CHAPITRE II
NESLB, CHAMBLT, MfcltU, MOUT.
$1. — Hmmt.9.
Village situé sur la rive droite et a peu de distance de l'Oise, vis-à-vis l'Ile-Adara, à huit lieues et demie de Paris.
Ce village n'est guère connu qu'à cause du beau chAleau qu'on y voyait autrefois, mais qui est aujourd'hui démoli, et de son voisinage avec la ferme de taunay, dépendant de la même commune, où le poète Santeuil lit construire la tour carrée A trois étages, qui existe encore.
Santeuil était un homme extraordinaire; il ressemblait à ceux dont une imagination ardente domine le jugement. Elevé par les jésuites. Il entra, à l'âge de vingt ans chez les c'ianoines réguliers de l'abbaye de Salnl-Vlctor ; Il rendit bientôt son nom fameux dans la poésie latine; mais, comme sa muse semblait choisir de préférence des objets profanes, Bossuct le catéchisa; il promit de ne plus chanter que sur un autre ton; cependant comme le naturel remportait toujours , Bossuct lui en fit des reproches. Il s'excusa par une pièce de vers en téte de laquelle il se fit représenter à genoux, la corde au cou et uq flambeau à la main, faisant une espèce d'amende honorable a la porte de l'église de Meaux. Arnauld mourut; Santeuil lit son éloge : les jésuites se fâchèrent ; de nouveaux vers les désarmèrent. Ses pnésies lui tirent plusieurs ennemis et lui valurent des protecteurs puissants.
Voici le portrait qu'rn a fait l.a Bruyère. ■ Concevez uu
■ bomme facile, doux, complaisant, imitable et tout d'un coup a violent, colère, fougueux, capricieux. Imaginez-vous un « bomme simple, ingénu, crélule, badin, volage, un enfant o en cheveux gris; mais pcrmett<i-lui de se recueillir ou plu- « tôt de se livrer à un génie gui agit en lui. j'o* le dire, sans « qu'il y prenne part, et comme a son innu Quelle verve! « quelle élévation» quelles image»! quelle latinité! Parles - « vous d'une même personne, me dire '-vous! Oui. du même. . a II crie, il s'agite, il se roule à terre, il se re c»e, il tonne, il » éclate' ; et, du milieu de cette tempête, il sort une lumière
• qui brûle et qui réjouit. Disons-lc sans figure : il parle « comme un fou et pense comme un homme sa^c; il dit rldi- « culement des choses vraies et follement des choses sensées « et raisonnables. On est surpris de voir naître et éclore le a bon sens du sein de la bouffonnerie, parmi les grimaces et les « contorsions. Qu'ajoutcrai-je davantage? Il dit et II fait mieux « qu'il ne sait. Ce M>nt en lui comme deux âmes qui ne se con-
• naissent point, qui ne dépendent point l'une de l'autre, qui
■ ont chacune leur tour ou leurs fonctions toutes séparées, » Sa mort fut comme sa vie, toute extraordinaire. A Dijon,
dans un repas, un prince glissa dans son verre du tabac d Espagne. A peine l'eut il avalé, qu'il fut saisi d une colique violente qui l'emporta, après quatorie heures des plus vives douleurs. On lui fit celte épitaphe :
Cl-glUe célèbre Santeuil.
Muse des foies, prtaex le deuil.
Santeuil est auteur de cette inscription fameuse qui se lisait au Chitelet de Paris :
Hic l'<rn<t> seeierum uKrices posue're tribunal ; SoKtibms unieiremor, civibu* indè salus *.
■ Tnl l« meada cannait crue epigremaa da Bailean :
Quand j'aprrçoka toi» ce portique Ce moiiic ar rtgifd fanatique, Liftint ici «m auiterieut F»Mi pour Us lial.it»»l« nu deaa.
Ouvrir au bouche effroyable, S'agiter, %e tarde* le* main*, . Il me lemble en lui »oir k diable,
Que Dieu force a tooer Ica t.4inia. ^
< Cette Inarriptioa lit itijonrd'kal aa-ctoauda la parle d'rro* des rfcae»t.i*4 du palait de JaMit» S Pari». S» valet la traduction :
Cm ici que la Loi plaça aoa |Ui.e avenue PanrMf.™ <1« enupoMe et le «lut Jn joate.
On raconte que Santeuil habitait, l'un après l'autre, les trois étages de la tour de Nesle, s'imaginant que ses idées devenaient plus heureuses, selon qu'il se trouvait ( lus élevé.
Le village de Nesle comptait autrefois 136 feux ; il forme au Jourd'hul, avec les hameaux de Verville. des Graux et la ferme de Launay, une commune d'euviron 800 hahiunls.
g II OLun.hljr.
Petite ville située sur la grande route de Paris à Beau vais, et traversée par un ruisseau, dit le Ru de Méru, à une lieue au nord-ouest de Braumont, et huit et demie de Paris;
L'histoire n'offre que peu d'événements particuliers à cette v ille, ou, pour mieux dire, aucun qui mérite de Gxer l'attention.
Elle était autrefois le siège d'une chàtellenie et d'un bailliage royal. Vers le milieu du xvm» siècle, on y comptait J57 feux.
Aujourd'hui, Chambly est connu par sa manufacture de tresses et lacets de soie, tresses d'or et d'argent, cordons et gances, par ses foires, et surtout par ses nombreuses maisons de campagne.
Celte ville appartient à l'arrondissement de Senlis. Sa population est d'environ t,500 habitant».
g fil -ItSdrw.
Méru est une petite ville située dans une vallée où abondent tes sources d'eau, à cinq ligues au sud de Beauvais, sur la nouvelle route qui couduit de cette ville à Pontoise. Plusieurs des sources dont nous parlons, forment, à Méru, un ruisseau qui peut être comparé à une pciie rivière : ce ruisseau, qui se jette dans l'Oise, prend le nom de Ru de Méru.
Sous le rapport historique on peut dire à peu près de Méru ce que nous avons dit de Cbambly : el'e est stérile en événements. I.e pavillon d'un ancien cbàttau atteste que là fut un seigneur féodal.
I.a seigneurie de Méru appartenait, au xvi* siècle, à la famille Montmorency ; et le quatrième fils du connétable Anne ajoutait à son nom patronymique celui de JfVrv. Sa vie fut en danger lors des massacres de la Saint-Barthélemi. Il fut ensuite capitaine de la Bastille, et vendit celte ch»rge en 1576. Il servait d;ln< l'armée de Henri IV, et, te trouvant au siège de Rouen, fut tué au mois de décembre 1591, dan» une sortie que fît la garnison de cette ville.
La population de Méru était autrefois de 310 fl ux. On compte aujourd'hui 2,000 âmes dans la commune qui comprend le hameau d'Agnicourt et la ferme de Boulaine.
Cette ville est renommée par ses fabriques de tabletteries; on y trouve aussi deux belles tanneries, ur.e mégisserie, une fabrique de tabac dit d' Espagne, ujie fabrique d'ouvrages en corne, une autre de bois d'éventail, etc. Il y a deux foires chaque année, et marché chaque semaine.
g iv.-nawr.
Cette petite ville est située sur la rive droite du Therain, entre Beauvais et Creil, à cinq lieues au sud est de la première, à deux au sud-ouest de Clermont, à treize de Paris.
La ville de Mouy est assez ancienne: elle eut de bonne heure le titre de comté*. Claude Louis de Van Ircy , seigneur de Mouy, admit dans sa compagnie de cavalerie le fameux Maurevei; celui-ci, en 1560, assassina son bienfaiteur en lui tirant un coup de pistolet par derrière. Alors Mnurt-vel se réfugia dans I armée catholique-, et, bientôt après, il fut chargé d'assasincr l'amiral Coligny : ce qu'il fit inr parfaitement, àlaurevel, impuni pour avoir twité le meurtre de cet amiral, ne le fut pas pour avoir assassiné le seigneur de Mouy. Ijb fils de ce brave homme, Arthur de Vaudray, de Mouy. ayant, le 14 avril 158a, à deux heur, s après midi, rencontré pr.-s de l'église de Saint- Honoré l'assassin de son père, le charge» l'épéc à la main. Maurevel, étant manchot, ne put tirer son épée, et recula, en parant les coups, jusqu'au ruisseau de la rue Saint Honoré; il (ut percé de plusieurs coups mortels. Mais, pendant qu'Arthur de Mouy s'acharnait contre l'assassin de son père, un soldat de Maurevel l'ajusta et lui tira un coup de carabine dont la balle lui entra dans la bouche et lui sortit par derrière la téte. Arthur Mouy tomba mort sur le coup. Maurevel, le lendemain malin, mourut de ses blessures. Le jeune Saucourt, combattant avec
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
de Mouy, mortellement blessé, mourut peu de temps après'. Les seigneurs se faisaient alors justice, méprisaient les lois et le* ordonnance* des rois; et Paris, a celle époque, oITrait joui ni llement de pareilles scène*.
,J Celui de la même famille qui succéda dans ln seigneuri" de Mouy Tut favorisé par Henri IV : i lia hé au parti de ce prin -c, Il était u'oiiveri>eur du château He Gerbcioy, et e nemi de la ville 'c Beauvais ; il fut prit par ks habitants de cette ville dans l une «les attaques fréquentes qu'il faisait *.
U se gneur de Mouy était aimé de Henri IV; et le roi ne négligea rien i our obtenir >oo élargissement : il alla jusqu'à coofniir que Geibcroy si rail dcinmele et auri.it se* murailles abattue-, de même que Ricsle; il fut de plus convenu que le Chitttltl et le hourg ce Mouy resteraient eu neutralité, et qu'il n'y aurait ai cime garnison. I.< s troubles de lu Ligue s'apaisen'nt. et les chose» furent remises sur le pied où elles se Irouvaimt avant celte époque.
Mouy aviiii, avant la Révolution, le litre de comté; il comprenait »n*iron 400 feux. La terrp de Mouy appartint à la maison de Contl. et dans les année* qui précédèrent la Révolu lion, a l/< ii'itur depuis Louis XVIII.
Aujourd h u i l .i p< Me \ il U- de Mouy est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Clermont-'U'-Oise; sa population est d'environ 3.000 habitants, y compris celle des hameaux de Oin •oint, Breuil, JanwUe et la ferme des Viviers, ancien prieuré. On retrouve encore a Mouy les vestiges d'un chiteau-
Mais c'est surtout a son commette et à ses fabriques en étoff.sde laine que cette petit.- ville doit s-m importance.
• La fabrique en étoffe i Mouy. dont on m- peut citer lori- « gine. ne consis'ait anciennement qu'en un seul genre, connu
• -ous le nom de serge de Mouy, itoffe commune et même « gnssirre : il était dans les instituts de Port-Royal, à la a ré/orrne opérée par madame Arnaud, que l'habit des reli- « gieuses ne serait que de serge «le Mouy.
>< Le premier essor de cette fabrique eut lieu environ douxe
■ nos avant la Révolut:on, lors pie qu Iqins fahriciinls se sont a livrés a faire des pièces plus larges, sous lesnoms de Ratines « et Bavette*.
« L'industrie croissant ensuite, les débouchés s'ourrant. le « gouvernement Taisant « bois des études pour l'habillement des « troupes, les difT reiits génies se sont mult plies, perfectionnés; a et cette fabrique, qui, dans l'origine, n'nvnit presque pas de « nom. est aujourd hui parvenue, par l'effet de sa propre « industrie, à un point tel. que les fabriques de B aurai* et de « tricot, à peu près du même genre, et autrefois plus conside- « râbles, ne peuvi nt plus soutenir h, conçue eiiee.
« I es fabriques de Mouy ont sur la rivière du Therain leurs
• moulins pour fouler les pièces qui en proviennent L<»apprèts
■ de ces mêmes pièis et les mises en couleurs sont fai's « jusqu'à présent en grande partie a lh auvais et à Amiens.
■ Aujourd hui tout p>rte à croire que, dans peu de temps, la u ville île Mouy s'emparera de ce genre d industrie, et qu'elle « aura ses apprête urs et ses ateliers de teintures.
« Ij» inanmaeturc connue -ousle nom de Manvfarturt rmjolr « est le i lus nnciin de ces établissements; les pênes qu'elle a
■ «nu Menés pétulant la Hévolution ont été réparées par le zèle et « l'ion I igence des propriétaire» qui s'y sont succédé. Le» draps
• qu'on y fabrique n'ont d'autre destination que celle de l'Iia-
■ hillrmènt des troupes.
• Une partie .les éloffes de Mouy est employée p >ur l'habille
• ment de-* troupes, et une par ie se répand dans le commerce;
• les fourn ssnirs et les négociants vont acheter en fabrique, . e. font appréler ensuite à leu. compte.
• Il se tient a Mouy une oire piinripalr par au, le premier « jeudi np ié» le 3 octobre. I e marché, qui est le samedi de . chaque semaine, e t as>ci fart. »