‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 32 sur 144 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MARINES, CHARS, CHACSONT, TRIB-LA-VILLB «T TRIX-LB— CHA- TEAU, GISORS, ETBEf AGNY, UOKS-LA-PORÉT.

g I — Mariât».

Bourg du Vexin, situé sur la route de Pontoise à Gisors, à trois lieues, vers le nord-ouest de cette première ville.

L'origine de ce lieu remonte au moins au xir» siècle. Dans l'église paroissiale de Marines était, avant l'an 1 164, un prieuré conventuel de chanoines réguliers dépendant de l'abbaye de saint Vincent de Senlis.

Plus tard ce prieuré fut réduit à un seul prieur-curé en titre et régulier. « Ce bénéfice, dit Duplessis ', passa depuis en eom-

• mende ; un nommé François Maulin en était commendataire, « lorsque M. le chancelier de Silleri, seigneur du lieu, prit le « dessein d'y établir une communauté de pères de l'oratoire. » L'union du prieuré à la congrégation de l'oratoire eut lieu en ir.18.

Le logement de la nouvelle communauté fut alors bâti à neuf, et ses revenus augmentés de 400 llv. de rente. ' Voilà à peu près tout ce que l'histoire nous apprend sur Marines. Ce bourg fait aujourd'hui partie du l'arrondissement de Pontoise : c'est un chef-lieu de canton. Sa population est de 1,450 habitants.

g II. -Chars.

Cbars, qu'on a écrit quelquefois Schars, est un bourg situé sur la petite rivière de Vlosne, entre Pontoise et Gisors, à quatre lieues de la première, à cinq de la seconde.

Ce bourg, portant autrefois le titre de baronnie, existait depuis longtemps, ainsi que la cure du lieu. « Le patronage de « Chars était partagé en deux parties, dont l'une appartenait à a Thibaud de Gisors, l'autre à Thibaud-le-Jeune. Ces deux

• seigneurs remirent chacun leur part entre les mains de Rot tron, archevêque de Rouen, pour en faire don à l'abbaye de « Saint-Martin de Pontoise»; mai», en 1177, Geoûïqi, abbé de ce monastère, transporta le patronage entier à l'abbaye de Saint-Denis en France, qui, sur la fin du xvi* siècle, l'aliéna en faveur du seigneur de ce lieu «.

Cdars eut aussi un H6tel-Dieu et une léproserie très-anciens; h l'hôpital était Jointe une chapelle de Sainte-Biaise.; à la léproserie une autre de Saint-Jean l'évangéliste : l'une et l'autre de ces chapelles étaient en titre au xm* siècle.

Il y avait encore une chapelle de Saint-Jacques et Saint- ChnMophe de Bercagni, et une quatrième de Sainte-Anne dans le château de Cbars.

Ce château, dont les habitants du pays vantent encore la beauté, est aujourd'hui complètement détruit

L'église est très- remarquable : le chœur est beaucoup pins élevé et plus orné que la nef qui parait antérieure au xiv* siècle1. Le clocher est beaucoup plus moderne : il est dans sa hauteur décoré de trois ordres de pilastres, dorique, ionique et composite. Sur F un des piliers du chœur on lit cette épi— taphe :

« Gy-gisl le cour de hante el puissante prtnoe'se mademoiselle Jeanne

• de FerrWre, fille de M. de Godefroy de Bretagne, baron de Perrière, < lequel fut dis de Pierre , duc de Bretagne, et petit-fil» de Louis vm,

• roi de France, surnommé le Batailleur; elle fut femme de Jean d'E- « vreui.... a

On voit aussi dans le chœur deux tombes gravées : l'une pa-

* ùttcrifilirm dr ta haut* Mimiaadif, iota. u,page SAS. ■ Féliblea, ttittoirt it Saimt-Danii, page 117.

» On j reroori|«c dr» chapiicaoi dau le genre de ceux de 6aleHJeraialn~ dee-rrfe, è Paria.

ratl être du xiv* siècle; l'autre est celle d'un curé de Chars, représenté en chasuble : il est appelé le défenseur des veuves et des orphelins, nourricier des pauvres, exemple des bons pasteurs; son nom est effacé.

| III— Caïaawi amt .

La ville de Chauraont, ou Chaumont-Oise, est située sur la petite rivière de Troesne, à deux lieues à l'est de Ci-or*, et a six au sud-ouest de Beau vais. Sa distance de Paris est de quatorze lieues au nord-ouest.

L'origine de Chaumont remonte au moins au xi* siècle. ■ Elle était sur pied au plus lard en 1060 », dit Duplessis; nous ajouterons qu'elle avait déjà de l'importance, puisqu'elle portait le titre de comté, comme on le voit par un acte de cette époque, où elle est nommée Caiidut Mont. Valois, dans sa notice di s Gaules, l'appelle Caivut Mont, nom qui désigne une montagne dépourvue de bois; on croit que ce nom lui vient aussi d'un Robert, surnommé U Chaut t, petit- fils d'Amauri de Pontoise.

Le roi Philippe 1" accorda à Chaumont le droit de commune; cette ville s'étendait sur la côte, au bas de laquelle elle *c trouve aujourd'hui, et où était une ancienne église de Sainl-Pierrt, avec le titre de prieuré. Elle renfermait en outre deux autres églises, la Sainte- Vingt et Saint-Jean-Baptùte, situées sur la pente de la colline, avec un château dont on ne voyait plus que les débris au milieu du xvm» siècle, et une chapelle de Caillouet a quelque distance de la ville. Notre-Dame, Saint-Jean et Caillouet étaient autant de dépendances de l'abbaye.

Cette ville eut une part très-ample aux malheurs que causèrent les diverses incursions des Normands, aux malheurs des guerres féodales et de celles des rois de France et d'Angleterre. Elle n'échappa ni aux meurtres, ni aux pillages, ni aux incendies, maux qui, dans ces temps de calamités, affligeaient )e< hululants de toutes les contrées. Brûlée par les Normands, elle le fut encore, en 1167, par le roi d'Angleterre. La ville ne fut point rebâtie sur le haut de la montagne, mais s'étendit insensiblement, ou plutôt étendit ses faubourgs dans la vallée, sur le bord de la rivière et sur les deux paroisses de Saint-Martin d'Aix et de l'Aillerie : toutefois l'église de Saint-Jean resta dans l'enceinte de la ville et en forma la limite du côté de la colline.

Sous François I", Chaumont reçut, en 1648, un bailliage royal ; Magny, qui n'était alors qu'une justice seigneuriale, fut compris dans son ressort; mais U en fut distrait en 1563 ». En 1576, on réunit de nouveau ces deux villes pour ne faire plus u'un seul bailliage; mais elles formèrent toujours deux sièges islincts qui avalent chacun un lieutenant de bailliage; de même une seule élection fut érigée pour les deux villes.

On vient de voir que la ville de Chaumont avait pour seigneurs les abbés de Saint-Pierre; l'histoire de celte abbaye se lie donc essentiellement à l'histoire de Chaumont.

On ignore absolument l'origine de l'abbaye de Saint-Pierre; on voit seulement qu'en 109 1 Philippe I" la donna à l'archevêque de Rouen; en 1 146, Louis-le-Jeune en fit don à l'abbaye de Saint-Denis; et Hugues d'Amiens, en 1157, confirma cette donation ; l'église était alors desservie par des chanoines; l'abbé de Saint-Denis réduisit l'abbaye de Saint-Pierre en prieuré sous la dépendance de son monastère, v envova douze religieux, et fit rebâtir l'église.

Au xvm* siècle, cette ville avait pour seigneur le duc de Longueville.

Il existait donc anciennement à Chaumont, indépendamment du prieuré de Saint-Pierre, deux paroisses; il s'y trouvait aussi un couvent de récollct», un de trinitalrcs, une église de Saint- Jean.

Sur Ut paroisse de Saint-Martin se trouvait un prieuré fondé vers 1180.

Dans rétendue de celle de l'Aillerie, à l'extrémité et hors des limites de la ville, on voyait un autre prieuré fondé vers le milieu du xt* siècle; le prieur était patron de l'église paroissiale. On y voyait aussi un hâpital dt Saint- Antoint qui, au xiif siècle, était desservi par des frères et un chapelain ; un accord de 1204 porte que le chapelain fera serment de fidélité au prieur, comme patron de la paroisse, et au prêtre qui la desservira ; que ce prêtre visitera les malades, les confessera, et inhumera, dans l'église des moines, les corps des défunts qui

t r*M l'ariide Kf*.

HISTOIRE Dfe ENVIRONS DE PARIS.

wro'it portés rn terre pT frère»; l«s moine», de leur rrtté. s't n^agcaipiit, Uir< (1rs fcnéralllcs, à fi< i r«« onner Uu'S clofhc* sjh s rétribution. Cet hopi'at fut. plus lar.l. d-s^ervi ^ai <l s sœurs du tiers-ordre de Snint-Francois ; enfin, on voyait, sur la même paroi «se, une lépro-eric nommer hi'pilal de Sai»tlaiare : ortie léproserie fut supprimée eh 1697, et réunie a l'Holtl Dieu de Glsorg.

Le« réi-ollet» sélahliren», en 163fl, d'a'ord dans la chapelle du rhà eau de Chaumont. et, l'année suivante, dans le couvent qu'on veinlt de leur Mlir.

I es Militaires furent fondes à Caillouet, par Jacques Doublet, moine de Saint-Denis, <t prieur de Sainl-l'ierre de Ch.-iumoni en 1590; ils renversèrent l'ancienne chapcl c, et en clivèrent une autre sous le titre de Nulre-Damt de llonnt- E*i> mur t.

L«>r«. de Ji nouvelle distribution de la France, Chanmnnt devint siège d'à In inistiathm et de tribunal de district : elle ne on«i rva qu'une paroisse qui fut celle de Saiut-JcanBaptiste. bâtie à mi-i-olc'.

Aujoun'hui la ville de Chaumont appartient à l'niTontisgemcui de Rcauvais : c'est un chef lieu de canton. On voit, sur la montaune voisine ou était I église du prieuré, les ruines de IVneien château.

l ue chapelle de Salnt-Eutrope attire, vers Rrrttcbèro, un frand concours de névotsle 30 avril de chaque apnée.

l e chàeau de Berlchère est à une demi-licuc à l'ouest de Chnum-nt: sa congrue ion est bizarre; il est fort ancien. Longtemps il apia^tint aux comtes de Cbiiuuioul ; il jiassa ensuite aux ducs de Longueville, et enlin aux punecs de Conli.

I.a population de Chaumont est d'environ 1.800 habitant*, en c mpiaut ceux de plusieurs hameaux, dépendant de la commune.

| Trie-ta-Vllle •< Trlc^e-CMtoaa.

Trlp-le-Cbatean est situé sur la rivière de Troesne et sur I* route de Rouen a Rcauvais, è trois quarts de lieue a l'est de Gisors, à une lieue un quart vers le nord-ouest de Chaumont, dans une position Irès-au' cable.

La commune de Trie-le-Chfttenu comprend aujourd'hui l'ancienne pimlss- de Trie la-Ville, le hameau de la Fnrtellr, le chaleiiu de Bols-Joli, qui a succédé a un couvent, et l'ancienne abbnye de Corner- Fontaine. Dans cet article, nous embrasserons c- s diffi rents lieux.

L'origine de Trie le-Chàteau remonte assex loin; il eut de bonne heure un château qui lui donna de l'importance ; et le» seigneurs de ïrie livrèrent plus d'une fois dans l'histoire de France au moyi n-A>:e.

Kn l J55. un Renaud de Trie obtint de saint l.oufs la restitution du comté de Dammarilii, qui avait été eonlisqué pour cause de félonie sur un fière de sa mére.

Kn isjo, on voit lljiurer, dans les guerres de Philippe de Valois et d Edouard d'Angleterre, prétendant à '.a couronne de France, un Mnthleu de 1 rie, marerhal de Frmce.

Sous Charles VI et Charles VII, Renaud et Louis de Trie furent décorés du titre d'amiraux : le premier aborda en Angleterre pour enlr- tenir les di>cordes et exciter les révolte» que faisait naître l'avr-inmeut de tl« nrt au trdne : fonctions honteuses qui déshonorent et celui qui les ordonne et celui qui U s remplit.

La maladrerie et la chapelle de Samte-Marguerita formaient alors deux bénéfices distincts; mais dans la suite ils ne formèrent qu'un Si ul titre.

Au comineu émeut du xvt» siècle, ils furent donnes à des religieuses du tiert-nrdre dt Saint-Fmnçoh, qui prenaient le nom tY IL,pitu)iirtt de Sainte ËlUabrtk ; iw.is ello ne desservirent pus longlem, s cette maladrerie ; car, vers I an 1540, les dernières seur« de I Hôtel-Dieu de Gisors étant mortes, et I s pauvres du Iteu restant privés de secours, on appela le» bospi tnlicre-» de Trie, qui vinrent d'abord, en I67J, prendre possession de la maison, et <|ui s'y Iran portèrent imites en mi l. Alors leur couvent de Trie fut donné a des recolle!- ; ccsmiVi.es récollets quittèrent Trie en IU30, et se îrnns|>oi ternit à Chaumont.

' HUM», 4-.Kf.ll* «alWll, Nflk. rtll, (MSI |,

Aujourd'hui Trie conserve encore les reste» de son niHcn cl'tt'cau, avec une tour et plusieurs mai«nn* remarquables. \m chAteau de Rois Joli, qui était anciennement un couvent de religieuses, puis de récollets, a un parc de ISO arpenls.

Ce villag • ap a Lent au canton de Chait'iionl : il e<»mprend, comme on l'a dit , l'ancienne paroi«*e de Tiiela-Vil e , le hameau de la Foifcil", le château de Rois-Joli, l'ancienne abbaye de Gomer-Fonlaine, et plusieurs fermes Isolées.

Dans les environs on trouve plusieurs lleut as«et considérables ; Gomer-Fontaine mérite surtout une mention particulière.

L'abbaye de Corner-Fontaine était située sur la rivière de Trorsne, entre Cbau ><ont et Trle-b- Château. Sa fondation remonte à l'an taos. ou i l'an tîna selon j d'i ntre». Flic fut faite pour de» reirc'is«s bernar ines de | l'ordre de Cite ni\ ; l'abbaye eut ; ourputronnelnSiinle-Vierge; | elle prit le titre d'abbaye royale ; et son abi* sse portait sa croix I abbatiale suspendue à un luhan vfo'et moiré.

En tisi, Matbilde, comtesse de Rouloaue, donna aux religieuses de G orner- Fontaine ein<t mille hareng a p-endre tous les ans sur te domaine de Boulogne, pour te n-( o* de s>>n Ame, de celle de s oi père, de sa «uère, di' sou mari et de »< fille .

a Les bâtiments sont spacieux, disait Mil lit1 ; ils p:ir<ii*se>it « être d • temps de Henri IV ou de Unis XIII. » Itons l'intérieur de l'église on remarquait plusieurs tumlseanx aecnmpigné* de statues et de bas-»elels qui méritaient l'attention dei curieux : sur l'un de ces tombeaux on lisait :

« Iriest enterre le coeur de hsat et puissant seigneur Guy de Ctwi- « mont...., issu de» fonHueurs de celte sbbaje, qui fui tue au pass»*e « du Rhin, le M juin 1672. >

Cette abbaye a été détruite en crande partie; il n'en reste plu» qu'une simple habitation avec une ferme.

9 T.-CkMr*

Ville située sur In rivière d'Eple, à l'embranchement «les mules de Paris, de Rouen, d'Al> n on, de Dieppe et de Henuvais, à s>x lieues au sud-ouest de cette dernière à quinxe au noidouesi de Paris.

La ville de Gi-ors est très ancienne : Ginrtîum, (Hit«> sont les noms donnés a ce lieu par les écrivains du xn* >i« cl • et pir la chronique de Mormandi<- ; il y e»t menii»nné sous l'an ion . lorsque Henri I", ioi de Fr «née, était en guerre contre sa m tc et contre son frère. I.'nhbé Suxer nous apprend qu'un baron nomme Pajanusil'av en j, fit. e premier, vers t un i lOn.f.utilier ce lieu, en y coi.strui ant un château source de malheiir» ri de célébrité : si ué sur U frontière de la .Normandie et de la Fr mec, il était plus ixposé aux attaques. Le roi d'Angleterre d .c di Normandie, par des prom sses <t des menaces, détermina Payen deGisoisa lui céder son château.

Louis VI, en il 10, accourut à M tète d une arm e? pour prendre ce château , *» Henri, roi a'Augletrnv, pour le défendre.

Les deux armées n'étalent séparées que par la rivière d'Kptc, surlaquelleéiaituiipuntquitutn >a ten ruines :quelqu u is'cc ia que les deux roi-* devaient se battre sur le pont qui tremble' ; mais entre rois le* déils ne sont jtimais dautfrreux, et ce furent 1er années qui se battirent ; les Aogbifs détails conservèrent cependant, par traité de 1 1 1 1 , le château de Gisor*.

Eu l ISS, réuni a I< couronne par Louis VII, Gisors fut, en I ISl . donné en dot a la princesse Marguerite, llan. ee au p-une Henri II et héritier du royaume d'Angleterre, quoiqu- le premier ent à peine dix ans, et que la prm.esse tut cuivre au t^reeau. C.surs lut mis en séquestre ent>e les mains do d^u\ chevaliers du temple, qui ne devaient le livrer que lor*iue le mariage serait accompli.

La princesse f..t r. mise é son beau-p°re; et des bmui leries étant survenues entre les deux cours, Henri, imi.aiimt le jouir, lit célébrer les uocj> desdeux cufiints, et envoya soinm r h -s deux ohevaliera de lui livrer la place ; la plaça rut en effet rendue.

I <<ftlif«ti(4l «4W<a«<!fi, lio^h ttll, II.

• lu|rrill«, M 9itè Or oui, (,»ff.b. xv.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

SI e>*t ut» a vantii^c pour une \ i' 'o de recevoir des rnisduns ses mur*. villes fr nUière, ci>mpen-en< p:«r là le». désiste s I que leur . ni.se lr<ip soiiveni li'ur po-uion : 1 Cisors avait eu deu, en I il», une entrevue <! i pape Calixte, «lors en Fruiti-cn cause d'un schisme, ei <).• Henri (I. afin de procurer, s'il ne pouvait, la p»U «iix deux rov urne*; en H8h. ce fui busm le lien du rei.drz-voiis de Pbilippe-Auguste et du même Henri II. lorsqu'ils ré-nluirni i)p p.emlre h croix pour aller reconquérir Jériifa'em; la mut de Henri tendit vain ce projet, qu'exécuta plu» t«rd son suicesseur, Mil liard surnommé Cœur-de-linn.

(>n sait que, pendant la captmlé de l'Anglais en Allemaene, l'hlItppe-Aiipusle lui déclara la khi rre, ets't-mpnra d'une grande partie de la Normandie; Gisors, en liai, tomba en son pouvoir .c'est dm s cette vi le qu'en 1 1*>8 Il se réfuté, poursui» i par Rifliaril, après l > p<-rte d'une bataille donnée pré» de là.

< elle même année, le roi rte Erunee passait mr'un pont lirtti mit tf. tout près rie (îiïors; le p'>tu se rompit, et il ><• trouva /Mimé dans l'eau; O'i le crut noyé ou ecrnsé sous j lis liélihs. m lis il n'eut pas la moindre blessure; et son cheval | vint n la n 'ge le ilé|>o8 r sur le rivage.

I ors dis trouble* qui agitèrent la France. p»ndant le rècne i de Clia.les VI. les An.l>is s'emparèrent île Gisors et .'e pluxl.urs notes places d;.ns la Normandie, et pmlc ent le fent la flamme jusqu'au* portes de Paris. Mais, lorsipic Ch«' les VII piit enfin le ilissus sur les Anglais, Tarnue frmçaisi- entra en Normandie; 'ont plie *nus se- aim-s, et la ville de Gisor» fut livre»- par son i'ouvi rneii r. Hii-liard Wirbury. qui, peur prix de ta tr.iliis- u r ei'l h erpi ainerie de Saint-Germain cn-|.aye. On i cul nimer la bahl-on, ma's on doit détester les traîtres : | l'un.*, nt et l'infamie son' leur récompense.

Loi^i de la liqur dite du bitn jwbtte, Gisors fut cneoreune dis vdles sur lesquelles les s' igtiru'» ré»o t;s portèrent leurs vins; <l|f fut prise par le dur de Caliibre. pcndiint que les autres prin e« »'e npiraient de Ponloise. d'Kvreux et de quelque- initie- \ i\ es l'eci se nppoi'c a l'an Ufli.

En 1710 l.i.uls XIV réunit lis si i-ueunes de GI«ors. Andcly et Yrrnon sous le ritre de vicomte; e lle vicomte, avec le duelie d'Alençon, forma l'apanage de Charles de Franco, duc de IVrry.

Mai< toute» ces seigneuries furent, en 1718. cédées a T.ouls- Charies-Auuus e Poi.quet. Gisons fut érigé en duché le 1 9 Juillet I74S. et enlln eu pairie, le «juin i7 18.

La vi le de Ciso s avait alors trois faubourgs, trois portes, trois couvents de religieux, quatre de religieuses, une paroisse et un i hatenu.

Gisors était anciennement le ebef-lleu d'un des sept grands hml i'gcsde Normandie, qui renfermait les quatre vit ointes de Gisors, Virnon, And. ly et Lions: c'était en outre le eheflleu d'une élection des sept grand- biillinges de Normandie; celui de Gisors était le seul qui n'eût point de siège pré»idial. Le i.rand bailli de Gisors réunis ait en même temps le- fonction* de gouvi rneur rt de capitaine de la ville et du château. Il s'y tiou^ail. outre le gouverneur, un Lieutruaut du roi, et une prévoté de nunéchaussée.

Le château de Gisom. dont on voit encore les restes, était tHué sur une petite montautie, à l'extr» mite de la ville, du roté de Rouen, et près de la rivière d'Epte. « Ce cliaieau, dit Milc Un", devait être un des plus forts qui existât. Dans son teups. « où l'on ne connaissait pas l'usage de la poudre, il devalt.élrc • presque imprenable, U nt par sa situa ion que par la solidité ■ de sa eoiolruclion et la qualité de si s uu\r.ig. s. » I se composait de deux enceintes, avec un donjon plaee au milieu de la seconde.

Iji première enceinte était tics- étendue, et pouvait contenir on grand nombre de troupes; elle était Uanquéo de pluOeurs tours; il y avait, pour pénétrer dans In forteresse, deux portes, avec de ^russes tours, ■ es her es e' des pout» le»is; la seconde enceinte. I étie sur le snnim» t de la boite. d »minait In première, et n'a< ait qu'une entrée; le uunjou central, de fo. me ocloj.oiie, était tréséevé.

Anjouid'hut, l'enceinte du château sert de h^lle, et ses ruines oiïrent des [winls de vue tics-piiloresques. Plusieurs parles sont rcmar pial lis par leur consoi vulion : il y existe encore une petite chupille.

*A»liquil'i *a(iM«fM. ■•»b sut, pif» |t,

Indépendamment de ce château. Il reste nne vas'e ceinture de fortlllcutions qui en'oure la vile, du côté du nord depuis ce ehàte u ju<qu * la rlvjire d'Epte; de distance en di lance, sont des tours presque dc i olies : l'une d'elle- se fait remarquer par sa hauteur, qu'on peut é*a'u.er ft 90 on 100 pie ls; son diamètre esd d'environ So pitds. Une partie de la rivière passe dans les fos-és de la ville, an midi.

L'éullse paraiviale est du titre de Saint-Genalt et Saint- Pro'ais: donnée, en ior.7, par le seigneur de Gisors, a 1 abbaye de Marmoutier. elle fut brûlée au eommencemfnt du xif siècle, et rebâtie vers 1140. La nrf et quelques autres parties de retle égll-e sont d'une époque plus récente; elles furent bénites à mesure qu elles s' achevai eut, en 1406, en 1464, en iSfti et en

Le p'an de l'éclise de Gisors forme nne emix latine, a Le ■ dihors est orne d'une belle architee ure moderne du temps « du renouvellement • es arts; l'ordre du bas isl dori iue. et

• celui nu haut, Ionique. » le portail du milieu est du xvi* siècle: il est trés-ricbe et tout orné de sculptures : >a fi.rtne a qorbiue chose de particulier, en ce qu il a trois portes, séparées par deux piliers, d'un travail très remarquable : « chaque e pierre y est sculptée avec autant de soin qu'un ouvrage c d'orfèvrerie, et représente quan-ité de pe ils per-onua^es.»

Il faut dire toutefois que ce mélange du style grec et du gothique, qui s'y fait remarquer et qui caractérise Pipoque de la renaissance des arts , offre quelque chose de tout à fait bliarxe.

La lour est d'une forme extraordinaire i elle commence par un carré, et s'élève a n I jusqu'au tiers de sa hauteur, où se trouve une galerie. Du centre de cette galerie part un oe'oxmie qui forme un second étaite, enfin le troisième est au-sl octogone, mai* d'une dimension moins forte que le s> co' d.

Le portail nu coté du nord est ancien; les srulp'ures. trèsnombreuse-, sont dans le goat moresque et découpées comme la dentelle, e Ce portail, dit Millin. e-t un chef-d'œuvre et € un des dernier» ouvrages en ce uenre. ■ Ce portail peut être comparé* «lui de la cathédrale de Béarnais; les figures en Bout mieux eons- rvées.

Dans l intérieur on vovait et on voit encore plusieurs beaux morceaux de sculpture attribués au fameux Jean Goujon, un des restaurateurs des beaux-arts en France au commencement du xvf siècle. On admire dans une chapelle une superbe figure en pierre, d'environ cinq pieds de long sur près de deux de lar^e'. Elle est couchée sur un tomb au ; au dessous on lit lesdiux vers lutins rlmés, mais remarquables par une pensée profonde, ém-rgiqui meut exprimée :

Ou<««w>'f (Mf>«. m morueaéu, «/a. rttpi i, ptora. .Su m SNorf tri*, modieumeinrrit; prvme,prtcor,ora.

< Qui que tu sols, |a mort te renversera, arrête, regarde,

• p'eure. Je suis ce que tu seras, un peu de ceu ire; pne a l)lcu pour moi. »

Dans une chapettt dite dt la erieh*, est une très- grande fenêtre garnie de vitraux admirables. Les dessins semblent élrc de Raphaël : ils représentent dilTéreuts traits de- la vie de la sainte Vierge.

Dans deux autres chapelles se voient d-ux tableaux peints sur hois. Sur chacun de ces tableaux, dlvi-ës en cninpirtiment-, sont repe e niées diverses circonstances de la vie de suint Bernard, t a manière précieu-e arec laquelle ces pe'ils sujets Ktiu traités est très-remarquuble; ce» peintures paraissent fort anciennes.

Aujourd'hui Gisors est un chef-lieu de canton du département de l'Eure ; l'Hôtel-Dtcu existe sous le titre d'h >spice civil et militaire. Le collège est conservé; on trouve aussi dans la ville de Gisors plusieurs manufactures, entre autres une filature de coton, luu des plus beaux établissementconnus d.ins ce genre.

Les promenades des environs de (li«ors sont trcs-OKréables ; le voisinage o'une forêt coucourt puissamment à cet agrément.

I Celle agnre e*t sitvre d«n» let Anliqnilét n»lvm*ht, nombre xlt , ' pUnrhc l, n* S. Celle h*Wc Afur» aVfi |>»». aiwii ifB» l« dit Uiilln. un »■•- , ttiitf. c'rM blra ub« tfurt «a miritut, i-oarfe** wr •■• leaib», cl pdf re dnit le murdi' I» chJ|<elle Sitnl-C'tir On » ml» un |illl«ge detinlci dut* 4'«iin, qui «il fort mil tcada d<M l« |r«iui( d« ■llhn.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

La population de Gisors est d'environ 3,âon habitants, y compris ceux du hameau de Boisgclon et de l'ancien château de Vaux, aujourd'hui en ruines.

g Tl.-Élre*asnr, rMrtvmgaj Trcfmcay.

Ce bourg est situé sur la petite rivièrede Bonde, a tmislieuts au nord-ouest de Gisors et à deux et demie au nord-est d'Andely.

La terre d'Étrepagny, nommée dans 1rs titres latins Sttrpiniacum, Tut, vers l'an 630, donnée par Dagobcrt, À l'abbaye de Saint-Denis, qui la possédait encore en 862.

Au xiv* siècle, cette terre, première bnronuiedu Vcxio nor-i mand, passa avec celle de Varanguebcc, de la maison de Crcspin dans celle des comtes de Melun, seigneurs de Tancarville, puis dans la famille d'Harcourt, puis enfin dans celle d'Orléans- Longueville.

Marie d'-Orléans-Longueville, mariée è Henri de Savoie, duc de Nemours, donna vers l'an 1700, la l<aronnicd Elrcpagny.cn échange, au maître de* comptes M. le Bailly-de-Bayres * des mains duquel elle passa à Edme Galland , 'aussi mailre des comptes; et enlin. par mariage, en J7S2, à Michel-Jacques Tnrgot, président du Parlement de Paris.

Au xii' siècle, était à Etrepagny une collégiale, à laquelle Jean, évèquo de Usieux, donna, vers l'an 1 107, une partie des dîmes de tout le territoire.

• Dès le xiv* siècle, il existait aussi à Etrepagny un petit hôpital, dont on Ignore le fondateur. Guillaume de Melun le supprima et en unit les revenus à un autre hôpital qu'il fonda au même lieu, en 1408 : c'est le premier établissement considérable qui se soit fait à Etrepagny.

Henri d'Orléans, duc de Longueville, mit, en 16-14, dans cet hôpital, des religieuses bénédictines, qui, pour s'exempter de la charge, imposée par le fondateur de la maison, d'y exercer l'botpilalité. payaient tous tes ans une somme de 200 livres, qu'on distribuait aux pauvres du lieu.

Le bourg d'Etrepagny dépendait autrefois du diocèse de Lisieux, du parlement et de l'intendance de Rouen, et de l'élection de Gisors. On y comptait 11 feux priviligiés et 250 feux taillables. Il était fermé de murailles ; dix-neuf paroisses relevaient de la seigneurie de ce bourg.

Aujourd'hui Etrepagny n'offre rien de remarquable. Son église est solidement bâtie. Ce village est un chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Andely.

Le bourg de Mous e*t situé entre Gisors et Rouen, à neuf lieues de la seconde ville, sur la route de communication de ces deux pays.

« Le bourg de Lions, dit Duplessis ', est peut-être le seul « lieu remarquable du Vexin dont nous puissions, avec quelque a certitude, fixer l'origine au temps des Romains. Il a porté « longtemps le nom de ville. Ses habitants ont eu des cou- « tûmes locales; ils formaient une communauté au xin">i<He; « et la ville était assez étendue du côté où est aujourd'hui t l'église paroissiale, qui est maintenant presque isolée, à l'ex- « tremité occidentale du bourg. De l'autre côté, c'est-à-dire « au levant, on a vu un château royal qui est aujourd'hui en c ruines. »

Au commencement du xvin* siècle, on découvrit près de ce . bourg, sur le chemin de Rouen, plusieurs tombeaux anciens ! avec des épées ; quelques années plus tard , sur le bord de la ; petite rivière de Licure qui arrosi' Lions, à trois pieds environ i de profondeur, on déterra une asseï gnnidc quantité de mé daillcs romaines dont quelques-unes portaient l'effigie de Nerva ! et de Trajan. On trouva en même temps des colonnes de pierres, des bas-reliefs, des murailles peintes, des fourneaux, et d'autreobjets propres à prouver que ce lieu fut habité dans les tcai^s : antiques.

« J'ai vu un fragment de l'une de ces colonnes, dit l'auteur • « précité, qui m'a paru représenter des festons et des Bac- « chantes. Tout cela, mais principalement les médailles, nous « porte à croire que la ville de Lionsa été sur pied pendant que « les Romains étaient eucore les maîtres des Gaules. »

Ces témoignages réunis constatent qu'il existait du temps ,

* Ducrtptùm <U la haut» Xerwuméi,, Un. n, page m

des Romains un lieu d'habitation sur l'emplacement de Lions, mais ne prouve pas que ce lieu fut une ville.

On ne lui connaît point d'autre nom que celui qu'il empruntait de son église, placée sous l'invocation de saint Denis , Lions étant plutôt le nom d'un canton que celui d'un village. Lue charte de Philippe-Auguste, de 1202, porte : Duiumupttd sanctum Dionytium in Lyons, anno, elc. Dans d'autre* actes on trouve : EccltJta $antti Pionyiii in Leonibui ; on trouve aussi Coitrum in Leonibut. expression qui désigne une forteresse, un château entouré peut-être de quelques habitations.

Quoi qu'il en soit, il est certain que, sous les rois de la première race, il se forma dans le pays de Lions plusieurs petits villages, qui n'eurent d'abord d'autres noms que li Bom$, c'està-dire, les tillagtt ou les hameaux. L'un de ces villages, après avoir porté longtemps le nom de Saint-Denis, prit enfin celui de tout le canton.

Ce village de Saint-Denis , le plus considérable sans doute, eut de bonne heure un château royal ; car on voit que Henri I", roi d'Angleterre, y huit ses jours en 1185. Ce château avait quatre portes ou quaire forteresses, dont la garde était confiée à quatre seigneurs, pendant que le roi y faisait sa demeure. Les propriétaires de quelques terres de la baronnie de Périers-sur- Andclle étaient obliges de faire le service d'une de ces portes. I-» même vassalité pesait aussi sur les ancieus seigneurs de Marigny : de là, sans doute, le titre de portier, Portariu» Ou Ottiarius, qu'ils prenaient dans tous leurs litres.

Le village de Lions ne fut jamais bien considérable; voici ses principaux établissements.

Indépendamment de la paroisse qui était à la nomination du comte de Belle-Ile, seigneur de Lions, ce bourg avait :

i° Un couvent de Cordellers, fondé, en 1624, par Louis XIII ; l'église portait le titre de Saint-Louis ;

2" Un petit monastère de Bénédictines, fondé, en 1652, sous le titre de Saint-Cbarles ;

3° Dans l'étendue de la même paroisse était le prieuré do Saint-Aubain de Vélaines, dépendant de l'abbaye de Sainte- Catherlno de Rouen, et dans la ville une chapelle de SainliNicolafs.

4" Au hameau dit les Landes-Louvel, une maladrerie y exisi tait en t246; plus tard elle fut remplacée par une chapelle de Sainte-Marguerite, qui ne subsistait plus vers le milieu du xviu« siècle; »

• 5e Dans le hameau de l'Essart-Mador, était une chapelle de Saint-Jean-Baptistc, fondée en 1634.

Quant au civil, Lious était le siège d'une vicomté dépendante du bailliage de Gisors, d'une élection de la généralité de Rouen, et d'une mattrisc particulière des eaux et forets.

Aujourd'hui le bourg de Lions, que quelques-uns qualifient de ville, est encore peu considérable; on y trouve cependant plusieurs fabriques. Ce pays a vu naître le poète Benserade. Celle petite ville appartient à l'arrondissement des Andelys.

PRFMTKBB PBHIODI.

Rotomagus on Rouen et son territoire faisaient, avant la domination romaine, partie de la Belgique; lorsque Auguste divisa la Gaule en provinces, Rotomagus fut compris daus la Lyonnaise.

A la fin du ur» siècle on au commencement du iv«, Dioclétie i augmenta le nombre de ces provinces; et la Lyonnaise fut diwvée : alors Rotomagus devint métropole de province, et commença & figurer dans les monuments géographiques. On trouve cette ville citée pour la première fois avec le titre de métropole de la seconde Lyonnaise.

Vers la fin du iv* siècle, les provinces lyonnaises éprouvèrent une nouvelle division : des deux lyonnaises, on en fit quatre: et celle dont Rotomagus fut la métropole continua de porter la qualification de seconde Lyonnaise.

Rotomagru ou Raiomngui, avant d'être métropole de province, était le chef-lieu d'une nation nommée Vttincnws ou Yeloeaati, nation de l'antique Belgique, nom d'où est venu celui de ViUa$$intu, le Vexin, pays qui fut ensuite divisé par la rivière d'Epte en Vexin normand et en Vexin français ffofo-

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PVRIS

magut a donné son nom au pays qui l'environne; et de Pagui Roiotnagensi* on a fait le nom de [tournoi*.

L'histoire, pendant cinq siècles, reste muette sur celte ville. Une partie de cet intervalle de temps est remplie par des fables dont il faut parler.

Ces fables sont contenues dans les légendes qui ont, dit-on, contribué à l'établissement du christianisme à Rouen, écrites plusieurs siècles après l'événement : elles ne méritent que peu de confiance. Saint Nicaisc Tut, dit-on, celui qui le premier prêcha l'Kvaugile dans cette ville. L'existence de ce saint est fort contestée. Grégoire cite les noms des sept premiers évolues qui vinrent pour cet objet dans la Gaule : Nicaise n'est point de ce nombre. La légende de ce saint paraît calquée sur celle que l'abbé Hildutn composa, au ix* siècle, pour saint Denis. Le patron de Rouen fit un grand nombre de miracles et de conversions, et chassa les démons. Il fut décapité ; et, portant sa téte dans ses mains, il chemina vers un des bras de la rivière d'Epte, et déposa sa téte dans une ile.

Saint Mellon, qui fut. dit-on, son successeur, si l'on en croit ses actes, bâtit une église sous l'invocation de la sainte Vierge, < t même celles de Saint-Sauveur, de Saint-Clément, de Notre- Dame la Ronde et de Saint-Godard. Cinq églises dans une ville peu importante encore, à une époque ou l'on bâtissait peu d'églises et où la persécution contre les chrétiens était trèsnctive ! cela parait difficile h croire.

Saint Mellon mourut, suivant les auteurs du Galliti Christian*, avant l'au 3 M. Son corps, disent-ils, fut d'abord porté dans r église de Saint -Gervais (elle n'existait pas encore), et de là à Pontolse.

L'église de Rouen compte plusieurs évéque» successeurs de saint Mellon, et dont l'existence est aus>i incertaine. Un seul, saint VUtri iu*. mérite notre attention : c'est lui qui contribua beaucoup h répandre dans ce diocèse la lumière de l'Evangile.

Saint Vtctrii iut fut d'abord militaire. Au milieu d'une cérémonie, il alla déposer au pieds de son tribun tout son appareil de guerfe : « le tribun en colère le fit prendre et fustiger, puis « l'enferma dans un cachot semé de tests, pour renouveler ses « plaies et prolonger son supplice. Oc la il fut présenté au comte o ou intendant de l'armée, chargé de le juger : celui-ci le con- « damna à perdre la téte. On le menait au supplice; le bourreau, a chemin faisant, et comme se jouant, marquait déjà de la main a l'endroit où il devait le frapper, lorsque tout-à-coup il perdit « la vue; et, dans le moment, les chaîne» du saint se rompi- « rent... *. »

On ne sait point quels événements amenèrent l irtrieitw au slégc épiscopal de Rouen ; si nous en croyons saint Paulin, cette ville devint sous sa direction une nouvelle Jérusalem, «t rendit son nom célèbre rntre les pins illustres églises du monde chrétien. Ce saint parle dans une lettre à saint Vtcfrieiu«de uquan- « tités d'églises fondées où se célèbrent les saints offices d'une c manière à ravir les aïmes; de monastères nombreux où la « perfection des vertus evangéliques élève chaque jour de nou- « veaux trophées à l'Evangile; de peuples de saints où l iuté- «t grilé des vierges, la chasteté des veuves, la continence me'me a du personne* mariée*, donnent au monde un spectacle digne a de son admiration, et au ciel de son amour ; enfin, d'un pon- « life plein de l'esprit des apôtres, le père et le modèle de son a troupeau, la lumière placée sur le chandelier qui remplit de sa « clarté la maison de Dieu. »

Ailleurs, Victricius parle ainsi de l'église qu'il venait de bâtir : pour recevoir les reliques. « nous avons jeté les fonde- « menU, nous avons élevé les murs, et nous voyons aujourc d'hui pour qui l'ouvrage s'avançait. De là mes empresse- « raents et le plaisir que je me suis fait de mettre moi-même la o main à l'ouvrage, de rouler les pierres de mes mainte, de les a porter sur mes épaules, d'arroser la terre de mes sueurs » On croit que cette église, bâtie par saint Victricius, cl celle de Saint-Gervais, élevée dans un lieu déjà fameux par la sépulture de saint Mellon et de son premier successeur : cette église est regardée comme l'une des plus anciennes de la ville- Tel était l'état du christianisme à Rouen, lorsque .s'éteignit la domination romaine dans les Gaules.

I Bhttir* tetthiattifu* <te ta protinte de fformamdie, tem. Il, p*g« 19. « Ce dlscoun curieut tel rapporté ptttqu'en eniisr dam l'HIitoire ecrlnia*-

Tuus les écrivains qui se sont occupés «le cette ville ont cherche a déterminer son ancienne étendue : tous ont pensé, avec assn de fondement, qu'elle ne se composait d'abord que d'une seule rue. qui s'étendait depuis le coin de celle des Savetiers (anciennement rue des Prêtresses), vers l'orient, jusqu'à la tirosse-lhrlogc, vers l'occident; mais, dès le commencement du v siècle, sous l'episcopat de saint Victricius, la ville, qui avait déjà commencé a s'agrandir, prit encore de nouveaux accroissements. Les chrétiens, dans le voisinage de cette rue principale, avaient construit des oratoires ou des chapelles : autour de ces chapelles s'étaient élevées des maisons; des rues s'étaient formées ; Us murs de la ville s'étendirent quelque temps après du coté du nord, jusqu'auprès de Saint -Martin-surlleiicllc. Voici, d'après les auteurs qui ont écrit sur les premiers temps de Rouen, quelle pouvait être alors l'étendue delà ville: i l u; /, une ligne le long de la rue de l'Aumône, depuis le pont '< Robec jusqu'à la l'oterne ; de la Poterne, tirez-en une seconde i par le Marché- Neuf, en rasant le l'alais, et par la rue Mas- « sacre jusqu'à la rue aux Oué.s ; de la, tirez-en une troisième o jusqu'à la Calende, au travers de l'Ilotel-Dieu. et couli- " niiez- la jusqu'à l'eau du Itobec ; le Hobec fera la quatrième « lune,... L'espace que nous laissons entre la troisième ligne et a l,i Seine était rempli par la Seine mèuie. dont le lit, be.in- « coup plus large alors qu'il n'est aujourd'hui, formait en cet « endroit-là diverses îles.... Au carrefour de la rue dcsSave- « tiers était la parte de Itobcc : un coin de la rue de l'Aumône « eluil une seconde poitc, dite de Saint-Léonard; au carrefour « formé par la rue de l'Aium'uie et la rue des Carmes était une « troisième porte dite de Sainte -Apolline, du nom d'une cha- « pelle qui fit place dans la suite à une église des (.armes. A la « l'oterne était une ipia'.neme porte ; auYarrrfonr de la rue de « la Grosse-Horloge et de la rue Massacre, il y eu avait une a cinquième iioiuiiicc la porte Massacre; au 'coin de la rue o Massacre et de la rue aux Ooés, il y en avait une sixième, u nommée la porte aux Fèvres; enfin, il devait y en avoir » encore une ou deux au moins sur le quai ou sur la ri- « viere '. »

lelles furent, jusqu'à l'établissement des Normands, l'étendue et ia distribution de la ville de Rouen.

UKI'XtKMR l'tililODE. — 1101 f.X sot s LKS PRINCES MUSCS.

Ici l'histoire s'avance; son flambeau dissipe les ténèbres qui cachaient la venté : ces premiers éuques de Rouen, que leurs le-emles représentent comme des êtres surnaturels, des hommes étonnants par leurs: actions merveilleuses, vont devenir de simples mortels, sujets aux erreurs et aux passions humaines.

\ ers l'an .îi,o, l'ntt.rtal parvint au siège episL'opal de Hnuen. Accuse de conspiration contre le roi Chilpéric, il fut, eu l'an .".7 7. appelé a un concile, tenu a Paris, pour le juger. D'abord ;l nui tout, puis, intimide par les menaces de Fredejromle, rassuré par les promesses de Chilpéric et des évëquc» du concile, il avoua son crime, et tomba aux pieds de ce roi, en lui demandant pardon. (Jette confession humiliante ne lui profita point : le pardon promis m- fut point accordé. On lui déchira sa tunique, on le maudit, on 1 excommunia, on le chassa du concile, et on l'envoya en exil dans l'Ile de Jersev.

Lu ôs-t, Chilpéric ayant été assassiné par ordre de son épouse r'redcgoude, Prétextât revint a Rouen, et reprit ses fonctions épiscopales, que Mélanlius avait remplies pendant son exil ; mais cette même Krédégondc, qui détestait cet évoque, ne l'y laissa pus longtemps. ixt dimanche de PAques de l'an :,s7. Pu testai, célébrant devunt l'autel de son église la solintillc du jour, fut mortellement frappé par les sicaires de Cette méchante reine, en présence dte son clergé, qui ne lit aucun mouvement pour le secourir. Je parlerai des suites de cet assassinat.

Mélanlius succéda à Prétextât, complice de son assassinat.

Après Mélantiu* et un nommé Uidulphu*. parait Roman** ou saint Romain, qui convertit un grand nombre d'idolâtres. Pour exprimer ses victoires sur l'idolâtrie, on employa à Rouen une allégorie fort usitée par les premiers chrétiens : on dit que le saint avait vaincu un dragon.

L'idolâtrie était encore de son temps, an vii* siècle, en grande vigueur dans la ville de Rouen. La déesse Vénus y avait un

» DupteMii, Deunplitm de I» haute Sormemdit, tan. „, m, ».

tifi

1IIST0IKF DES ENVIRONS DR P*ÎUS.

temple, une idole, et y recevait un culte pnh'i- • ce qui prouve que, malgré le» efforts des premiers évêques, il iesti.it encore dans cette ville une assez grande quantité d'idolàties â conveilir.

L'auteur de la vie de cet évéque décrit ainsi ec temple de Vénus : Dans l'enceinte de la \i le était une espèce de forteresse entourée de murailles. Au centre, on voyait un édifice semblable au théâtre : on le nommait le temple de Venus {fanvm V»nrri$\ Là, dans une chapelle (tartllum). figurait la staïuc de cette divinité. Sans ce temple, une voù'c était pratiquée, où plusieurs «venues étroit' s. obscures, tortueuses, condu saient a un souterrain très-profond. Il était détendu uux pii'ianes de pénétrer dans l'enceinte de celle forteresse, et surtout dfins les souterrains.

Ce t m pie était desservi par d'infâmes courtisanes et par des parasite;), qui se livraient a tous les excès de la déliauclie. Des chrétiens zélés, persuadés <|»c ee culte causait les inondations de lu Seine vinrent s'en plaindre à l'évéque. Saint lUimiin. a^mé de croix et de reliquaires, réritant «les prière*, et suivi de son clergé qui psalmodia t. et d'une multitude de chrétiens, fit déttiire la fortereg e, le temple. l'Idole et le labyrinthe*.

L'assassinat de l'évéque Prt'iejtat, dont j'ai déjà carié, fut un événement de • ature â produire à Rouen une sensation trè<vive. La reine Fré légonde, aussi dissimu ée que cruelle, après avoir la t connaître ce crime, >e présenta devant sa victime, ensanglantée, et .lui dit :

« Nous n'avions pas besoin, très-saint évêque, ni nous, ni » votre peuple, qu'un pareil crime fut commi* ; mais pliit à « Dieu qu'on nous fil connaître l'auteur d'un si noir attentat. »

Prrtrxtàt. indigné, lui répondit : a Kh ! quelle main aurait a fait une action si noire, autre que celle qui a fiapp • les rois, « qui a vi rsé tant de sans! innocent, et fait tant de mal à ce • loyaumc? » l.a n ine f. ignit de ne pa* i nteni're. et reprit : « ^ous avons ici d'habiles médein* qui pourront vous guérir: « souffrez qu'ils vous viennent visiter. Cela n'est pas néa cesMitre. r prit l'évéque : 1 h ure est venue qu'il plaît à Dit-u « de m'appelcr, mais vous, qui èle« l'auteur du ton» ers crimps. a vou» serez chargé»' de malédictions dès ce monde; «t Dieu « v. nuera sur vous tout le f»n« que vous avez versé. » Après ces mot» Prrttxial rendit le derntr soupir.

Un Fran ; qui habitait Houen, se présenta avec quelques autres personnes devant cette exécrable reine, et lui dit : « Maintenant que vous avez fait poignarder un prêtre du Sciu gneur, vous ne pouvez commettre un plus grand crime, u Puisse Dieu, vendeur du sang innocent, manifester S4i prompte o justice 1 Mous vous déc arons que nous allons prendre loun s « les informations sur l'auteur de cet affreux at entât, et nous « ferons en aorte que voua ne puissiez plus en commettre de « par Ils. ■

A ces mots le Franc se relire; mais Frédégonde veut le retenir tn l'invitant a dîner: il refuse; alors elle lui fait dire que, s'il ne veut pas dtner avec elle, il accepte au moins a boire, afin qu'il ne >oit pan dit qu'il soit sorti à jran d'une mai>on nivale. Le Franc se laiue aller à cette deinn re invitation, accepte la liqueur, composée de vin d absinthe et de miel, suivant l'usage des I) irhares, dit Grégoire de Tours ; mais a peine a-t-il bu qu'il sent un violent déchirement dans ses entrailles : ee breuvaue était empoisonné. A'e bwix pas, dit-il i ceux qui l'accom peignaient ; fuyet rt* «Veiur.

Le rnme perdit aussitôt la vue; on l'aida à monter à cheval : il mourut uvanl d'arriver chez lui.

Frédégonde, accusée de 10 tes parts, rejeta l'assassinat de Piiitxlat sur un de ses en-laves, et le livra au neveu de cet évéque. Le malheureux, appliqué à la question, avoua que, pour commettre ce crime, il avait reçu cent sous de Frédég ou te, cinquante autres de l'archidiacre, et qu'eu outre ou lui avait promis d'affranchir lui et sa femme. Le neveu d<- Prétextât lua d'un coup d'épée cet esclave; et Melaiiililus. roiiip ice de I assassinat, fut rétabli sur le slé^e épiscopal de ltoueu ».

Dans les temps barbares, l'histoire des empires comme celle des «illes se compose ■ riiicipulement de ci i mes et de mal heur*. Parlons de ceux qui résultèrent des incursions des INor- Oiaiids.

• Crtf.Ot 4» Tmtn, II». ,m> ^tf.

Charlemagne réennit ercore, lorsqu'en «OR on eut avis qu'une fl lie de Normands mouillait d >n« la Manche. Dans ces temps où les relations élai«nl rans mire les pcuplis, on était pulé A aï-uéralisvr le» noms; et l'on comprenait sou» la déunminnlion de Normands ou d hommes du nord les habitants du Danemark, de la Suède et de la Norvège. On savait que es peuples, traités rie bnbam par nos historiens, parée qu'ils suivaient une antre religion que celle du Christ, mais qui certes ne faisaient que i»arl;igcr la barbarie commune a l'Europe entière, ne cessaient rte parcourir en pirates l< s terres des chrétiens, bru ant et pillait! tes églises, massacant souvent les prèttes qu'Us y n neontruient, et dispersant leurs reliques alors considérées comme des richesses in p|)réei-'ibhs. «Si malgré ■ toute ma pi i-t-an -e, disnit Charlemagne. ils infectent les « cot s de mon iui|tire. que n'oscrunt-ils pas lorsqu'il sera o divisé 1 !» Char'cmngne prévoyait juste .Vis! lui-même de ciainte, il lit les préparatifs les plus t'oi-tni lahles pour s'opposer aux prog ès • es Normands, tel'cmenl que, si l'on en croit Exinhurd*. le nombre des vaisseaux qu'il fit conslrtiir" et équiper dans ce but couvrait depuis l'emnouehurc du Tibre eu Italie jusqu'à I extrémité de la Germanie. -

Ces pn cautions eurent leur effet: mais, sous le faible successeur de Chariemaxne. les Normands rej arment; et, cette fois, ils ne s'en tinrent pas a une simple ai p irllinii. On place leur première incursion eu France sous le règne de- Louis-lc- Debonnaire; nuis c'est surtout sous le fils de ce roi. «ous Charles-lr-Chauvc, qu'il» ravagèrent toute la partie maritime de la Neu»trie.

Les trouilles de l'empire à la mort de Louis, et le partage de ses États, en affaibhVant le roi des Français, laissait un p'us libre cours aux entreprises des Normands. Quelques-uns enlièrent par l'embouchure de la Seine, et s'av ancèrent jusqu'à Houen, qu'ils saccagèrent en 841 ou 84ï; car ces expéditions dis Normands sont peut être l»s faits de noire histoire dont les dates »out encore les plus confuses. Ces pirates étaient alors commandés par un nommé Og-er. Ils pillèrent la vlHe, brûlèrent l aidia.ve «le Saint Ouen; et ils ne se rembarquèrent qu'après «voir devas é toutes les egli es, les abbayes et le» villigca situés le lon>{ de la Seine.

Bientôt les Normands ayant parcouru sucresMvemenl toutes les provinces maritimes de Franc .reparurent dans la Neusttie. Une Hotte «te cent vingt vaisseaux, commandée par un chef nommé Re-uicr, débarqua à Rouen : c'est cette même troupe qui s'empara <tc Paris une première fois. On r-ait, et nous avons dit ailleurs, que, pour engager ces brigands à sor ir de France, le roi Charles, à qui leur chef vint rendre \ i - ire à Saint Denis, aehi ta lâchement leur retraite en s'enjyigeant h ne rien revendiqu. r du butin qu'ils pouvaient avoir fait, et H leur donner de plus sept mille llvrrs dardent, somme exorbitante pour l'époque : celte e»|ioce de traité est de l'an MS.

Cioq ans après, les Nornninds, qui a «aient juré de ne jamais rentrer en France en ennemis, se présentèrent de nouveau devant Rouen. Cette fois encore, Ch..rle* capituln ; mais, ici, se trouvent tant de contradictions dans les auteurs contemporains, une telle confusion dans les dates, que nous ne < hc rcheions pas à déterminer 1 époque précise de chacune de leurs irruptions. On sait tou dois que d»ns peu de temps Codcfroy, Ogier. Sldroc, trois chefs des Barbares parcoururent successivement, le fer à la main, la Neuslrie entière ; pillant, brdlant ce qu'ils rencontrniei l, et menant i mort tout w qui montrait quel que resis auce Les abdayes, les couvents, éUiient surtout ex|H)S('s a leur fureur, pa ee que là ils trouvait nt ordinairement entassées les richesses qu'ils eussent en vuin cheicbées dans les chaumières.

On donna aux Normamis jus |u à 685 livres pesant d'argent pour racheter I abbe t oulsdc Saint Denis; aucun laïque n'eût pu. à cette époque, réunir une masse d a>gent aussi con idérahlc. L lii-loire de cette époque n'e t remplie que d églises pillées, de couvents forcés, de moines, de rcllp>u>es, d'evéqurs mis à mort; peut-être aussi doii-on croire que dans ce temps, où le clergé seul savait encore écrire, les idriix chroniqueurs n'auront trouvé que chez eux des malheurs dignes de passer à la t-osteiité. Une vdie détruite, uue province désolée.

Ut. ii, tsjj. t,

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

étaient sans dont'' pour 'es bons moines du mnyin-àge une catastrophe n'oin» déplorable que l'enlèvement d'une c)ia*se ou le lenvi rsemi nt il une croix. Le funali-inc aveuglait tel cnent Irslninimrs k celle t'porjne que i lusieurs reliuieusesde hécnmp, au lifu d'nhnn lonner If munas'cre. *e inu»dêr< nt le visage pour olernux Harba o le destr d'exercer mr «Iles de» outrages. Du reste, pendant ces temps inallieuixuv le clergé tout entier, le» reliques, les trésors, étaient dans un flux et reflux continuel. De mus coés on voyait les prêtres, de» relig euscs, chargés de relique*, qu'ils coiportui' nt e couvent en couvent, de ville eu ville, pour les soustraire aux profan «lions de* Normands.

Le roi CltHrl.s. tronquiR- »ur son Iront- chancelant, voy .it «vee frayeur la France désolée : il ne stivait prendre aucune psolul on, et se euntentalt d'opposer qneiqms lois aux •téprédnt ons îles Normands. Au monn nt où ces peuples cveiçuent l» s plus terribles ravajt-s, smis leur cbel Haslmeiie. il rasemlila •le* evcqms dans un lieu nommé Pitlœ. ou l'istes (aujourd hui b- vil ii-e i»e l'itreO. vers l'endroit où PAndelte et l' Etire te t'éi b.'iiLeiil il, il. s l;i. S 'ini', el b'i il lit un « njiit.iiiaiio, dont il sera utltp -suit de li er ici .piclipi* s passiges.

« l,i'S|rit mutin i-yaut »ii cilc une m'iuné de troubles, (nul « <:e a part des p un- que dt «elle ne* faux clin-liens, b;i « niniix *c sont mu ti| lié* dans c myautnp jus|ii a un jn) nt

• i|"C i ous > • yon* de nus v eux c que le l'rupiiete a prédit au- « tnfi'is. I.tt l'trnntjfrt ilriftirnl v >lie juit/t dnunl rmi», let « r'fiu»fl<-i l *r tout ri'tl ">ntrr nou>; de* rnnrmi* y,i«i«»<id(y uni « uttaifur twtrt n>, et non! |mi'.r< <>u l)<tu derunt t* '/tur. » [Noos avm s à lie de nous mettre en «iiMe.,»». ; mai* jusqu'.i « pr.scnt nous avens rte peu secmirt!*. Dans cette extrémité « de notre douleur, rien ne nnus c.mvleiil mieux que . es pa- « rules d'un saint mi, sine de pies par ses ennemi» : Ct jour

• r.f un jour de Inbutnlmn et d'u«i)<<i*u : le* enfants tonl retint u ju*q<i au ivnni c/V h«r >iai»a*<t; • ■ ai* etlletfut ut m t<a>ail « n'u iHiinl «»<■ • <U fuirt jiùuf enfanter. 1^0» péché* oui cloi- « une île non- o-t c*piM ami qui reposé sur i elui qui i*t « colre a ile dan* n:>> u co*M'é* ct flan* mu af die; ions, .lé*uso Cnrist t nt e Sa ivi'ui'; i et esprit que n u* a» on* reçu par a I lu pisilluti il-, nmiii* île l'évéquc dans la -nl'ii ruât ion ; •cl « espnt de conseil et de fo'ce. sans leq iel nous ne pouvons « iiiuis soutenir cintre n >s ennemis. Car pour moi les eiran « tirs dévore. t- ls n lit- terre, a no» yeux? c'est que uo.is « avons r<ç i nous mêmes d s dn ux étranger» eu m» Ame

« Four.|tn»i m>tie p;tys e^t-tJ de*irt et désole? ee*t que n«us o ioons lUHin-mémc* ratngé dans nos cœurs le» 11. uis ci le., « truits de U toi d>- resiperiinee, de la el a ile, de i b.imili c, « de la fcolnl lé il de mu es fc> ver us; et que nous y avons « laisse en >î re b s épines el les mniivaises plant. s de t.. us les o vice*. l<iiir.|iio n s p.-u,,[ - oui d- demis a mut. ou >out- « il* chasses de leurs pu ses«iuiis f c'e^tque nou* avons dounc « umis m mes à nos am- s lu mort du l'éctié, et que m>us avons

• fan un u*a^>- criminel de ions les bien - que le Seigneur nous a avait duiiues Pouripioi les i-gli-os el les li.lliit.itiou* ont-elles « è é c.nisiimées par le leu? <-'i si que nous nous somm> s laissés a embraser nous-mêmes du feu dévorant de l'avariée, de la « rapacité, de r«nvie. tics «dulléce» et de to.itcs les plus nionsa trueusis inipudicite*. s:»ns icp> mir cl sims remuris; c'est a que nous avou* chii*sé p:ir notre on'ii 'il ct notre rébelliuu u cet esprit doux el tranquille qui se repose sur les Ailles a erainti es. Les cor >* .le nu* saints protecteur* ont été tirés « des lieux de buns rep >s. pa-ce que nous avons donné les « m uns a l'esprit mauves, qui, par un ju*te jugement de « Dieu, a pris l'empir.' sur nous, l e* s- rviieurs et les servantes « de Dieu ont été ei.assés de leurs dentures, et nous de la paix « et de ta *oeete des -amis, parce que nous sommes devenus a semblables à ces hommes, cher qui. seiou la parole du pro- « phetc. la cause de la veuve ne trouve point d'accès, cl que

• la jmiict ml dertnur toute rénale parmi nom .. On n ajouté « crimes sur crimes; et, co-nme il esi écrit, / adultéré, l'komi a d it. It mrnunmjt. le v«l >t le parjure ont inondr la terre; ei a mit ii'if/ii>M te tonl etevrrt par-dtêtttt notre tftr... Revenons « eulln de nos longs égarements, et nous renouvelions, pur « la contrition et I hum Imtiou de no* cœure, la confession « pure et s ncere de notre bouche, la douceur el la concorde a dans la volonté de Dieu. C'e^ p ir la d scorde que ce ruvaume « est désolé, et que le royaume des deux est perdu pour nous. « Nous ne pouvons être tous rois, et nous ne voulons pas

€ Miuffrir celui que Dieu nnus a donné. C'est cependant lui qui c place les couronnes sur nos téus; toute pui sance «si de lui; a i l résister n cette puissance, c'est lui résister à lui-même, a Dieu, le roi des mis. le se gneur des seigneurs, a voulu « communiquer a des hommes ton nom et sa puissance; et • ces hommes tiennent sa place sur lu terre. L'archange re- «t belle, aujourd'hui le démon, n'ayant *oulu ni assujettisse- « mrnt à son Créateur, ni égalité avec les aut>es auges, est « tombé du ciel : ainsi eu scra-l il de eeux qui ne veuleol daus « 1 Éiat ni dé supérieur, ni d'égaux; et c'est d'eux qu'il est

■ écrit que le diable est leur père et leur rdi '. •

Crtlc homélie, pitoyable dans la bouche d'un empereur attaqué, très déplacé dan* un temps où il était urgent d'anner la population pour pu ger la Kraoce des brigands qui l-i désolaient impunément ; cette (mm lie, digne d'un prédt ateur de village, ei non d'un sotiverain. ne produisit aucun effet; et les [Normands enntinuercut encore longtemps leur» ravaues.

Enfui parut, *ers la Pin du ix* s èvle, ce fameux Ro Ion, qui le premier établit d'une manière durable sa nation dans la Ncustne. A sou arrivée, la province entière u'élai pour ainsi dire qu'un désert; Rouen, cette ville autrefois dit-on, si considérable, n'offrait plus que des ruines. Il ne restait p«s un monastère, pas un moine, ni même une relique, daus tout le pays !

C était sans doute une grande pTte que celle des nnnastètes des moines et des rel-ques; mais il eu était une plus grande encore qui résiliait de la ruine de l'agriculture : les terres nou eiiscmemé s, les Ubooieurs dispersés ou mis à mort. Il s'ensuivit de longues et affreus.'S > aminés.

Le premier exploit de llollon, en France, fut la prise de Roueu : cette ville, bor* d'état d cntrepr. ndie une délen-e, alla au-devant du Normand, et l intro misii dans ses murs. Hoilon lit de Rouen une place d'arme*, qu'il fortifia en relevant ses murailles et ses tour.* : de la il *c rép ndll dans le pays, et y *emu tellement la terreur, qu'on députa de tous rous au roi Charles IV dit le Simple <>u le Fainéant, ptur l'engager à obtenir la paix avec de l'or, pul-qu'il ne le pou<ait par les armes.

L'archevêque de Rouen lut donc c>>a<gé d ailec trouver Kol on de la part du prince, de lui proposer la cession en propriété de celle partie de la Neu*trle qui s'étendait sur la nier depuis la i vicie d Andelle à l'orient, jusqu'aux confins de la Bretagne À l oi cident, pour la te ir en plein tief de la France, a litre de duché, et de lui promettre en mariage sa fille Giselle, à cond.tion toutefois qu'il se ferait chrétien.

« L'on remarque A cette occasion, dit l'abbé Vely *, que les « Normands, quoique ennemi* du nom chrétien, n'entreprirent « jnmuis de for er personne à renouer au christianisme. »

Les contrinporaius rapportent le discours de l évê|ue négociateur. « Grand capiliine. dit-il, avei-vuus réïo'u defabe ans « Il t* lu guerre aux Français, et de passer votre vie dans les « combiis? Si la mort vous surprend en cet état, que devien- « drei vous? Pensei-vous être un Dieo? N êtes-vous pas un « humilie formé du même limon, la pâture di s vers, ceit >re et « poussière comme les autres hommes? Sou venez.- vous de ce m que vous êtes, de ce que vous serez, et qui sera votre juge. « L'enfer, héla*! set a votre partage; et la vous nel.vr<rez « plus de combats. Vous pouvez, si vous voulez, vous faire « cbrelb n. jouir d'une noue - paix dès le siècle |iré*cut, et vous « en assurer une au'rc plus guindé encore pour le siècle à venir, a Vous pouvez demeurer tranquille eu re pays , et y posséder « des richesses. Le roi est un prince panique ; il consent, et « les Français avec lui, de vous donner cette terre maritime « que Hasimgue et vous, avez dé~olée;et même, ailn d'nfler-

■ mir entre vous et lui une pdx soîide et durable, Il veut bien « vous donner en mariage la princesse sa dite, alliance honoa rable, et dont les heureux fruits vous assureront un long « régne. »

Kol Ion ne voulut point répondre aux propositions de révoque sans con*ull' r se* compagnons : ceux-ci lui firent obsirver que le pii)S qu'on leur offrait était ruiné; qu'A la vérité sa situation sur la nier, ses riv.ères, ses forets, ses pàlu ages, h tir promettaient par la suite tous les biens eu abondance, mais que leLcqu eUe était, Us ne pourraient y viv re ; que, par conséquent,

i Bitloin teelMulifue dt Nornani't, p*t* <*< •! • llitttir* génèntii* Front*, ta- II, Uua. u saft m.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

II fallait demander quelque .min- pays d'où ils pussent tirer les objets nécessaire!! a la vu-. l e roi offrit encore In Flandre : Roi- Ion la redis 1. Charles enfiu leur offrit la Bretagne, qu'il acerpta : et le traité fut conclu ; eu sorte que celte partie de la Neustrie, qu'on nommera désormais Normandie, devint un état séparé, qui ne releva de la couronne qu'à titre de vain hommage ; et H Bretagne ne fut plus qu'un arrlère-flcf. Ce fameux traité fut, comme nous l'avons dit ailleurs, signé à Satnt-Clair-sur-Eptc \ Le traité conclu. Rollon alla à Rouen prendre possession de son duché, accompagné du duc Robert, qui devait être son parrain, et de l'archevêque Francon. Celui-ei ne cessa de catéchiser le nouveau duc et les Normands; et, l'année suivante, 012, il baptisa non-seulement Rollon, mais encore un grand nombre

de sujets danois. Le prince fut pendant sept jours affublé de l'habit blanc des néophytes, et voulut, dit-on, que chacun de ces jours fût marqué par quelque pieuse libéralité : il demanda donc à l'archevêque quelles étaient les églives les plus considérables de son duché et leurs patrons les plus renommés. « Les c églises de Rouen, de Bayeux et d'Evrcux, dit i'évôque, sont a déliées à la sainte Vierge Marie, mère de Jésus-Christ, notre « Seigneur. Sur une montagne, dans la mer, est une église con- « sacrée à l'archange saint Michel, prince de la milice céleste, « Au faubourg de cette ville sont une église dédiée à saint Pierre, a portier du Paradis, et un monastère érigé sous l'invocation « de saint Pierre-des-Apôtres, où reposait le corps du véné- « rable saint Ouen, archevêque de cette ville, célèbre par ses

Snint-Oiion.

« vrtus it ses miracles, aujourd'hui transporté dans les terres « de France, par la crainte qu'on eut de votre arrivée a Ju- « miége, où vous fites votie premier abord. Il y a encore plu- « sieurs autres églises dans les terres de votre domaine ; mais ■ ce sont là les plus considérables. — Et dans le pays voinn du « nôtre, reprit le duc, quel est le saint le plus renommé et le « plus grand en mérite auprès de Dieu * — C'est saint Denis, a répondit Francon. Eh bien ! dit le duc, avant de partager « cette terre à mes gens, je veux en donner une portion à Ditm, « à sainte Marie et aux saints que vous m'avez nommés, afin « qu'ils daignent me secourir*. »

Ici commence une nouvelle époque historique. De ville secondaire, Rouen devint capitale d un nouvel Etat.

TBOISrÈMI PEIIODB. .

On a écrit que, c Créateur et législateur de son peuple, <a Rollon pourrait soutenir avec avantage la comparaison avec * les Lycurgue et les Numa*. » Il y a là de l'exagération : on a pu dire, avec plus de raison, que, ■ s'il avait eu moins de

< Fnyn ti-dntu*, article SaM-CInir.

* Hittoirt tteltumiliijut A* HnrmatiAit, I. n, pif. SIS.

' Marie Dunctnil, Ckr.mi<)uf Jitu$lrinm*i, p. il.

« modérati >n, il aurait eu plus de renommée; Il se serait empari a de toute de la France ;et la chose était facile) ; au lieu de se « contenter de deux provinces, il eût fondé une grande dynaso lie : les historiens l'auraient pla.-é au niveau dcCuarlcmagne.

L'administration de Rollon ou Robert Ie' mérita des éloges, si on la compare à celle des rois qui occupaient alors le trône.

Le premier soin du nouveau duc fut de publier des édits pour attirer dans son duché une population suffisante à la culture des terres -, le tecond fut d'établir parmi ses sujets une cour de justice qui les maintint dans les bornes du devoir, « II établit la • justice, dit l'historien de Normandie laquelle il nomma ichi- « çuier | et ordonna le grand - sénéchal pour corriger les « sentences des vicomtes et baillifs, pour visiter la province, et « Juger de toutes les causes provisoires, attendant la séanc « de l'échiquier, qui se tenait en tel temps et lieu qu'il plaisait o au prince. » On reconnaît, dans ce triple degré de juridiction, une Institution calquée sur celle d'Angleterre, où Rollon avait séjourné quelque temps.

Il punit de la peine capitale les voleurs et les recélcurs, et voulut, pour éprouver la vertu de ses ordonnances, que les troupeaux errassent sans gardiens dans les champs, et que les

» voy e i DuwunUi», p. 19, d'epre» ua* hiilolre manuscrite de Xurmudie,

HISTOIRK DES ENVIRONS DE PARIS

laboureurs y laissassent leur charrue et leur attelage. On raconte • qu'un laboureur de Longuevillc laissa tout son harnais & l'aventure; que sa femme le déroba, et vint lui dire : Va, va ■ trmtvtr le duc : puisqu'il fait bien des ektralitri. il le fera « laboureur. » Ce laboureur trouva le due quelques jours après, auquel il conta son infortune, et reçut cinq sous p->ur avoir un autre harnais.

• Legrand-prcvôl, par le commandement de Rhou (Rollon'), « se transporte aussitôt sur le Heu, et par le toucher du fer « rmbrasé, s'efforce a découvrir le coupable de eo larcin : tous n letouchent.raais a sans offense aut cune. Le prévôt « s'irrite et s'obo slinc là-dessus; « ctayanl apprlns a du laboureur que sa femme seule savoit bien qu'il avoit délaissé sa charrue aux champs il cognoist par le feu qu'elle étoit criminelle, et apprend qu'il savoit bien que de longtrnirs elle estoit ordinaire à porter la main au bien d'autmy : pour quoy , amenez tou» deux devan tic due, Ils furent condamnés à estre pendus et estranglez, la femme pour avoir commis le larcin, et le mary pour ne l'avoir reprise et

ebAUéc !

Ce

trait fait bien connaître et l'homme et son époque.

De pareils règlements et de pareils exemples produisirent cependant un trés-bon effet; et peut-être étaient- ils nécessaires à la population de In Normandie, plus habituée au pillage qu'à la discipline. Toujours est- il vrai que le nombre des vols diminua graduellement, en sorte que In clmlite d'or du duc, pendue à un Ctténe de la forêt voisine de Itouen, y demeura trois ans; a encore que ce fust une grande amorce à ceux qui s'abstinrent a mal volontiers des occasions qui cliàtouillent leur humeur »

(.es règlements du duc Rhou eurent une telle célébrité que le souvenir s'en conserva pendant plusieurs siècles, et que ce fut une Coutume parmi les Normands |de crier lorsqu'on voulait eur faire violence : Ah Rhou ! d'où l'on a fait Haro ;et. à ce simple mot, il fallait que l'une et l'autre des parties, à peine

J Dumoulin, p. SI.

» Lea niitorient de Normandie nomment toai le premier die normand Hhou • mm re nom a été traduit en latin par Huila.

» Dumoulin, Hutoir* fénércl, it X.rmandit, p. 11.

■JonUn.tiire - Unp, Pinoi retrait, LeMraajm et Cnmp

Abbaye de Suint-Denis.

d'amende, dommages et intérêts, allassent en jugement, fournissent caution ou se rendissent prisonnières, a Cette loi , dit « Dumoulin1, s'appelle* encore pour le jourd'hui clameur du « haro. »

A Robert I" succéda son fils Guillaume I", surnommée Longw-Épte, qui, toute sa vie, fut tourmenté de l'idée de se confiner dans un cloître, et ne put jamais y parvenir. Sous ce duc, les Bretons se révoltèrent ; il les fit rentrer dans le devoir ; mais l'attachement qu'il montra pour quelques Français et son mariage avec la fille de l'un d'eux lui attirèrent une autre affaire

avec ses propres sujets.

Les Normands prirent ombrage de la faveur dont plusieurs Français jouissaient auprès de leur duc et lui dirent que, si leurs services ne lui estaient plus agréables, il leur abandonnât le pays jusqu'à la Rllle.

Guillaume, étonné, promit beaucoup; mais lea promesses ne purent contenter les rebelles : ils n'y virent chez le duc qu'un moyen de temporiser et de prendre à loisir ses précautions pour les dompter. Ils coururent aux armes les premiers, et allèrent se poster jusqu'aux portes de Rouen. Le duc envoya aussitôt leur offrir plus qu'ils n'avaient demandé ; mais le chef des rebelles renvoya le députe dire à Guillaume qu'il ne s'agissait plus à présent des premières propositions ; qu'ils n'avaient rien à recevoir de quelqu'un qui n'avait rien à donner ; qu'ils ne le reconnaissaient plus pour maitre, parce qu'il ne leur convenait plus ; que le seul parti qu'il eût éprendre,

c'était de sortir de la ville, et de se retirer chez les Français, ses parents, s'il n'aimait mieux souffrir l'invasion et tomber tous leurs coups.

Le duc sortit en effet de la ville avec tout ce qu'il put réunir de sujets dévoués, et alla se poster sur une montagne voisine et très-élcvée, d'où II put observer les mouvements de l'armée ennemie. Elle lui parut beaucoup plus forte que la sienne, mais il fallait vaincre ou cesser de régner. Les gens du duc firent entrechoquer leurs lances avec grand bruit, façon danoise d'engager sa foi pour le combat, et tombèrent sur l'ennemi, dont ils firent un carnage horrible. « La main de Dieu y parut si

' rate «I ; WfM «nul II litre n de la Coutume de .Vernwmdie.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

« visible, dit un ancien historien \ qu'après la défaite entière « <i>'S rebelles U due ne trouva pas un*seul de ses hommes à a dire, a

Il parait qu'à cette époque la ville de Rouen renfermait moins de Danois que d'anciens Français ; carie duc Guillaume, voulant faire élever «on fils d'une manière convenable au poste qu'il devait occuper un jour, l'envoya à Baycux, parce qu'on y parlait mieux danois qu'à Rouen où la langue latine était plus en usage, et parce qu'il jugeait convenable que le prince parlât bien la langue de sa nation*. On voit aussi qu'alors la Normandie formait on État tout-à-fait distinct du reste de la France.

En 918, Arnoul, comte de Flandre, ayant fait assassiner le duc Guillaume, Richard, flls de ce dernier, quoique encore enfant, fut reconnu duc par les Normands, et reçut un tuteur. Il ne lui re-tait plus qu'à faire hommage an roi Louis IV, surnommé d'Outre mer.

Dan- ce'le occasion, le roi lui-même fit dire au jeune Ri-

P'il était indigné de l'attentat commit sur la personne re; qu'il se promeltait d'en tirer vengeance, et que de jours il serait à Rouen, pour exécuter ce'te affaire, n effet, on le reçut dans cette ville avec la plus grande

Le roi se fit amener le jeune doc, lui lit beaucoup de caresses, voulut qu'il mangeât avec lui et qu'il couchât dans la même maison. Le lendemain, le gouverneur du jeune prince demanda à le ramener dans son logis ordinaire : le roi s'y opposa ; et, le troisième jour, même refus. Le gouverneur, voyant ces choses, et appréhendant quelque trahison, fit savoir aux habitants que le duc était détenu : ce bruit se répandit prompte-» ment; et 11 ^e lit ud soulèvement général de la ville et des environs. La population, ameutée et en armes, protesta qu'elle allait faire main basse sur le rot et sur toute sa suite, si Richard ne lui était rendu. Bientôt le logement du roi fut eo effet assiégé. Celui-ci, effrayé, et voyant que le seul parti à prendre était de se dessaisir du jeune duc, prit l'enfant par la main, et le présent nt »u peuple : a Voila, leur dit-il, votre seigneur. Je ne « l'ai retenu près de moi dans aucun mauvais dessein, mais pour

• lui procurer une éducation convenable à «on rang; vous ne « le voulez pas : je vous le remets. »

Revenu de sa terreur, le mi envoya prier les principaux seigneurit normands de venir cbes lui. et leur dit d'un air triste : « J'étais venu ici affligé moi-même de la mort de votre duc, a < ontrinuer néanmoins de tout mon pouvoir à votre consolaa tion ; et voilà que, contre tout ce que Je devais attendre, vos a citoyens ont voulu tous nous ex<ern>iner. J'nléé sauvé, sei-

• gnt-nr Bernard, par votre bon conseil : dites-moi donc ce que

• je dois faire pour votre satisfaction — Vous êtes offensé, r^- « pondit ivrn.ird, de ce qu'ont fait nos elloyens ; leur zèle pour « la personne de leur duc en avant été l'unique cause, il est « bon, seigneur, de les convaincre qu'ils n'ont pris qu'une « fausse alarme. Voussa\ex comment le duc Guillaume, notre a défunt seigneur, a été à votre service : il convient que vous t confirmiez nu duc, son flls, In possession de l'héritage qu'il o lui a laissé, et que vous lut juriez sûreté et proteetion contre « tout ennemi. De cette façon vous nous aurez tous pour servl- « teurs, et nous vous aurons pour défenseur. Vos ennemis se- « rons les nôtres, comme les nôtres seront les vôln s.— Je ferai, a dit le roi, ce que vous souhaitez; et mes comtes le feront « comme moi On apporta des reliques, sur lesquell. s le roi jura t par te saint nom de Dieu que. dV sa i art, Richard possède- « ralt en toute paix et sûreté le duché de Norroanlie, comme < l'avaient possédé son père et son aïeul : serment qu'il fit faire, S après lui, aux prélats et comtes qui se trouvaient à sa cour. » Le roi, voyanl la confiance qu'il inspirait aux Normands, leur dit : « A présent, vous ne pouvez douter de mon affection pour « votre duc, et que je ne sois envers et contre tous non véritable « nml. C'est en effet l'amitié que je sens pour lui qui m a fait o désirer de le voir élever dans mon palais et sons mes veux. Il

• confient de lui donner une éducation propre a en faire un

• prince Instruit et rapnbl» du gouvernement : cela se fera « mieux à ma cour que chez lui. Contlezie-moi : il sera pirtoul « en je serai , partout oû j'irai, il ira comme moi. Après les

« obligations que je sais avoir à son père, je serais moins a homme que les bètes les plus féroces, si je ne prenais en main a ses intérêts et sa défense. >

Les Normands, croyont n la sincérité du roi, lui confièrent lenr duc. Le roi. pour 'les habituer à le voir marcher à sa suite, le mena avec lui àEvreux. où, disait-il, il voulait faire reconnaître son autorité. D'Evreux il revint à Rouen ; il dit aux principaux de la ville : « Il me tarde de venger la mort de votre a prince : je vais, pour cette effet, retourner à Laon, où j'as- « semblerai mes troupes pour entrer en Flandre : mettez-vous « en état de nous suivre vous-mêmes et de venir prendre la part « que vous devez à cette juste vengeance. » Les Normands applaudirent; et le roi parti avec le jeune Richard.

I.e comte de Flandre crut voir l'orage près d'éclater sur lui : il fit toute espèce de soumissions au roi, et lui proposa enfin de lui aider à reconquérir à la couronne le duché de Normandie. On tint de près plus que jamais le jeune Richard. Un jour que son gouverneur l'avait accompagné à la chasse, en l'absence du roi, celui-ci les menaça que. si la chose arrivait de nouveau, il ferait brûler les jarrets au duc et crever les yeux à son gouverneur : c'est, dit on, le moyen dont il se promettait d'user envers le jeune prince, afin de lê rendre incapable du trône. Des lors, tous les pas de l'un et de l'autre furent observés de plus près encore ; le gouverneur ne douta plus qu'il ne dût regarder son maître comme prisonnier; et, en effet, le roi d'un côté, le duc de France de l'autre, agissaient déjà pour obliger les Normands k leur rendre hommage, et faisaient, chacun de son côté, entrer une armée en Normandie. La ville de Rouen se rendit au roi ; tous les principaux de la ville furent corrompus ou intimidés; et le roi y mit on gouverneur de son choix.

Cependant, les prélats de Normandie et ceux de Bretagne ordonnaient des Jeunes solennels et des prières publiques, pour obtenir la délivrance de Richard : on célébrait des messes, on chantait des psaumes ; le clergé, les moines, le peuple, tous cherchaient à lui rendre le eiel favorable, en s'imposant des pénitences volontaires.

La ruse du gouverneur opéra seule ce qu'on désirait. Pour pouvoir fuir, Il fallait faire cesser la surveillance dont il était entouré : c'est là que tendirent tous ses efforts. Il conseilla à son élève de feindre une maladie : le prince se prêta au stratagème; et bientôt on le crut en danger de la vie. Alors les gardes furent moins exacts; ils crurent même n'avoir plus besoin de le surveiller. Un soir, pendant que le roi soupait, le gouverneur, voyant les issues du palais libres, se travestit en palefrenier, enveloppa le jeune duc dans une botte de foin, sortit de la ville, trouva des chevaux tout prêts, et courut se réfugier chez le comte de Senlis, onele du jeune prince. Celui-ci courut auprès du duc de France, qu'il chercha a détacher du parti du roi, et à entraîner dans celui de son neveu : le duc de France fit apporter des reliques; et, posant la main dessus, il prêta le serment qu'on lui demandait.

De son coté, le roi dépêcha vers le duc de France. La négociation ne fut pas heureuse d'abord ; mais on promit de'céder tout le pays situé au midi de la Seine, et de ne se réserver que celui qui est au uord. Le duc, maigre ses serments, accepta

Une seconde fois le roi entra en Normandie d'un côté, pendant que le duc y pénétrait d'un autre. Les chefs normands jouèrent encore d'adresse. Ils députèrent ve> s le roi pour le prier, au nom de toute la ville de Rouen, d'y venir avec telle suite qu'il jugerait convenable, mais de ne pas ruiner san*. cause un pays qui était tout à lui : les hostilités cessèrent ; et le roi fit une entrée solennelle , pour laquelle tout était préparé avec éclat.

En suivant ces conseils, il s'acquit la confiance des Normands : ils allèrent trouver le roi, auquel ils firent facilement sentir qu'il avait cédé une part trop belle au due de France : et ils lui dirent qu'ils ne voulaient reconnaître d'autre que lui : a Donnez-lui aussi « cette ville avec tout le reste, ajouicrenl-ils; nous n'y avons e plus que Taire, si l'on nous enlève le pays qui nous y nourrit. « Nous repasserons la mer, nous reverrons notre première pa- « trie ; mais nous n'irons que pour en revenir avec des fortes « telles que cette terre ne >era plus ui au duc de France ni à « vous. Les temps du roi votre père et de Rollon notre duc « ne sont pas si éloigné! qu'on ne s'en souvienne encore. »

Le roi, satisfait de ee discours, crut n'avoir plus besoin de

HISTOIRE I>KS KN VIRONS I)K PARIS

menai;. ment envers U duc île France, et ne lui donna que trois jours pour sortir du pays. Lo duc reprit la route de Paris, M capitale.

Hicnlôl le romle de Seul!* Tint l'y trouver, et lui demander pour son neveu le secours q i'iI lui avait promis autrefois. I.e duc promit de le servir.

D'un autre côte, les priaOMUl Normands envoyèrent auprès du roi danois le lier Haigrold, dont la Hotte parut bientôt après à l'embouchure de lu Dive.

I.e roi \jo\x\f. avait alors quitté Rouen pour retourner à Laon. Les piincipaux Normands lui donnèrent avis de l'arrivée d'Halgrold ; le roi repartit aussitôt pour Rouen avec une armée. Il se trouva bientôt en présence de l'ennemi, et te vit forcé de parler d'arcomodement Le lieu de la conférence fut indiqué : Haigrold attendit Louis sur la rive gauche de la Dive; le roi campa sur la droite. Le lendemain. Haigrold traversa la rivière. Là, un Danois, voyant un traître dans les rangs français, lui passa sa lance au travers du corps: bientôt, de proche en proche, le combat devint général. Les Français se retirèrent en' déroute; Haigiold, lui-même, s'attacha au roi, l'atteignit dans la mêlée, le désarma, le fit prisonnier, et le conduisit à Rouen, ou il fut détenu sous bonne garde.

Cependant, les seigneurs français et le duc de France employèrent leur médiation pour obtenir la liberté du roi : Saint- Clair-sur-Epte fut le lieu désigné pour la conférence. Leduc de Normandie y parut bien accompagné. Le roi lui fit serment de lui laisser la possession, pour lui rt ses successeurs, de tout ce qu'avaient eu son père et son aïeul. Les seigneurs normands et breons lui renouvelèrent aussi le ferment de fidélité, et le ramenèrent eu triomphe dans sa capitale. Richard avait alors seize à dix-sept ans '. Cette paix est <le 95 1 .

Le duc <ie France, Hugues, qu'on a surnommé le Grand, rechercha l'amitié de Richard ; et, peusant que leurs forces réunies seraient en état sinon de faire la loi au roi de France du moins de ne la recevoir de personne, lui lit proposer sa tille en mariage : l'offre fut acceptée.

Ce mariage déplut au roi, parce qu'il lui montrait unis deux vassaux puissants qu'il avait offenses. 11 chercha donc à prévenir la reunion de leurs armes par une ligue dirigée contre eux . Il entraîna facile ment dans son ilessein le comte de Flandre, et celui-ci, l'empereur Olhou , auquel on promit la cession du roytiume de Lorraine.

Le premier effort des trois confédérés fut dirigé contre la ville de Paris; mais le duc Hugues les chassa honteusement de ses États.

Ils retournèrent alors toutes leurs forces v ers Rouen ; et les trois armées vinrent camper près de la ville. Les écrivains contemporains noua donnent dans leurs récits une mesure de la crédulité des hommes de cette époque. Le comte de Flandre, rapportent -ils, qui en voulait beaucoup plus au duc de Normandie qu'à Hugues, dit à Othon que Paris, défendu par la Seine, avaii toujours été imprenable, mais que, s'il faisait marcher son armée sur Rouen, a peine aurait-il atteint les frontières du pays qu'on lui apporterait les clefs de la ville.

L'armée confédérée, arrivée sur les bords de l'Lptequi séparait les terres de France du duché de Normandie, ne vit point encore de clefs; Oihon les At demander; le comte hu dit : I. es Roue nnais, seigneur, n'osent venir jusqu'ici ; il y a des forêts à traverser remplies de voleurs : cela sans doute les retient. Mais un peu plus loin est une rivière appelée Andelle ; nous camperons demain sur ses bords; et, la, soyez sûr que nousaurnus nouvelle de la ville. Sur les bords de l' Andelle, même désappointement que sur ceux de l'Epie : Les Normands, dit le comte, auraient encore home de se rendre sans avoir v u personne ; malt il suffira de se présenter devant la ville, et les clefs seront livrées.

On s'approcha en effet de la ville; mais, comme on y attendait en vain sa reddition, les confédérés envoyèrent, sous les ordres d'un neveu de l'empereur, un gros détachement pour surpr< ndre la place ; Richard sortit au-devant de lui en ordre > de bataille ; puis, comme »i la crainte l'eût fait rétrograder, il se renferma dans ses murs. Les ennemis, tiei> de ce succès, vinrent insulter les habitants jusqu'à durs porte* ; Richard -c Uni encore caché qui !qn i jours ; puis, tout-à-coup, outrant In porte IVeuuvoisine, suivi de ses bataillons normands, il fondit sur ses

iS.nlo, UiHoirêi» lm tiilt rf» RMfrn, Mb. i, p tsi.

ennemis en déso'dre, en 11 I un carnage affeux, el tua de sa main propre le nev<ude l'empereur. C'est cette action, l-<-oup d'essai du jeune duc, qui lui valut le surnom de Richard-Sant- Peur.

Ce désastre porta la consternation dans l'armée des princes; Othon, jaloux de venger la mort de son neveu, ordonna de presser le siège ; il vit bientôt que la position de la v il U- rt mirait tousses efforts inutiles. Cependant l'attaque eut lieu, mais elle ne servit qu'à fortifier dans cite idée qu'on ne pouvait rien espérer d'un siège. Alors Othon, voyant qu'il fallait renoncer i ses projets de conquête, ne voulut pas être venu en France pour rien ; et il fit demander à Richard de pouvoir aller en sûreté faire sa prière et sou offrande dans 1 enlise de Saint-Ouen, qui était alors dans un faubourg de la vl I »,

Rientôt la désertion du comte de Flandre, qui craignait d'être livré par Othon au duc Richard, iffraya le roi l ouis, qui communiqua sa fravrur à l'empereur; et t us deux se retirèrent avec précipitation, abandonnant une grun le partie de leurs bagages.

LoO.ll mourut en 954 ; ton fils Lolbaire loi succéda. Richard eut souvent â se plaindre de Lollinii e. et, poussé à bout. Il résolut de porter la désolation sur ses terres. I' 'iir cela , il euvnva demander du secours en Danemark; le secours a>riva: une Hotte de Danois descendit à Roui n; le duc leur donna pleine, licence, et ils renouvelèrent, peii iau< trois «nuées entière», on France , les ravages affreux des premiers Normands ; eufiu on fit la pail eu 966.

Le reste du règne de Richard est rempli par une paix profonde, pendant laquelle il s'occupa d'eml eilir la ville de Rouen, el de bâtir ou de relever plusieurs monastères; il mourut en 996 II eut pour successeur son fils Ri' h <id II.

Le nom de Richard II ra pelle eu Norman lie un de ces événements toujours qualifiés de révolte lorsqu'ils ne sont pas couronnés de succès , et qu'on nomme justice lorsqu'ils émanent du plus fort; depuis longtemps les nobles, abusant de leur inlluenee à la cour de Ricli.ird I '.avaient rendu cette inft- euce odieuse aux autres citoyens, eu la faisant servir à les opprimer; les |»aysans surtout soutiraient chaïuejow davantage i ( leu s insolences. La chasse d an» le- t'oréls, qui jusqu'alors avml été permise à tout le monde, et qui (tarai- sait le droit inviolable de chacun, fut interdite aux paysans et permise à tous les uni des. Olle défense révolta les habitants des campâmes; ils furent comprimes sous le gouvem ment rigoui eux de Richard I", mais, les vexations continuant, la révolte éclata sous son 01»; les villages se réunirent , s'armèrent de tout ce qui leur tomba sous la main, et formèrent une espèce d'armée qui courut assiéger les nobles dans leurs châteaux.

Aux yeux du doc, des paysans qui se vengeaient d outrav.es reçus de la part des nobles parureut évidemment des criminel»; Richard II rassembla ses bit. niions, marcha contre les pu s u s et les ramena à l'obéissance; la plupart vinrent >c /ci. r à ses pieds el lui demander grâce; il lie répondit a plusieurs qu'en ii i faisan) pendra : ce m valt être ainsi, parce que le peuple ne doit jamais se plaindre, quelque injustice qu'il éprouve, i.e même Richard, près de mourir , se lit porter dan» I abnaye de récamp, où il se lit fouetter par les moines eu expiation «e ces péchés.

Son successeur, Richard III, ne. lui survécut que de deux ans; on soupçonna son frère de l'avoir empoisonné. Ce frère était le duc Robert.

Le règne de ce nouveau duc fut très-agité; fils d'un prince qui as ait liui son renne sous le fouet monacal, il commença le sien sous le poids d'une excommunu-a ion Imcée de la mam de son oncle, archevêque de Rouen, tiU de Richard I1'.

Nous avons déjà parle de cet Archevêque1 dont les intrigues troublèrent pendant longtemps la ville de Rouen el e a nduile scandaleuse qui avait indigné celle d'Kvreux. Le piéal fut accusé aupie-dc son llivea dénie l| BT une ci ode; I aichcvei|ii dédaigna de se jusliliir, mais il sorlii de Rouen se réfugia d.m» «ou comté d'Evreux, se fortiuu dans sa v Ile i unime s'il • ùt été décide à soutenir uu siège, et, de la, lança un interdit sur la Normandie entière.

I n autre é»enemeiii de ce legne eai .icléi isc bien l'époque i laquelle il appai lient. Il était d'usage qu'après le sacre d'un duc

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ses vassaux lui rendissent hommage. L'on d'eux négligea ce devoir; le duc le fit sommer de venir à Rouen dans un temps Axé; le comte répondit qu'il ue devait d'hommage qu'à sonépée; Robert marcha contre lui, l'atteignit dans Alençon. et l'obligea de venir, piels nus et la selle sur le dos, lui demander la vie ', qui lui fut accordée.

Le duc Robert soutint, avec chaleur les droits de Henri

au tronc de France , contre les prétentions de son frère. Henri triompha; et, voulant payer le service du duc de Normandie, il lui céda, pour lui et ses successeurs , les villes de Gisors , de Chaumont et de Pontoise , et avec elles tout le Vexin, qui resta réuni à son duché.

Ce même Robert, cédant à la fureur du temps, qui portail l'Europe entière en Palestine, entreprit le pèlerinage de Jérusalem. Il partit à pied , en lOSd ; mais , accablé par la fatigue d'un aussi long voyage, il se fltenGn porter sur un brancard par quatre Maures. Un Normand le rencontra dans cet équipage ; et, comme il lui demandait s'il ne voulait pas le charger de quelque mission pour ton pays : Tu dirai seulement, répondit-il, que tu as vu quatrt diablts porter U duc Robtrt en paradis- On raconte de lui plusieurs autres bons mots qui firent fortune de son temps, et ne seraient nullement remarqués dans te notre.

A Robert succéda son (ils, ce Guillaume que les historiens ont surnomme U Bâtard, parce qu'il était fils naturel du duc; et U Conquérant, parce qu'il se rendit maîlre de l'Angleterre.

Nous ne nous proposons pas d'entrer dans tous les détails de l'expédition de Guillaume; mais nous devons en signaler l'époque , parce que l'histoire des ducs de Normandie prend ici un caractère nouveau. Dès lors, ces ducs firent leur séjour tantôt à Rouen, tantôt à Londres.

Cependant Guillaume eut de la peine à conserver son double titre; il avait fait reconnaître son fils Robert, duc de Normandie; celui-ci trouva mauvais que son autorité cessât à Rouen lorsqu'il plaisait a son père d'y séjourner; il mit facilement Hans son parti le roi Philippe, qui voyait avec peine uu vassal plus puissant que lui, et se déclara en guerre ouverte: le duc Guillaume lui donna sa malédiction.

Cependant, la .bonne intelligence ne fut pas longue entre le jeune duc et le roi; elle fut troublée par un bien petit incident: Robert et son frère étairnt allés voir le roi dans son palais de CooDans; après le dîner, le frère du duc et leflls du roi, Louis. Jouèrent aux échecs; ils se piquèrent sur un coup, et en tinrent aux injures: Louis appela son adversaire fils de bâtard ; celuici lui jeta le damier à la tête. Aussitôt les deux frères montent à cheval; et, poursuivis par le roi lui-même, se jettent dans Pontoise, d'où ils se rendent à Rouen pour assembler leurs troupes : les provinces furent ravagées : résultat ordinaire des querelles des grands. Guillaume mourut bientôt après, à Rouen *. Robert conserva le duché; son frère Guillaume eut le royaume d'Angleterre.

La guerre ne tarda pas à éclater entre les deux frères; roaisellc Ait terminée sans événement remarquable ; Robert, laissant ses États, partit bientôt après pour Jérusalem, où il refusa la couronne qui fut donnée à Godefroi de Bouillon ; acte de prudence qui devait alors donner une haute idée du due, et produisit sans doute un effet tout contraire.

De retour en France, il déclara la guerre a son second frère, qui avait pris sur le trône d'Angleterre, pendant l'absence de Robert, la place do premier; il fut vaincu et fait prisonnier. Henri lui lit, dit-on, crever les yeux, et vint à Rouen se faire couronner duc de Normandie.

Cependant Robert avait laissé un fils nommé Guillaume Cliton. que la cour de France prit toujours sous s* protection, ee

« CéliH m ancien os* |te, fort praUquc en France, dans In n-*t iif sié- «Jet i le «aincu se préienltii une telle sur le dot, el invitait le vainqueur 1 le monter. U» hatiu telRneors ae rou*i»«.-iieM pa» de relie humiliation. (IVij/ci U ClNMi'rt de Durante, en met itltam ««tore.)

» Ou reeooU qa'i le* funeraillet, un bourgeois rte Cari», nommé Atrelin, dent GmlUutme «Tell prit, pour bâtir réalité de l'abbaye de Saint-Etienne, an terrain qu'il n'avait paa payé. •Weuditr.lroromee.nl pourrait drtermsisoble-

• oir ton paiement. Il te présenta lorsqu'on portait Guillaume e* terre, cl rrlt « le haro tur le cadavre A ce tri retpectablc, K- ronvoi l'tufi». les éveqoea

• M 1rs nobles t'attemMef ent, et, a prêt «voir oui Jt-s témoins sur l'action que a formait Aterlia, lit la trouvireul )unc, el lui donnèrent Mr-le-champ- « toisanle lot, pow payer la place que le rur(l« de ton débiteur allait oe- . cu,.tr. Après las foaéralllé* «a lui es fit compter encore autant ponr le reste

• de terrai* »

qui entretint pendant longtemps une guerre cruelle entre la Normandie et la France, et fut peut-être la cause de cette longue rivalité qui agita si longtemps la France et l'Angleterre.

Louls-le-Gros régnait alors eu France ; Henri excila tous ces petits tyrans, qui levaient sans cesse l'étendard de la révolte contre l'autorité du roi; et enfin, en Itto, la guerre fut solennellement déclarée : Gisors en fut l'occasion

Comme tous les seigneurs français étaient alors en armes, chacun prit parti pour ou contre ; Il y eut plusieurs combats où le roi de France eut toujours le dessous ; et la paix fut signée en 1 1 14, Au bout de deux ans, la guerre s'alluma plus vive que jamais, parce que Louis-le-Gros voulut à tout prix chasser Henri de ta Normandie; mais tous ses efforts furent vains, et le fils de l'ancien duc, après avoir vu la Normandie ravagée plusieurs, fois, fut obligé de renoncer à ses prétentions.

On raconte dans cette dernière guerre un fait remarquable. Après sa victoire, Henri profita de l'effroi qu'elle devait répandre i chez ses ennemis pour assiéger le château de Bre:eull, - « un des plus forts du pays. Eustache, qui en était le seigneur, a devait paraître au duc plus coupable que ses autres vassaux « rebelles, parce qu'il lui avait donné cette place en dot avec a une de ses filles naturelles. Henri pressa le siège avec vigueur; « et, en peu de jours, il mit les assiégés hors d'état de se a défendre.

0 C'était sa fille qui commandait dans le château en l'absence « de son mari. Voyant qu'elle ne pouvait plus résister, elle « envoya demander uu moment d'entretien a son père, pour « capituler avec lui. Comme il approchait sans tleliaiicf, lors- « qu'elle le vit à la portée du trait elle lui lira une arbalète, « dont, par bonheur le dard, ne l'atteignit point. Il se retira a indigné de la perfidie de cette dénaturée, et bien résolu de et la punir le lendemain ; mais elle se sauva pendant la nuit; « et, le jour venu, le château ouvrit ses portes, o

Le résultat de cette guerre fut qu'on rendit au due toutes ses places ; que le roi de France fit serment de no plus soutenir les intérêts de Guillaume Cliton, et reçut l'hommage de Guillaume Adclin, fils de Henri, qu'il recounutduc de Normandie.

Les choses ainsi réglées, Henri s'embarqua au port de Btrfietir pour l'Angleterre, avectouiesa famille; Il partit le premier dans un vaisseau qui le porta heureusement au port; il en Tut autrement d'un second vaisseau sur lequel étaient ses enfants, avec une foule déjeunes dames et déjeunes seigneurs d'Angleterre et de Normaudie. Surpris par la tempête, ce vaisseau lit naufrage sut un rocher : tout périt, à l'exceptiond un seul homme;en sorte qu'a la mort de Henri, les couronnes roy nie et ducale dont son front élait chargé passèrent dans une famille étrangère. Ici finit la première race des dues de Normandie. La descendance de Rollon fut éteinte.

De longues querelles suivirent la mort de Henri. Deux prétendants se présentèrent : Geoffroi Plnnlagenet, comme époux de l'unique héritière de Henri, et successeur désigné par ce roi, et Etienne, comte de Boulogne. Le premier avait seul des droits ; le second fut plus actif. Il était à Rouen, lorsqu'on y apprit la mort de Henri; il partit pour l'Angleterre et s'y fit couronner, puis il revint à Rouen, où il fut également bien reçu. H y rassembla les grands de la province, et fit reconnaître duc Eustache, son lils aîné, qni reçut de Louis-le-Gros l'investiture solennelle.

Cependant Geoffroi élait en Normandie avec une armée, et marchait vers Rouen, pendant que sa femme parcourait aussi l'Angleterre avec des troupes.

Dès lors la ville de Rouen ne fil plus de résistance, et reçut Geoffroi dans ses murs ; il y convoqua les États, et fit reconnaître son (Ils Henri pour duc de Normandie. Il fut cet Henri II, fameux dans notre histoire. On sait que ce prince réunit a sa couronne ducale, soit par héritage, soit par son mariage avec Éléonore de Guyenne, répuiiée par le roi Louis VU, a peu prés la moitié de la France, et bientôt après la couronne d'Angleterre, à la mort d'Êlicnne, en 1 164. Henri devint alors tout-puissant : il fut en même temps roi d'Angleterre et d'Irlande dont il fit la conquête ; duc de Normandie et d'Aquitaine; comte d'Anjou, du Maine, de Saintonge, d'Auvergne, du Limousin, du Périgord, de l'Angoumois et de la Touraine; il gouvernait la Bretagne, promise à son (Ils a cause de mariage.

1 lopej plot haut, ait.rle fcWa.

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Sa puissance, cependant, ne put empêcher ses (Ils de se révolter plusieurs fois conlre lui. et, aidés du roi de France, de porter le ravage dans les terres soumises a leur r ère. Le roi Louis arriva jusqu'aux |>oriesdc Rouen, se préparant a y mettre le siège. L'un des motifs des assiégeants était de délivrer Eléonore, cette femme que la jalousie poussa aux plus déplorables «ces, et que Henri tenait renfermée dans une tour de sou palais de Rouen.

Le roi de France entoura la ville au commencement de juillet 1 174. Il fit donner un grand nombre d'assauts.

Le siège fut long et opiniâtre; une circonstance en est remarquable 1-e roi de France avait pour saint Laurent une vénération toute particulière ; Il voulut que le jour de sn fêle on suspendit toute hostilité, et lit demander une trêve aux assièges. Les habitants l'accordèrent , et, pour se délasser, dans les plaisirs, des fatigues passées, ils posèrent leurs armes et négligèrent de faire la garde accoutumée. Le> Français s'en opciçurcnt, coururent en avertir le roi, et lui fair.- sentir combien un assaut pourrait être avantageux ; le roi accorda la permission demandée; on planta des échelles, nonobstant I» fête de saint Unirent, et l'on monta sans résistance. «Déjà « ils avaient gagne le haut des murs, lorsque deux prêtres que la « curiosité avait portés au clocher de leur église pour obserc ver le camp des ennemis les virent qui montaient sur les « lempaits. Aussitôt ils sonnèrent l'alarme, descendirent, « crièrent aux armes : les habitants accoururent, ils furent en « foule sur les remparts ; et on massacra les ennemis qui « commençaient à s'y établir. •>

Bientôt Henri, accourant au secours de la ville, s'introduisit de nuit dans se* murs, pendant que des troupes par lui postées en dehors se préparaient à surprendre les assiégeants ; une sortie fut laite en effet : les Français prirent la fuite et se jetèrent au-devant de l'nrméc de Henri, qui les reçut mal : ce qui força le roi dcFraneeàcesserlcsiégeetà demander la paix.

A Louis VII succéda au trône de France t'hilippe-Auguste ; Philippe marcha sur les traces de son pere en fomentant les rebellions a la cour de Henri : les fils de ce dernier prirent les armes, et ne les posèrent qu'après la mort de leur pere; l'aine, Richard, dit Cœur-de-Lion, lui succéda. Un second était mort, laissant un (ils nommé Arthur; le troisième fut Jean, surnommé Sani- Terre- Le premier acte de Richard fut de mettre en liberté sa mère Éléonore, enfermée depuis quinze ans ; le second de se croiser avec Philippe-Auguste. orr*

L'archevêque de Rouen dut suivre Richard à la croisade; et pour maintenir, pendant son absence, l'ordre dans sou diocèse, il tint à cet effet un concile, dont il lit précéder la publication d'une introduction, monument curieux des nuruts ecclésiastiques a celle époque ; elle portait, enlrcautre s article

4* Toutes les églises seront fournies de livres, d ornements, de vases d'or ou d'argent pour l'Eucharistie ; et les évéque» n'en consacreront point d'étain, s'ils n'y trouvent une trèsgrande nécessité...

4* Il ne sera permis a aucun clerc, dans quelque ordre qu'il soit, d'avoir de tenante.

6' Conformément aux anciens canons, nous défendons tresexpressémeitt que la filt de prétret possèdent aucun bénéfice dans les églises ou leurs pères en ont eu.

7" Les clercs, lesquels à raison de leur ignorance, de leur condition, peut-être de I impureté de leur vie, ou par contumace, échappent à l'examen de leur évéque. et vont se faire ordonner par quelque évéque étranger, ne seront painl reçus dans leur diocèse a faire les fonctions des ordres.

19* On défend sous la même peine (d'anatlième) aux clercs et aux moines de donner à ferme à des lai pies les dîmes cl autres revenus ecclésiastiques.

20* Sous la même peine encore, on défend les pensions sur les bénéfices, et pour ceux qui les paient, et pour ceux qui les reçoivent.

33" Les dîmes appartiennent à Dieu , et sont sanctifiées par leur destination; cependant plusieurs les refusent. On ordonne qu'ils soient avertis jusqu'à trois fois de les payer exactement..., et que, si après ces .ivcrli*scineut-, ils n'y satisfont, ils soient excommunies par ordre de l'évèque.

27* On doit excommunier encore ceux qui. sans l'autorité de l'évèque ou de ceux de ses officiers à qui tl appartient,

s'insèrent dans les bénéfices, ou de leur propre chef, ou par la puissance séculière.

29' Les incendiaires, les empoisonneurs, les sorciers, ceux qui communiquent avec les excommuniés.

Les réflexions se présentent en foule à la lecture d'une semblable pièce.

On connaît les circonstances de la croisade entreprise par Richard et Philippe, et nous en avons déjà parlé. On connaît la captivité de Richard en Autriche : on sait que Philippe eu profita pour s'emparer des Etals de ce monarque r t les p'irtoger avec Jeau-Sans-Terre, frère de Richard. Après avoir emporté plusieurs villes , Philippe se présenta aux portes de Rouen, eu fit le siège, mais inutilement.

Cependant Richard sortit de captivité. Le reste de son règne ne fut plus qu'une alternative de guerres et de ttêve*, de revers et de succès, entre les deux rois; enfin un traité de paix loissa à Philippe, outre le Y'exln, qui lui revenait de droit, Kvreux. Ncuf-Maeché, Vemou, etc.

Mais la guerre recommença bientôt après, et ne fut définitivement terminée qu'en 1 199, par la mort de Richard.

Alors naquirent de nouveaux sujets de troubles : Richard ne laissait point d'enfants. Arthur devait lui succéder de droit comme tlls d'un frère aîné de Jean-Sans-Terre ; celui-ci se lit proclamer; et Philippe lui livra le jeune Arthur, qui était venu chercher un asile a; près de lui. Arthur parvint cependant à s'échapper, et alla de nouveau implorer la protection de Philippe. Cette fols, le roi de France lui donna des forces suffisantes pour inquiéter Jean, mais incapables de seconder les désirs d'Arthur. Je n proposa la paix; Philippe l'accepta, moyennant la cessiou d'une partie de la Normandie ; et Philippe, en retour, livra Arthur une seconde fois.

Arthur parvint à s'évader encore , et, comme si la fatalité l'eut poussé, il alla de nouveau chercher un asile à la cour de Philippe. Le roi lui donna quelques gens d'armes avec les puis Il se mit en campagne. H fut bientôt joint par son oncle, qui le vainquit, le lit prisonnier, l'enferma d'nbord au château de Falaise, et ensuite dans la tour de Rouen1. Là il essaya, pur des caresses et des menaces, à obtenir du jeune Arthur une renonciation à tous ses droits : peine inutile ! Arthur soutint constamment qur le trône lui appartenait, et que jaiiiai* il ne le céderait a personne. Jean résolut de se délivrer de son compétiteur; et «lès lors, en effet, il ne fut plus question du jeune prince.

Le mystère enveloppa la mort d'Arthur ; mais la voix publique nomma Jean son meurtrier. Il pénétra seul,dit-on,l'é|iéea la n,i i. , dans le cachot où gémissait le malheureux prince, le saisit , le traina dans un bateau au pied de la tour , et , lui appuyant un pied sur la poitrine, le perça de plusieurs coups d'épée, et jeta son corps dans la Seine. Ce crime fut consommé la nuit du 3 avril 1203.

La mère d'Arthurse rendit auprès do roi Philippe, et accusa Jean : Jean fut cité à la cour des pairs de France. N'ayant point comparu, il fut déclaré rebelle et condamné à mort: ses terres furent confisquées.

Bientôt Philippe se mit en devoir d'exécuter l'arrêt, quant a la confiscation. Il arriva devant Rouen, y mit le siège, et « com- « niença par s'emparer de la Barbacanc, ou forteresse, qui « était a l'entrée du Grand-Pont, sur l'autre bord de la Seine. « Il s'y logea et s'y tortilla ; ensuite il fit poster ses troupes de « l'autre côté de la riv ière II prit pour cela des bateaux, parce u que les habitants avaient détruit plusicursarches du pont*.»

La ville de Rouen se défendit longtemps ; et l'on ne doit point en être surpris, si l'on croit ce qu'eu disent les auteurs contemporains : elle était fortifiée d'une double enceinte de murs ; et trois larges fossés remplis d'eau l'entouraieut de tous les côtés. De plus, elle était défendue par une garnison nombreuse , et remplie d'une foule de bourgeois dont la bravoure le disputait à celle des soldats les plus déterminés. Cepeudant elle céda, vaincue par la disette, et demanda a capituler.

La ville ouvrit donc ses portes à Philippe-Auguste, qui y fit une entrée triomphale. Des lors Rouen et la province de Normandie tout entière passèecnt sous la domination française, après en avoir été détaches environ trois cents ans.

Nous avons fait connaître l'étendue de la ville de Rouen lors

■ Le lieu ou ciail rrltr lour (M connu luj-uid'bui «ou» lr nom de fl.rjif l'ic itlt-Tour.

i 3«» In, Uùloire ée Hutun. tom. i, p. sa S.

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de l'arrivée <h Ho Ion. Ce duc et son lils entre»» ircm <lr nnuveauv travaux pour l'a .rancissement dp cote ville; Ils r sscrrèiein le hl de la S ine, « Dr nouvelles terres prirent la place « i,u'o eu paient duers bras de cette rivière: lès ilc> disparu- « nu . On do<ma a ce nouveau terrain le nom dr terre* « neure*: et Ci'ttÉ -e «iule enceinte renferma tout ce qui est « compris aujourd'hui cuire l'eau du Itobrc, la rue des Bonnr- « tiers, la Calende. la me de la Ma, Mené, la rue aux Ouës,

• la rue des Cordeliers, celle de la Bourse ou des Con- ■ suis, et le nouv.au Ht de la Seine. « Dans cette enceinte se trouvait un château bati par Hollon, à la place où s'éleva plus tard l'église de Saint-Pierre, dite du ChUttl.

Les dues qui suivirent ajoutèrent cncoi c à la ville les terres située» à l'oecid-nt, au-delà des premières enceintes, jusqu'aux rues Ganterie, des Bons-Kn'ants, Cauchoise en partie, le Vieux- Marché et la rivière de Seine1.

Aux coins de la me des Jacobins et de la rue Cauchoise fut bâtie, au commencement du m' siècle, la porte dite Cauchoi-e; et, dans l'inférieur de la ville, près de la rivière, Richard I" fit coustiuiic un palais, qu'on nomma d'alxird la Tour, puis la Vitille-Tumr, pour le distinguer de- châteaux plus récemment construits. Vers l'an loao, il se trouvait a Rouen, comme dans les autres villes, et même comme dan- les \ illag- s de la France, une ma sun de prostitution, dont l'inspecteur était appelé eutto$ mer Ir cum *.

u t.ette troisième augmentation, dit Duptessis, fut bien i «M -ma vie, sons les dernier* die s. d'une quatrième, qui comprit, du a moin» en partie, le terr toire des trois paroisses de Sainte-

• Croix-Snint-Ouen, Saint-Laurent et Saiir -Godard. Onci

« de nouveaux hissés au lieu ou s'tsl formée depuis lu rue a Pince '<> : ils faissi' nt le tour des mut s de l'abbaye de Saint- « «»uen, et venaient joindie le Robcc presdu pont de l'Arip el . « l.a on lit une porte, appelée la fausse porte de Saint-Oucn. s (.ell<' de Sainte- Apolline fut poussée, vers l'an 1200, jusa qu'au lieu qu'on nomme le carrefour du Coq, près de la

• Il 'i.i.c Mare*.» Cette portcapris uepuis |i nom de poi te lie, ni viHfine. n cause de sa position sur la mute qui conduit àBeauvais.

Kaiin. la porte du Robcc fut avancée jusqu'au carrefour rî<nimé le Poneeau : cet e porte s'appela plus tard porte Sainte- Catherine, parce qu elle conduisait à la montagne et a l'Abbaye oc ce iftn.

Telle était l'étendue de la ville de Rouen, lorsque Philippe - Auguste s'en rendit malire : ainsi , l'on voit que trois ou qualie ineeiniiis qu'elh souffrit dans le xna siècle ne purent l'empéc er de prendre un accroissement considérable. Cependant il t- ai à remarquer que ses anciens fosses 1 1 ici anciennes mura Iles sut «iraient toujours : la ville était ceinte d'un double muret d'un triple fossé, lorsque le roi ni lii le siège ^

QUATRIÈME l'P.BIODB. — BOUKN SOIS LU ItOIS OR PBASrF..

PhilIppe-Augu-te entra dans la ville de Rouen sous la condition expresse de respertertt défaire gai 1er les lois, coutume-, franchises cl libertés de cette \ille.' Les lettres-patentes doi à cette occasion furent successivement continuées en 1314, IS80, M68 ei enlin en uco. par Louis XL C'est la réunion de ces neles qui comprise ce qu'on appelait la charte aux Normand*; o > y uni que les mis de t lance agissaient, relativement a la Normandie, non comme monarques fiançais, mais comme ducs dt- .Normandie.

Du rcsie, celte charte est destinée tout entière à assurer In libéré el les droits «le propriété des hahi ants de a pn>\ mce. Lt rois s'y soumettent formellement a respecter les coutumes du pays, a le* suivre pour eux-mêmes, lorsqu'ils auront quelque inléiêt à démêler avec les Normands; ils promettent de conserver tous leurs droits aux seigneurs el aux autres habitants de la province. Ds leur assurent entre autres cet ancien privilège: que l< - i AMI 's agitées dans le duché de Normandie y seront jugées en dernier ressort, sans qu'on puisse, sous quelque préu Aie que ce soit, en appeler au ioi ou au parlement de Paris.

Le second acte de souveiainete de Philippe lut de raser les for e < (levées par le- ducs, du coté delà rivière; il opéra de gran .s chiuigeiiients. ■ Il y nvait alors deux forteresses prin-

I Bupte-tU, Dn*rijM»» dt ta Hnrntt ttmmanii* , tom », p. T.

I Itmeamgt, tu Biiil Cmêt—

> Ton* n. S.

» llrilo, rkilwié. », m

a cipales, situées toutes les deux sur les bords de la rivière : « l'une était le Dirbacane; l'autre était bâtie un peu au-dessous « de l'endroit où sont a présent les Halles. H y avait là un beau a palais, que Richard I" avair fait construire vers l'an QOO. Au-

■ devant était une place d'armes, et a côté une tour formidable, « qui servait à la fois de prison pour les criminels d'Etat, et de « fort pour la défense de la ville '. a

Par ces démolitions, les bords delà Seine devinrent une place de commerce, uniquement consacrée au chargement et au débarquement des marchandises. « Rouen, dit l'auteur précité, « était des lors extrêmement considérable par ses fabriques et a l'étendue de son commerce maritime Il parait, par ce

■ que disent nos anciens aulcurs.qu'on y avait déjà fait un quai « depuis fort longtemps, et qu'il arrivait dans le port des vais- « seaux de toute espèce, soit ceux qui venaient de l'Océan, soit a les bateaux qui formaient la communication avec Paris et les « autres villes qui sont accessibles par la Seine »

Mais, en même temps qu- Philippe détruisait, du coté de la Seine, les fortifications de Rouen, il fit élever da l'autre côté de la ville un château flanqué de plusieurs tours. Ce château est connu dans l'histoire de Normandie sous le nom de Vieux-Chateau : il en sera parlé ailleurs. Une de ses tours servit de prison à la malheureuse Jeanne d'Arc. Le Vieux-Chàteau devint le siège du gouvernement de Rouen jusqu'en 1690, époque de sa démolition totale.

dépendant les rois d'Angleterre ne perdaient pas de vue la Normandie : et. à la mort de Philippe, Henri d'Angleterre, appelé au sacre de Henri VI II, comme pair de France, pour I biens qu'il possédait t neore en France, tels que la Guyeune, envoya au contraire sommer le roi de lui restituer la Normandie; mais toutes ses tentatives furent infructueuses : les rois de France conservèrent leurs conquêtes. Ainsi, il serait difficile d'expliquer pourquoi saint Ijouis crut devoir acheter des Anglais leur renonciation à la Normandie, par la remise du Limousin, du Périgord, du Quercy el de l'Agenois. Quoi qu'il en s -n, ce n'est que de ce moment que les rois d'Angleterre cessèrent de prendre le titre de dues de Normandie.

En DOS, sous le roi Philippe-le-Bel, la guerre recommença entre les deux puissances. Les Anglais firent une irruption en Norinaii'iic, pendant que leurs vaisseaux attaquaient plusieurs bâtiments marchands de Rouen , qu'ils rencontrèrent dans la Manche, et en coulaient quelques-uns a fond.

Le même Philippe-le-Bel ordonna, en 1302, qu'il se tiendrait chaque année a Rouen deux échiquiers. Il présida lui-même celui de I3U0.

Louis \ confirma la charte aux Normande, ou plutôt donna le caractère de loi aux coutumes et franchises de cette province Il étendit même ses privilèges.

Pbilippe-le-l.ong el Charies-le-Bcl passèrent sans laisser de triées (M leur règne. Philippe de Valois leur succéda ; et, en 1330. -ou li - line, Jean, reçut le titre de duc de Normandie.

La Normandie fut surtout en proie aux guerres affreuses qui signalèrent les règnes malheureux des premiers Valois : nous ne nous proposons pas d'en faire connaître tou- les détails. La misère fut si grande, les impôts si onéreux, que les habitants de Rohen envoyèrent une députation au roi, afin d'en être décharge-. I es députés paileienl avec tant de tor e, que le roi leur accorda l'objet de leur demande, et qu'il promit solennellement de ne plus lever d'impôts a l'avenir sur la Norm .ndie, qui aurait droit de lui faire tous les ans ses rcmoutrauccs touchant la pauvreté et les calamités du pay s.

• L'assemblée des États que la Province avait tenue dans a cette circonstance lui avait été si avantageuse, que l'on résoft lut d'eu tenir exactement de semblables tous les ans.... Nous « voyons, en effet, dans nos archives, une suite non interrom- « pué des Etals de la province jusqu'en 1644, qu'il plul à <t I.ouis XIV de les supprimer*. »

Sous le roi Jean, la Normandie se ressentit des secousses qu'éprouva la France entière ; elle souffrit surtout des menées de Charles le. Mauvais. Le roi Jean, qui avait eu plusieurs fois

< Srriin, MM» èt I* rttU Ar Rnwa. ion I, f. tSt H lt*. Colle Umcu.e lonr « donné Ma non lu trri.iti ««r leavd flic i>lroii. qai ta a ra-

Irnu le nom dr jrfm «■ d* la I ' uilIt-Tour.

> Hittairt «V fa eitltdr «ni,», lom I, p. SU.

• Servin. VMMN * ' I *fUt dt Notwa, tom. I, p. SIS.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

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a si- plaindre iln nu de N.ivirre. donna, tU IM6, I'- duc tu/ de Norman. lie à son fils le dauphin Charles, qni, l'année suivante, fit a Kouen sou mirée solennelle : il y invita tous les seigneurs de la province, entie autres le roi de Navarre, son vassal, Charles-le-Mauvais, qui résidait ordinairement A Évreux. Le root était donné entre le roi Jean et son fils. Le roi v int a Rouen avec cent hommes bien armés, et entra dans le château par In porte qui donnait sur la campaunc, à l'instant où les convives s'asseyaient au banquet II fil arrêter tous ceux qui lui étaient suspects, les enferma chacun dans une chambre séparée, et leur donna un confesseur pour les préparrr à la mort ; puis il dinn tranquillement avec son fils et les seigneurs de sa suite. Apres le repas, il ordonna que l'on conduisit trois des prisonniers sur une colline voisine nommée le Champ-du-Pardon \ et les fit décapiter tous ses yeux : leurs corps furent exi>osés au gibet, et leurs têtes placées au haut d une pique. Le lendemain, le roi de Navarre, sou gendre, fut conduit au château Gaillard ; les autres enfermés au Chàtelet : et leur procès fut poursuivi dans les formes. L'histoire a flétri avec raison le roi de Navarre, assassin, et traître à la patrie; et le dauphin reçut le surnom de Sag*.

Cet acte de barbarie souleva les seigneurs de la province : ils coururent aux armes, et appelèrent les Anglais, qui. fidèles a l'appel, vinrent ravager la France, faire son roi prisonnier, et dicter le trop fameux traité de Brctlgny, en 1 3(io.

Plus tard, la mort de Charles vint mettre le comble aux désastres de la patrie. Le régent pilla les trésors, enleva jusqu'nux meubles et diamants île la couronne. Les dues de Bourgogne et de Berri imitèrent les brigandages du régent; la France, en un mot, tomba dans l'état le plus déplorable.

I* désordre fut général dans le royaume : on se révolta dans les grandes villes. Paris donna l'exemple; et les provinces le suivirent.

A Rouen, le peuple soulevé se réunit, poussa de grands cris, arracha un honnête bourgeois de sa maison, puis, imitant les formalités observées dans les élections, le proclama roi, après lui avoir fait promettre qu'il n'établirait aucun nouvel impôt. On lui jura hommage et fidélité. Celui-ci monta sur une charrette, et, accompagné de tout le peuple, se rendit sur la place publique. La, il prononça solennellement l'abolition générale des impôts, et iiéfendit, sous peine de mort, d'en lever aucun, a Ensuite les insurgés se dispersèrent, cl s 'étant réunis eu pc- « lotons. donnèrent la chasse aux officier» des tailles et aux

• collecteurs des nouvelles impositions; ils pillèrent aussi les

• abbayes et les autres monastères; et, sciant tous réunis, il a allèrent assaillir le château. »

Lors de la démence du roi Charles VI , le peuple de Rouen, qui avait souffert toute espèce d'injures et de vexations, se révolta de nouveau. Les factions des Bourguignons et de. irmagnaci divisaient la France; les Anglais remportaient des victoires et s'emparaient d une partie de In Normandie; le 36 août 1418, commandés par le roi Henri V, ils vinrent investir sa capitale, lin écrivain normand a parlé avec enthousiasme du siège soutenu <ians cette circonstance*. « Rouen, dil-ll, abandonné du

• reste de la France, enveloppé, serré, attaqué de toute pari,

■ privé de vivres, et sur de n'obtenir aucun secours d'une

■ cour corrompue, tombée du vice dans la lâcheté, ne pouvait a manquer de succomber. Ses vaillants citoyens n'avaient de <i ressources que dans leur courage : celles qu'ils y puisèrent « lurent immenses.

a Les aliments les plus grossiers étaient épuises; la famine « ravageait la ville que les machines des ennemis écrasaient, o Dans cette extrémité, nul ne songe à capituler ; tous conti-

■ uueut à se défendre avec la même intrépidité ; ou dévore les

l Voln pourquoi le C*« p-iu-Pardo* r«t «in» nomme. Lorsqu'on rul lran»fere If rorpt dr «alnl Boiuaio de l'égliie 4c Saint-Godard en la rathedralr. I'arrhr>éque Guillaume >oulul dedommagrr en qurlqur «une le* babiliaude la paroi*»!-, qui lui iraient rrdr ce graad liruor. A rrt effet, il obtint du p .pr dr* indulgi nrr» ou | m lon«, pour une prnêr«-ioo qu'il alla faire è Sainl-tfodard, rn y portant le Sauit-Sarremi'Ol : f'e«t rrtlr prorr».ion qu'on appelle 4uC arpi- .Soi'al. Le ...a- ■ . lui al grand à cm (eue que t'eglitr ne pul ronieair laul le peuple qui y aiHuait ; de manière que l'on lut oblige de preeber les bdèb)* dan» un grand rlvaiup qui -e trouvait au-deMu». Comme ee< aeiei dr rellgioa eiaieol pour gagner le* pardon». Ir rliamn put le nom de rhmmp-du-Pardtm, qu'il porte aujourd'hui. (Seniu. Ilnl«irt drtartllt 4e Rouan, looi. i, p 110.,

» aataaffSM «fujinie»»»», par Marie Diitnetnil, p 40», tto, III et 11 3

« plus vils animaux : l'héroïsme se repaît, comme a son insu, « de celle dégoûtante nourriture. De vigoureuses sorties rui- « liaient chaque jour les ouvrages élevés la veille par l'enn' mi, a qui depuis six mois redoublait d'efforts, de constance et de a vigueur pour emporter la place. Six des principaux citoyens a parwcnfi'-iit, A la faveur d'une sortie, a se glisser hors des a murs et des lignes anglaises, se rendent à Paris, et représen-

■ lent au roi et au duc de Bourgogne l'affreuse détresse où se a trouvent leurs concitoyens. On leur promet de les secourir; a mais, au lieu de voler à la défense de la seconde ville du

■ royaume, l'infâme Jean-Sans-Peur s'épuise dans les Intrigues • et les turpitudes.

« La famine poursuivait ses ravages au milieu des assiégés, a que le fer de I ennemi moissonnait dans les sorties. Trente a mille individus avaient déjà péri sous ce double fléau; eux a qui avaient survécu A ces désastres étaient réduits à se dis— « puter les lambeaux des animaux immondes : détestable res- « source qui manqua enfin. Le» enfants pervsaient sur le sein a desséché de leur mères, evpirant de douleur et de faim ; 1rs « femmes, les vieillards, prost' rues aux pieds des autel», invo- « quaieiit le ciel, et mouraient étendus sur la pierre, en excia tant leurs fils à les venger.

a Ces braves citoyens, épuisés de veilles, de fatigues, de - < combats, déchirés par la mort de leurs proches et par les a tourments de la faim, pèles, défigurés, se soutenant à p me, a semblaient de vains fantômes prêts A s'évanouir; ma s, au a bruit d'un nouvel assaut, à lu sommation que leur fait Henri a de se rendre à discrétion, ils se raniment ; la haine de l'éa tranger, le fui du patriotisme les échauffe; ils brandissent a leurs armes, cherchent des torches pour brûler celte ville a chérie que toute leur valeur ne peut sauver, rassemblent ce a qui reste de vieillards, de femmes et d'en ants, se préparent « A sortir avec eux par la brèche, et A s'ouvrir un passage sur a le corps des assaillants.

a Instruit de cette résolution héroïque par Cul-Leboutelller, a gouverneur de la place, Henri, qui voulait conquérir nue « ville et non pas un monceau de cendres, fil offrir A ces bra- „ \ es de* con 'itions moins cruelle»; il leur assura la vie sauve, tt exigeant qu'on lui payât une somme de trois cent qua- ,. rante-cinq mille cens d'or, et qu'on livrât A sa discrétion trois u de» notables, h

a L'or fut apporté ; les trois nobles victimes furent désignées € et condamnées au dernier supplice par Henri V. Deux d'entre n elles, Robert l.ive et Jean Jourdain, rachetèrent leur vie au a prix de tous leurs biens-, mais Alain Klmchard. capi'aine a do bourgeois, qui s était illustré par sa vigueur et son in- « trepidité durant le siège, marcha A la mort en s' écriant : J$ •> suit jiflurre ; mait ti j'araii dt l'or, je ne le donnerai* pas pour ti cmprrhtr un roi (TAnglrtrrre de *e dèthonorer... Ces hetlcg a paroles retentissaient encore; et déjà la téle de ce grand ci- « toyen tombait sous la biche du bourreau. »

Dés lors la ville de Homn devint le chef-lieu du parti BtV glajs; le roi Henri y fit son entré- le 19 janvier 1419.

La capitulation donnait au roi d'Angleterre la faculté de choisir un terrain dans la ville, pour y construire un palais; il choisit un espnee considérable sor les bords de la Seine, et y lit commencer la citadelle, qui porta plus tard le nom de Fi>«vr- Patui* ; mois ce palais, tel qu'on le vit dans la suite, ne fut achevé qu'en I5fl9.

Le roi Henri fit aussi élever sur les débris de la Barbncane, détruite par Philippe-Auguste, un châteou qui subsista très- Ion utemps.

Peu de temps après la prise de Rouen, la couronne de France fut offerte au rot d'Angleterre : on connaît les désastres de celte époque. Rouen souffi it comme les autres villes ; mais elle eut cela de particulier, qu<- dans ses murs fut rendue Unième sentence qui conduisit sur le bûcher la libératrice d'Orléans.

Faite |i isonnierc a Compiègne, par Lyonnei, bâtard de Vendôme, qui la vendit pour la somme de dix mille francs A Jean de Luxembourg, la malheureuse Jeanne d'Arc fut hvne à la fureur de se» ennemis : les Anglais, l'évèque de Béarnais, «les prt'ties et des moines; et Charles VII. qui lui devait sa couroune, ne fit rien pour la sauver'.

Après avoir été détenue dau» plusieurs châteaux, tels que le

t /mm ne 4'dr», par M. Beriat-SaiM-Ms. p. tSS et ta»

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

Crotoy et Rcaurcvoir, vers la lin de l'année H 30, elle fut traduite dan» les prisons de Rouen.

On sait à quel excès fut portée la funur des Anglais contre cette malheureuse lille, instrument innocent de leurs revers.

L'évéque de Beau vais fut le plus ardent ennemi de Jeanne; le procès fut entamé, le 21 février t 431, par la violation de toutes les formes d'usage; les interrogatoires furent longs, multipliés, compliques, et le plus souvent ridicules; « et, comme <i c'étaient des moines, dit l'abbé I.cnglet', qui la tourmenu taieut le plus dans ces occasions, elle ne put s'empêcher de u leur dire : Beaux frèret, faitti l'un après l'autre. » Dans tous ces interrogatoires, qui furent au nombre de quinze, deux choses s'offrent toujours à elle : l'une, que les Anglais ratent totalement chassés du royaume; l'autre, qu'elle aimerait mieux mourir que de révoquer aucune des actions qu'elle a fiiiles pour le service du tin de France, par l'ordre dfl Dieu. Rien OC pouvait motiver sa condamnation ; ses juges lui reprochaient Mftoul son habit d homme ; mais Jeanne donnait, entre «titre* motif*, qu'il était beaucoup plus convenable pour conserver .NÙrement sa \ irgioité : en effet, quand elle fut mise au château de Rouen, on lui donna pour gardes quatre ou cinq Anglais qui voulurent un jour la violer; elle s'en plaignit plus d'une fois à l'évéquc de Reauvais, qui n'en tint compte : elle ne se coucha plus qu'habillée; et ce fut un prétexte pour la faire brûler.

Dans le procès d'office, les conclusions prises par le promoteur, pensionnaire des Anglais, tendent à ce que cette fille « soit « déclarée sorcière , devineresse , fausse prophète , invocatrice

• de démons , conjuratriee, superstitieuse, remplie et entière- « ment adonnée à la magie ; sentant mal de la foi catholique , « sacrilège, idolâtre, apostate de la foi, blasphémant le nom de « Dieu et ses saints ; scandaleuse, séditieuse, troublant la paix

• et l'empêchant, excitant la guerre; cruelle, désirant l'effusion » du sang humain, incitant a l'rspaudre, ayant du tout aban- « donne et dépouillé la pudeur et décence du sexe féminin, <i pris l'habillement des hommes armés sans aucune honte ni a vergogne, abandonné et méprisé la loi de Dieu, de nature, et u la discipline ecclésiastique devaut Dieu et les hommes, seduia sant les princes et les peuples, ayant consenti qu'on l'adorât

• et lui baisât les mains cl les vêtements, au grand mépris et a injure de l'honneur et du culte du à Dieu ; demandent qu'elle a soit déclarée hérétique ou à tout le moins grandement sus- « pecte d'hérésie, et punie légitimement, selonles constitutions a divines et canoniques. ■

Quand on a vu dans le procès les soixante-dix articles qui ont servi de fondement â toutes ces conclusions, dit l'abbé Lenglet, on ne saurait s'empêcher de penser qu'il y avait alors de grands scélérats parmi les gens d'église.

I.a condamnation de Jeanne fut un assassinat commis par l'évéque de Beau vais et quarante-six moines1. Jeanne fut malade : on recommanda bien aux médecins de ne la point saigner, parce qu'elle pourrait se laisser mourir si on lui ouvrait sa veine; le roid Angleterre ne voudrait pas pour toute chose qu'elle mourut de sa mort naturelle ; qu 'il l'avoit bien cher achetée , et qu'il la couloit faire brûler '. C'est la même crainte qu'elle ne mourut de ta mort naturelle qui empêcha de la mettre â la question.

La sentence fut rendue et envoyée à l'université de Paris ; la Faculté de théologie entra dans les vues de l'évéque de Beauvais ; la Faculté de droit renvoya l'affaire au pape , selon les demandes réitérées de Jeanne.

La Pucellc fut ensuite exposée sur un échafaud, ou, après avoir et* preschée, elle lit une rétractation. Alors l'excommunicatiou fut relevée, et la Pucelle condamnée a une pi ison perpétuelle; « et dés lors elle reprit I habit de femme, et l'envoya-

• t-on en une prison , les fers aux pieds : ce néanmoins furent c misses habillements d'homme près d'elle, pourvoir quels

• seroient ses déportements. Elle ne fut pas si tost seule et re-

• venue â son second penser, qu'elle Ut pénitence de son abjuv ration, et reprit ses premiers habits d'homme. I.e lendemaiu « matin, visitée et estant trouvée dans son ancien appareil, et a iuterrogee sur ce changement, elle répond l'avoir fait par le

■ Uitloif rfaAwmic d'Are, «te., lui». I, p . IS7.

a l'Ina de cenl muiiiri a»»l«(f rcnl t re procr* Hitaminl pour litrlfw de relie époque ; mm. plmleurt n'op inerrnt que dan» certain» » punir» de la procédure. • Vepoiiiiop du tieur de la chambre, incderin. Prvtti d» rrrifinn.

o commandement exprés des saintes, et qu'elle aimoit mieux o obéir aux comman lements de Dieu que des hommes. A ce « mot , on la déclare hérétique , relapse ; et. tout d'une suite , a elle est renvoyée au bras séculier, où elle fut condamnée « d'être brûlée vifve... Les Normands, non-contents de l'avoir

0 condamnée à mort, la voulurent mitrer lorsqu'ils l'envoyèrent « au gibet ; et estoient ces mots cscrils sur la mitre: Hérétique, « relapse, apostate, idolâtre ;et au devant d'elle un tableau plein « d'injures et continuelles, ne se pouvant assouvir de sa seule o mort, ores qu'elle fust tres-crucllc

« Ce qui étonna même le bourreau, dit Lenglt-t: jamais il ne » put faire brûler son cœur, quelque grand feu qu'il fit ; et les « Anglais le firent jeter dans la rivière avec le reste de ses cen- <i lires et de ses Ossements; et, au milieu des flammes, on l'en- « tendit continuellement invoquer le nom et l'assistance de u Jésus-Christ *. »

Voici , sur sa condamnation et son supplice, un extrait des registres du Parlement de Paris :

« Le 30' jour de may t m, par procès de l'église, Jehanne, « qui se fatsoit appeler la Pucelle , qui avoit été prinse à une « saillie de la ville de Conpiengne par les gens de messire Jehan u de l.ucenbourg, estant avecq aultres au siège de la dicte ville, « a été arsc et brûlée en la cité de Rouen, et estoit cseript en « la mittre qu'elle avoit sur la teste, les mots qui s'en ensuivent : « Hérétique, relapse, apostate, ydolatre; et, en ung tableau dea vanl lïschaiïault où la dicte Jehanne estoit, estoient escripts ai ces mots: Jehanne, qui t'est faicte nommer la Pucelle, tnen- <« ter esse, pernirieute, abuterttte d» peuple , devineresse, supers- « tieieute, blaphcmalreste de Dieu, présumptueuse, mal créante « de la foi de Jétut-Chrisl, vantereste, ydolatre, cruelle, disto- « tue, invocaterestt de dùtblet, apostate , teitmatique et herrti- « que ; et pronuncia la sentence messire Pierre Caucbon . < évéque de Reauvais, au diocèfe duquel la dicte Jehanne avoist « été prinse, comme dit est , et appela à faire ledit procès pluie sieurs notables gens d'église de la duchiéde Normandie, grait duez en sciences, et plusieurs théologiens et juristes de l'Unia versité de Paris, ain-i que on ditestre plus à plain coutenu a audit procès. » Sur la même page, on trouve â la suite ces paroles latines : « El fertur quod in extremit , pottquam fuit « relapsa ad ignem applicata, p<rnituit laerymabiliter ; et in ea « apparueruut signa penilentia. Deut tuœ anima tit propiciut u et misericort. »

Le paire Eugène IV approuva et ratifia toute la procédure faite dans cette affaire.

Mais, quelques années après , à la demande des parents de Jeanne , le procès Tut révisé ; Jeanne fut alors déclarée innocente par un tribunal d'évéques; et sa mémoire fut réhabilitée ; il fut aussi ordonné qu'on dresserait une croix à l'endroit où elle avait été brûlée. Au heu de cette croix , on a depuis fait construire une fontaine surmontée de sa statue.

Cependant les Français gagnaient chaque jour du terrain. A Rouen, un chevalier du Beauvaisis formate projet de s'emparer du Vieux-Château ; il vint de Beauvais avec quatre-vingts hommes, et, pendant la nuit, força la porte qui donnait sur la campagne; il massacra toute la garnison, à l'exception du eommanlant. Celui-ci te sauva dans les fossés, d'où il vint <lnns la v il'e rassembler toutes ses troupes ; il reprit aisément le château, et fit prisonnier le chevalier français et ses compagnons. Tous furent pendus sur les murs de la citadelle.

Cette exécution porta les habitants de Rouen à courir aux armes; ils attaquent les Anglais et en massacrent un grand nombre; mais, comme ils n'étaient maitres que d'une partie des forteresses, la ville resta encore au pouvoir des Anglais.

En 1 448, Duoots, a la tète de l'armée royale, pénétra en Normandie. Bientôt toutes les places de la province furent reprises, excepte Rouen it Cherbourg.

I .i capitale de la Normandie était défendue par le fameux Talbot. Au commencement d'octobre , le roi Charles VII en-J voy a sommer la ville de se rendre, et l'a en même temps appru I cher son armée jusque sous les murs. Alors les bourgeois s'asscmhlèrent en armes , se déclarèrent pour lui , et , maLré les Anglais, se saisirmt de deux tours et de la partie des mai s qui les séparait. Les Français plantèrent des échelles dans cette

> Jt>r»«rf*>i aWa Frautt, O.lirnnr l'aojultr, ici.

1 Hiêtoir* dt ' un. d'Art, loni, 1, p. SOS.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

partie, et gagnèrent le rempart nu nombre de quarante. « Tal- « bot, y étant accouru avec trois cents de ses plus braves col- « dats, repoussa les assiégeants, et massacra plusieurs habi- « tants qui les aidaient : celte cruauté souleva tous les autres. » Ils allèrent en foule trouver le gouverneur, et le menacèrent de Tégorger avec toute sa suite s'il refusait d'envoyer «ers le roi Charles VII, afin de capituler. Le gouverneur refusant, les bnur^eois s'emparèrent du rempart, en chassèrent les Anglais, et députèrent au roi pour lui annoncer que les portes de la ville lui étaient ouvertes.

Les Anglais se retirèrent dans le château , s'y défendirent quelques jours, et capitulèrent enfin. Ainsi, le 10 novembre 141», Rouen fut rendue a la France, après en avoir été séparée pendant trente ans.

ClftQL-IÉMI PERIODE.

Louis XI, d'horrible mémoire, succéda à son père Charles VII ; et bientôt sa tyrannie donna, naissance à la ligue du bien publie' Rouen tomba au pouvoir des ligueurs, et reconnut le duc de BYrrl, frère du roi. pour duc de Normandie. Afin d'obtenir la paix, le roi fut obligé de lui conférer ce titre , a pour en jouir << tout ainsi qu'aboient fait les ducs de Normandie '. »

Mais à peine cette paix était-elle signée, que le roi Louis XI fit marcher des troupes en Normandie pour l'enlever à son frère ; et dans l'espace de deux mois il fut maître de toute la province. A peine e»l-ll desrendu au palais de Rouen, qu'il envoie au supplice tous les partisans de son frère, et fait jeter dans la Seine le général de Normandie, d'Ksterncy, révéré de toute la province; puis en 1468, il lit décider par les états-géuérau\ de Tours que la Normandie ne pourrait désormais, sous aucun préti xte, être démembrée du domaine de la couronne,

Vers ce même temps, ou plutôt dans les commencements du règne de Charles VIII, Pierre Daré, lieùteoant-^éuer.il au bailliage de Rouen, proposa le premier prix pour ceux qui réussiraient le mieux à chanter la conception immaculée de la Vierge.

La confrérie de la Conception de la Vierge, fondée en I07J, fut longtemps appelée la Féte aux Normands, parce que c'est chez eux qu'elle a commencé, et de là qu'elle s'est répandue dans lereste de la France. D'abord on fêta simplement la conception de ta Vierge ; dans la suite, quelques moines ajoutèrent l'épilhétc d'imntaculet, ce qui excita de longues et fortes disputes entre les Dominicains et les Franciscains; mais enfin le concile de Baie se prononça pour Vimmaculatiun : tt trois papes défendirent d'enseigner rien de contraire à celte opinion.

Les poésies faites sur ce sujet se nommèrent palinods, de même que le lieu où se lisaient les pièces de vers cl où se distribuaient les prix. L'archevé |uc de Rouen dressa lui-même les statuts del'académie des Palinods. Cette assemblée se tenait dans une église et subsista très l8ngtem| s. In auteur écrivait en 1776 : a Le théâtre a été dans différentes églises succ cessivement ; maintenant il parait fixé dans le couvent des « Carmes'.» Une chose de rigueur dans l'ncaJémic des Palinods était que les pièces fussent tout entières en l'Iiouneurde l'immaculée Conception, ou au moins « qu'elles eussent un sujet « honnête et vrai, et que l'on y fit venir a propos l'éloge de a la Vierge conçue sans tache. » De la est sons doute dérixée l'expression proverbiale chanter la palinodie.

Nous avons vu Rollon établir en Normandie une administration régulière de la justice : à l'époque où nous sommes arrivés, la province avait quatre sortes de juges : ■ Les baillis et les • vicomtes, qui étaient les juges ordinaires, au civil et au cri- « minel; le grand sénéchal, dont la fonction était de faire tous a les trois ans le lourde la province, pour y mettre la police et a corriger les sentences des juges ordiuatres dans les matières « proùkoires, et en attendant la tenue de l'échiquier; et enfin « l'échiquier ou la cour souveraine, qui était formée des gens > qu'il plaisait au souveraiu de députer, et qui jugeaient en derci nier ressort, sur l'appel porté devant eux, dis sentences des ■ baillis et des vicomtes, a

Outre ces quatre juridictions, qui s'étendaient sur toute la prov niée, la ville de Rouen en avait une particulière qui s'y maintint jusqu'à la Révolution : c'est la Vicomte de l'eau, dont l'origine date des temps très-reculés, « Le vicomte de l'eau étoit ! autrefois le seul juge politique, civil et criminel, qui counoissoit

> Article S du Trailt Jt Confiant, du S octobre ( «63. • Senta, Butoir* it ta vilU dt Htutn, ton. n, y tS.

« de tous cas, tant par eau que par terre, dans l'étendue du ■ pays de Rouen. Depuis, son autorité à été restreinte quant à « son ressort : il ne connoit plus que des procès civils et crimio nels qui s'élèvent sur les rivières de Seine et d'Eure, et sur « leurs bords à une certaine distance , ainsi que des matière* « qui regardent les poids et mesures, ou le chargement el a déchargement des marchandises. *

Sous le règuede l.oui* XII, l'échiquier, tribunal souverainde la province, fut, en 1 4*9, rendu permanent et sédentaire ; ce roi fil construire un palais pour la tenue des séances de cette cour. Le même édit supprima comme inutile la chante de grand-sénéchal.

Le cardinal d'Amboisc, archevêque de Rouen, eut beaucoup de part à cet édit ; el ce n'est pas le seul bienfait dont la x îlle de Rouen lui soit redevable.

François I" en I SIS. changea le nom d'échiquier en celui de parlement j et, en 1643, il institua à Rouen une cour des aides, chargée de juger souverainement, en Normandie, les causes relatives à la perception des impôts.

Trois ans avant l'établissement de cette cour, ce roi axait suspendu le parlement de Rouen, à l'instigation de son chancelier Poyct, qui ne pouvait pardonner o ses membres d'avoir hautement blâmé sa partialité dans le procès de l'amiral Rrion, ou Poyel fut à la fois juge et partie. Sa haine poursuivit surtout l'un des conseillers, Antoine Postel, nu point qu'il l'accusa au conseil du roi de crimes supposés, l'ostel évita les suites de cet'e dénonciation en faisant répandre le bruit de sa mort et célébrer ses funérailles, pendant qu'il fuyait réellement vers l'Allemagne. Là, il découvrit une intelligence secrète entre Charles-Qiiiiu . I la Porte, et en ax ertit François I" . qui lui rendit sa charge. • Il revint « donc à Rouen, mais en secret,et sausavoirannoneé son arrivée a a qui que ce fut ; il parut ou Palais, un jour de grand matin, « et fut siéger avec les autres {tiges; Rien de* gens furent len a tés de croire que c e I oit un fantôme ; mais il lit connoilrc « qu'il ébnt un Tire n cl ; il raconta son aventure à ses confrères, a et présenti ses lettres, qui furent enregistrées. »

Sous François II, les prolestants commencèrent à former un parti en France; la ville de Rouenc|ir<m\.t, l'une des premières, les secousses qui naquirent alors de la diversité des opinions.

Des l'au 1542, le protestant isnie s'était introduit a Rouen, l-c parlement de cette ville, suivant les errements de celui de Pans, til brûler vifs quatre habitants sentant l'hérésie, dont l'un se nommait Constantin. Cette persécution enflamma le zèle des novateurs; leur nombre s'accrut; et. en 1567, ils \ établirent une église protestaute, dont les premiers ministres furent La Joui bée, | mis Jacques Trouillet des Hoches. En 1559, un de ces ministres cl deux de ses disciplt s furent brûlés vifs.

Pendant trente-sept ans, les protestants s'étaient docilement laisse brûler; mais, après la mort de Henri 11, en 1560, ht maison des Bourbons, qui voyait celle des Guises aspirer au trône el y marcher à la lueui <lt s bûchers, essaya de résistera celte persécution. Un changea eut de règne, un n>i adolescent, l'élévation de l llospit.il à la dignité de chancelier de France] relit une sorte de tolérance ; on ni brûla plus les protestants; mais, dans la suite, on les pendit, OU les massacra. Pendant cette sorte de relâche, un événement causa du trouble dans cette ville.

Un maitre d'école, chassé de Genève à cause de sa turbulence, vinl s'établir à Rouen. Il s'y annonça comme très-habile; ii voulut renchérir sur les ministres protestants; il se vantait d'avoir des inspirations divines. Il prêcha en plein champ ; les protestants, le croyant ministre, y accoururent en foule : rc qui alarma les magistrats, qui mondèrent le cardinal de Bourbon. Celui-ci, insulte par le prédicant, saisi d'effroi, se retira au galop; et l'cnergumèue, qui aurait mérité une place parmi les fous, fut brûle vif.

I.es princes de la maison de Bourbon, pour réprimer l'ambition des Guises, firent Mulever ions les proie tants, et formèrent un parti qui alors fut nommé parti des Huguenots.

Les protestants se voyant soutenus et excités, prirent les armes pour se venger des longues persécutions qu'ils avaient éprouvées et obtenir la liberté de leur culte. Le roi envoya a Rouen un officier qui lit pendre trente bourgeois protestants.

Le 16 avril 1562, vers minuit, les protestants, au nombre de cinq cents, el bien armés, s'emparèreiit des principaux postes de la ville. A la pointe du jour, ils bloquèrent le château et pressèrent tellement les assauts, qu'avant mili le gouverueu.

HISTOIRE DES ENVJRONS DE PARIS

se vil obligé de capituler ; ils s'emparèrent également de la citadelle du Vieux-Palais et du fort du Monl-Sainle-Calherine; et toute la ville leur Tut soumise.

a Dès qu'ils se virent maîtres absolus, et que rien ne parais- « sait remuer autour d'eux, ils se répandirent dans les églises a et les monastères, renversèrent les autels, enlevèrent les a vases sacrés et les ornements ecclésiastiques1. » Les reliques furent insultées; et ils arrachèrent tout l'or et l'argent qui couvrait la châsse de saint Romain. Des richesses immenses, disent les historiens, furent pillées par les prolestants : c'est qu'alors les richesses étaient dans les églises et chez les moines.

Le parlement, voyant ses représentations et ses menaces également infructueuses, sortit de la ville, et se retira àl.ouviers.

Dans les premiers joui s d'octobre 1 562, une année royale, commandée par le duc de (jure, mil le siège devant Rouen; elle enleva, le 6 de ce mois, le fort de Sainte-Catherine.

Le roi de Navarre, que son opinion irrésolue ou la faiblesse de sjii caractère faisait passer tour à tour d'un parti à l'autre, fut entraîné à ce siège, et y reçut à l'épaule un coup d'arquebuse, dont il mourut dans le mois suivant.

Le 36 octobre, a deux heures après midi, la ville fut prise d'assaut, et la garnison passée au fil de l'épée. Celui qui la commandait, Gabriel de Lorges, comte de Montgommen, le même qui blessa mortellement le roi Henri 11, s'évada et se relira au Havre, qu'un gentilhomme nommé Maligny venait de vendre et de livrer aux Anglais.

La majeure partie de la ville de Roui n fut pillée. Ce pillage dura vingt-quatre heures. On exerça ensuite des vengeances : un riche marchand nommé JVorf Coiton, situr de Berthonvillc. échevin de la ville, un président, des généraux, le sieur Jean lhibote-d' Etmendmillt, Vincent de Groucktt. seigneur de Soquence, Jean de Croit, le ministre Augustin M ar lot al. etc., lurent condamnés a mort, pendus ou décapites* . Ce fut le parlement qui, rentré à Rouen le 3» octobre suivant, prononça ces condamnations.

On raconte aussi qu'après la prise de la ville, la reine-mère mena elle-même le jeune roi, son lits, dans les fossés où l'on vail enfoui les corps des assiégeants qui avaient été tues, et qu'elle eu lit exhumer un grand nombre en sa présence, pour I accoutumer, disait-elle, à voir sans dégoût le cadavre d'un protestant : les soins de la reine-mère, dans cette circonstance, ne lurent pas perdus pour Charles IX.

La bataille de Dreux suivit de près la prise de Rouen ; et, bientôt apre>, parut l'édit de pacification de mars Iâ63, favorable aux protestants, mais aussitôt violé que publié.

La guerre recommença, cl fut suivie d'une nouvelle paix ; noail es catholiques, dans les villes, comptant sur la disposition favorable des magistrats, se soulevèrent et maltraitèrent les protestants; cependant, on fit le procès aux coupables; quelquesuns furent pendus, d'autres bannis; d'autres payèrent de for les amendes.

Comme le protestantisme prenait toujours de nouvelles forces, la cour résolut de mettre a exécution le plan arrêté entre les cours de Rome, d'Espagne et le cardinal de Lorraine, et de massacn r en même temps tous les protestants : projet aussi atroce qu'insensé. «Le massacre de la Saint- lîarihclemi, dit un « écrivain, a'éleodit par tout le royaume; mais il ne fut pus « considérable en .Normandie, parles soin» de son gouverneur, « 1 .inegiii-le-Veneur, comte de Tillières, homme digne d'une a mémoire élerne le. Ce grand homme ne put pourtant empé-

■ cher que les habitants de Rouen, qui n'avaient point oublié « le traitentrol que les protestants leur avaient attiré de la

■ cour l'aunée d'auparavant, n'en missent quelques-uns eu pri-

0 son, et, ensuite. Irrités par leur résistance, «t'en égorgeaient « quatre à einq tente; mais cela ne fut rien en comparaison « de l'horrible barbarie exercée dans les autres parties de la u France. •

Henri III succéda a son frère; et son règne fut occupé par d<s guerres continuelles; c'est sous ce prince que naquit la ligue; la faction la plus redoutable qui se soit jamais formée en

I.c roi, outragé par la Ligue, sortit de Taris. Apres avoir séjourne dans plusieurs villes, il lit, le 1 1 juin lias, son entrée

t Sertis, ffubiirt it «nn, ion u, p. SI • WmImiï trtiMaitifu», tent u, k III.

dans Rouen. C'est dans la cathédrale de cette ville que fut fait un traité de réunion entre le roi et la Ligue; c'est là que le roi jura de faire la guerre a outrance aux protestants, cl déclara .'. jamais incapables de lui succéder tous ceux qui suivraient ce parti.

Le traité de réunion ne changea rien à la situation du roi; les ligueurs se déclarèrent plus que jamais contre lui, et les habitants de Rouen se déclarèrent pour la Ligue. Sous prétexte de craindre que les protestants vinssent à s'emparer des forteresses, ils s'en saisirent eux-mêmes, en chassèrent les officiers du roi, et livrèrent les forts à ceux de la Ligue.

Henri IV venait de succéder à Henri III : il dirigea son armée vers la Normandie, et s'avança jusqu'aux portes de Rouen ; la plupart des places de la province reconnurent son autorité; Rouen et quelques autres reiusèrent de le recevoir. La victoire d'Arqués, remportée par ce prince sur les troupes delà Ligue, ranima le courage de ses partisans : ils firent une tentative; mais elle fut infructueuse.

l-a même année se donna la fameuse bataille d'Ivry, où Henri IV fut une seconde fols vainqueur de la Ligue. 11 alla ensuite assiéger Paris, qu'il quitta pour venir investir Rouen dans les formes.

Le 13 novembre liai, il arriva à son camp de Vernon; cl, le i" décembre suivant, il adressa aux habitants une lettre qui les Invitait à se rendre. Les habitants, ou plutôt les Ligueurs qui les commandaient, repoussèrent avec dureté cette invitation : l'attaque commença.

■ Depuis longtemps la ligue avait prévu cette attaque fm- « portante, de manière qu'elle n'avait rien négligé pour se u préparer à la soutenir : elle avait envoyé à Rouen d'excel- « lentes troupes, et avait donné le commandement de la ville « à André-Baptiste de Villors-Rrancas, un des plus vaillants ■ guerriers du parti. Celui-ci avait tout préparé pour une longue « défense; il avait mis quatre mois a réparer le fort de Suinte- « Catherine, que les guerres précédentes avaient ébranlé, et II a en avait fait construire deux autres, l'un devant ht porte « Saint-Eloi, l'autre devant celle de Guillaume-Lion. ■

On raconte que maître Martin Hébert, curé de Saint Patrice, dans une seule sortie, tua de sa main dix-sept assiégeants.

Le roi, ne pouvant réduire la ville par les armes, voulut la forcer a se rendre, en la privant des eaux qui l'alimentaient , mais ce moyen fut inutile ; et, le 39 avril 1693, Il fut forcé de s'éloigner de Rouen.

On verra bientôt que Henri IV réussit A se rendre maître de Rouen, non avec son armée, son artillerie, ses stratagèmes, mais par des movens beaucoup moins héroïques.

Le 33 juilllet l»93, Henri IV fit son abjuration, et embrassa le catholicisme. Cet acte solennel ne produisit pas tous les fruits que ce roi en espérait. Les chef» de la ligue n'en furent que plus acharnés contre lui. Il» faisaient valoir leur invincible attachement à leur religion, disaient que l'abjuration de Henri IV n'était point sincère, qu'elle était nulle; ils avaient prête et renouvelé "leur serment à la sainte union. Ces chefs, ces gouverneurs de villes ou de provinces si fermes dans leur parti, ne purent résister i l'appât de l'or, qui triompha de leur conscience et de leur sermeolJt» t*t- ■ Kj

Rouen était toujours gouverné par Villars, qui se montrait tres-diflicile. Rosni fut chargé, par le roi, de négocier un aceommodement. Il vint plusieurs fois a Rouen, où il fut défrayé et reçu avec distinction : on paya même ses musiciens et ses baladins, qui, selon l'usage d'alors, étaient venus pour l'a m tint ses repas. Cependant Villars était toujours exigeant; et Rosni, l'homme d'Etat qui le mieux peut-être connût le prix de l'argent du peuple, refusait de se rendre a ses demandes; il en écrivit au roi et reçut cette réponse : a Vous « êtes une bête, mon ami, de pratiquer tant de délais dans une « chose si importante à mon service..., » et l'ordre d'en 1er par tout ce que Villars exigerait. L'accommodement fut

si^ne.

Ho -ni revint quelques jours après prendre possession de la ville; il se rendit à l'hôtel Saint- Ou» n, ou logeait Villars; il le trouva >e promenant sur la place avec le présidant et les conseillers du parlement, qui venaient de rentrer. Ro-ni s'ap, .roeha du gouverneur, l'embrassa et lui demanda à haute voix s'il tenait meure pour la ligue. Celui-ci répondit qu'il ne connaissait plus qu'uue ligue : celle que faisaient tous les

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

pour aimer et servir leur roi. À ces mot», Rosni lui au cou l'écharpe blanche ; les canons de tous les forts tirèrent aussitôt: toutes les rloehes de la ville sonnèrent, et le peuple cria : Vive le roi Henri !

C'est ainsi que quelques historiens rendent compte du marché honteux du gouverneur de Rouen. Voici la conclusion de cette affaire, telle que le portent les mémoires originaux de Sully :

• l e sieur Villars vendit Roucu, le Havre et autres places de « Normandie, pour la somme de troie million» quatre cent « irisante- dis-stpt mille huit rente lirree '■ »

Le 16 octobre 159G, fut convoquée a Rouen une assemblée dei notables, qui se réunirent dans la grande salle de Saint- Ouen ; elle ouvrit le 4 novembre et ne Unit qu'au mois de mars de l'année suivante.

La, Henri IV prononça un discours improvisé, dont voici les principaux passades : a Si je voulois acquérir le titre d'ora- .< leur, j'ourois appris quelque h -il.- harangue, et la pmuonce- « rois avec quelque gravité; mais, messieurs, mon désir tend « u des litres bien plus glorieux, qui sont de m'appeler le /«'6«- » rateur et restaurateur de cet Etat... Je vous ai fait assem- « hier pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les

• suivre, bref, pour me mettre en tutelle entre vos mains, en-

• vie qui ne prend guère aux rois, aux barbes grises et aux f victorieux. Mais la violente amour que j'apporte à mes

• sujets l'extrême désir que j'ai d'ajouter deux beaux titres t à celui de roi, me font trouver tout aisé et honorable. »

Au sujet de ce discours, voici ce que dit l'Estoile : « Il en

• voulut savoir l'avis de madame la marquise, sa maltresse « (Gabrielle d'Estrées), laquelle, cachée derrière une tapisserie, « l'avoit oui tout du long. Le roi lui demanda donc ce qu'il lui « eu sembloit, auquel elle lit réponse que jamais elle n'avoit « oui mieux dire; seulement, s' étoit-elle étonnée de ce qu'il a avoit parlé de te mettre en tutelle. Ventre-eamt-ijrie. lui « répon lit le roi , il eet «roi, maie je l'entende l'épéc nu r<>tt. »

Au milieu de tous les troubles qui agitèrent la ville de hou n, il se lit cependant un acte importnnt pour elle. En 1677, fut commencée la rédaction des coutumes «le Normandie.

Rouen avait alors pour évéque le fameux cardinal bou, nommé roi par la Ligue; plus tard elle eut un nuti dinal de Bourbon, frère naturel du roi Henri IV. et qui eut r. ami intime le duc de Roquelaure, si connu par ses bons mots et ses débauches. Henri IV l'appelait le confesseur de son frère. Le roi força le cardinal à se démettre de son évêché en faveur du cardinal de Joyeuse, légat du pape, p >ssesseur de trois riches archevêchés, et d'un grand nombre d'abbayes.

Le règne de Henri IV et celui de Louis XIII furent, pour Rouen, te temps des institutions cl des constructions : un séminaire fut fondé; tes prêtres de l'Oratoire y furent établis ; et plusieurs bâtiments s'élevèrent. En 162«," on commençn à construire te célèbre pont de bateaux, admiré par les connais-

En 1639, U y eut à Rouen un grand soulèvement, excité par u'onyporl

la haine qu'on y portait aux partisans. Déjà de semblables soulèvements avaient plusieurs fois été apaisés par le parlement; mais alors cette cour impuissante fut interdite par Kichelieu ; et cette interdiction dura un au emier.

Sous la minorité de Louis XIV , la Fronde éclata, et Rouen s'en ressentit, « La duchesse de Loncucvillc, qui y joua un a râle intéressant, se retira a Rouen, où elle s'était rendue toute-puissante. I,e cardinal Mazarin, craignant le mal qu'elle pouvait faire dans cette grande ville et le reste de la province, y amena le jeune roi, pour te montrer au peuple. L'entrée se lit le 8 février 1660; la reine-mère et la saine partie de la cour arcompagnaient le roi. 11 avait pour escorte des troupes commandées par le comte d'Harcourt; la présence du roi •< ranima le courage de ses sujets fidèles ; et la duchesse de « UngueviUe fut obligée de quitter la Normandie et de passer u en Hollande*. »

lin grand nombre d'hommes illustres honorèrent Rouen sous ce règne : Pierre et Thomas Corneille, Renscrade, Brcbeuf, Basnage, fameux par ses ouvrages de jurisprudence, Cliaulieu, Jouvenet, l'historien Legendre, Fontenelle, l'abbé de Vertot, virent le jour a Rouen ou dans ses environs.

I teem*m(* rwln rte Sully, inm |r, p. SSO, riH rft M«»

» Sri. In, l.'ift ire rf.- U rif.'r rfr /' - 3 |>- «C3-

De nombreux monuments s'élevèrent à la même époque : en 1650. furent plantées les belles allées d'arbres, connais sous le nom de Grand-Court; le prieu>é de Saint-Louis date de la même éi>oqu>-. D'uu autre côté, hs règlements de Colbert coiscernant tes manufacture-, te soin qu'il prit de perfectionner la marine française, durent être de la plus haute imi ortance, soit pour les manulactures, soit pour la sûreté du commerce maritime, de la ville (fa llouen.

Pendant le régne de Louis XV, la ville d<' Kourn s'embcllii aussi considérablement : c'est alors que s'élevèrent les bâtiments de la Romaine ou la douane de Rouen, le grenier a sel, l'hôtel du premier président, le bâtiment ries consuls, la Bourse, I lu — tel-Dieu et les belles promenades qui entourent la ville: alors fut aussi fonde un établissement littéraire •'■ Rouen, mius le litre d'Académie royale dee ecienreu, arteet belles lettrée , qui donna naissance au Jardin dis plantes, formé en 1758.

Jusque-là, le règne de Louis XV s'était montré, relalnrment à Rouen, sous un aspect favorable: les choses chanuereii'.

Les impôts étaient excessifs, et croissaient chaque année ; le parlement fit des remontrances qui obtinrent de l'effet; il en présenta de nouvelles, qui furent suivies de quelques ainres encore-, le roi déclara que les impôts étaient nécessaires et il fallut se rendre à sa volonté absolue : ce* faits se passèrent en

En I76S, création de nouveaux impôts; te parlement transmit au roi te cri du peuple; des lettres de cachet enjoignirent au président et a quelques-uns des conseillers de venir rendre compte de leur conduite à Versailles; et cet ordre fut suivi de l'exil. Le parlement entier demanda sa démission, et les magistrats rentrèrent.

>< Cette rentrée du parlement, dit un auteur contemporain, a qui fut par ele-même un événement remarquable dans l'his- « toire de la ville de Rouen, le fut encore plus par la joie ex irait ordinaire qu elle causa aux peuples, qui ne donnèrent plus à a leurs magu>trats que te nom de féru de la patrtê'- »

De semblables événements ne rendirent ni les rois plus éconotin s, ni leurs ministres plus sages.

En 1771, le parlement de Pans fut exilé comme l'avait été celui de Rouen; celui de Rouen réclama les droits de la justice violée : sa suppression fut aussi résolue.

En conséquence, te 37 du mois de septembre, fut publié un édit qui supprimait le parlement de Roueo, promettait a la Rasse-Normandie une cour souveraine, et réunissait toute In Haute-Normandie au ressort du parlement de Paris. Les membres du parlement de Rouen furent de plus exilés Le mois suivant, la cour des comptes et celle des aides furent aussi supprimées: en sorte que la ville de Rouen perdit toutes kcb anciennes Institutions judiciaires.

Elles furent remplacées par un conteil eupérieur, qui ne différait guère du parlement qu'en ce qu'il ne pouvait délibérer stir l'enregistrement des éditset ordonnances : c'était là le point important dans les circonstances. Le despotisme ne veut que des corps passifs et obéissants.

Cependant, celte révolution dans la magistrature ne fut que passagère : le U novembre 1774, après la mort de Louis XV, le parlement, la cour de comptes, des aides et des llnanci s furent rétablis.

Jetons un coup d'oeil sur l'état physique de la ville de Rouen.

A une époque voisine de la Révolution, la ville de Rouen avait déjà pris un grand accroissement.

Cette ville, bâtie sur te bord de la Seine, suit la courbure de son cours, el reçoit à peu prés la forme d'un croissant; sa partie extérieure, du côté opposé à la rivière, forme un demi-cercle, dessiné par cinq ou six coteaux qui l'entourent et la couvrent au nord et à l'ouest.

Du sommet de ces hauteurs se développe un coup d'œil magnilique : la v ue plane sur la ville entière et ses riches en» irons. Au-delà, In rade vient s'offrir avec tout le caractère d'un c«mmefe aet>f; pin lein encore se présente une vaste plaine, bordée • Ile même par un h^riîon que forment des coteaux élevé, et coiui-rt- d'une riche verdure.

On donne à In ville de Rouen Sept mille pas communs de circonférence, c'est -à dire deux lieues environ; sa largeur est

< terri* neutre f« eitte *■ «ou*», io». m, p. 4M.

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d'une demi lieue environ ; sa longueur de l'est à l'ouest est de prèsdf trois quarts de lieue.

I>e belles promenades entourent la ville et en fout l'un des principaux ornements : les plus fréquentées et les plus dignes de l'être sont le Grand-Cours qui borde la Seine, soi In rive opposée à la ville. Ces promenades ont remplacé des tttlÀt profonds et de solides et tristes remparts.

Rouen est arrosé par les rivières du Robec et de lAndelle, qui contribuent puissamment à la salubrité de la ville et à l'industrie de ses habitants.

On compte à Rouen trente-cinq fontaine spubliqueset deux (< utlames minérales, a Us premières, dit M. Servin ', parlent decinq « sources différentes; de celle de Dcrnétal, (|ui est au pied de la « montagne du Roule, près Saint-Léger ; de celle d'Vonville, qui

■ vient de dessous la montagne de Pcstel. proche Bapaumè ; de « celle de Qualor, la plus considérable de toutes, qui part d'un « rocher, au pied du Mont-aux-Malades; de celle de Notrc-

■ [lame, qui est sous la terrasse du Vieux-Chatcau ; de celle du u l'Iat, qui v ient de derrière le chœur de Saint-Nicalse.

a l/cs eaux minérales viennent du pied du Monl-Saintc- « Catherine : elles sont excellentes, et ont beaucoup de rapport « avec les eaux de Eorges, si célèbres en Erance. Les fontaines « «ont, l'une à la Maresquerie, et I autre dans un beau jardin, •• au-dessous de Saint-l'aul. »

Quatre halles d'une grandeur extraordinaire reçoivent les objets nécessaires à la consommation de la ville; là halle aux blés a trois cents pieds de long.

On compte à Rouen douze hôpitaux, dout plusieurs réunis en un seul et un beau collège.

Les édilices anciens sont :

La Tour-du-Iieffroi, élevée en 138«; on y monte par. un escalier de deux cent) marches; mais l'arcade de pierre, qui soutient la Grosse- Horloge, fameuse à Rouen, est de 1 527.

Le Vieux-Palais, bâti, en 1420, par Henri V, roi d'Angleterre, sur le bord de la Seine, à l'extrémité occidentale de la ville.

Le Palait-Arehitpiseopal. Il y eut à Rouen, comme dans toutes les Mlles capitales, fa Maison-de-l'Èglist; les richesses et le pouvoir des évéques convertirent, dans la suite, i maison en palais. En 1461, pour loger les archevêques, on commença la ( (instruction d'un nouvel édifice, qui fut achevé par le cardinal d'Aniboise.

Au xv siècle, la cathédrale était le lieu ou se reunissaient les négociants de Rouen pour traiter d'affaires. En 14U4, le haillt de Kouen lit élever un édifice dans une salle duquel dut se réunir le commerce de la ville : cette salle lit plus tard partir du Palals-Archiepiscopal. Elle a cent soixante pieds de long; elle est voûtée : sa voûte, justement admirée, n'est suutenue par aucun pilier. Cette salle fut plus tard céJée au parlement.

/.c Palau fut, en I4»9, construit dans le Clos-aux -Juifs, il coula 88,934 livres .'• sous 3 deniers. Alors se perdit le nom de Clos-aux-Juifs, dont une partie fut remplacée par la cour du Palais et l'autre par le Marché-Neuf ; la fut, en effet, établi un marché.

Le Vieux-Chdlrau. Il n'en restait plus au xvnr tiède que quelques vestiges et trois tours qu'on voyait au-dehors du côte îles remparts, <!iles la Tour-du-Gatcon, la tour-du- Donjon ou du Raretin et la Tour-de-la- Puetlle, ainsi nommée parce qu'elle fut la prison de Jeanne d'Arc.

L'Hôiel-de Ville, la Rmname ou la Hourst. lu Consuls, ïlitïtet-drs-Munnair.t, méritent aussi une mention.

Le Quai de Rouen est très-beau, quoiqu'il ne soit pas partout également large; ses différentes parties portent diflei ents noms ; mais on le distingue surtout en quai de Paris et quai des navires.

Le Pont de Rouen est célébré dans les édita du pas< I peratrice Malhildc, fille du roi d'Angleterre Henri 1", Cit. au xiir siècle, construire un premier pont : il était de pierre et soutenu sur treize arches; mais, plusieurs de ces arches, s'étanl successivement écroulées, furent répartes en bol-. En 15(14, les glaces ébranlèrent deux piles; et le pont lut précipité dans l'eau; on s'occupa alors de le remplacer par un pont entièrement en bois, qui fut achevé eu 1630. a Ce nouveau pool n'était « point porté sur les piles de l'ancien : c'était un pjnl de ba-

i tlittmrt di te *Ult dt Rtmtm. loi». I, p. 4.

« teaux; il fut construit entre la porte de Paris et la porte du o Bac ; niais il ne dura pas longtemps. Le 8 février I63.r>, il fut

, « empo lé it rompu en plusieurs pièces par l'impétuosité des ■ eaux et la violence des glaces. Ou répara, dans le temps, le « dommage comme on put; et insensiblement on l'a poussé au • point de perfection où ou le voit à présent. C'est une espèce a <ic machine flottante, qui hausse et baisse à proportion que a le flux ou I» reflux de la mer repousse les eaux de la Seine, ou « leur rend la liberté de leur cours : elle est soutenue sur « vlngl-un bateaux de front dans la longueur de deux cent « soixante-dix pas ; les deux cotés à droite et i gauche, qui « tiennent lieu de parapets, sont élevés en forme de banquette, a et servent pour les gens de pied : le milieu, que l'on a pavé, a est destin*' pour les chevaux et les voitures. On le démonte « avec facilité lorsque les glaces sont à craindre; et, la nuit, ou « en lève une partie dans le besoin pour douner passage aux « grands bateaux qui montent à Paris. >

Il faut parler des églises de Rouen : on comptait, dans cette ville, trente-six églises paroissiales, dix-sept chapelles, quarantecinq communautés régulières ou séculières d'hommes et de fem-

1 mes, et trois séminaires. Parmi toutes ces églises, deux méritent surtout une uttenlio-i particulière.

La Cathédrale. Saint Mellon, d'après ce qu'on lit dans sa vie,

' fit, vers la fin du iii« siècle, construire une église dans la ville de Rouen, où il n'en existait pas encore, quia in illoloeo nondùm erat aliqua ettlesia eonstructa, eonslrurii nornm, etc. Cette église, en 84 1, éprouva, ainsi que la ville, la fureur des Normand», qui la icnversèrent de fond en comble. On prétend cependant que le pied de la tour de Saint-Homain, qui fait aujourd'hui partie de la nouvelle earhédmle, est un reste de l'an-

i tienne église ; l'architecture eu est en effet différente de celle du reste de l'édifice.

Ce n'est guère que vers le règne de Rollon que l'église de Rouen fut relevée; ce due, ainsi que son fils, y furent ente r a mais Richard Ier, petit-fils de Rollon, en 960, la fit cl ver de plus de moitié, et lui donna plus d'étendue '. • Le duc Richard, « dit l'ancienne chronique de Normandie, fit crolstre. en hau- « teur rie la moitié et de plus, le moutier de Noire Dame de « Itoueii. n Cinquante ans plus tard, selon la même chronique, l'archevêque Robert, fils de Richard, « lit achever le moutier de

' c Notre- Dame de tout le choeur. »

Cependant tous ces travaux ne comprenaient encore que la longueur de la nef actuelle * : les bas-côtés n'en faisaient point

Cartie. Ils ne furent ajoutés au corps de l'édifice que vers 1050. a dédicace eu fut faite le 1" octobre 1063 *. Dans les premières années du xir* siècle furent construites les chapelles des bas-côtés de la nef; la croisée et le nouvi au clurur datent à peu près de la même époque ; vers le commencement du siècle suivant, on y joignit la chapelle de la Vierge, formant la partie la plus enfoncée de l'édifice.

« Les sous-ailes du eha'ur, dit Duplessis, furent faites encore « plus tard; on les éleva sur le débris de l'ancien chapitre des « chanoines, qui ne fut entièrement ruiné qu'en 1280. L'an- « née suivante , les chanoines cédèrent à l'archevêque deux , « maisons canoniales qui touchaient presque a l'église du côte | « du nord. Là était le portail qu'on nommait des Roursiers, et, I « vis-à-vis, une petite ruelle qui communiquait à la rue Snintu Romain : les maisons furent abattues, la ruelle élargie, le « portail renouvelé ; à droite et à gauche de la rue, les libraires <c de la ville dressèrent leurs boutiques ; et le portail en prit le « nom de Portail dcs-Libraires. On dit cependant que celle « pièce ne fut achevée qu en I4J8, et qu'on l'enrichit, en 1401, c d'un avant-portail. Celui qui lui est opposé du côté du midi « donne sur la place de la Calcndc, d'où il est appelé le Portallli -la-Calende. Je n'ai point trouvé l'année où il fut construit ; « mail il parait être du même temps ou à peu près que celui j « des libraires, c'est-à-dire de la lin du xv' siècle. En I30J, « l'archevêque Guillaume de Flavncourt obtint encore des cha- I « noincs une portion de terrain considérable pour agrandir la I « chapelle de la Vierge derrière le choeur, et lui donner toute ! « l'étendue qu'elle a aujourd'hui. Otte chapelle, qui est d'une i « grande beauté, a quatre-vingt-huit pieds de long sur vingl- | • huit de large, et cinquante- sept de hauteur sous voûte. »

< Oui S. QuiBtini, lib m, p. 1 13.

« Duplf Mb, Detcriptinn d» la //il - - V • nan iU ton. il. p 14- • Oriérit TiUl, lib. », p. ;||.

IIISTOIRK DKS KN VIRONS l>K PARIS.

La tour de Saint-Romain, qu'on regarde comme la partir la plus ancienne de l'église, a été élevée à diverses reprises et à la hauteur de deux cent trente pieds. En 1470, les chanoines firent marché avec un architecte pour l'achever; et, en 147 7, elle fut en effet achevée telle qu'elle est aujourd'hui; celte tour termine le grand portail du côté du norJ. A l'opposite est une autre tour également haute de deux cent trente pieds, nommée Tour -detteurrt, parce qu'elle fut bâtie des deniers que le clergé exigea du peuple pour lui permettre de manger dorénavant du beurre en carême. La première pierre en fut posée en 1487 ; et, dix ans après, elle fut bénite solennellement. Dans cette tour était la fameuse cloche, nommée George d'Amboitt, qui avait dix pieds Je hauteur et pesait trente six mille livres. Elle fut fondue en lini, rt sonnée en volée, par seize hommes, le 16 février 160J. Cette cloche était, dit-on, la seconde de l'Europe: la plus grande était à Moscou; mais elle ne fut jamais élevée de terre I a cloche de Roui?n fut fêlée, en 1786, lors de l'entrée de l.' uis XVI dans celle ville, et entièrement détruite depuis à une époque où les eauons étaient, p'us que les cloches, nécessaires à la patrie.

Le grand portail menaçait ruine : il fut abattu en 1509, rt remplueé par celui qui cxis'e maintenant ; ces divers travaux se fin nt pendant l'épiseopat du cardinal d'Ambohe.

Au milieu de In croisée, sur In Innterne, est prisée une pyramide haute de trois cent quatre-vingts pieds. Celte pyramide était primitivement beaucoup plu» haute, mais, le feu y ayai.t pris en 1514. elle fut réduite en cendres en moins d'une heure. Le cardinal Crorgis d'Amboise, second du nom, la fit relever h la hauteur que nous venons d'indiquer; on y montait par un escalier de cinq cents marches dont deux cents en pierres et trois cents en bois; de h, pour aller jusqu'au coq, posé sur une croix de fer du poids de quinze cent quarante quatre livres et haute de seize pieds, il fallait se servir d'échelles de cordes. Cette tour fut achevée en 1544.

Quant à l'intérieur de IV.h-c, sa longueur dnn« œuvre, depuis le grand portail jusqu'au fond de la chapelle de la Vierge, est de quatre cent huit pieds : cette chap -Ile en a quatre-vingthuit ; le chœur cent dix, et lu nef deux ci ni dix. I.ti Iw^eurdc la nef, sans y comprendre les bas-côté», est de \ingt-sept pieds; et la hauteur de quatre-viugt-quatre ; les bas-côtés, y compris li s chapellrs, ont chacun vingt -huit pieds de large et quarante-; deux de haut. I .a croisée est longue de cent soixante-quatre pieds, et haute de cent cinquante deux. Dans le mil'eu de la croisée sont les quatre piliers qui soutiennent la lanterne : ils ont chacun trente-huit pieds de tour; l'église et éclairé.' par i ent trente fenêtres.

Le jubé, qui fuit la clôture du chœur, était autrefois dans le gtiftt gothique.

Quatre bâtiments considérables accompagnaient ré iilee de la cathédrale, et en devaient être regardes comme les dépendances ; ils servaient de logements a des clercs ou chapelains; on leur donnait le nom de collège».

Le chapitre de Rouen jouissait d'un privilège singulier qu'on nommait la fierté Saint-Romain : il consistait dans le droit de délivrer tous les ans, le jour de l'Ascension, un criminel des prisons de la ville, à l'innocenter et à le préserver des poursuites des tribunaux. Ce privilège, attentat à la justice, était fondé sur une fable allégorique relative à la prêt en dm tfetoire remportée par saint Romain sur un énorme dragon. Pour être absous de tout crime, il s'agissait, le jour de l'Ascension, de lever et porter la fierté ou In châsse de saint Romain.

« Pour perpétuer, dans les siècles futurs, dit l'historien de Rouen, la mémoire des travaux apostoliques de saint Romafb, on l'aura représenté sous In figure d'un évèque qui enchaîne un dragon avec son étnlc ; car c'est ainsi que la plupart des églises des Gaules en ont usé envers ceux de leurs évèques qu'elles ont voulu honorer »ous le titre de destructeurs du paganisme. Le dragon de saint Marcel, évèque de Paris, était autrefois fort célèbre dans cette grande ville ; on le portait comme en triomphe dans les procession-, solennelles à la vue de tout le peuple. Cttte cérémonie , que l'on a abolie dans a Paris depuis quelques années, est encore en usage à Rouen, c où le peuple donne au dragon de saint Romain le nom de jnr- « gouille, ancien mot français qui signifie une gouttière, parce a qu'on s'est plu dans cette ville à duuuer aux gouttière! la fi- ■ gure d'un dragon. •

Ce privilège, digne du bon vieux temps, donna naissance , sous le règne de Henri IV , à une affaire qui causa l'abolition de cet u<age.

François de Montmorcnci-llallot, dangereusement blessé, en i.'i.sr, nu siège de Rouen, s'était retiré à Vcrnon pour s'y faire traiter : il était lieutenant du roi en Normandie, place que Christophe d'Alègre, gouverneur deGisors, ambitionnait. Le baron d'Alègre arrive un soir a Veruon avec seize gentilshommes à cheval. Le lendcmaiii matin, Il se rend au logs de Montmorenci-Hall >t , et lui fait demander la permission de le visiter dans sa ehnmbre. Le malade, appuyé sur ses béquilles, se hôte de descend) e de sa chambre , et se présente pour embrasser d'Alègre. Celui-ci el ses gentilshommes se précipitent sur lui, le frnppi nt de plusieurs coups d'épéc et de poignard, et le laissent mort.

La veuve et la fille du défunt poursuivirent les assassins en justice. Le parlement de Rouen, siégeant àCaen, rendit, le 13 février 1593, un arrêt qui condamne par contumace Christophe, haron d'Alègre , a être écartclé , et Claude Pehu , sieur de la Motte, sou page, a être brûlé vif. D'Alègre ne se laissa pas saisir ; son page se rendit aux pri ons de Rouen, leva, porta la fierté de saint Romain , et se crut à l'abri de toute poursuite. Dans la suite, la veuve et la fille du défunt firent arrêter La Motte; Il fut renfermé dans les prisons du Chôtclct.

L'archevêque et le chapitre de la cathédrale de Rouen s'opposèrent à cette détention, et firent valoir leur privilège. L'avocat du roi, en it>07, prouva que le titre, sur lequel ce chapitre se fondait, était un titre faux, qu'il s'y trouvait un anachronisme d'environ cent an- Déjà deux des assassins avaient été exécutés à mort.

Le ar> mars 1608, le page de In Motte fut condamné à diverses amendes et au bannissement. Il ne fut plus question du privilège de la fierté Saint-Romain '.

Rouen était muni de quatre abbayes, entre lesquelles se distinguait par son ancienneté celle de Saint-Ouen. Avant de porter ce nom , on croit qu'elle avait eu celui des Sainti-Apâtret , et qu'elle renfermait dans son enceinte un grand terrain; cette ahhave parait être celle qui , dans la suite, fut appelée Saint- Pierre, et qui prit enfin le nom de Saint-Ouen, lorsque ce saint y fut inhumé.

l,es Normands , en l'an 841 , ruinèrent cette abbaye ; elle fut relevée par Rollon , après ta conversion ; mais, pendant deux cents ans encore, elle porta les tristes marques des ravages ; et ce n'est que vers le milieu du ju* sièJe qu'tile reprit son , r nu. r lustre; un fils du duc Richard II jeta les fondements d'une nouvelle église. La dédicace en fut faite le 17 octobre i IM.

Dix ans après , eu 1 130, ce nouvel edillce fut réJuit en cendres avec tout le monastère; mais l'un et l'autre furent reconstruits par les libéralités de Richard I", roi d'Angleterre, et de l'impératrice Malhilde. En IJ49 , ces mêmes bâtiments devinrent la proie d'uu nouvel incendie qui consuma une grande pu lit de la Mlle. « Les religieux ne se découragèrent point ; ils « firent relever le dortoir et le réfectoire ; la ville s'étant agrnn « die de leur côté, ils environnèrent de fortes murailles tout le u terrain qu'uccupait leur abbaye ; enfin . l'église de Rouen , »< outre ce privilège, peut encore se prévaloir d'un autre titre à a l'illustration; son clergé, le jour de Noël, célébrait avec une « pompe extraordinaire et avec les cérémonies imposantes de a la religion, la Fete deidnes. »

On y voy.iît figurer Six juifs et plusieurs gentils, qu'on apostrophait pur quelques passages des livres saints. Moïse se présentait vêtu de l'aube Cl de In chape, tenant la baguette miraculeuse et 1rs tables de la lot ouvertes. L'ordinaire de l'église fait observer que Moisedoit avoir une longue barbe et des cornes au front. Anios, qui v« unit ensuite, représenté en vieillard barbu, tenait un épi a la main; puis, venait Anron, tenant une fleur; bientôt paraissait Balaam, monté sur une ônesse, qui. malgré les coups d'éperons que lui donnait son cavalier, n'avançait pas, parce qu'un jeune homme, amie d'un poignard, s'opposait à sa marche Un homme, placé sous le ventre de cette bêle, disait pour elle : Pourquoi me traitez-cou» »i crurllrment acec vos iptrons? Apres celte scène et l'apparition de tous les prophètes tneiitioi.iit > dans l'ancien Testament, on voyait figurer le poète

' Itépmn sur Ir prficnuu piiiil*g« ')<* l> fi<rtf Sjipl-Homiin, par Demi

■ouiliillier, p. ISO *i ml*.

by Go

IIISTOIHK DBS ENVIRONS ht PARIS.

Virgile, le n>i Nnbm lioil uiosnr, i|ui se prenait de qt eielle nvec des humines armés ; puis, venait la Sibylle; cl enfin , après la procession, commençait In messe.

Tous les acteurs avaient leurs costumes, leurs attribut* particuliers ; ils étalent tenus de prononcer des paroles relatives au» personnages qu'ils repiésentnient, toutes empruntées des anciennes (tentures. Tout se disposait dans la nef de l'église, au centre de laquelle était un fourneau, image de l'enfer. On y brûlait du linge et des étoupe*.

Tel était le spectacle que le clergé de Rouen donnait dans la mf de son église, et dans les rues de cette ville, spectacle nommé l'été des dne* [Ftitum asinarum

• l.'abbé Jean Roussel , surnommé Marc d'Argent , (m on 1 regarde avec justice comme le restaurateur de celte maison, » entreprit d'élever la magnifique église que l'on y voit aujour- « d'hui, et qui fait l'admiration de tous les connaisseurs *. »

l e- fondements furent jetés le 95 mai 1319. On commença par le chœur; et l'abbé Marc d'Argent vit avant sa mort les travaux poussés jusqu'à la croisée ; ils se raient iront un peu tout MS toectSMOn , et l'on employa près de cent cinquante ans a bèllr la croisée et la moitié de la nef; le jubé est dû au cardinal d'EtOOterflle ; le reste, jusqu'au grand portail, ne fut achevé qu'au commencement du in* siècle ; enfin, le portail et les deux tours qui devaient l'accompagner ne fuient • ntrepris que plus tard. Mais cet ouvrage est toujours demeure imparfait.

l a longueur de cette église, depuis le fond de la chapelle de la Vierge, derrière le chœur, jusqu'au grand portail, est de 418 pieds 8 pouces, c'est-à-dire, de près de 0 pieds de plus que la cathédrale; la nef a 244 pieds; le chœur 103 ;el là chapelle de la Vierge 62, sans compter un espace de h ou pieds, comprit entre le chœur et cette chapelle.

« Aux extrémités de la croisée sont ces vitraux qu'on nomme o roses; elles furent finie* eu 1439: celle du midi par Alexandre « Rerueval, maltre-maçou, et l'autre par son apprenti. Celleci ci ayant été jugée plus belle et plus hardie que la première,

• le maître en conçut tant de dépn et de jalousie contre son « élève, qu'il le tua, dit-on, sur-le-champ. »

On admire dans cet édifice plusieurs parties dessinées avec beaucoup de goût, et exécutées a\ec délicatesse : telles sont les galeries qui régnent autour de cet édifice, el la tour qui s'élève, au-dessus du comble, de la hauteur de i no pieds, et, au-dessu» du pavé, de celle de 340 pieds.

I.'abbaye de Saint-Ouen jouissait, de temps immémorial, d« plusieurs prérogatives : autrefois chaque Archevêque, nouvellenu ni élu. avant de prendre possession de son su : hait à l'abbaye de Saint-Ouen. Le lendemain il en partait nu-pieds, précédé de tous les religieux en chapes, l'abbé a sa droite, et le prieuré sa gauche. A I entrée du parvis de la cathédrale, où II rencontrait le clergé de cette église, l'abbé, adressant la parole aux chanoines, leur disait : a Sous vous le donnont vivant ; vous

• nom le rendrez mort. »

En effet, après la mort de l'archevêque, le chapitre portait à l'abbaye son corps, revêtu de ses habits pontificaux , et environné d'autant de cierges allumés qu'il avait gouverné d'années. U« religieux allaient au-devant ; et le doyen du chapitre, adressant la parole au prieur, lui disait : Fou* non* l'avez d-nné vivant ; nous voue le rendront mort. Demain , répondait le prieur, noui toujt le rendons ici à la mtme heure. Les chanoines venaient, en effet, le lendemain reprendre le corps, pour célébrer ses obsèques.

En dehors de la ville, sur la Montagne-aux-Malades, était l'église du prieuré de Saint-Jacques, sur la montagne de Sainte- Catherine, celle de Saint-Gilles, qui servait de paroisse.

Le prieuré de Saint-Jacques fut, dès le xn* siècle, destiné aux lépieux qui y abondèrent.

Tous ces malades étaient logés dans diverses maisons éparses, sur la hauteur ou sur le penchant de la côte. Dans la suite vingt ou vlngt-et-une paroisses de Rouen, surchargées de lépreux, se réunirent et formèrent un fonds qu'ils abandonnèrent aux chanoines pour prendre soin de leurs malades. Dès lors, la montagne ne porta plus que le nom de M»nt au.r-!Ualades.

Sur la montagne Sainte ( alhtrine. fut aussi un couvent de Chartreux, fondé en 1384, sous le titre de la Rose- Sutre- Dame.

• \oret Glotsnn de D<K«n((, «u mot Futum ■•ntoruin, col. »1» < Dupi«**i*. Dutriplwn i, U //„„(, -\ormêndit, lom il, p. It

Près de ce couvent, vers l'an 1010, avait été fondée l'abbaye de Sainte-Catherine, sur la montagne qui en prit le nom ; les bâtiments de cette abbaye furent rasés en 1497 Comme les religieux n'avaient plus d'habitation, mais conservaient cependant quelques biens, ils se retirèrent dans l'ancienne léproserie de Qucvlllé, qui leur fut cédée en toute propriété. Quelques années plus tard, les Chartreux traitèrent avec les religieux, qui leur cédèrent la place en 166T ; ce fut là la seconde chartreuse de Rouen.

Anciennement le chapitre de Rouen avait fondé des écoles dans la ville de Rouen ; à l'imitation de la cathédrale, l'abbaye de Saint-Ouen et quelques autres communautés élevèrent aussi des écoles, et, en qualité de fondateurs, jouirent aussi du droit d'y enseigner ; de là des divisions entre le chapitre el l'abbaye. Le chapitre entreprit de faire fermer toutes les écoles autres que les siennes ; on s'occupa beaucoup de part et d'autre de cette dispute; et les études furent partout négligées.

Il y avait à Rouen un hôpital ou collège, dit des Bons-Enfants, fondé, en 1368, pour un petit nombre de pauvres étudiants ; la ville qui voyait enfin la nécessité d'avoir uu collège dans les formes, en 1.136, s'appropria cette maison, en chassa les Bons- Enfants, et y transféra les écoles de Saint-Ouen, qui l'emportaient alors sur toutes les autres.

On trouva ensuite plus convenable à l'établissement projeté une maison dite i Uâpital-du-Roi, fondée, en 1278, pour des pèlerins. Del U lies-patentes, de l 566, donnèrent cette maison à la ville, à la condition d'y établir un collège, dont le pnnei- ' pal el les régents seraient à la nomination de l'archevêque; et ils transférèrent l'hôpital dans l'ancien collège des Bons-enfants. Les chapelains de l'Hopital-du-Roi s'opposèrent à ce changement : on | laida; et la vocal-général eut beau invoquer l'utilité publique, prétendre que ■ soient bien veus leurs « comptes) des apelains), il ne se y trouvera qu'il ait été fait une seule « lexive pour les povres, ains seulement pour lesdits chapelains « et leurs chambrières. >» Le parlement eut beau adjuger 1 hôpital à la ville : lesehapelains restèrent en pied Mais les jésuites se présentèrent soixante-dix ans plus tard ;et, comme on sait que rien ne résiste aux jésuites, ils obtinrent ce qu'une ville entière n'avait pu obtenir : l'expulsion des chapelains de leur hôpital. Le parlement s'opposa à ce nouvel ordrede choses, qui privait les chanoines d'un droit qu'ils regardaient comme acquis pour eux.

L'archevêque, au contraire, favorisait les jésuites. Il écrivit au chapitre « qu'il avait cette fondation ejctrement à cœur; qut « son honneur y était intéresse '; qu'en cas d'obstacle ou de • refus, il était entièrement résolu d'y employer tout le crédit « qu'il avait au près du roi pour en venir à bout, s Le corps de ville fil cause commune avec les chanoines, pour repousser les jésuites. Le roi lui écrivit à ce sujet ; les échevms répondirent que, d'après leurs anciens registres, c'était au chapitre à disposer des écoles; mais en vain les chanoines et la ville réunirent-ils l.-urs efforts; le cardinal-évéque, en 1583, acheta ce qui lui restait à , acquérir de I hôtel du grand Maulevrier, derrière l'abbaye de Saint-Ouen, et en fit don aux jésuites. Bientôt la ville et les chanoines eux-mêmes se rendirent; et les jésuites arrivèrent a leurs fins, après vingt-trois aus de chicanes et de difficultés.

Trois ans après, en 1595, les jésuites furent chassés de France, comme complices de l'assassinat tenté sur la personne de Henri IV par Jean Cliatel, et leur maison donnée, par ce roi. à la ville de Rouen, avec pouvoir d'y ériger un collège, tel qu'elle le jugerait à propos. Mais, au bout de cinq ans, la ville n'avait encore pu trouver que 588 livres pour fournir aux frais du nouvel établissement1. Les Jésuites furent rappelés: leur maison leur fut rendue: et bientôt elle devint l'une des communaults les plus florissantes de la ville; les jésuites eurent des lave- MU les officiers de la ville, des prieurés, des amendes du bailliage, du présidial et des autres juridictions de Rouen ; une panie des octrois de la ville, des économats, etc., etc. a Avec ces secours, dit a Ouplessis, les jésuites ont élevé de grands édifices, tant pou a leur communauté que pour le collège; Ils ont abattu des mai- « sons voisines, pour étendre leur enceinte, et bâti une trest belle église. » Ce n'était pas très- difficile.

Lcsjé uitese irenl une autre maison à Rouen, fondée, en t BO«, s', us le titre du Noviciat, parce qu'elle était consacrée au noviciat desprétrea.

i Archnti d* p irlemini it flow».

# HISTOIRE W.> ENVIRONS l>K PARIS.

BIXIKMK PÉRIODE.

Rnum fut, pendant la révolution, érigé en cbcf-lieu du département de la Seine- Inférieure. Cette ville, avec toutes celles de France, partagea l'enthousiasme que la révolution et l'amour de la liberté firent naitre dans toutes les Ames généreuses. Aussi la voit-on, à l'occasion du serment prêté par Louis XVI à la Constitution, Justement empressée à manifester sod patriotisme, faire lire au prône de toutes les paroisses le discours prononcé par le roi dans cette solennité, faire chanter, au bruit du canon du Palais, au son de toutes les cloches, un Te Deum solennel d'actions île grâces. Aussi voit-on toute In ville illuminée en signe de réjouissance d'un événement qui semblait devoir Axer le sort de la France nouvelle1.

Mais bientôt et lté joie fut, à Rouen comme dans toute» les viles de France, troublée par les manoeuvres desagents étrangers : des émeutes y éclatèrent dès 1789 : le manque de subsistances en était le prétexte ; elles furent facilement apaisées, et n'eurent aucune suite fâcheuse. Plus d'une fois aussi les habitants de Rouen se soulevèrent contre des actes coupables, trop souvent excités par ceux qui s'en plaignent le plus aujourd'hui.

Ce n'est pas Ici le lieu d'examiner quelles causes amenèrent la fameuse journée du 30 juin 1791, qui ébranla le tronc de louis XVI; ce qu'il nous importe de «lire, c'est que les habitants de Rouen, qui avaient été des premiers, lors de la fuite du roi, a témoigner leur dévouement a l'assemblée nationale', nu 20 juin suivirent une voie tout opposée.

Quelques troubles s'étaient élevés dans le département ; ils avaient été apaisés, lorsque le 30 juin fut l'occasion d'une adresse individuelle des citoyens actifs de Rouen à l'assemblée législative ; dans cette adresse, on lisait ces mots remarquables : a que la joie insultante de nos ennemis ne soit plus provoquée « par l'accueil qu'on vous a vus faire aux perfides conseils d'un « faux patriotisme, dont les agents soudoyés s'efforcent de vous « faire perdre la ligne de la Constitution *. •

Cette adresse fut suivie, au mois de janvier 1 703, d'un mouvement contre-révolutionnaire qui troubla, pendant quelque temps, la tranquillité de la ville ; voici ce qu'on lit dans le .Moniteur: Deux députés, un officier municipal et un officier de la garde nationale de Rouen vinrent à la barre de la Convention, le 13 janvier, rendre compte des derniers troubles arrivés dans cette ville. « On y a compté, diseut-ils, jusqu'à huit mille cinq « cents prêtres réfractaires et quinte mille aristocrates; des a journalistes ont corrompu l'esprit public. Ces jours derniers, « un ci-devant avocat au parlement, nommé Omont, a fait a signer, dans sa mai -on , une adresse séditieuse ; et dans a cette maison, on a crié : Vite U Roi! et au diablt la repu « blique ! Ce rassemblement était de deux mille hommes.

« l.e lendemain, ils se sont réunis; ils ont scié l'arbre de la « liberté, arboré la cocarde blanche et arraché la cocarde a tricolore à des patriotes; ils en ont fiappc plusieurs. On a « battu la générale ; il s'est encore trouvé dans la ville de Rouen « plusdedeux mille bons citoyens; on a arrêté quinze séditieux'.»

Une lettre du conseil général de la commune de Rouen confirme tous les faits annoncés par tes deux députés.

L'arbre Je la liberté fut replanté; on en éleva même deux .m lieu d'un; l'un des deux fut renversé pendant la nuit du 13 au 13 janvier; eependaul plusieurs personnes furent arrêtées , et tout rentra dans l'ordre ; les administrateurs du département font remarquer que . parmi ceux qui ont été dénoncés ou pris, il se trouvait beaucoup de domestiques, cochers et garçons de cuisine des ci-devant noble*1.

Le jeudi 30 mai, deux députés vinrent exprimer à la Convmtion l'indignation des habitants de Roueu contre l'asservissement dans lequel la commune de Paris, dirigée par l'étranger, la tenait plongée. « La puissance la plus sacrée qu'un peuple a puisse former, disaient-ils, délibère ou milieu des vociférait lions de cannibales et des ageiitsde Piltetde Cobourg. » Deux jours après eut lieu la catastrophe qui bannit de la Convention tout ce qu'elle renfermait d'hommes vraiment libres, et qui ouvrit

* jjiatfmr d« i» «ni tentée mo.

* JTimilfvr, <T«I, numffi.s 1 7» «t 179 > Jfo»i<«ur, 1791, iiutntro ISS.

4 BTmt'tevr, I79S, numéro tt.

* Letlru dr« asminiMnuari au aeparicmcai sa I» Stioe-lofcruuir, Moni-

ovmtro 1 1.

la vole au machiavélisme infernal des agitateurs de la France.

Plusieurs fois encore les subsistances donneren lieu A des troubles dans la ville de Rouen; mais ces événements se reproduisaient partout: plusieurs individus auteurs ou accusés de ces troubles furent condamnés à mort.

Le St mars 1795, la commune de Rouen demanda à la Convention la punition des partisans de la Terreur, et des secours en grains, a La révolution du 9 thermidor, disait-elle, a lavé

a la tache imprimée au nom français Grâces immortelles

u vous en soient rendues ! C'est en détruisant le règne infâme a de la Terreur, que vous avez produit ces miracles; c'est beauaï coup pour votre gloire ; ce n'est pas assez pour notre boua heur. Les tyrans que vous avez abattus, ceux dont vous « avez soumis la conduite h l'examen de la justice nationale, a ne sont pas les seuls auteurs de nos maux. Ces m<>it>lres « avaient organisé une armée formidable qui , disséminée sur u tous les points de la république et investie de tous les pou- « voira, répandait en tous lieux la terreur et la mort

« Légi-lateurs, nous demandons justice de ces infâmes

a Tant qu'un seul de ces monstre! habitera le même sol que « nous, il n'y aura ni bonheur, ni liberté...:.

a Législateurs, c'est pour eux-mêmes, c'est pour leur propre

a sûreté que nous sollicitons leur punition Il nous suffit

a qu'un' exil éternel les sépare de nous, qu'ils aillent loin de a. la terre de In, liberté dévorer leur remords et le soutenir de

• leurs forfaits Vous avez puni Robespierre; ferez-vous

« grâce à ses complices et à ses agents? Ne le furent-ils pas,

■ ceux qui préparèrent les degrés du trône sur lequel le monstre « était près de s'asseoir ? Ne le furent- ils pas, ceux qui, p< na dant quinze mois, ont fait rétrograder la révolution dans l'es-

« poir de l'anéantir T Ne le furent-ils pas, ceux dont l'im-

« pudente jonglerie préconisait le règne de la vertu en profes-

■ sant le crime; la liberté, en fondant l'esclavage ; l'égalité, a en dominant en satrapes; la sûreté individuelle, en peuplant c les cachoU ; la propriété, eo volant les citoyens; la fratera nité, en provoquant les délations du frère contre la soeur, a du père contre le tils, de la femme contre l'époux* Ne le c furent-ils pas, ceux d'entre eux qui, magistrats imbécile» au-

• tant qu'inhdèles, ont, par leur impéritie, exposé Lan dernier a le peuple a périr de famine, et dont la coupable imprévoyan ee « nous livre cette année aux mêmes dangerst Ne le sont-ils « pas encore aujourd'hui , lorsque, pour rattraper leur puis- « sance anéantie , ils se si rvent de la disette, dont Ils sont le» « auteurs , pour porter le peuple à l'insurrection, le soulever a contre vos décrets et allumer la guerre civile*.... Justice! a représentants , justice! nous ne cesserons de la réclamer a qu'après l'avoir obtenue1, s

Quelques jours plus tard, une lettre du comité révolutionnaire de Rouen annonçait que la maison commune avait été assaillie par un attroupement fort nombreux, et que ce n'était

3 d'avec peine qu'on était parvenu à rétablir l'ordre: de» cris e vive f« roi s'étaient fait entendre, et n'avaient été comprimés qu'à force d'énergie.

Le représentant du peuple envoyé dans le département de la Seine-Inférieure, Dnport, écrivait aussi: a Elle est enfin « calme , citoyens collègues, cette grande commune que, sou» a des prétextes de besoins, les ennemis de la république avaient

« cherché à agiter Si vous n'avez à venger aucun attentat

« consomme sur la personne de l'un des membres de la Cou- « vention nationale, le mérite en est a quelques citoyens, dont

■ l'énergique dévouement a d'autant plus lieu d'étonner, qu'or- « dinairement on ne doit pas l'attendre de leur âge. a

Cependant, la commune de Rouen fut réellement menacée de famine; et, le 1 4 avril t ::>■>. le commandant militaire .!< Rouen écrivait : « J'ai été légalement requis de me porter dans

a cette commune à la tête de deux cents dragon» J> #sui»

a arrivé le 18 courant (7 avril), et U était temps Je nm

a de recevoir à Rouen un renfort de cent cavaliers ce qui

a a produit un tres-bon effet : le calme est entièrement rétabli; « et je m'occupe, à ce moment et sans relâche, à réorganiser a la garde nationale, de laquelle un homme intelligent et paa triote peut tirer un bon parti. J'assure, par tous les inovcm

. p ,,Mhle..,, l .irnwige des subsistances Maigre la disette

« terrible qui existe à Rouen, j'ai pris des mesures tellement

' Moniteur, «a m, aumtro 4 93.

4 44 HISTOIRE DES ENVIRONS UE PARIS

■ prompte» et certaines, que je puis vous assurer que les con- « vois pour Paris passeront librement. »

Le commandant militaire se trompait, et, le 11 mal, le représentant Casenave, qui avait remplacé Duport à Rouen, écrivait à la Convention : «Quinte des scélérats, auteurs de» « brigandages exercés sur les subsistances principalement des- « tinees pour la commune de Paris, sont déjà arcétés. »

Dans le mois de juillet, éclatèrent au spectacle des désordres, suscités par ces hommes qui ne se vantaient alors d'avoir été persécutas que pour devenir persécuteurs à leur tour. ■ L'hor- « reur, que dolvi m inspirer aux vrais amis de la justice et de

■ la république les hommes de sang, disait Cascnave, sert de « prétexte aux factieux modernes qui entraînent dans leur

« parti des citoyens qu'ils trompent, en les aveuglant, à la « faveur de ces idées dont ils frappent les esprits crédules et « bornés, de manière à leur faire entendre que la Convention « et les comités du gouvernement sont disposés à rétablir le • terrorisme. De telles absurdités ne rapprochent que trop de « leur but les espérances de nos ennemis. »

Cependant, après ces crises réitérées tant de fois, Rouen jouit enfin de quelque calme ; mais ce calme ne fut pas long. Le 30 décembre de la même année, eut lieu à Rouen un pillage organisé ; mais aussi il faut dire que l'état de la misère où la ville était réduite pouvait bien faire excuser lu pillard*, « Le peuci pie, dit le Moniteur, a payé le pain 50 sous la livre. Deux « bateaux de navets ont été aussi pillés. Les pillard? en ont

Écltsc de Montmorenn

• fixé le prix à 10 livres le boisseau; ils ont aussi taxé la mi- « nette de [tommes de terre à 10 livre*. Reaucoup d'entre eux, « d'ailleurs, ne se sont pas donné la peine de payer. Le pil— n Ki.i . suivant de nombreux propos, a commencé, parce qu'on « avait porté subitement le prix des pommes de terre de îo à a 35 li\res. On força aussi les marchands de beurre d'en déli- « vrer à KO et même 30 fr. la livré (en assignats). »

Dans les années suivantes, plusieurs arrêtés donnèrent à Rouen des marques de la bienveillance des divers gouvernements qui se succédèrent; elle eut, en l'an ix, une bourse de « ommerec , en l'an xi, un lycée. Un arrêté de la même année établit un entrepôt dans ce port. Un conseil de prud'hommes y fut aussi établi en IH07; et. l'année suivante, la banque de France y fonda un comptoir. Napoléon, en 1809. donna la plupart des tableaux qui composent le musée de Rouen, au nombre d'environ deux cents. Bientôt après eut lieu l'ouverture publique du salon et de la bibliothèque de la ville.

Dès lors Rouen partagea le sort a peu près commun a tontes les villes de France : d> s troubles y éclatent de loin en loin ; mais ils *ont aussitôt rt primés que connus, et nous ne voyons, dans l'espace qui nous reste à parcourir, qu'un seul fait digne d'être noté : c'est la construction d'un pont en pierre destiné à remplacer celui de bois.

Ce pont, commencé depuis longtemps, fut abandonné quelque temps, et repris en 1821. Cette année, le conseil général de la Seine-Inférieure vota une somme de 600,000 francs, payable en sept minées ; le conseil municipal de la ville de Rouen y consacra 900,000 francs, et l'administration des ponts et chaussés s'engagea à pourvoir au surplus des dépenses. Les travaux sont encore loin d'être achevés.

DMCBIMMM.

Nons avons déjà parlé de l'heureuse situation de Rouen, de la beauté des campagnes qui l'entourent ; nous avons donné une idée de ce que fut la ville jusqu'au temps de la Révolution; il nous reste à jeter un coup d'œil sur son état actuel, à faire connalirc les nombreuses modifications qu'elle a éprouvées depuis cette époque.

Les couvents, les moines ont disparu, et avec eux l'oisiveté et les vices qui en sont inséparables. Sa population, d'autant plus industrieuse qu elle est assurée de jouir du fruit de ses travaux, s'est accrue; les nombreux et inutiles monastères ont donné naissance à d'immenses ateliers; la richesse circule plus librement, et la ville offre un aspect tout nouveau; l'industrie s'y élève chaque jour sur les ruines de la superstition.

Rouen est compté aujourd'hui parmi les premières villes

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

manufacturières de France. SI les produits de ses fabriques ne peuvent pas toujours soutenir la concurrence a»ec ceux de quelques autres lieux , du moins leurs prix moins élevés en augmentent-ils considérablement la consommation ; d'un autre coté, le port >ie Rouen est comme l'entrepôt de toutes les denrées provenant des départements méridionaux de la France, disiinées pour la capital'-, et même souvent des denrées coloniales qui. de là, remontent la Seine jusqu'à l'an-.

Cependant on ne voit point, en parcourant les rues de Rouen, cet air d'opulence, ces somptueux hôtels dont se glorifient or- <1-n:i:r. tn« ut 1rs villes qui possèdent des souverains dans leurs murs; mais aussi on n'y voit point I affreuse misère, trop commune dans les capitales; car, là où sont 1rs bl indes fortunes, là est la grande misère ; là où les heureux privilégiés abondent, là aussi le grand nombre est malheureux :

c'est une conséquence nécessaire.

Rouen, éloigné de l'atmosphère des troncs, est plus rapproche de cette égalité qui peut seule assurer le bonheur de tous.

Sous le rapport physique, il est facile de sentir que la ville de Rouen a dû aussi éprouver de grands eh n»emenls. Ses loitilleations détruites, ses fossés totalement combles lui donnent une physionomie toute différente de celle qu'elle eut Jadis.

Dans l'intérieurde la ville, ladestruclion de beaucoup de monumentspu- Wlcsqui étaient devenus inutiles ■ concouru aussi i rendre le changement plus frappant.

Les principaux monuments détruits pendant ou depuis la Révo'ution sont un (rrand nombre d'églises et le Vieux-Palais-, mais ses promenade*, le pont de bateaux, les fontaines, les halles, la cathédrale, l'église Saint-Ouen, le >ardin botanique sont conservés ; le quai est embelli , et un pont de pierre, comme je l'ai déjà dit. est en pleine construction.

La prommade la plus remarquable d>* Rouen est celle qu'on nomme le Grand-Court; planté pour la première fois, en 1660, il fut abattu il y a près d'un demi siècle, dans un moment de disette de bois, et replanté tel qu'on le voit aujourd'hui. Ce cours offre l'une des plus bellrs et des plus agréables promenades de France. « L'o?il y contemple avec plaisir le canal du ■ fleuve, bordé de hêtres de la plus belle verdure, couronné par « la roche de Sainte-Catherine, les cotes de Bonsecours et la a chaîne de montagnes qui semble se perpétuer à perte de vue.

Église Saint-Maclou à Pouloise.

a A droite, une longue mite de prairies qui se prolongent à • l'horizon , et le village de SoMcville. dont les maisons et le « clocher , de forme assez pittoresque , occupent agréablement « la vue; tandis que In rive gnuchcse prolonge ornée de jolies ■ maisons de plaisance et de diverses manufa turcs1. » Le Grand-Cours est une promenade très-fréquenlée et bien digne de l'être.

Peu de places à Rouen méritent de fixer l'attention ; plusieurs sont décorées de fontaines. En général, la ville de Rouen est bien arrosée: indépendamment de la Seine et d»s deux pe'iles

rivières de Robec etd'Aubette.qui la baignent ou la traversent, les fontaines y sont au nnmbrede trente-cinq.

La plus remarquable est celle qu'on nomme Fonlaint -de- Lt lieux.

Cette fontaine de forme pyramidale et de style improprement appelé gothique, représente le Parnasse j les Muses décorent dans toute sa longueur cette pyramide, que couronne lecheval Pégase.

La partie inférieure de la fontaine offre une cuve qui en reçoit les eaux très-abondantes et qui passent pour les plus saines de la ville * : on ne suit point à quelle époque fut érigée celte font ai ue.

La fontaine dite 'de la Purrlle est élevée sur le lieu du supp'iee de Jeanne d'Arc, a l'endroit où se fit l'exécution. On vit d'abord, au milieu de la place, la statue de cette fille célèbre, enfermée dans une espèce de lanterne formée par de petites colonnes. Ce premier monument fut démoli dans la seconde moitié du dernier siècle, et remplacé par une

fontaine moderne d'assez mauvais goût , surmontée d'une statue de peu de mérite.

Parmi les objets d'utilité publique, on distingue les halles et marchés, et les différents hospices de Rouen : ces hospices ne sont plus qu'au nombre de deux : l'hospice d'Humanité, autrefois l'Hôtel-Dieu. et l'Hospice Général, nommé aussi Bureaudes- Pau vres-valides.

Le premier se compose de deux autres hôpitaux réunis; ses bâtiments sont considérables : il est destiné à reevoir les malades inJigenta. Ca établissement, situe pi es de ta porte Cauchoise, a l'extrémité de la ville , en est séparé par de grands

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Vi>DiMurlr«. — lu|. Pinot fivrr», L«scft«» el Cumf,

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i ; dans l'Intérieur de ce bol édifice est éta- ■fftMllipl 0.1 Chatrau-d'Kau «qui remles divers réservoirs établis dans tous les i cette maison, qui, au moyen de tuyaux de plomb, « procurent de I eau avec abondance d'ans toutes les nulles de» malades, et y entretiennent la propreté et la salubrité, si

« ptit matin et soir les « locaux de i

• nécessaires dans de pareils établissements. • L'Hospice Général est destiné à recevoir les pauvres valides,

les enfants trouves et les personnes ègéea des deux s*-x<s, de même que les aliéné» : on y entretient , dit-oo, plus de trou mille personnes.

Le Collège-Royal de Rouen est organisé comme le sont tous les collèges de France. 11 occupe l'ancienne maison des Jésuites, fondée par Henri IV.

Il existe aussi i Rouen une académie dépendante de l'Université de France, qui a son recteur et des professeurs distincts des professeurs du collège. On y fait des cours publics de botanique, de chimie npplquéc aux arts, mais spécialement i l'art du teinturier et aux autres ans industriels; un cours de dessin et de peinture appliqué au s arts libéraux et aux arts industriels'.

On y trouve aurai une académie des ;ciences. belles-lettres et arts, une société d'émulation pour le progrés des sciences et des arts, et une société de commerce.

Au Jardin-des-Plantes de Rouen se fait aussi un cours public de botanique.

La cathédrale est un monument très-remarquable; nous en avons décrit l'architecture : nous ne reviendrons pas sur ce point, resté le même à l'exception de la grande flèche élevée sur le milieu de la croisée; elle a été frappée et Renversée par la Coudre le If septembre 1829, et r< construite beaucoup plus élégamment dans l'année I8J4, d'après les destin* de M. Alavoine, architecte '.

A l'intérieur, une chapelle surtout est digne d'une mention particulière: c'est la fameuse CkaptUt dt la Vingt, située derrière le chœur.

a C'est dans cette chapelle, dit l'auteur de l'itinéraire de « Rouen, que se trouvent les choses les plus curieuses. Le mat- « t r-oulel est ornée d'un tableau magnifique de Philippe de

• Champagne, représentant C Adoration det b*rgrr$. Cet ou ■ vrage, regardé i juste titre comme on des chefs-d'œuvre de « cet habile peintre, mérite l'attention des amateurs : tout est « parfait dans ce tableau, m

A droite, à côté de l'autel, e t placé re tombeau des deux cardinaux d'Amboise. Ce monument du xvi* siècle intéresse par sa composition et ses sculptures.

Sur ce cénotaphe sont placées à genenx les statues des deux cardinaux d'Amboise, l'oncle et le neveu, archevêques de Rouen; au-d«s<us de b ur téie est une statue équestre de saint Georges en marbre doré. Toutes les vertu» qui caractérisent la vie de ces prélats sont représentées par de pîlites figures en marbre blanc, a On peut remarquer, dit l'auteur précite, que ce beau « monument oflre les «brûler* efforts du genre gothique, e\pi- « rant pur l'alliance d'un genre d'arabesques de bon goùl, qui « pié>ageait la résolut on subite qui s'opéra dans les «ris sous

• le règne de François I». »

De l au re coté de la même chapelle est un autre tombeau ; relui do grand-sénéchal de Brexé, gouverneur de Rouen; la liguic nu.; du sénéchal est couchée sur le tombeau de marbre noir. Celte figure est très-lHIe, nmis un peu dégradée: ( opinion la plu» générale l'attribue à Je m Goujon.

Dans son ensemble, le tombeau du sénéchal est d'une bonne architecture, on y reconnaît le goût du sièile de François l". Il < st composé d un attique en mai bre, soutenu par quatre colonnes de même niHlière, cannelées et d'ordre conuthien.

Ce gouverneur y est aussi représenté avec sou armure et monté sur un cheval richement caparaçonné. « Au-de sus cl au « milieu du tombeau, dit M. Lrcarpentier», on vovnit la figure

e en pied du séuécbal Elle a été enlevée. • Aux deux côtés

sont deux figures de marbre blanc : relie de droite représente la nourrice du séné lui le tenant dans ses bras; celle de gauche, la duchesse de V alenlinois, plus connue sous le uom de Diane de Poitiers, sa f. inme. en habit de veuve.

en

• ***** U »r»v«r» qari la rrpreumM Irll* •«'•*( rnn i «VUilf de M tl ««Iran ion ri ér u rrwaariliaa, If > | Irmhrt ri 10 a,rj/ <S«t.

lahM.iiaH||> t4.

ItellSi

On croit que ce tombeau fut él. vc, sur les dessins de Jean (>ousîo, p<si orilrc tl* iM-isiP-

Knte les deux cénotaphes >c trouve, sou» une tombe Iréssimid,., le corps du carJin.il Cambaccrés, archevêque de Rouen, mort en ikih.

L'église de Saint-Ouen, religieusement conservée, est sans contre. ht le monumpiil le plus curi ux de Rouen. L'extérieur et|i nl.'int laisse heaueoup à désirer: comme nous l'avons dit. I t façade ne fut iamais terminée ; mais l'édifice est couronné d'une tour lini'sant en forme de couronne; celte tour est. comme la principale flèche de 1 1 cathédrale, portée par les piliers furmiiitt la croisée, ce qui donne à l'entrée du chœur beau nuppliis d'élévation qu'an (teste de l'église Partout i I extérieur de l'église, 5e retrouve la même forme p\ raïuî laie. Le povtail de droite de la croisée nfTre des sculptures et des ornements d une légèreté extraordinaire.

Mais t inté ieur de e^tte église intéresse les amateurs des aits et des antiquités. Kn entrant, on est frappé de l ot s unte qui domine dans l'édifice; cette obscurité n est contrariée que par les viliaux, dont les peinture» sont remarquables. On admire la léïsèrelé et l'élégance des colonnes soutenant une voûte trèsélevée. « Ce superbe é<h liée , dit M. l ecarpentier, se eontpM « d'une nef dont la voûte, ornée de culs-de-l impe, est sou e- « nue par de hautes arcades terminée eu ogives, les nielles ne « se trouvent point coupées par une galerie comme à la calhé- « drale: un seul tût de eolonneevlrémeineiit léger s'élève depuis a la ha^e jusqu'à -a corniche ou galerie de la voûte; la nef « est cnmposie de deux ailes beau ou p plus étroites, dont les a voûtes, moins hautes que la partie du milieu, se terminent à « la hauteur des arcades, a

Au-devant de cette église est une vast- place; le bàlimentdes religieux sert aujourd'hui d'hotel-de-ville. de musée et de bibliothèque. Leur jardin est rendu publie depuis quelques années.

Un mot sur un outre monument non moins remarqi o p son élégante architecture, je veux parler du Palait-dt ■„ .. * bati sous le régna de Louis XII. qui. comme nous l'avons vu, fixa l'échiquier * Rouen ; cet éd.tice ut achevé en H9i>. « Ce

• vaste bâtiment, d'un gothique extrêmement délicat et très- « hardi dans son exécution, mérite toute 1 alcntion des amaa leurs de ce genre d'architecture quia beaucoup varié suivant

• les différents sic des » tlnpraitunt au tcrqps qu'on appelle >e passage à un meilleur goût d'architecture.

On y remarque surtout les lucarnes ou croisées du comble, ainsi que la tour appelée U cabinet doré: on peut dire qu'en général ce palais est un des plus beaui monuments de son époque.

Dans l'intérieur, La salle qu'on nomme la talle det procureur* ou pu* perdm» est remarquable par son étendue; sa longueur est de cent solxante-aix pieds sur cinqu mte d large.

Le commerce de Rouen esrt très-éten du ; les pro tuits de >cs fabriques nombreuses rélèvent au rang des premiers vill s manufacturières de France. Ces produits, surtout C nx connus so s le nom de roveunenV». sont rép in lus dans une g- ande partie de l'F.uropej et même au-delà. Sa population asl évaluée a il J.uls habitants. Cet état prospère dédom nage ara;d rn nt les habitants de Rouen de la privation du privilège de la Fterle- Saint- Romain, delà Féte-des -Anes, etc.

BIOGEAPRIE DtS PKBSON.'VAGKS CRLCBBE9.

La Normandie, aux différentes époques de notre histoire, a produit des hommes dont les noms sont dignes de passer honorablement à la postérité. La ville de Rouen, sa capital", cul uoe paitcun-ideralile i cette illustration. Voici, sur les principaux hommes que cette villejieut segloriQer d'avoir vus naître dans sou sein, une notee succincte.

Deux frères, P, erre H Tkomat Concilie, tracèrent des routesnouvelles a leurs suecesscuis, et signalèrent l'aurore de la belle littérature en France : le premier surtout, nomme \t grand Corneille, éiineclant de génie et de verve, fera à jamais La gloire du théâtre français.

Un de ses amis eut l'imprudence de l'introduire chex sa maîtresse; Corneille lui plut, et fit oublier l'ami introducteur. ïi«ip, i: d'un changement aussi prompt, il résolut de la mettre en scène, et il composa Milite, sa première comédie, qui , tout Imparfaite qu'elle était, obtint à la - 1 rés -uUUou tr

H1ST01RK DES ENVIRONS DF PARIS

traordinalre. Bientôt Corneille prit an vol plu* élevé : il enfanta U CM Richelieu, ja'oux de toute espèce de gloire, • en fut « aussi alarmé, dit Fnntenetle, que s\l avait vu les Espagnols « devant Paris '. • Il forma et diitgc* une lieur eonir» cet ouvr»ge trmrtnttel : par son ordre, l'Académie fit une satire contre 1$ Cii; mais vaine* attaques I Richelieu et l'Académie eurent beau faire : le de»pntiime ne put aller Jusqu'à enchaîner l'admiration qui éclata de tente part en faveur d'un homme qui créait à la toi* la tanme et le théâtre, qui donnait des modèles de tragédie dans /* CM, dans U$ Harmet», dans Ci»*a, dans Poliftmeu, qui, peut être, par mm UemUur, luspire le geuie de

r ôtirent»*, nevea de CorneiDe, naquit à Rouen, en IBM ; il

vécut i Tés d'un siècle; sa réputation llttérai e commoça avec •on adolescence. A irrite ans. Il fit, pour tes Pallnods, une pièce rte vw latins qu'on jugea digne d'être imprimée; 4 vingt ans, il avait rfcje un nom célèbre; Fimtenelle, quoique accueilli a la cour du Récent, ne law-a jamais de prise sur lui à l'ambition. Quelqu'un lui parlant un Jour de la grande fortune du cardinal Dubois, pendant que hn n'en avait fait aucune : a C'est vrai, répondit-il ; mais aussi ie n'ai jamais eu besoin « qne le cardinal Dubois vtnt me consoler: • ( lutteurs fois le e.inlinal était venu chercher des consolations auprès de I homme de lettres. Leduc d'Orléans voulut le nemmer président prpétuel de l'Académie. « Monseigneur, lui dit-il. ne m'ôtet pas

• ht douceur de vivre avec mes égaux . a L'historiographe Daniel naquit à Rmien, en 1440, et prit l'habit de jésuite en t««7 . L'ouvrage le plos eoonu du père Daniel est sa grande Histoire de Fronce, vaste compilation sans goût, sans critique, sans bonne foi. I-outs XIV voulut É tout prix fonder la fortune de» légitimités l mais il fallait y préparer le public: le père Daniel fut charge rforomyer. dans son livre, sur les cran Is établissements des bâtards de nos rois. L'ouvrage parut; Louis XIV ne cessa de le louer, d'en recommander la lecture : il fallait le tire ou l'avoir lu. L'auteur reçut le titre d'histormgTaphe et une bonne pension. On a prétendu que Daniel n'avait fait qu'une gazette remplie de dates et de récits de bâta Iles, où Ion ne comprenait rien ; que les mœurs, les coutumes, les lois n'entraient pour rien dans son ouvrage; on y a relevé prés de dix mille erreurs. Oa'on jette les yeux sur le règne de Henri IV. par exemple. « Des manoeuvre', de guerre,

• sèchement racontées, dit V. ltaire, de longs discours au par-

• lement en faveur des jésuite,, et enfin, la vie «lu père Coton, « formeront le règne de ce grand prince. •

Rouen compte encore un grand nombre d'hommes dont les noms plus nu moins fameux pourraient frpurrr avec honneur après ceux que nous venons de citer, tels que :

Jo*rph-l$aac Btrmytr. jésuite, auteur de l'Histoire du peuple de Dieu, ouvrage où la Bible fut tiavestle en roman, vivement censuré ; fiocAort, qui se fit remarquer par une vaste érudition dans les langues grecque et orientale; le père Brmmny, à qui l'on doit une traduction du Théâtre des Grecs; Dttfoniaint», auteur de plusieurs ouvrages et traducteur de Viruile; Lamartiniire, auteur d'un grand Dictionnaire geog)rai>hique; Joutenef, peintre célèbre du tau* siècle; Prado* , poeie tragique Immortalisé par les satires de Boileau : Serein, auteur d'une bonne Histoire de Rouen; Godefroy, l'un des premiers graveur* français, etc., etc.

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