussi cruels outrages; et Vaugirard fut témoin des assemblées secrètes qui précédèrent la conjuration d'Amboise 1 : c'est là que se rendirent plus d'une fois les ennemis des Guises et de la cour.
Le village de Vaugirard commençait alors à prendre quelque importance ; plus tard , il s'y établit une communauté de filles et de femmes veuves, sous la direction d'une dame de Villeneuve ; c'est là aussi que, vers le même temps, c'est-à-dire vers le milieu du xvit* siècle, furent faits les premiers exercices du séminaire qui depuis a donné naissance à celui de Saint-Sulpice. Cependant, alors comme aujourd'hui , Vaugirard n'était guère composé que de cabarets ; et en 1709 , on n'y comptait encore que quatre-vingt-dix-huit feux * ; il n'y en avait que cent quinze en 174S ; mais on voit que la population suivait une progression croissaule, qui a toujours continué depuis.
Il y eut aussi à Vaugirard uu autre établissement, sans doute plus digne d'éloges: c'est l'hospice des pauvre* enfante trouvée, atteinte de la maladie vénérienne, fondéen 1700 par M. Lenoir, alors lieutenant de police, mais qui ne subsista que jusqu'au temps de la révolution, où il fut transféré daus l'intérieur de Paris.
Pendant le cours de cette époque, Vaugirard, ou pour mieux dire la plaine de Grenelle qui l'entoure , acquit un autre genre de célébrité, et par l'explosion de sa poudrière, et par la conjuration qui vint avorter près du camp qu'avait formé le Directoire pour assurer sa sûreté.
€ Etablie dans un moment où toutes les forces de l'Europe c réunie menaçaient la République, dit un écrivain la pout drière de Grenelle suffit longtemps seule à fournir de poudre
• cette foule innombrable de volontaires que l'enthousiasme
• de la liberté faisait voler avec tant de dévouement à la défense a des frontières. Le chimiste Chaptal , que le gouvernement a républicain avait rois à la tête de cet établissement, était par- « venu, par une nouvelle application de son art, à fabriquer « <^ans cette manufacture des quantités de poudre incroyables. « Il en sortait chaque jour des chariots chargés qui allaient c approvisionner nos places et nos armées. La poudrière de t Grenelle était regardée comme un des remparts de la Répu- « blique. »
C'est le 31 août 1794 qu'eut lieu l'explosion de la poudrière de Grenelle : les uns ont attribué la cause de ce désastre à la malveillance : d'autres n'y ont vu qu'un événement trop commun dans ces sortes d'établissements; et rien n'a pu encore éclaircir le mystère : toujours est-il vrai que l'explosion fut terrible, et l'épouvante générale. La plupart des villages voisins eurent leurs maisons renversées, et dans Paris même, combien compta-t-on de portes, de croisées, de vitres brisées I La quantité des victimes fut immense, autant dans l'établissement que dans les villages voisins que la force de l'explosion fit crouler ; cependant, tant était grande l'énergie des Français à cette époque, que la fabrication de la poudre n'éprouva qu'une courte interruption.
C'est quelque temps plus tard , c'est-à-dire en 1790, que fut établi le camp de Grenelle ; c'est alors aussi que les anarchistes de 1793, réunis comme on ne l'a vu que trop souvent à ceux qui pleuraient encore sur les ruines de l'ancien régime, conspirèrent pour renverser le Directoire, et tentèrent de lui enlever l'appui qu'il avait cru lui-même devoir consacrer à sa sûreté. Ils s'assemblèrent dans la nuit du 0 au 10 septembre, dans les différentes maisons publique* de Vaugirard et des villages voisin* ;
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et, munis d'armes de toute espèce , ils se portèrent en tumulte sur le camp de Grenelle , où ils jetèrent d'abord l'épouvante et le désordre ; mais quelques coups de fusils furent tirés, la générale battit, les régiments coururent aux armes, les conjurés furent dissipés; plusieurs furent' pris, mis en jugement, et condamnés, quelques-uns à mort, d'autres à la déportation. On trouva à Vaugirard , dans l'auberge du Soleil à" or, une grande quantité d'armes, telles que sabres , pistolets , cannes à lance, poignards, etc.
On a voulu nier l'existence de cette conspiration, ou plutôt n'y voir que l'effet des provocations du Directoire lui-même ; un historien » l'appelle c un massacre nocturne d'environ deux « cents citoyens. > Il nous semble que l'écrivain montre trop de rigueur envers les uns, un peu trop d'indulgence pour les autres.
Le village de Vaugirard est l'un des plus considérables des environs de Paris; sa population est portée à 3,500 habitants ; c'est aussi l'un des plus fréquentés de la classe ouvrière de la capitale, qui vient dans ces nombreuses guinguettes oublier les pénibles travaux de la semaine; chacune de ces guinguettes a une salle de bal pour l'hiver; on danse l'été sur le gazon. On y trouve aussi un grand nombre de manufactures d'acides vitrioliques , d'alun, de sel ammoniac, et d'autres produits chimiques, des filatures de coton, des fabriques de boutons de métal arftmanitco, etc. La plupart des habitants s'occupent de jardinage ou de la nourriture des vacbes, dont le lait est chaque Jour apporté dans les divers quartiers de Paris.
Il y a aussi à Vaugirard un établissement qui mérite de fixer notre attention : c'est le cimetière situé à l'entrée de ce village, du côté de Paris, il fut ouvert en 1781, et présente une superficie plane entourée de murs, mais trop peu étendue ; en sorte qu'on ne peut espérer de pouvoir longtemps y déposer les morts que le temps moissonne si rapidement dans les grandes cités ; Il est placé pour ainsi dire au centre du village, et ne peut que produire un effet funeste sur la santé des habitants, surtout par les exhalaisons qui s'élèvent de ces corps entassés dans un réduit commun.
Assez d'autres ont payé tribut à ces monuments orgueilleux qui déposent de la fortune plutôt que des vertus de ceux dont ils couvrent les cendres : nous n'inclinerons point notre front à leur approche. Qu'on élevât jadis des monuments en l'honneur des héros morts pour la patrie, des sages qui l'avalent illustrée, des artistes qui en furent la gloire, on conçoit qu'on ait voulu perpétuer le souvenir de leur mémoire , et , par des honneurs rendus après leur mort , exciter à l'imitation de leurs vertus ou de leurs talents; qu'un amant même dans sa douleur jette quelques fleurs modestes sur la tombe d'une amante , c'est encore rendre hommage à celle qu'il aime ; et les àmes sensibles le lui pardonneront ; mais qu'on vienne en vers pompeux graver sur un tombeau une froide épltaphe que n'inspira point l'admiration et que ne mouilleront jamais des pleurs ; mais qu'un marbre somptueux perpétue jusqu'au sein du néant les tains privilèges attachés à la fortune , et ne s'élève sur la tombe du riche que pour le distinguer de cette classe indigente, mais vertueuse , à laquelle est réservée , pour dernier asile, celte fosse commune , objet du plus insullont mépris, c'est là le délire de l'orgueil.
Est-ce la douleur en effet qui inspira tous ces vers, si soignés qu'on serait tenté de les prendre plus souvent pour des madrigaux que pour d'éternels adieux 7 Est-ce bien la douleur qui dicta tant d'inscriptions destinées à reproduire plutôt les titres des vivants que les vertus ou les hauts faits des morts ?
Que j'aime mieux ces simples et touchantes lignes, gravées sur une pierre, et rappelant un trait d'héroïsme et d'amour conjugal I
Loute-Aehltte-Honort . Êmlle-Araédée Chama*s db Lavai ettk,
ne le 47 septembre, mort le (3 novembre 1816.
Il i été frappé psr le malheur d«ns le sein de si lendre mère.
HISTOIHE DES ENVIRONS DE PAHIS.
a 11.-IM7.
(Test un village situé à une lieue à l'ouest de Paris, à peu de distance de la rive candie de la Seine.
Il n'y a point de dénomination qui ait plus occupé les étymologistes que celle d'Issy : la conformité du nom primitif hiaeum, Itciacut ou Fietut Ittiacentit, avec le nom de la déesse hit , n'a plus laissé de doute dans leur esprit, que cette déesse n'y fût autrefois honorée, qu'elle n'y eût un temple, et qu'on n'y dût voir l'origine du nom donné au village '. Voltaire, qui riait de tout, a ri quelquefois de cette manie des hommes de vouloir tout expliquer par des conjectures.
Quoi qu'il en soit, on ne peut révoquer en doute l'ancienneté du village d'Issy, puisque nous savons que la voie romaine, qui île Paris se dirigeait vers Orléans, passait par ce village, et que les rois de la première race y possédaient déjà des propriétés.
Mais , suivant l'usage de son temps , Childrhert , pensant qu'enrichir le clergé était une œuvre capable de lui ouvrir les portes du ciel, donna une partie du village à l'église de Saint- Vincent du faubourg de Paris ; Hugues Capet en donna une autre partie à Sainte-Geneviève ; et . enfin , le roi Itohcrt se dépouilla du reste pour enrichir l'abbaye de Saint-Magloire.
Il parait que le séjour que fit assez fréquemment Charles-le- Simple a Issy contribua beaucoup A l'embellissement du village, et amena la mode d'y bâtir de riches maisons de campagne : nous voyons que les évoques de Paris eurent bientôt une maison dans cet endroit, et que leur exemple fut suivi par une foule de personnages distingués de la capitale; nous voyons que plusieurs évoques d'autres diocèses y passaient la plus grande partie de la belle saison. C'est dans sa maison d'Issy que mourut, en 1334 , Bernard de Surgis, évéque de Nnrbonne.
C'est à Issy que fut représenté, en I6.'>9 , le premier opéra français, qu'on nommait alors la pastorale ; c'est là aussi que furent tenues, en 1695, les conférences auxquelles donna heu l'une de ces subtilités théologiques , le quietisme , qui serait tout à fait effacée de noire souvenir si elle n'eût mis aux brisrs les deux plus grands hommes que fussent alors dans l'Église, si elle n'eût fait naître pour Fénelon une nouvelle occasion de Taire éi later sa candeur et sa vertu ; pour Bossuet, celle d'exercer son génie impérieux , et de montrer une autorité que ne purent balancer auprès de Louis XIV ni l'affection du Père Lachaise, ni la protection de madame de Maintenoh.
Aujourd'hui, Issy est encore remarquable par plusieurs maisons de campagne charmantes :
1» Celle que possédait autrefois Marguerite de Valois, et qui passa plus tard au séminaire dè Saint-Sulpice, auquel elle appartient encore. C'est là que, dans la belle saison, on envole les jeunes séminaristes respirer l'air pur de la campagne : elle est située le long de la route ;
2« Olle qui appartint successivement à Bazdcni la Bazinière. puis au fameux président Talon, puis au prince de Conti, et aujourd'hui à Madame veuve de Lépine : c'est l'une des plus jolies des environs de Paris ;
3» Celle qui appartient à Vanholles , intendant d'Alsace , au maréchal d'Ëstrée , puis au cardinal de Flcury , qui y mourut en 1743;
4' U bâtiment appelé la Maiion des Prétretde Saint-Fr'ancoit-de-Salet, situé à l'entrée du village, et qui fut autrefois une abbaye de Bénédictines, détruite en 1751 pour y placer en effet les prêtres de Saint-François ;
5* Enfin , sur une hauteur en face de l'église , un vieil édifice de construction goihique, que les habitants croient être la maison que Childebert avait dans ce village, et qu'ils nommout pour celte raison maison de Childebert.
La population d'Issy s'élève a peu près à 1 1 ,100 âmes. Si l'on en croit un poêle*, son territoire produisait, au xv* siècle, du ▼in qui le disputait a ceux de Rhodes et de Falerne.
An ceUosqui vina ftrunt fortmima collet. Nobile queit rhriUum cédai, nigrumqur falernum.
C'est, je pense, le cas de dire avec Horace :
Pictoribut aique pottit QuidUbet autkndi ttmptr fmit »Çua pointât.
* V.jn le» Anliqmlét fr<n>ci,n 4» Mrt Mtmtftmttm. »t*p«*lt*.l DanMPtrrhr.
$ m.— Yaavrca »• Tmtn
Vanvres, village, est situé* trois quarts de lieue au couchant de Paris, sur la rive gauche et à peu de distante de la Seine.
Ce village (connu par la plaisanterie de François I" . qui , pour montrer le ridicule de ces titres fastueux dont les rois d'Espagne surchargent leurs noms, ne prenait , dans les lettres qu'il écrivait à Charles-Quint que celui de seigneur de Gonessr et de Vanvrt'si existait dès Pan 998, comme nous l'apprend une charte du roi Robert. On le désignait alors sous le nom de B>mna ou Vanna, expressions employées dans la basse latinité pour exprimer un lieu de pêche. Sans doute, comme on l'a déjà écrit, ce village ne fut, dans l'origine, qu'un groupe de cabanes où se retiraient 1rs pécheurs de la Seine.
On doit croire que ces cabanes firent bientôt place h des maisons plus considérables, car, dès le milieu du xn* siècle, Vanvres avait déjà un curé.
Ainsi que la terre de Vanvres, cette cure appartenait à l'abbaye de Sainte-Geneviève, qui, en 1 347, affranchit tous les habitants du village, et ne conserva plus que l'exercice d'un droit assez singulier. • Tous les ans, dit l'abbé Lebeuf. le jour de la « Trinité, il y avait une cérémonie & Vanvres. qu'on appelait « la Fête de l'Epte. Elle consistait en ce que le* domestiques « dos bourgeois de ce lieu proposaient un prix à celui d'entre eux n qui. prenant sa course de la Porte d'Enrer de Paris, atteindrait
■ le premier h la porte de Vanvres ; et ce prix était une épée
■ d'une valeur assez considérable. Il fallait que quelqu'un « donnât aux coureurs le signal pour partir de la porte d'Enfer, « qui était située vers ce qu'on appelle aujourd'hui la place
■ Saint-Michel. L'abbé et les chanoines de Sainte - Geneviève « ou plutôt leur chambrier, comme étant seigneur du lieu, pré- « tendaient avoir ce droit, et alléguaient une possession de
■ quelques années. Jean de Borret, abbé, fit là-dessus un accord
■ avec eux , vent l'an 1343. On ignore combien de temps dura « encore l'usage de la course de Vauvres. Il fut enfin aboli à • cause des querelles auxquelles II donnait occasion. >
Mais ce n'est là rien encore auprès du fameux procès oû deux ânes de Vanvres jouèrent un si grand rôle : sans doute on serait tente de le prendre pour une plaisanterie ; mais , d'après les graves documents historiques qui nous restent , le fait ne peut être révoqué en doute.
La femme de Pierre Leclerc, montée sur son Anesse. traversait un jour le village de Vanvres ; l'âne de Marie-Françoise Sommier, frmmc de Jacques Féron, se trouve sur son passage; le baudet s'approche , veut témoigner son amour à l'Anessc de la dame Leclerc. Celle-ci prend fait et cause pour sa béte , ri tombe à coup» de bâton sur l'assaillant ; lui ne se déconcerte pas, et renverse dans son ardeur la dame Leclerc; celle-ci, furieuse , se relève , jure de se venger ou sur la béte ou sur sou maître : elle porte donc plainte, et demande à ta dame Féron 1,600 livres comme dommages-intérêts de l'outrage reçu ; l'affaire se poursuit : elle va être jugée peut-être eu faveur de ta dame l.cclcrc, quand son adversaire se présente devant les Juges, avec un certificat de bonne rte et maure, délivré à son Ane par le curé et les principaux habitants de Vanvres. Voici cette pièce curieuse, que nous ne pouvons nous empêcher de transcrire en entier, quoiqu'elle ait déjà été rapportée dans plusieurs ouvrages:
« Nous, soussignés, prieur-curé et habitants de la paroisse « de Vanvcs , avons connotssance que Marie-Françoise Som-
■ mier, femme de Jacques Féron , avoit un âne depuis quatre « ans, pour le service de leur commerce, et que, pendant tout « le temps qu'ils l'ont eu, personne ne l'a connu méchant, et « qu'il n'a jamais blessé personne, même pendant six an*, qu'il « a appartenu à un autre habitant; qu'aucun ne s'en est jamais t plaint, ni entendu qu'if ait fait det malictt dans le paye : en a foi de quoi, nous, soussignés, lui avons délivré le pretent têtu moignage.
s A Vanves, ce 19 septembre 1750. Signé, Plnteul, prieur- « curé; Jérôme Païen; Claude Jeannel; Louis Rétoré; Louis s Senlis ; et Claude Cai bonuct. »
Une partie du village de Vanvres est située dans un fond ; Il est remarquable par des sources d'une eau pure et abon lante. qui le traverse en tous sens , et forme un vaste et beau lavoir dans le centre même du village: avantage qui a rendu les habitants de Vanvres pn-sque tous blanchisseurs de linge pour Péris. Lap .pt. I. t «n du village est de l ,600 A t ,700 habitants.
HISTOIRE DES ENVIRONS DK PARIS
On remarque à Vnnvres ltisieursjolies maisons do campagne, mais surtout le magnifique chàleau bail eu 1698, sur 1rs dessins de Jules Hardouin Mansait, et acheté en 1 7 IS par le duc de Bourbon, lorsque sa qualité de premier ministre ne lui permettait plus d'aller à Chantilly aussi souvent que par le passé. Ce château resta depuis dans la maison des princes de Condé jusqu'au temps de la Révolution, où il Tut assimilé aux maisons royales conservées pour servir aux jouissances du peuple , et former des établissements utiles à l'agriculture ri aux arts.
Il est bâti sur le haut d'une montague d'où se développe a l'œil un panorama charmant , dont Us points principaux sont Paris et les buttes qui l'entourent, Autcuil, Boulogne, le mont Valérlen, le cours sinueux de la Seine, les jardins et le parc de Saint-Cloud, de Meudon, et le village d'Issy. On arrive au château par une avenue stipi-rhe, formée de qualic rangées d'ormes. Le bâtiment est entièrement isolé, c'est-à-dire, qu'il n'a point d'ailes rn retour; il consiste en un grand rorps-de-logls double ; la grande façade rst percée de srpl croisées, et les côtés de quatre; l'architecture en est imposante, mais très simili».
Quoique le chàtrau de Vanvres soil situé sur le haut de la colline, le terrain qui l'entoure a été si bien ménagé qu'à l'irrégularité de la nature ont succédé de magniliques terrasses, et un parc admiré par tous ceux qui l'ont visité. Ce parc, qui s'étend dans la plaine, est surtout remarquable par les belles eaux que lui fournissent les fontaines de Van»res. l-es bassins, tes canaux, les petites rivièns et le» jets d'eau, y sont d'une beauté extraordinaire ; et ce qui leur donne un charme de plus, c'est que produites par des sources très-abondantes, res eaux sont dans une activité continuelle, et n'éprouvent jamais d'interruption.
Le château de Vanvres fut acheté par le lycée Impérial, aujourd'hui collège de Louis-le-Grsnd, qui le possède encore.
S IV.-ClMMH Cl«"««rt-«u«-'flr«*««.
Clamart, village, ot situé a une lieue et demie, au S.-O. de Paris, au bas des hauteurs de Meudon.
Les plus anciens monumentsconnus qui menlionuent ce village sont du XIe siècle, et le nomment Clamardum. CUmartium, Clamard ou Clamart. Alors l'autel de Clamart appui tenait aux moines de Saint-Martin-des-Champs, qui y possédaient des biens assez considérais s. Il y avait dans le viPagr une maison assignée pour le prêtre. L'église paroissiale étaiisous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul; le bâtiment, éloigné de Clamait, fut, en IS23, transporté dans ce village, ou il existe en-
Mais il faut remarquer que le don fait aux moines de l'autel de Clamart, ne comprenait pas toute l'église, dont une partie était tenue en fier par divers individus1 .
Quant aux seigneurs laïques de Clamart, très-peu méritent d'être nommés ici.
Nous voyons qu'un nommé Adam, grand queux (ou cuisinier] de saint Louis, avait au xui* siècle une maison dans ce lieu.
En 1657, Servien acheta la seigneurie de Clamart, qui passa avec ses différents liefs a l^iuis XIV, et fut comprise dans le parc qu'il créait a Meudon : ce qui diminua considérablement l'étendue de la paroisse.
En 1SI&, il s'engaga à Clamart, entre les Anglais postés sur les hauteurs de Meudon, Sèvres, Chatïllon, etc., et le corps d'armée de Vandamme. campé à Clamart et dans les villages voisins, une fusillade très-vue, qui laissa plusieurs prisonniers au pouvoir du général français.
La population de Clamart, qui , d'après un dénombrement de 1700, s'élevait à 254 feux, et à 505 d'après celui de 1745, s élève aujourd'hui à 900 habitants. Les environs du village sont très-agréables ; on y remarque beaucoup de maisons de plaisance; elles appartiennent presque toutes à des commerçants de Paris; le libraire Royer y possédait peut-être la plus
Il y avait autrefois à Paris un cimetière appelé cimetière de Clamart, situé au faubourg Saint-Victor. Ce nom a fait eroire
l Pendant I* raojen-ife, les églises étaient canin* amant de domaines, dont plusie «r» seigneurs eeelesioeliques ci laïques recevaient leur |>arl : l'un avait ■In sépultures ; l'autre les nenrUlelions ; an troisième l'auiel, elr-, c'etl-i- Ir. offrandes ou le pris que le ptétre louchai, en célébrant la messe, en t.*ni»*nt. en enterrant, elr.; on oanrpall, on tendait, on échangeait le tont ou pirl.e de cm pcd.ua de l'*|U»n.
à quelques personnes qu'il appartenait au village de Clamart : c'est une erreur l. ' ^
Meudon. village fameux par son château royal, et par des souvenirs de tout genre, e>t situé à deu\ lieues, à l'ouest de Paris, sur le penchant du coteau qui regarde l'orient.
Meudon n'est cité dans des titres certains que depuis la Tin du xii* siècle ou le rommencement du mi'; nlois il était connu sous les noms de Meodum ou jtrWunum. ou Meudum.
L'histoire du village de Meudon n'offre que peu Ce particularités remarquables jusque vers le mi>ieu du xvi* siècle ; nous savons seulement qu'un Robert de Meudon avait été paniticr du roi, en 1301; un Henri de Meudon fut grand-veneur, eu
Dans la suite, Meudon eut pour cure titulaire un homme extraordinaire, c'est le fameux François Rabtlais, qui, dans ses écrits, nous a peint les opinions, les façons de vivre «t <le parler des hommes de la cour, des villes et des monastères de
Le cardinal Jean du Bellav, évèquede Paris.lui donna, vers 15.2, une prébende à Saint-Maur-dcs-rossés et la cure de Meudon, c'est-à-dire, lui donna les produits et les titres de ce bénéfice, dont Rabelais ne rtmplit jamais les obligations. Il fut moine deux fois. On doute qu'il ait jamais été prêtre; il ne résida point * Meudon, et n'y fil point les fonc tions de curé.
Aujourd'hui le bourg de Meudon, placé dans une position agréable, possède dans ses environs un grand nombre de maisons de plaisance, comme la maison des anciens capucins ; et plusieurs hameaux tels que Val de Meudon, les S/oMlintaux, le Ha$-iteudon et Fltmry. Ce village appartient au département de Seinc-et-Oise, arrondissement de Versailles, canton de Sèvres : sa population est de 2,365 habitants.
Château de Meudon. 11 a existé deux châteaux à Meudon. Nous parlerons d'abord de l'ancien.
Nous avons vu que Us seigneurs de Meudon dataient de la fin du itit* siècle; nous ne rappellerons pas ici des noms étrangers à l'histoire, ou dont le souvenir est dénué d'intérêt ; mais, en 1519, celte terre était entre Us mains d'Antoine Sanguin, d abord chanoine de la Sainte-Chapelle, puis évèque d'Orléans. A sa mort, elle passa à sa nièce, cette duchesse d'Estampes, également connue par ton esprit, par sa beauté, et plus encore par l'attachement qu'eut pour elle François l*r.
\a duchesse d'Estampes est sans doute l'une des femmes qui ont fait le plus de mal à la France ; mais elle a protégé des peintres qui faisaient ses portraits, des poètes qui chantaient ses louanges, pour ol tenir d'elle quelques faveurs : aussi voyonsnous les port, s du temps célébrer les vertus et les grâces de leur Mécène. Et comment n'en eût-il pas été ainsi, lorsque le prince lui même semblait donuer le signal? 11 nous reste plusieurs monuments de la passion de François I" pour l'Impérieuse duchesse; voici des vers qu'il lui adressait peu de temps après son retour de Madrid :
Est tl poim mi, oo si Je l'ai songé, Qu'il esi besoin m'eloigrltr et distraira
Us lia le verni et tl.ae puis te faire, Que dis- Je * veut. ; c'est du tout le con Faire ta puis, et ne puis le vouloir ; Car vous avci là réduit mon vouloir.
Que, plus tache* ma liberté me rendre, Plus empéihei que ne la puisse tvoir,
François l" venait souvent visiter sa maltresse dans sa terre de Meudon ; la duchesse obtint même de lui la permission de former un parc auteur de l'antique manoir seigneurial ; 1rs terres des particuliers qui durent faire partie de ce parc furent estimées, et ent 546 tout' fut t-rminé ; peu de temps, après ,la durhe-se céda nu cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, etc. . la terre de Meudon.
C'est alors que le cardinal, excessivement riche, puisqu'il
possédait un grand nombre de bénéfices et les plus productifs de France, ne négligea rien pour en faire une habitation digne de son rang et dè son orgueil. Le parc fut considérablement
• Ce eimtlUr» da Parla «lait destin» a recevoir las nxwta da I HAiel-DIeu.
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
agrandi, et il s'éleva un château magnifique 1 sur 1rs dessins de Philibert de Lorme, au sommet de la colline, dans une position d'où la vue s'étend sur tout Paris, et sur les plaines et coteaux qui l'environnent. Entre autres ornements dont le cardinal en fit décorer l'intérieur, on distinguait les peintures qui représentaient les sessions du concile de Trente, où il avait assisté. Ce qui a surtout attiré l'attention, c'est ta fameuse grotte bâtie dans le parc, par Philibert de Lorme, pour Henri de Lorraine, duc de Guise, neveu du cardinul ; cette grotte fut regardée comme une petite merveille». Dans l'Intérieur était cette inscription :
QuietietnusisHenriHII.
Apre* Henri de Lorraine, celte propriété passa successivement à Servien, surintendant des finances, qui fit construire la belle terrasse de ce cbAteau , et à Louvois, qui y fil exécuter des augmentations et des embellissements, puis enfin il devint maison royale; voici comment :
Mademoiselle de Montpensier, duchesse d'Orléans, cousine germaine de Louis XIV, lit don au grand Dauphin de Choisysur-Seine, ou Choisy-lc-Roi , comme on le nomma plus tard; mais le rod , comme le remarque le duc de Saint-Simon *, « accoutumé à dominer dans sa famille, autant pour le moins e que sur ses courtisans et sur son peuple, et qui la vouloit tou- « jours rassemblée sous ses yeux, n'avoit pu voir avec plaisir « ni ce don, ni les voyages fréquents que le Dauphin et ses « favoris faisoient à Choisy : il voulut rapprocher son lils de a lui. Meudon bien plus vaste, plus magnilique, et où Louvois a avoit enfoui des millions, lui parut propre a son dessein. » Il fit donc proposer l'échange A madame de Louvois, qui reçut neuf cent mille livres et Choisy. « Monseigneur, ajoute Saint- « Simon, n'en voltigea que de plus en plus de Versailles à » Meudon, où, à l'imitation du roi, il fit beaucoup de dépenses « et d'embellissements dans la maison et dans les jardins, et « combla les merveilles que les cardinaux de Meudon et de « Lorraine, et MM. de Servien et de Louvois y avoient succès- « ri veinent ajoutées, d
En effet, le château de Meudon reçut des embellissements que la main d'un prince' pouvait seule exécuter ; on perça de nouvelles routes; il s'éleva de magnifiques avenues, et sur remplacement même de la fameuse grotte de Delorme fut bâti un nouveau château, dont il sera perlé. Les jardins furent agrandis et replantés par le célèbre Le Nôtre, et Meudon devint un vrai lieu de délices. Louis XIV se plaisait à venir fréquemment y visiter son fils, et A passer dans ce lieu les jours qu'il pouvait dérober aux affaires.
A l'époque de la Révolution, le château de Meudon reçut une destination bien différente de celle qu'il avait eue jusque-là: en 1793,1e Comité de salut public de la Convention arrêta qu'il serait créé un établissement propre à faire de nouvelles recherches sur le perfectionnement des divers objets d'artillerie ou machines de guerre, et c'est le château de Meudon qui fut destiné à ces expériences. Mais comme on mettait le plus grand soin A cacher le but de cet établissement, on créa tout A l'entour des retranchements qui le transformèrent en une espèce de camp, a De larges fossés furent creusés, des courtines et des t redoutes furent élevées de distance en distance , et de hauts « poteaux furent dressés, portant défense de s'introduire dans t l'intérieur de ces ouvrages, sous les peines les plus graves, a Les habitants du bourg donnèrent, & cette occasion, une « preuve éclatante de leur zèle patriotique. Ils offrirent tous « leurs bras pour contribuer à la confection de ces travaux, et a ils y mirent une telle activité, qu'en peu de jours ils furent « tous terminés. Les commissaires de la Convention forent si « satisfaits de cet empressement, que, sur la proposition du « rapporteur Barrère, l'assemblée déclara que les citoyens de « Meudon avaient bien mérité de la patrie, et qu'il serait inséré « au Bulletin une mention honorable de leur dévouement. •
On travaillait dans l'atelier de Meudon avec une ardeur
1 Vof*s Dtibrtnil, Rte htrckâi tur Ut rillngtt et ckittaux.
* Celte terrant, Irea-életée, a cent trente tcucs de lonfueur et aotianle-dlx de largeur. « Combien toi» coote-t-clle? disait au financier Servien le prince
• Onémenée : Ille me conte 15,000 franc». Le prince, avec plu de milice
• qoe d'etpril, lai répliqua : Je croyait qu'elle ne voqf coûtait rie», i > £»j>|>W»fiM«Mr VrWrw, t. IMi f*f
incroyable; la nuit comme le jour, les ouvriers étaient A l'ouvrage, et, à chaque instant, l'on voyait des chariots, chargés de machines de guerre, partir pour les frontières; c'est à Meudon que furent fabriqués ces aérostats à la faveur desquels on pouvait, sans risques, reconnaître les forces et les dispositions de l'ennemi; manœuvre qui, en 1794 , décida en grande partie de la victoire à Fleuras.
Les expériences faites dans cetédiflce avaientporté attelnteà sa solidité : il aurait fallu dépenser des sommes considérables pour le rétablir. On résolut sa démolition, qui s'opéra dans les années 1803 et 1804.
Second château ou château neuf de Meudon, situé à une cinquantaine de toises au sud-est de l'ancien château , et sur l'emplacement de la grotte ci-dessus mentionnée, bâtie par le second Dauphin, père de Louis XIV.
« Le Dauphin, dit Duclos1, avait dans le caractère de la « douceur et de la bonté; son éloge ne s'étend pas plus loin... . ■ Il passait sa vie aussi obscurément que son rang le pouvait a permettre, n'ayant de ressource contre l'ennui que la table
« et la chasse Sans délicatesse de sentiments, il eut quel-
« ques maîtresses, et finit, comme son père, par un mariage de « conscience. Mademoiselle Choin fut celle qui le fixa. » Voici le portrait que fait Saint-Simon de mademoiselle Choin, tout en jetant du doute sur l'existence de son mariage. « C'étoil une « grosse caraarde brune , qui , avec toute la physionomie a d'esprit, avoit l'air eommun,[et qui longtemps avant cet évé-
• nement étoit devenue excessivement grasse et encore vieille « et rebutante '. »
Mademoiselle Choin n'eut jamais ni maison montée, ni même d'équipage A elle, ajoute Duclos; elle s'était bornée A un petit logement chez Lacroix, receveur-général des finances, près le petit Saint-Antoine, ■ Son commerce avec le Dauphin fui loog- « temps caché, sans en être moins connu ; lorsque ce prince « devait venir A Meudon, mademoiselle Choin s'y rendait de « Paris, dans un carrosse de louage, et en revenait de même, « lorsque son amant retournait à Versailles. — Malgré cette « conduite simple d'une maltresse obscure, tout semblait prou- « ver un mariage secret. Le roi, dévot comme il était, et qui « d'abord avait témoigné du mécontentement, finit par offrir à « son fils de voir ouvertement mademoiselle Choin, et même de a lui donner un appartemeul i Versailles; mats elle rerusa « constamment, et persista dans le genre de vie qu'elle s'était e prescrit. Au surplus elle paraissait à Meudon tout ce que
* madame de Maintenon était A Versailles. •
Placée dans un rang où trop souvent les femmes ne savent qu'exciter l'envie, mademoiselle Choin avait eu l'art de se faire aimer de tout le monde par ses qualités et l'affabilité de ses manières. Voici un trait qui peint bien son caractère. Lorsque le Dauphin partit pour l'armée, il lui donna A lire un testament, par lequel il lui assurait la plus grande fortune; elle le força à le déchirer, en disant : Tant que je voue conurteni, je ne puis « manquer de rien ;et si j'acais le malheur de voue perdre, mille « t'eut de rente me tuf/iraient. » La suite prouva qu'elle parlait sincèrement ; A la mort du Dauphin elle se relira dans son ancien logement de Paris, où elle passa près de vingt ans dans la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres'.
Devenu palnls impérial après le couronnement de Napoléon, ' le château de Meudon reprit son ancienne splendeur, les jardins furent replantés, le cbAteau reçut de grandes réparations, et des meubles mugniflques y furent réunis: Marie- Louise habita presque constamment Meudon depuis 1812, et pendant toute la campagne de Moscou. C'est aujourd'hui un des domaines de la couronne royale.
Ce château fort inutile, surtout lorsqu'un antre existait tout auprès, n'a rien de remarquable que son heureuse situation. Lorsqu'il fut construit, Louis XIV voulut le voir; au premier coup-d'œil, Il s'écria : Ceci reeemble à la maiton d'un riche
MH+rtruucrtl,, p. SS.
* MimMree, U n.
* Saint-Simon raeeote à ceUe ocraiion, qoe M'<* eboin avait une chienne dont elle raffolait « i qui tous In Jour* le maréchal d'iiielle, de la porte Oail- « Ion, où il loceoil, en*oyeit de* têtes de lapins rotti, auprès du petit Sainl-
■ Antoine oo elle demroroit, et et le maréchal alloit mmi«cM, et étoit reçu et
■ renarde comme un oracle- Le lendemain de la mott de Monsrixnrur, l'cmei « de» lélet de tapioi ceain, cl anaacr d«|>ui*f M«e Choin bj< le rt»i» ni n'en a fsi«adli palier. •
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
financier plutôt qu'à c«tti d'un grand prince. Il se retira sans vouloir pénétrer dans l'intérieur.
Ce château neuf existe encore.
On arrive an château neuf de Meudon par une longue avenue, plantée de quatre rangs de tilleuls, qui conduit jusqu'à l'entrée de la magnifique terrasse dont nous avons parlé.
Flsi av. Je dois dire un mot de ce hameau, situé autrefois en partie sur la paroisse de Clamart ; mais appartenant aujourd'hui à la commune de Meudon. Il est fait mention, dans un titre latin de 1335, de François Flori, habitant connu d'un pays vignoble, jouissant de ses coutumes particulières. Il y a eu très-anciennement à Flenry une chapelle, qui, rasée dans les premiers troubles de la Ligue, fut rebâtie en 1644 ; en 1695, 11 fut permis au chapelain d'y chanler vêpres. Cette permission fut renouvelée en 1710, par le cardinal de Noailles, de l'avis des curés de Clamart et de Meudon.
Le hameau de Fleury est situé dans une position très-agréable ; on y trouve un grand nombre de jolies maisons de campagne : telle» sont celles de M. le général Barbou, de M. Richard d'Aubigny, de M. Sarrette, de M. Rouillé de l'Étang, de M. Pan koucke, etc.
f . VI.-BHIerw.
Bcllevue était le nom d'une maison de plaisance située à peu près a égale distance de Sèvres et de Meudon, sur le sommet de la colline qui domine la Seine.
La marquise de l'ompadour, maltresse fameuse de Louis XV, passait un jour sur le plateau qui sépare le village de Sèvres du château de Meudon; elle s'arrêta étonnée de la beauté de la position où elle se trouvait, et d'où se dérouliit à l'œil une étendue immense en tous sens ; elle résolut d'y élever un château, et le château fut en effet construit avec une célébrité qui tient de prodige.
Au jour désigne par M** de Pompadour pour se rendre avec des architectes sur le lieu demi-sauvage où devait s'élever son palais, elle y fut reçue sur une espèce de trône rustique formé de cailloulage et de gazon ; c'est de là qu'elle expliqua ses Inlentiuns, et qu'elle exposa son projet sur la position des bâtiments et l'ordonnance des jardins; et, comme il fallait pour remplir ses vues une plus grande étendue de terrain qu'elle n'avait imaginé d'abord, on lui proposa d'acheter quelques centimes d'arpents de terre qui lui furent cédés avec empressement par les propriétaires, lesquels en furent bien payés. Heureux temps! où la maîtresse d'un roi n'avait qu'à désirer, pour voir tout un peuple jaloux de prévenir jusqu'à ses vœux les plus secrets! heureux temps pour les courtisanes !
(.assurance et d'Isle, architectes renommés dansée temps-la, furent chargés, l'un de la construction du bâtiment, l'autre de la distribution des jardins. Ici nous sommes obligé d'emprunter les descriptlonsque nous ont laissées les auteurs contemporains.
En arrivant à Bellevue, du côté de Meudon, on trouvait deux pavillons élégants, suivis d'une avenue de tilleuls qui conduisait jusqu'à une première cour où étaient les écuries et la salle de spectacle. De cette cour, on entrait dans celle du château, fermée de trois cotés par les trois parties du bâtiment, et du quatrième par une grille en fer dorée qui la séparait du parc, lequel s'étendait fort loin au midi du château. La façade princi- » pale regardait Paris et dominait toute la plaine qui remplit l'espace situé entre cette ville et Bellevue ; au-devant de cette façade était une terrasse superbe, au pied de laquelle coulait la Seine, et où l'on jouissait du plus beau point de vue qu'on connaisse ; d un coté on découvrait les avenues et les jardins de Meudon, et toutes les maisons de plaisance qui bordaient la rivière ; de l'autre, les beaux jardins, le palais et le village de Saint-Cloud, et dans le fond du tableau le village et le bois de Boulogne, tous les villages des environs, et enfin Paris, et le cours de la Seine serpentant daus une plaine immense.
Les faces latérales du château étaient accompagnées de plusieurs pièces de parterre a l'anglaise, entourées de «aux orangers, et terminées par des bossins revêtus de marbre au; boutd'on de ces bassins s'élevait un belvéder de gazon; on descendait de la terrasse par des rampes jusqu'à la rivière.
Les jardins et le parc de Bellevue étaient admirés des connaisseurs. Le milieu de la grande allée du jardin était occupé par un long tapis de «azon, où l'on voyait la statue dn roi sculptée par PigaUe; le coté du jardin à droite de cette allée était
partagé en deux parties : dans la première était un labyrinthe ; dans la seconde, plusieurs bosquets ornés de bassins, de grottes cl de bel les statues, entre autres de celle de la marquise, exécutée aussi par Pigalle. L'autre côté du jardin était planté en quatre salles avec des allées tournantes. Le parc avait près de cent arpents d'étendue.
L'intérieur du château offrait tout ce que l'art et la richesse pouvaient alors fournir de plus recherché, de plus magnifique et de plus voluptueux. La sculpture et la peinture avaient prodigué leurs productions, qui pour la plupart portaient l'empreinte d'un goût aussi dépravé que l'étaient les mœurs de cette époque. Carie Vanloo, Boucher,; etc., revendiquaient l'honneur d'avoir concouru à décorer Bcllevue.
La position de Bellevue plaisait si fort à Louis XV, le palais qui s'élevait lui promettait un séjour si délicieux, qu'il venait lui-même encourager les ouvriers; on le vit plusieurs fois, dit Piganiol, se faire apporter à manger au milieu des travailleurs ; et dès que le bâtiment fut achevé a le roi vint occuper l'appar- ■ tement qu'on lui avait préparé. Ce prince, dit l'indiscret au- • teur, y coucha pour la première fois, le 34 novembre 1760. »
Plus Louis XV visitait Bellevue, plus il y trouvait de charme : il voulait en conserver la propriété, elle lui fut cédée, et le château devint dès lors maison royale. Sous le successeur de ce prince, Bellevue fut donné & Mesdames de France. Mesdames reculèrent beaucoup les limites du parc, et ajoutèrent encore à l'agrément de ce séjour.
En 1793, le château de Bellevue devint propriété nationale ; il fut compris dans le décret dont nous avons parlé à l'article Meudon, conservé et entretenu aux dépens de la République ; mais au mépris de ce même décret, il fut plus tard vendu. Le propriétaire commença par faire démolir l'étage supérieur, à l'exception du pavillon du centre. La démolition lit ensuite des progrès.
Aujourd'hui il ue reste plus de tant de magnificence que deux bâtiments élevés sur une partie des deux ailes du château, et des débris qui attestent encore que là fut un édifice vaste et magnifique. Les artistes vont toujours visiter dans le parc de Bellevue cette fameuse lourds Marlborough, qui probablement disparaîtra bientôt aussi.
g Vll.-*ève« m «erres.
Sèvres est un bourg situé à peu près à égale distance de Versailles et de Paris.au point où la grande route coupe la Sein esur la rive gauche de cette rivière, et sur le penchant de la eotline.
Les savants avouent qu'il est très-difficile de remonter i l'origine du nom de Sèvres1. Les plus anciens monumeuts latins le nomment Savara; encore est-il fort douteux que ce nom appartienne au bourg de Sèvres. Sèvres ou Sètet paraît plutôt dériver d'Èvrtt, i'Èee, qui signifie rivière, eau. Une infinité de rivières et de lieux placés sur leurs bords ont une dénomination qui se compose du mot Èvs, Être, Ébre.
Nous voyons Sèvres figurer parmi les villages dès le temps de saint Germain, qui, dit l'abbé Lebeuf « y passant vers l'an 560 « ou 570, y guérit une fille appelée Magnouede, d'une espèce « de possession dont elle était affligée, et après cela, il en fit c une religieuse. •
L'église que l'on voit maintenant dans le bourg existait déjà au xiii' siècle, du moins quant au chœur et à la tour; car la nef e*t moderne. Elle avait pour patron saint Romain, prêtre et moine de Bloye, près de Bordeaux.
Ceci peut paraître étonnant au premier abord ; mais 11 faut qu'on sache que le corps de saint Saturnin, premier évëque de Toulouse, ayant été par ordre du roi Dagobcrt transporté dans le monastère de Saint-Denis, les Toulousains voulurent ravoir ce corps, et en fournirent trois autres en échange, parmi lesquels se trouva celui de saint Romain de Blaye, qui depuis fut grandement fêté dans l'abbaye*, et qu'enfin les reliques du saint furent transférées dans léglise de Sèvres. Cette translation était religieusement célébrée le 22 mai de chaque année.
Les anciens titres font aussi connaître les noms de quelques seigneurs peu fameux ; leur château était bâti un peu au-dessous de l'église, vers le midi : c'était un édifice carré entoure de fossés, et terminé dans le haut par une espèce de donjon On
1 Fo,» l .bb* l.W, Biti. du iioeht i* Périt, U vu. 'M., «M.
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
trouve dans une sentence du prévôt de Paris.de 1507, qu'il c»l permis à un sieur Henri de Livre», seigneur de Sèvres « de « faire relever el redresser la justice et fourches patibulaires à « deux piliers a Sevrés, sur la motte de Chàtlllon, ainsi qu'il o {toit d'ancienneté. » Ce même Henri de Livre* prêtait son château poor y renfermer les prisonniers qu'on ne voulait pas laisser au Chàlelet de Paris, lors des entrée* des reines, parée que c'était un usage constant alors de donner la liberté à tous les prisonniers qui se trouvaient dans la ville. Ceux que l'on voulait priver de cette grèee étaient transféré* à Sevré»; ell'on paynit au lelgneur une rétribution : sou château, dans ce» occasions, contenait quelquefois plus de cinquante prisonnier*.
(> château est aujourd'hui remplacé par une construction plus utile : une tannerie.
Le bourg de Sevrés a joue un rôle dans nos dernières guerres. Quelques soldats cantonnés dans ce village se réunirent aux habitants, formèrent un corps d'environ trois cents hommes, el se disposèrent à défendre le pont déjà rompu. Pendant que In Pru-siens s'emparaient du plateau île Bellevue el des collines qui entourent Sèvres de toutes parts, deux pièce* de canon furent portées s la tète de ce pont du coté de Pari*, l'n bon nombre de tirailleurs se jetèrent dans l'Ile qui le partageait en deux parties. Les Prussiens, sur le* hauteurs de Bellevue. tirèrent un coup de canon dont le boulet démonta une de* pièces destinées a défendre le passige de la Seine; cependant telle fut l'activité des Français, que les Prussiens éprouvèrent enc.ir une perte considérable, et que, craignant la mitraille des défenseurs du pont, et le feu des tirailleurs répandus dan* les bois, l'ennemi nr put quitter de tout le jour le plateau dont il ne s'était empare qu'en laissant un grand nombre des sien» sur le champ de bataille.
Le lendemain, l'armée française prit position sur la rive gauche de la Seine. Plusieurs engagement» de cavalerie et d'infanterie eurent lieu dans le bout g de Sèvres même; les habitants secondèrent nos troupes , quelques maisons soutinrent une espèce deslége; mais enfin les Français, accablés par le nombre, »e virent obligés de céder le champ de bataille. Les Prussiens, irrités, mirent Sèvres au pillage pendant huit jours; un seul bâtiment, la manufacture de porcelaine, fut respecté; Il devint même un lieu d'asile pour la plupart des hahitnnts, qui se retirèrent dans le* souteirains immenses qui en dépendent.
Le bourg de Sèvres est aujourd'hui l'un des plus commerçants de tous ceux qui environnent Paris ; son port est comme un entrepôt de la capitale ; il est sans ce>se couvert des produits de la Bourgogne et de la Champagne; bols, tulles, ardoises, tout y arrive eu abondance ; on y dépose des vins que se* caves ont, dit-on, la vertu de faire vicilliret de bonifier. Il se trouve à Sèvres un grand nombre de caves immenses ; ces caves furent autrefois des carrières; elle» sont toute* creusées dans le roc; la principale, qu'on nomme la cave du roi, peut contenir quinze mille pièces de vin : elle est divisée en trente parties, formée» par autant de rues.
Il n'y eut longtemps à Sèvres qu'un mauvais pont en bois, divisé en deux parties par une Ile que forme la Seine. Depuis la Révolution, ce pont était dans un état d< vétusté qui nécessitait des réparations fréquentes; en tais. Napoléon en fit construire un en pierre, mais un peu plus bas que l'ancien. Il n'était pas tout-à-fait terminé lors de la campagne de tsi-l; il ne fut nullement endommagé. Ce ne fut pas de même en 1815 : on en fit sauter une arche pour empêcher le passage de l'ennemi ; il fut réparé bientôt après.
Ce qui rend surtout ce bourg remarquable, c'est sa célèbre manufacture de porcelaine.
Les premières porcelaine* connues en Europe nous viennent de l'Orient ; il parait que c'est en Saxe et en France que se firent les premiers essais pour en fabriquer de semblables ; nais ils étaient bien loin de leurs modèle*. Sou l ises à l'action d'un feu violent, la plupart des porcelaines d'Europe se fondirent entièrement, tamiis que celles du Japon résistèrent A cette épreuve sans éprouver la moindre altération. Cette première porcelaine d'Europe reçut le nom de porcelaine tendre; ensuite on chercha et ou parvint a imiter celle de l'Orient dans sa solidité; et eclle-ci fut no ornée porcelaine dure : c'est en Saxe que fut fabriquée la première porcelaine de cette dernière espèce. Le secret de la porcelaine dure fut, dit-on, apporté eu France par un Slrasbourgeois.
Il l'ut créé en i?3R, nu château de Vincenues, une manufacture de porcelaine, par les soins du marquis de Fulvy, goux cent ur de ce château, qui consacra toute sa fortune à ce bel établissement. Les fermiers généraux en devinrent propriétaires vers 1750; ils tirent bâtir l'édifice qu'on voit aujourd'hui à Sèvres, et y transportèrent l'établissement de Vincennes. Fn 1 74», Louis XV acquit cette manufacture, qui depuis a toujours fait partie du domaine de la couronne.
Pendant longtemps on n'a fait â Sevrés que de la porcelaine tendre: aujourd'hui ou y fait de la porcelaine tendre et de la porcelaine dure; chacune a tes avantages particuliers : si la seconde soutient mieux l'alternative du chaud el du froid, la première prend mieux les couleurs et les dorures. On y fabrique par conséquent en porcelaine {dure toutes les pièces destinée» a être exposées à l'action du feu ; en porcelaine tendre, le* pièce» d'ornements et de décoration.
C'est au zèle et au talent de M. Brongniart, que la manufacture de Sèvres doit la juste célébrité que ses produits lui oui acquise, surtout depuis la Révolution. Ce qui distingue parmi tous les autre* les ouvrages qui en sortent, c'tst leur blancheur, la beauté de leurs couverts et de leurs fonds en couleur, l'éclat et la richesse de leurs dorures; c mais ce qui achève de lui a assurer ( à la porcelaine ) une supériorité incontestable sur < toutes le» porcelaines du monde, disent les auteurs de la Stac tittique générale de la France, c'est la régularité et l'élé- « gance de ses formes, la beauté, la perfection, la grâce de *ra « dessin», en un mut, les chefs-d'œuvre de peinture dont elle « est enrichie, et qui la rendent précieuse aux yeux «le toutes u les uations où les arts sout cultivés. » Plusieurs peintres disdingues, parmi lesquels on doit remarquer M. Kal-ev, lOQl attachés à la manufacture de Sèvres.
Il y a dans la manufacture de Sèvres trois collections, lis plus curieuses et les plus complètes qu'on connaisse : l'une te compose de toutes les porcelaines étrangères avec les matière» premières qui entrent dans leur composition; l'autre de toute* les porcelaines et faïences de France, avec les terres qui serv ent à leur fabrication ; enlin, une collection des modèles de vases, de services, de statues, etc., confectionnés dans l'établissement depuis sa fondation.
Nous devons encore citer une manufacture de faïence jaune, uoireel blanche, établie à Sèvres; le directeur, M. Claverau. a pris un brevet d'invention pour les impressions sur émail ; enfin il en est une troisième, où I on ne fabrique que de l'émail : elle est la propriété de M. Lambert.
La verrerie dite de Sitrc$, célèbre par la boulé de ses bouteilles, appartient a la commune de Meudon.
Le bourg île Sevrés, où l'on remarque un grand nombre de maisons de campagne de* plus agréables, fait partie du départemeut de Seinc-ct-Oise, arrondissement de Versailles ; c'est un chef-lieu de canton, le siège d'une justice de paix, el la résideuce d'une brigade de gendarmerie Sa population est de 3,131 habitants.
611KT-CLOUD (VILUGS ET elUTEAC).
Saixt-Cloud est un village ou bourg très- ancien, du déparlement de Seine-et-Oise, arrondissement de Versailles, canton de Sèvres, à deux lieues de Paris, sur la rive gauche de la Seine.
I" Période. — L'histoire de Saint-Cloud remonte aux premiers temps de la monarchie des Francs; il se nommait alors Nnvigenlum, d'où l'on fit Nogent-sur-Seine : ce n'était qu'une petite bourgade d'un abord extrêmement difficile.
Dès lors cependant, il y avait à Nogent -sur-Seine une église, un pasteur ; mais ce n'est que plus tard , et après le séjour d'un prince Franc, que ce bourg acquit l'espèce de célébrité dont II n Joui depuis
J'ai exposé la scène de l'assassinat commis de sang-froid, en l'an 633, par deux rois Francs, Childeberd el Cblolhachaire, sur les personnes de leurs neveux, encore enfants. J'ai dit que le plus jeune de ces enfants, nommé Chfodovalde, fut soustrait au poignard de ses oncles; qu'on lui lit couper les cheveux et embrasser fétat ecclésiastique : c'était alors le faire renoncer a la royauté1. De son nom Chlodovalde , ou a fait celui de
1 Birttirt 4* /'«ni, 2« édition, l. l, ». SIS.
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
f/iotui. Inhumé dans le lieu de Nogenl, il acquit, après sa mort, une réputation de saint; et ce village, en conséquence, reçut le nom de Saint-Clomd.
Le tombeau de saint Cloud , près duquel s'opéraient, dit-on, beaucoup do miracles, attira des pèlerins dans ce lieu, et contribua a augmenter le nombre de ses habitants.
Kn tlflO , il s'éleva une grave contestation entre le chapitre d« Saint-Cloud et l evèque de Pari», sur la possession de la rhnpelle de Saint- Jean- Baptiste, voisine de l'église collégiale; dea arbitres furent nommés, des témoins entend**; la question fut décidée en faveur du chapitre. L'ancienne église de Saint- Cloud reçut des augmentations successives, à mesure que le nombre des habitants devenait plus considérable.
Il parait cependant que la dépouille du saint ne fut pas toujours conservée à Saitit-Cloud, puisque nous vovons 1rs religieux du monastère de ce lieu venir processionnellemcnt en 890 ou 8H à la cathédrale de Paris, reprendre la châsse de ce saint, et la reporter dans leur église, « accompagnés, disent les a annales de Paris, de presque tous les habitants de ce bourg, a qni les sui\ oient, en chantant les louanges |de hur saint, et « en témoignant la joie qu'ils ressentoient de se. trouu r en a possession d'une au^si précieuse relique. »
Kn 1 418, le chapitre qui avait succédé au monastère de , moines lit faire a ces relique - une châsse de cuivre doré, enrichie de pierreries et de deux figures d'argent en relief; mais, la même année, les chanoines furent obligés, a cause des guerres civiles qui désolaient li France, d'abandonner lecr église et de fuir à Paris, avec leurs reliques et la châsse de saint Cloud, qui fut mi»e en dépôt dans l'église de Saint-Symphoi ion de la Cite, où elle demeura jusqu'en 14 43, époque où fut exécutée uue nouvelle procession pour sa translation dans le lieu de Saint-Cloud. On conservait aussi daus l'église de ce lieu un os du doigt de saint Jean, enchâssé dans un vase de cristal : on portait cet os eu procession, t<»us les premiers mercredis du mois; on faisait, ce jour-là, la bénédiction de l'eau pour les malades, dans laquelle on plongeait le doigt du saint. Le trésor de l'église de Saint-Cloud renfermait encore d autres reliques : ce sont une dent de saint Jean-Baptiste, et deux morceaux de bois de la vraie croix, dont l'authenticité est prouvée comme il suit : ■ Anselme, nntif de Paris, étant parti pour la conquête de • Terre Sainte, fut fait, après la prise de Jérusalem, préchantre c dans l'église du Saint-Sépulcre, et trouva dans le très >r d i- « celle le bois de la vraie croix, sur laquelle Jésus-Christ avait « opéré la rédemption du genre humain. Kn ayant écrit à IV- « glise de Paris, et â son évèque et chanoines, il offrit de leur « en faire présent, ce qui axant été accepté avec beaucoup de I « reconnaissance, ils lui écrivirent rl députèrent pour le rece- « voir; mais, eraiviiant de perdre un trésor ainsi précieux, ! » qu'il voulait procurer à sa patrie, il se détermina a faire lui— ■ même le voyage, pour le porter dans l'église de Paris. Il a partit donc à cet effet, chargé du précieux fardeau; niais, « étant mort en chemin, Foulques, son fils, qui l'avait accoma pngné ditns le voyage, eut la gloire d'arriver jusqu'à Foute- « uai sous-Louvre, en Parisls, ou il déposa la relique et avertit « l'évoque et chapitre V Paris de son arrivée1, s
A celte nouvelle, ceux-ci partent aussitôt remplis de joie, et transportent d'abord à Saint-Cloud ce bois sacré, nui leur était enroyé du eiéf, pour le transférer de là à Paris le dimanche suivant: ee qui fut fait. (Nous traduirons Ici un passade d'un manuscrit de l'église de Paris, du XIV* siècle.) c Au jour ma - « qué fête du bienheureux saint Pierre au x-LIcus, les évéques « de Paris, de Menux et de Senlis, réunirent toutes les procèsc sionsdans un même lieu, coururenlcn chantant des louanges « vers la croix du Seigneur, et, pleurant de joie, la placèrent c dans l'église de la bienheureuse Marie. » Mais, sans doute pour récompenser l'église de Saint-Clou i . ou ne voulant pas qu'elle fût témoin d'un aussi grand bonheur sans y participer, les évéques lui laissèrent deux petits morceaux de la précicu-e reii.pie, qu'on enchâssa dans une croix de cuivre doré, toute rouverte de pierreries; cette croix était exposée à la vénération des fidèles le 1*' août , ainsi que le Veodredi-Saiut, les jours de féte de la Sainte-Croix et le jour de Saint-Cloud.
Nous pourrions encore citer parmi les richesses de l'église de Saint-Cloud le corps de saint Probe», et surtout les reliques
l Lcbeur, DiltTtali'in «cc/'jiiii(ii/ii< it eiril* dt Parti.
de saint Mammès , l'un des plus extraordinaires martyrs de I Knlise ; mais ce que nous avons à en dire trouvera plus naturellement sa place ailleurs. ( i'ot/fï Sceaux. I
5' Pirioil*. — On sent que lont de célébrité dut valoir à Saint- Cloud des accroissements rapides; et nous voyons, en cflet, qu'en 1518, il y avait là un pont sur la Seine. Cependant Snint- Cloup resta presque ignoré dans l'histoire jusqu'à l'nn 1368, où il fut réduit en cendres par les Anglais cl par Cliarlcs-le- Mouvais, roi de Navarre, réunis pour ravager la France. Plusieurs de ses habitants furent alors passés au fil de IVpée, sous prétexte qu'ils avaient refusé de se déclarer contre le récent , qui fut depuis Charles V, dit U Sage.
La possession de Saint Cloud était très-importnnte pour les partis belligérants, à cause de sa proximité de Paris, et de sa position sur la rlvièrr, qu'on pouvait fermer à volonté, fi 'est pourquoi on avait construit sur le pu m une forteresse, qui fut souvent prise et reprise par les Armagnacs et les Bourguignons, deux factions qui divisaient la France pendant les xiv* et xv* siècles. Le 18 octobre Mil, Collinet de Pisex, capitaine de cette fortires.se, la livra aux Armagnacs, qui y tueront tous ceux qui s'y étaient réfugiés , et s'emparèrent des denrées et des biens qui s'y trouvaient déposés1.
Au mois de novembre de la même année, le duc de Bourgogne, pendant Ut nuit, partit de Paris à la tète de quinze cents hommes déterminés; il arriva à la pointe du jour devant le pont de Saint-Cloud. Il attaqua vivenunt le pontet la ville qui , quoique vivement défendus, furent pris. Les Armagnacs, qui s'y trouvèrent au nombre de six cents, furent tues. Collinet <le l'i.ex, qui avait trahi son parti et livre le pont aux Armagnacs, fut pris dans le clocher de l'église de Saint-Cloud, où on le trouva déguise en ecclésiastique. Conduit à Paris, et emprisonné, ce capitaine fut , le tï novembre suivant , avec son habit de piètre , décapité aux balles; et set membres dépecés furent exposés sur différentes places de Paris.
Il existait sur le pont de Saint-Cloud une tow entourée de fesses; lorsque les Armagnacs se virent battus, ils s'y réfugièrent avec précipitation ; le duc de Bourgogne lit mettre le feu M | mt-levis. et plus de trois cents hommes furent noy Ce duc de Bourgogne alla ensuite à Saint-Denis, ou il continua ses dévastations*.
Le pont, alors construit partie en bois, partie en pierre, fut aussi grandement endommagé, en sorte qu'il fallut à pl reprises y faire des rep .rations considérables ; enfin, eu 1550, il fut reconstruit en entier aux frais de Henri II : on raconte même à ce sujet que le diable apparut à l'entrepreneur , qu'il s'engagea à l'achever pour lui, et qu'il eut un chat pour récompense, parce que Ml animal fut le premier à passer sur le pont.
I .ors des guerres de religion, Coligny et le prince de Coudé
ayant pris les armes, tous leurs soins se portèrent sur Paris, qu'ils tentèrent de prendre; Saint-Cloud leur pmut le liiu le plus propre à favoriser leurs projets. Ils l'assiégèrent, le purent, et y mirent une forte garnison, afin d'arrêter sur la Seine toutes lès provisions destinées pour la oapita'e'. Dès-lors, Saint Cloud devint le point de mire des deux partis : il venait d'être enlevé aux catholiques, il fut bientôt repris par eux sur les protestants; et nous trouvons une ordonnance deCbarb I IX, do 1568, portant que le pont de Saint-Cloud sera rétabli et garni d'un pont-levis; plus tard, nous voyons les habitants obtenir de Henri III la permission de faire clore le bourg de Saint-Cloud de murs et de fossés.
Les Guises contraignirent Henri III, le 13 mai 1688, à fuir de Paris. Le roi , le 23 décembre suivant, dans son château de Blois, lit assassiner le duc de Guise par ses gentilshommes, et le lendemain le cardinal de Guise son frère.
Henri III, méprisé par les gens raisonnables pour ses ridicules dévotions, pour ses débauches et ses crimes , haï par les Ligueurs, parce qu'il occupait un trône d'où ils voulaient le renverser, détesté à cause de l'assassinat des Cuise*, se vit réduit à implorer l'assistance de son ennemi, et à se jeter dans les bras de son beau- frère, le roi de Navarre , auquel il n'avait cessé de faire la guerre. La leçon "ftialMW entre les deux rois eut lieu le
1 Jfunutl i* l'ai a, tout Charte* VI, p. S
* Md. p. S.
* Stuvrt, V. S, pâgr S<1.
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
«O avril 1689, au Piessis-lez-Tours. Leurs deux armées réunies marchèrent sur Paris.
Heorl III , roi de France, et Henri, roi de Navarre, prirent leur logement a Saint-Cloud . Henri III se logea dans la maison de Gondi. Ce fut là qu'un moine, jeune fanatique, envoyé par le* ligueurs de Paris, sous prétexte de lui présenter des lettres, issa>sina d'un coup de couteau le roi de France. J'ai raconté m détail cet événement dans mon Hutoin de Pétri».
Dès que Henri IV arec son armée eut, après l'assassinat du roi son beau-frère, quitté le bourg de Saint-Cloud, un grand nombre de ligueurs de tout sexe et de tout âge s'y rendirent en procession, pour visiter le lieu où le moine avait subi son supplice; là, les genou en terre, lia baisaient respectueusement le
sol teint de son sang ; ils poussèrent môme le fanatisme jusqu'à charger de cette terre sanglante le bateau qui devait les porter à Paris , et que le poids engloutit au milieu de la Seine , comme si le ciel eût voulu donner un exemple du châtiment réserve au crime.
Le bourg de Saint-Cloud eut encore à souffrir dans les guerres entre Henri IV et la Ligue, et surtout dans les guerres de la Fronde, où il fut le théâtre de plusieurs actions meurtrières. Mais ce bourg ue fut pas le seul exposé aux ravages des armée; rivales.
Il s'était établi à Montereau, à quelques lieues de Sens, un monastère de religieuses ursulines ; Montereau fut assiégé par le prince de Condé, et les ursulines reçurent ordre de sortir de
la ville : ce qu'elles firent ■ après avoir entendu la messe, cornc munie , et consommé toutes les saintes hosties. » Plusieurs prirent le chemin de Paris , et se logèrent au faubourg Saint- Germain, où elles menèrent pendant près de trois ans une assez triste vie; enfin , on imagina de les placer à Saint-Cloud ; on parvint à leur réunir une petite somme, et à leur acheter une maison où elles vécurent avec la plut grande économie depuis I IM jusqu'au temps de la Révolution.
Les re'igieuses eurent aussi des reliques -dans leur couvent ; en 1604, le cardinal Chisi, légat en France, donna de la part du pape Alexandre VII , au duc d'Orléans, frère de Louis XIV, le corps de saint Eutyche, martyr, avec faculté de le garder, ou de le donner à telle église ou monastère qu'il jugerait à propos , ainsi que de le faire exposer à lp vénération publique '. Le prince, usant de la faculté qui lui était accordée, et peu jaloux sans doute de faire du corps de saint Eutyche un ornement de son palais, le donna aux dames ursulines de Saint-Cloud. L'acte de donation porte: c Nous, Philippe de France, frère unique du • roi, duc d'Orléans, de Valois et de Chartres, certifions avoir « donné au monastère et communauté des religieuses ursulines
> Mit da papa Alexandre VII, Ntttnut la donation du coros de saint Balrca*.
« de Satnt-Cloud, le corps de saint Eutyche, martyr, tel qu'il « nous a été donné par notre cousin le cardinal Chisi, légat de • notre saint-père le pape, en France, pour être ledit corps saint « exposé en vénération aux peuples, dans les formes ordinaires t et accoutumées, dans l'église desdites religieuses ursulines c de Saint-Cloud; en témoin de quoi nous avons signé le a présent certificat , et fait contresigner par notre conseiller « et secrétaire de nos commandements , maisons et financ ces. •
Dès cette époque , l'histoire de Saint-Cloud devint l'histoire de la maison royale qui donne à ce bourg l'importance et la célébrité dont II a joui depuis.
Il existait autrefois dans l'emplacement occupé aujourd'hui par le château royal de Saint-Cloud quatre maisons de plaisance qui furent achetées pour agrandir le parc, et pour avoir la propriété des eaux qu'elles renfermaient :
1* La maison appartenant à la famille de Gondi, beau logis avec un jardin d'une très-grande étendue, embelli de belle grottes et de fontaine*, dont les eaux faisaient jouer quelques instruments , et de plusieurs statues de marbre et de pierre;
3* Un hôtel très-ancien qu'acheta la reine Catherine de Médius, et qui se trouvait à cette époque entre les mains d'un cer-
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tant Hertnrd , contrôleur des finances ; il forma le noyau du château de Saint-Cloud 1 ;
*• Une maison appartenant a Fouquet, surintendant des finances ;
4* Enfin, une autre maison appartenant à un nommé M<>nerot.
Voilà les maisons sur les ruines desquelles s'éleva le château de Saint-Cloud. L'acquisition en fut faite par Louis XIV , pour son frère le duc d'Orléans; voici une anecdote qui nous apprend comment ces achat* se faisaient alors: « Le eiirdi . I Mazarin, t ayant envie d'a-
• cheter une mai- « son de plaisance
■ pour Monsieur,
■ frère de Louis
• XIV, jeta les « yeux sur celle
• d'un gros parlic san, située à f Saint-Cloud, qui € était d'une éten- « due immense et a d'une grande « beauté ; aussi re- « venait-elle à près a d'un million à
■ celui qui cm' ta il
■ possesseur. • Le cardinal alla un jour l'y fuir ; et, admirant la magnificence de cette maison, il dit au partisan: ■ Cela c doit vous coûter « au moins douze « cent mille li-
• vrest d Le partisan, qui ne voulait pas qu'on connût ses richesses, répondit au cardinal « qu'il n'était « point n- sez opulent pour employer une somme si considérable à ses plaisirs.
Combien donc, reprit le cardinal, cela peut-il vous coûter ? je parierais que c'est au moins deux cent mille écusî Non .Monseigneur, dit le lin;incier, je ne suis pas' en état de faire une si grosse dépense.
Apparemment ,
dit le cardinal, que cela ne vous coûte que cent milte écusî » Le partisan crut devoir se borner à ce i>ri\, et
Caicml» s et chalcau de Saint-Cloud.
Quoi qu'il en soit, la construction du nouvel édifice rat confiée au fameux Lepautre, architecte particulier du duc d'Orléans, à Girard, et Jules- Hardouin Maosard, architectes du roi, qui réussirent à former un tout régulier des diffère nts bâtiments déjà construit»- Le dessin du parc et des jardins fut confié h La Notre ; et ce coteau sec et aride devint bientôt, sous les mains de cet habile artiste , un lieu admiré de tous les connaisseurs. C'est surtout à Saint-Cloud qu'il a montré toutes les ressources de son génie.
S* Période. Le château de Saint-Cloud reçut des embellissements successifs desducsd'Orléans, dans la maison desquels U resta jusqu'en 1781, où Marie - Antoinette en fit l'acquisition.
La reine se plaisait beaucoup à Saint- Cloud , qu'elle habitait souvent; elle augmenta le château de plusieurs bâtiments. « Les « pièces intérieu- « res, vastes et a commodément
• distribuées, du c temps de Man-
■ sard , subirent « d'heureuses rao- « diflcations; on « conserva et on « ragréa entière* « ment la princi- « pale façade, qni
• est du dessin de c Girard, ainsi que « les pavillons. Ce-
■ lui de droite fut
• totalementchan « gé dans son In- « térieur ; on l'éle- « va de quelques < pieds ; on y bft- « tit un second « étage.. . Du côté a de l'orangerie, € la façade fut re- « faite à neuf, et i avancée de plu- « sieurs toises.
« L'escalier d'hon
■ neur, construit c d'abord dans c l'aile du midi, e ou il occupait c sans agrément « un emplacee ment en fort bele le rue, fut re« « porté dans les
convint que cela lui coûtait cette somme.. Le lendemain, le cardinal lui envoya trois cent mille livres , et lui écrivit que le roi désirait avoir celte maison pour Monsieur: celui qui était porteur de la lettre et de ('argent était un notaire ; il avait en main un contrat de vente tout dressé, que le partisan fut obligé de signer. « Ainsi, par la finesse du cardinal, le roi eut pour cent « mille écus ce qui coûtait près d'un million au financier, qui « Ht, sans y penser, la restitution d'une partie de ce qu'il avait « volé à Sa Majesté*.»
i Suppléra. ittabraalL
« bâtiments du centre — et la chapelle, qu'on déplaça pour « cela , forma plus convenablement un corps séparé à l'extré- « mité de la galerie '. »
% Le dernier séjour de la rrlne à Saint-Cloud est de 1790 ; l'année suivante, Louis XVI annonça l'intention d'aller se mettre en retraite à Saint-Cloud , et d'y faire ses Pâques ; mais déjà sans doute, on appréhendait ce qui arriva quelque temps plus tard ; on crut voir dans cette intention un prétexte de la part du roi pour fuir d'une ville où il n'était rentré qu'à regret ; et, au moment où il se disposait à monter en voiture, il se forma dans la cour des Tuileries un attroupement considérable qui s'opposa au départ, et força le monarque à remonter dans ses apparte*
1 CurivtiUi éé Saiml-Chud, 1 ?•! ilMS, pjgt SS.
Sjfl<«M. N.rMc- — ilM» I
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
ment*. Dos écrivain* ont dit qu" ce mtr upetneni. rumine tant d'autres, fut sus* lté par di s personnes «le la • our , nlln de prouver aux puissants étrangères qui' le rot n'était pas libre aux Tuileries.
Km IT*»*, le château et 'e parc «te Saint (Joud devinrent prop r r • '■ i < ; » nationales . et furent compris dans le décret de In <x>nvt- ni i<>n qui porte que • 1rs mai-oos et jardins de Sainl- « Ooud , etc., nr seront pas vendu», mais conserves et entre- « tenu" nux dépens de la Répul lique,pour serviraux jouissances « du peuple, et former des établissements utiles à l'agriculture u et aux arts. ■
Mais ce qui, plus que tout peut être, attirera la célébrité de Snint-Coud , c'est la fameuse et trop fatale révolution du 18 brunia irv , où un soldai heureux vint , eni\ré de succès militaire- , fouler au pieds la liberté de sa patrie , et élever un trône non venu sur ses débris.
Depuis longtemps le gouvernement directorial était environné de pièges et d'ennemis , auxquels il ne put pas toujours résister «vec succès. Bonaparte aspirait depuis plus d'un an à renverser ce gouvernement, et à s'élever sur ses ruines. Il part brusquement de l'Egypte, oit il avait éprouvé des revers et devait ■ n «prouver encore, il débarque en France, arrive à Paris, ses complices préparent les voies; sous prétexte d'une grande conspiration, il conspire, <t parvient n réussir à force de ruse*, d'i'ni obture* . et d'audace. I.e cliiteau de Saint-Cloud fut le I rincipal théâtre ou il débuta dans ce drame d'envahissement du pouvoir.
It «imparte passe en revue aux Tuileries dix mille soldats ; les trois directeurs, qu'il se promet déjà de renverser, lui font proposer un accommodement ; Bonaparte ne répond que r^es mots devenus fameux par leur Impudente fausseté: » On'ave» « vous a t de Cette France que je vous ai laissée si brillante? « Je m>u ai la<s é la pais, je retrouve la guerre : je vous ai
• laissé dos vicloir s, je retrouve des reveis ; je vous ai laissé i les miiinns de '. 'talie. <t je retrouve piutout des luis spolina triées et In misère! Ou a--e/-vous fai' de cent mille Français a que je connaissais tous, mes compagnons de gloire? Cet état u de choses ne peut -'urcr : il nous mènerait au despotisme......
« \.,iin voulons la République assise sur les bases de l'égalité,
• de l i liberté.... s C'était It 18 brtunaire. •
\* (Conseil des Anciens, en verlu d'un article de la Constitution, qui I aulor sait à transférer le Corps-Législatif ailleurs que dan* les lieux ordinaires de ses séances, ordonna su translation au cl ateau de Saint-Cloud. l e 19 brumaire, à midi, tous les dépotés se rendent dans ce château. I.e Conseil des Anciens occup i une vaste et magnifique 'aile; le Conseil de» Cinq-Cents fut loge dans l'orangerie, disposée a la bâte. Bonaparte, accompagné de ses aides-dc-camp , parait tout -à-coup dans la salle où les Am iens tenaient leur séance : la plus urande pnitie des membres de ce Conseil étaient déjà d'accord sur les mesures à prendre: là il iiu> ce discours remarquable qui semble ne laisser aux membres dissidents, que la (acuité de tendre les bras aux divines dont on les menace, a J'étais tranquille à Paris, lorsque « je reçus le décret du (Conseil des Anciens, qui me parla de ses a dangers, de ceux de la République. A l'instant j'appelai, je « retrouvai mes frères d'armes: et nous vînmes vous donner
■ noire appui : nous vînmes vous otTrir les bras de la nation. « parce que vous en étiez la tète. Nos intentions furent pures, « désintéressées e|, pour prix de notre dévouement, déjàon nous «. abreuve de cjlqmiiies On parle d'un nouveau César, d'un a nouveau Cromwell ; on répand que je veux établir un gou- « venu ment militaire.
u Keprésentantsdu peuple, si j'avais voulu opprimer la liberté « de mon pays, si j'avais voulu usurper l'autorité suprême, je c ne me serais point rendu aux oidresque vous m'avez donnés, c je n'aurais pas eu besoin de recevoir cette autorité du sénat. « Plus d'une fois, et <!• us des circonstances extrêmement l'avo- « rnbles, j'ai été appelé a la prend* e. Après nos Irlou phes en a Italie, j'y ai été appelé par le vœu de la nalion, j'y ai été
■ appilé par le v œu de mes camarades, par celui de ces soldats t qu'on a tant maltraités depuis qu'ils ne sont plus sous mes c ordres; decis sol-' «ils qui sont obligés, encore aujourd'hui,
• d'aber Taire dans les départi mcnls de l'Ouest une guerre horc ri. le que la sag sse et le retour aux bons principes avaient c calmée, et que l'ineptie ou la trahison viennent de rallumer.
• Je vous le jure, représentants du peuple, la patrie n'a pas
i « de plus zélé, défenseurs que moi ; je me dévoue tout entier « pour faire exé '"ter vos ordres ; mais c'est sur vous seuls que « repose son salut, car il n'y a plus de Directoire : quatre des
■ membres qui en faisaient partie ont donné leur démission, et « le cin luieute (Sièycs). ait*' mi- en surveillance pour sa sûreté, c Lis dangers sont pressants: le mal s'accroît: le ministre de c la police vient de «n'avertir que, dans la Vendée, plusieurs « places étaient tombées entre h s mains des chouans. Repré— c sentants du peuple, le Conseil des Anciens est investi d'un € grand pouvoir : mais il esl encore M m • d une plus urande a sagesse: ne consultez qu'elle et l' imminence des dangers;
■ prévenez les déchirements; évitons de perdre ces deux cooses
■ pour lesqui lies nous avons fait tant de sacrifices : la liberté
■ et l'égalité • Et la constitution! lui crie t on.
u La constitution ! vous I avez violée au 18 fructidor; vous , ■ l'avez violée au Jv floréal ; vous l'avez violée au 30 prairial, t La constitution! elle est invoquée par imites les factions, et
■ elle « st v iolée p <r toutes, elle est méprisée par toutes ; elle ne « peut être pour nous un moyen de salut, parce qn't Ile n'ob- « lient plus 'e respect de per-onne Représentants du peuple,
• vous ne voyez pas en moi un misérable intrigant qui se a couvre d'un masque hvpocrite. J'ai fait mes preuves de dé- « vouement à la République; et toute dissimulation in est mutile, c Je ne vous tiens ce langage que parce que je désire que tant « de sacrifices ne soient pas perdus. La constitution, les droits a du peuple ont été violes plusieurs fois -. et, puisqu'il ne vous
■ est plus pcrmi> de rendre n celte constitution lerespecl qu'elle
• devrait avoir, sauvons au moins 1rs bases sur lesquelles elle « repose; sauvons l'égalité, la liberté; trouvons des moyens
• d'assurer a Chaque homme la liberté qui lui esl due. et que « la constitutlcn n'a pas su lui garantir. Je vous déclare qu'ause sitôt que les daneers qui m ou' fait confier des pouvoirs extra-
• ordinaires seront passés, j'abdiquerai tes pouvoirs. Je ne
■ veux être, à l'égard de la magistrature que vous avej nom-
■ mée, que le bras qui soutiendra et fera exécuter ses ordres. » Plusieurs membres s'écrient au milieu de l'agitano a : Quels
sont cet dangers? en quoi consiste ni- ils T que tfiow/sariv s'ejphque.
n S'il faut s'expliquer tout-a fait, reprend le général, s'il « faut nommer les hommes, je les nommerai. Je diiat que les « directeurs Barras et Moulins m'ont propose de me mettre à la a téle d'un parti tendant a rcnversir tous les hommes qui ont « des idées lihéialcs
« Je vous le répète, représentants du peuple, la constitution, «i trois fois violée, n'offre plus de garantie aux, citoyens ; elle « ne peut entretenir l'harmonie, parce qu'il n'y a plusde d>apa- « sou ; elle ne pi-ui point sauver la patrie, parce qu'elle n'est « respectée de personne. Je le répète encore : qu'on ne croie « pas que je tiens ce langage pour m i mparer du pouvoir après « la chute des autorités; le pouvoir, on me l a off rt eu-ore
• depuis mon retour à Paris. Les différentes laetibassont venues a sonner à ma porte : je ne les ai point écoulées, t a «ce que je
• ne suis d'aucune coterie, parce que je ne suis que du grand « paru du peuple français.
■ Plusieurs membres du Conseil des Anciens savent que je n les al entretenus des propositions qui m'ont été faites, et que « je n'ai accepté lautoiilé que vous m'aviez confie que pour » sauver la République. Je ne vous le carne pas, reprt-srnants a iu peuple : en prenant le commandement te n'ai compte que « sur IcCoiiseil des Anciens. Je n'ai point compté sur le conseil « des Cinq-Cents, qui esl divisé; Sur le Conseil des Cinq-C nis, « ou se trouvent des hommes qui voudraient nous rendre la Con- « vention, les comités révolutionnaires et les éebafauds; sur le
■ Conseil des Cinq-Cents , où les chefs de ce parti v b nnrnt de « prendie séance en ce moment ; sur (è Conseil des Cinq-Cents, « d'où viennent de partir des émissaires cbargésd'allcr or^ani- « ser un mouvenn ni à Paris.
t Que ces projets criminels ne vous r liraient point, repré- « sentants du peuple; environné île mes frères d'armes, je c saurai vous en préserver; j'en atteste voue courage, voua, a mes braves camarades ; vous, aux veux de qui lou voudrait t me peindre comme un ennemi de la liberté ; vous, grena •
• diers, dont j'aperçois les bonnets ; vous, braves soldats, dont
■ j'aperçois les i aTohuettcs que j'ai si so .vent fait tourner à la t bonté de l'ennemi, à I humiliation iti s ro'«, que J'ai employées a à fonder des républiques. Kl si que que orateur, pave par « l'étranger, parlait de me mettre hors la toi, qu'il prenne
HiSTOIHK DES ENVIRONS I)K PARIS.
If
• garde de porter ci t arrêt contre lui-nu fin ! s'il parlml de me t mettre ftori la loi. j'en appellerai* à vous, mes brave* eom- ■ pagnnn* d armes; I vous, braves soldats, que j'ai mené « tant de fois k In victoire; a vous, brave» détenu un de lit « l'.eiuiblique, avec lesquels j'ai partnfî-' tant de i crils pour n aflV imir la liberté et l'égalité : je m'en remettrais, mes braves a amis, ;iu courage de vous tous, et a ma fortune. •
Le Conseil de* Anciens n'opposa qu une faible résistance; le discours du général fut écoulé Jusqu'au bout; il n'en fut pas de uiéme dans la >aPe des Clnq-O nls. (le Conseil, encore étonné de se trouver trai sféié hors de Paris ians connaître la Cause il>- cette déterminai ion. axait traversé, en se rendant au lieu de ses séances, les files nombreu-es de soldats dont Douapiule nvait entouré Saint-Cloud; 1 in tignation domlnnit dans l'assemblée; la salle retentissait des cris répété» : La < -n-iiiut n
M la mort le» batonoctte» nt «tout effraient point non*
«nnmrt libre* ici .... point de dictateur*, à bas le* dictateur»! I n membre propos» «|ue toute I assemblée prêtât par appel nominal « le serment de s'opposer nu rétablissement de toute
* es; ère de tyrannie, et de maintenir la Constitution. • Bonaparte %<- présente, la lèie couverte, entouré de huit grenadiers. I)es eiis d indignation s'élèvent de toute part ; il parait déconcerté, s'arrête après avoir fnit environ dix pas dan* la I «ille. Iht hommf arme» dan» le Comeil! è bai le dictateur, le l'romicell ; hor» la loi! hor» la loi! On se précipite au milieu de la salle. Alors, Bonaparte, accable par cet orute de erisimprobalif-, retourne sur ses pas, sort de la salle avec ses grenadiers, et va répandre pnrmi les troupes qu'on a voulu l'assassiner, qu'un député lui a porté un coup de poignard, mais qu'un grenadier, qui a détourné le coup, a reçu la blessure.
Cette allégation n'en imposa point aux hommes qui étalent présent*. Il* en furent indignés. Depuis , la fausseté en a été m ni-rnlement reconnue.
Le président, Lucien Bonaparte, voyant l'extrême mécontentement du Consiil contre sou frè'e, chercha a excuser son étrange conduite ; puis, s'apercevant qu'on n'accueillait pas ses I excuses, il le lit secrètement avertir, et, sur son avis, erlui-ci | lui envoya des grrna lier* de la garde du (ktrps-Législalif. 1 Mors Lucien dit : l'unique j'ai perdu la confiance du Constil, je dépose ici la loge tenatoriale ; il détacha en ilfct son manteau, le posa sur le bureau, et se relira avec Pescortr.
Quelque temps après, on entend le bruit du tambour, et on aperçoit à la porte de la salle des grenadiers de la garde même du Corps -Législatif, que, par une perfidie profonde, on avnit choisis pour cette expédition viobnte. Ils n'usent franchir le seuil de cette porte. I.'ollicu r étranger qui les commande leur léilère à plusieurs reprise* l'ordre d avancer; ils avancent enfin, et la salie est bientôt évacuée.
Un asscs grand nombre de memb-es du Conseil des Anciens, vingt-six ou vingt-sept membres du Conseil des Cinq-Cents, restènnl a Saint-Cloud; ils y firent des lois favorables A l'usurpateur; les autres se retirèrent à Paris.
Ce prétendu Corps- Législatif décrète que Lefèvre, Murât, et tous tes militaires qui le malin ont sauve le général, ont bien mérité de la patrie. Telle fut cette fameuse révolution du 19 brumaire, qui put bien étouffer quelques symptômes d'anar- , chie, mais qui n'eu est pas moins l'époque dou date en France l'anéantissement de la liberté.
Parvenu au tronc. Bonaparte conserva pour Saint-Cloud une espèce de prédilection, il y lit son séjour le plus habituel. S'il quittait les Tuileries, c'était presque toujours pour se rendre dans ce château ; c'est là qu'il traitn le plus souvent les a fia très publiques, en sorte qu'on disait de son temps le cahtnct de Saint-Cloud, comme on avait dit autrefois le cabinet dt Vertaille».
.' ' On pense bien que l'esprit de l'Empereur ne dut pas rester oisif à Samt-Cloud; tous les arts y furent appelés pour concourir à l'embellissement da son palais favori; il lit exécuter d'immenses travaux , pour le rendre digne de recevoir la cour la plus fastueuse, et sans doute aussi la plus brillante de l'Europe. Mais en tai l, tant de soins, tant de travaux, tant de dépenses, furent perdus pour lui; et l'état- major déformée autrichienne vint s'Installer dans ce château, occupé naguère par Marlev Louise, princesse de la maison d'Autriche, et par l'empereur des Français ; quelques jours plus lard, le prince de Schwarienbirg douua aux princes allies des fêles biiliaiiles, des spec-
tacles, des bals, dans ces salons où naguère les prince* d'En» rope avaient incliné leurs fronts devant l'emp r-ur Vnpnlcoii.
Toutefois, eu 1814. lesAlliésse contentèrent d'à Imtrer. Il en fut autrement lois de la seconde invasion de la France : le maréchal Itlûmer établit son quartier-général à Saint-Cloud v Cet homme, a-t-oti écrit1, qui d< puis longtemps n contracté « l'habitude des moeurs dures et sauvages, parut prendre plaisir « à fouler aux pieds 1rs promit s les plus précieux des arts, et
< à insulter, par ses souillures, à la magnificence et à l'indus-
• trie françaises. Le héros de la Prusse avait pris pour sou u logement l'appartement de Bonaparte. Il couchait dans son a lit; mais, accoutumé sûrement a reposer dans les camp*
■ tout huhillé, il suivait là la même méthode. Nous avons visite a cet a. part* ment après son départ, et nous avons trouvé 1rs o Irnpeiies, les franges, tous les ornements de I ex -empereur. « souillés, déchires par les Inities et les éperons du général « prussien. Suivi continuellement d'une meute de chi n«. il « bs faisait coucher sur une ottomane placée dans l'ancien « boudoir de I a relu luebe se d'Autriche, Marie- Louise. De
• toutes parts, enlin. on voyait les traces de Ih barbarie et de a la vengeance.
■ Le château et le parc de Saint-Cloud. occupés par les
• Prussiens, rrssemblnicnt à un camp de Cosaque*. On ne ren-
■ contrait en tous lieux que des bivouacs d'infanterie et de
• cavalerie; et ce qui devait affliger davantage les yeux frana cais, c'est la vue du pillage auquel étaient livres ces beaux
< lieux. Blucher lui-même donnait l'exemple; et, outre les « objets d'arts , extrêmement précieux , il s'appropria les « tableaux de In famille de Napoléon, qu'il emporta comme
• autant de trophée*. »
C'étaient là cependant des alliés : qu'eussent donc fait des ennemis?
Telle est l'histoire du villaae. telle est celle du eha'eau de Saint-Cloud line nous reste plus qu'à faire connaître l'état actucl de l'un el de l'autre.
DESCBIPTlOlf,
Le bourg de Saint-Cloud se présente en amphithéâtre sur le penchant de la colline qui domine la rive gauche de la Seine; on y arrive par un beau pont en pierre jeté sur cette rivière. C'est à ce pont qu'on attachait autrerois ces fameux filets dits Je Saint-I'loud, afin d arrêter les objets et les cadavres que le courant de la Seine entraînait de Pans.
L'ancienne église de Saint-Cloud n'existe plus: à la fin du siècle dentier, elle tombait en ruine; elle fut démolie par les ordres de Marie-Antoin<tte, qui eu faisait élever une nouvelle lorsqu'armn la Révolution ; alors les travaux cessèrent, et I office divin fut continué d'abord dans l'église de l'ancien couvent des Lrsulines, qui tombait elle-même de vctiisié. el cn-uite dans la chapelle de l'hôpital. Connue e Ile deniieic cba.ic le était beaucoup trop petite pour lu population de Sain'-t.loud, le* travaux su-prndus depuis Marie-Antoinette furent repris il y a quelques années ; mais ils n'ont point été achevés, quoi pie la nouvelle église ait été consacrée rn lt*2o.
L'église de Saint-Cloud, telle qu'elle est aujourd'hui, et telle qu'elle restera sans doute , ne ne commise que de la partie de la nef qui fiuil a la croisée , on voit les fondements du chœur, de la croisée, etc., voila tout. La façade manque aussi, et I on entre par le coté oppose.
Le bourg de Saint-Cloud renferme 3.000 habitants, on y trouve plusieurs maisons remarquables ; mais ce qui. après sa inaion royale, lui donne surtout de la célébrité, c est in tête annuelle, qui y attire nu mois de septembre une partie .le la population de Paris ; pendant troi- diinau lies successifs, lu ri- Mcre et les roules qui conduisent a Saint-Cloud s. m i rou\iries de barques et de voitures, les allées du parc icmplies de boutiques brillantes, et ses bosquets , de promeneurs ou de danseur» que la galté seule n'y conduit pas toujou<s.
Quant au château royal, il sirait difficile ne le fnirr connaître parfaitement par une simple desciiption trop souvent aride, si elle est détaillée, et qui, si elle ne l'est pas, ne laisse aucune idée dans l'esprit : on y arilve par une avenue conduisant jusque une première cour, qui semble n'eu être qu'un prolonge -
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roeot. et à l'extrémité de laquelle une seconde gri'lc donne entrée dans la véritable cour du château. C'est au fond de cette seconde cour, que se trouve le cbàteau, formé d'un corps- dclogis principal et de deux ailes. La vue est bornée sur irai* points ; mais vers l'est elle se promène sur toute la plaine qui le sépare de Paris : voici ce qu'en dit l'auteur des Curiosité» de Saint- Cloud : « Le tout ensemble , sur un plan d'environ « 950 toises de superficie, se compose d'un corps principal de
• 46 mètres 77 centimètres (142 pieds) d'élévation, triple en « quelque sorte, dont les pièces du centre reçoivent le jour seule- « ment d'en haut ; et de deux corps en retour, de 39 mètres
• 60 centimètres (lis pieds) de longueur, sur 19 mètres 75 cen- « tiroèlre$(6l pieds) de largeur; l'un simple, l'autre double, ■ mais tous deux terminés par des pavillon.-, d'égale profondeur. « L'aile droite a un étage et un comble en mansarde. L'aile « gauche n'a qu'un élage, au-dessus du soubassement, qui leur « est commun «vec l'ordre du corps principal. Ce dernier a de « plus un étage attique, et un comble en mansarde. • La façade principale est oroée de plusieurs morceaux de sculpture , et de quatre colonnes corinthiennes surmontées de quatre statues, représentant la Force, la Prudence, la Richesse et la Guerre. Les deux ailes sont pareillement ornées : à droite on voit la déesse Cybèle, et dans des nkhes les statues allégoriques de la Jeunesse, la Musique, I Éloquence, la Bonne Chère ; à gauche, Bel loue, et, aussi, dans des niches, la Comédie, la Danse, la Paix, l'Abondance. Ces statues sont l'ouvrage de Deniiot.
Si l'on pénètre dans l'intérieur, on le trouve divisé en neuf appartements : sept appartements d'honneur, dont les grands upparttmenti, et deux petits appartements.
Les appartements d'apparat sont ainsi distribués : In galerie et le salon de Diane, la galerie d'Apollon, les salons de Mars, de Louis XVI, des princes, et le grand talon. Le salon de Diane, meublé en i SOI, n'offre rien de bien remarquable; la tenture est en tapisserie des Gobelins. Le salon de Mars est orné de seize pilastres et de quatre colonnes ioniques, de marbre d'une seule pièce, et de peintures de Mlgnard : auxqualrecoinsdu plafond on lit la devise du duc d'Orléans : AUtr poir fulmine tarer. Ce salon communique à la galerie d'Apollon , dont les plafonds, aussi de Mlgnard, sont regardés comme son chefd'œuvre. On y trouve une grande quantité de tableaux, parmi lesquels plusieurs de Lesueur, deux de Rubens et un de Michel-Ange. Le salon de Louis XVI a été meublé en 1801 : la tenture est en damas cramoisi, de la manufacture de Lyon, du prix de 46,1 51 francs. Le milieu du plafond représente la Vérité par Prud'homme. Dans le salon des Princes, tel aujourd'hui qu'il était du temps de la reine, on remarque une pendule à équation et cadran universel de Robin, du prix de 10,000 francs, et un tapis de la Savonnerie, dessin arabesque, du prix de 11,760 franc*. Le grand salon, tendu en velours cramoisi, du prix de 93,388 francs, est orné de quatre grands candélabres en bronze , aoelés et dorés, du prix de 30,840 francs, et de plusieurs vases de porcelaine de Sèvres. Ce salon a été meublé à neuf en 1813.
Nous ne pouvons nons arrêter dans tous les autres appartements, qui presque tous sont ornés de peintures d'excellents maîtres.
Nous avons déjà dit un mot du parc de Saint-Clood et de son immense étendue. Depuis le temps du Régent, les princes de la maison d'Orléans en avalent laissé la jouissance au public; lorsque Marie-Antomette fit l'acquisition de Salnt-Cloud, elle ne voulut pas déroger entièrement à un usage établi depuis longtemps ; mais cependant elle réserva i ses plaisirs particuliers tonte la partie qui entoure le château : elle la fit fermer d'une palissade, et en forma par-là une espèce de jardin, qu'on a nommé depuis le petit pore; ainsi nous aurons à examiner le petit et le grand parc.
Petit part. C'est dans ce petit parc que se trouvent les statues qui embellissent le jardin de Saiut-Cloud : il s'étend depuis la base du château, à gauche, jusqu'au sommet de la colline, mais à droite 11 n'occupe guère au-dessous du château qu'une espèce de vallée où sont reunis tous les enjolivements possibles ; on voit là des parterres ornés de bosquets, de gason, de bassins, et surtout de nombreuses statues, dont quelques-unes figureraient dignement dans nos musées. On peut en voir la liste dans l'ouvrage inUtulé : Curietitéi dt Saint-Cloud.
Grand pare. Ce qu'offre ce parc de plus remarquable, c'est »n cascade et ses jets d'eau : la plus grande partie des eaux qui servent à leur entrelien viennent des étangs de La Marche, et se rendent dans le bassin de la grands parte, d'où elles se répandent dans tous les bassins et réservoirs du parc.
Nous n'entreprendrons point ici de décrire l'effet de la cascade de Saint-Cloud : de cette eau dont un poète a dit :
De prés est admirée el de loin emendue,
Cette eau toujours tombante est toujours suspendue ,
Variée, imposante, rite anime à la fois
Les rochers el la terre, et les eaox el les bols.
Ce sont de ces effetsqu'il faut voir; car là tout est pour les yeux, et aucune description ne peut en donner l'idée. Ixs cascades de Saint-Cloud sout divisées en haut* cascade et en basse cascaJe. La première est due à Lepautre ; elle a de face 1 08 pieds , sur à peu prés autant de pente ; au bas est une espèce d'esplanade qui la » épare de la basse cascade, et d'où les spectateurs peuvent admirer le mouvement de ses eaux, La basse cascade est du destin de Mansard ; elle est plus vaste que la première, et offre des effets plus variés ; elle a 370 pieds de longueur et 96 de large ; il faut la quantité énorme de 8,700 muids d'eau pour alimenter pendant une heure ces cascades : les réservoirs qui leur distribuent cette masse d'eau extraordinaire sont disposés de façon que les cascades peuvent jouer tous les quinze jours pendant trois heures de suite, et quatre heures en laissant vider
Le grand jet d'eau de Saint-Clood est sans doute le plus extraordinaire que nous ayons en France : il s'élance du milieu d'un immense bassin à nue hauteur prodigieuse, et retombe au milieu des arbres dont la cime élevée forme tout autour comme nne salle tapissée de verdure ; Delille, dont nous venons d'emprunter des vers, a aussi chanté le jet d'eau de Saint-Cloud ',
faime ces jets où Ponde en des canaux pressée, Part, s'échappe, et jaillit avee force élancée. A l'aspect de ces flou, qu'on art audacieux Fait sortir de la terre et lance Jusqu'eui rieai, L'homme se dit : C'est moi qui créai ces prodige». L'homme admire sou art dana ces brillants prestiges.
C'est peu : tout doit répondre à ce riche ornement. Que tout prenne è l'en tout un air d'enchantement ! Persuade! aux yeui que ttwa coup de baguette Une fée, en passant, s'est (ait celle retraite. Tel J'ai vu de Saint-Clood le bocage enchanteur ; L'oeil de son jet hardi mesure la hauteur ; Aut eaus qui sur les eaux retombent et bondissent, Les bassins, les busqoerg, les grottes applaudissent ; Le gozocT est plus vert, l'air plus frais ; des oiseam Le chant s'anima ao bruit de ht «-hure des eaux ; El le» bois, inclinant leur tiges arrosées, Semblent s'épanouir è ces douces rosées.
Le grand jet de Saint-Clood s'élève à 136 pieds au-dessus du niveau du bassin; il sort de son canal avec une telle force, qu'il soulève un poids de tso livres : il consomme ooo mulds d'eau par heure.
Ily aencoredans le parc de Saint-Cloud, et au sommet môme du plateau qu'il occupe, un monument qui attire toute l'attention et des curieux et des connaisseurs : c'est la laattrne dt Diogènt, Pendant son séjour en Turquie, M. de Choiseul avait fait copier le joli monument d'Athènes counu sous ce nom et en avait apporté les plâtres a Pans. Ces plâtres furent imités si exactement en terre cuite parles frères Trabuchi, que leur travail fut jugé digne de figurer à l'ex position publique de l'an xi, et qu'U valut à ses auteurs une médaille d'argent, et les éloges les plus mérités ; mais, comme un semblable chef-d'œuvre ne devait pas lester ignoré, on pensa à lui trouver une place; et Napoléon fit bâtir exprès pour le recevoir l'obélisque du plateau de Saint- Cloud. »
On parvient au sommet de cette espèce de belvéder, par un escalier tournant , et de là, la vue plane sur tout le parc et sur *une plaine immense et variée.
Nous pourrions encore citer un grand nombre de lieux remarquables dans l'enceinte de ce pare . tels que le Jardin /(est-
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HISTOIRE DES ENTRONS DE PARIS
riêti, ou parterre à droite situé dans la partie qui a voisine Sevré» ; la grande terrasse du château ; et, parmi les dépendances mêmes du bâtiment, le pavillon d'Artois dans la première cour, l'oro»fftrit, la tallt de ip4ctach, les rcuriet, le manège.
Voici l'aperçu des frais d'entretien que nécessite cette maison royale ; nous en empruntons les détails au livre des Curiœitée de Saint-Cloud.
« L'entretien du château de Saint-Cloud se divise en deux « parties : l'une a rapport aux bâtiments, et l'autre au mobilier; « dans l'entretien des bâtiments est compris celui des eaux, des « parcs et des jardins.
€ L'entretien fixe et annuel des bâtiments était fixé ainsi • qu'il sait en 1814 :
BiiimenU 46,000 l>. }
Eiui «3,000 } 94,000 fr.
Parts «Jardins 36,000 )
L'entretien du mobilier »t divise m entretien Oie et en entretien non flte, qui , réunis , tannent, en
prenant an terme moyen, » pen prés SO.OOO
L'entretien général est donc de 444,000 fr.