‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 76 sur 144 · MILAN · texte numérisé non relu

MILAN

VRle, chef-lieu du département de Seine-et-Marne, situe* sur la Seine, â dix lieues et demie à l'est de Paris.

Cette ville était une ancienne forteresse gauloise, mentionnée dans les Commentaires de César, sous le nom de JUtlodunum, et appartenant à la nation de Seuonea. Comme la Lutèce

HISTOIRE DES ENVIRONS DR PARIS

des Parisiens, elle occupait une Ile de la Seine; OppidumStnonum, in intuld Sequan* poMifur» '.

Césnr, pendant ses expéditions dans les Gaules, partagea son armée en deux corps ; il en dirigea un sous la conduite de Labienus. contre les Stmmu et les Parisii. Labienus, ayant laissé ses bagages dans la forteresse senonaise d Agtndicum (Sens), marcha avec quatre légions sur Lutèce; mais, arrêté par un mai us profoi d et par des troupes gauloises, il revint sur ses pas, remonta, pendant la nuit, parla rive gauche de la Seine, jusqu'à Melun, dont les habitants, pour se garantir des légions romaines, avaient coupéles ponts. Alors il se saisit d'euviron cinquante bateaux, et, par leur moyen, s'empara de la place, rétablit le» ponts, y lit passer son armée, atteignit la rive droite de la Seine et se remit en marche pour Lutèce. Ajoutons que quelques Gaulois de la forteresse s'unirent aux Romains. Tel est le récit de César, qui constate l'antiquité de Melun.

L'époque de cet événement est de l'an 790 de la fondation de Rome, ou de cinquante -quatre ans avant notre ère vulgaire. Melun n'était alors qu'une bourgade gantoise, ou un poste militaire et un passage sur la Seine. Ses ponts n'étaient qu'en bols; les Gaulois ne les bâtissaient pas autrement; les maisons ne devaient être que des chaumières : ce lieu ne méritait pas le titre de ville. Les habitants n'i aux Romains.

A l'occident de l'Ile, on voyait autrefois une vieille tour appelée Tow de Céear : dans plusieurs lieux de France, il existe des tours ainsi dénommées. Sébastien Rouillard croit que celle de Melun a été bàtle ou réparée par Jules-César'. 11 ignorait les chefs de l'empire romain ont porté le nom de CeW i un titre ; il ignorait que Jules-César détruisit beaucoup et ne construisit rien dans les Gaules. 11 faut en dire autant de I opinion qui place à Meluu un temple d'Isis, fable accueillie par la vanité nationale.

Les vers composés pour le blason de Melun contiennent ces rêveries, où, dit Rouillard lui-même, s'il n'y a pas de raison, il y a au moins de la rime :

Melun Je suis, qui eu» * ma oaiwance

Le nom d'Isis, comme des vieux on sçait. Si fui Parie coosiraict à ma serabiance, Mille et an an depuis que Je fus falcl, Dire ne puis ; enr les villes de France, Pauvre de bien», riche de lovante, Qui par la guerre ay en mainte i El, par la faim, de maints rats ay i

Melun étant un lieu de passage, les Romains durent y avoir un établissement militaire. L'itinéraire d'Antonin place celte position sur Lillebonne a Troyes, entre Paris et Montereau, et le nomme Mttkttum, Medttum. Dans la carte de Peutinger, elle est aussi placée de même , et porte le nom de Mettglo. Pendant environ cinq cents ans qu'a duré la domination romaine dans la Gaule, l'histoire ne fait nulle mention de Melun, qui jamais ne fut chef-lieu de nation. Au vi* siècle, ce lieu est, par Grégoire de Tours, mirurac Miglidunwm, etqualiûé simplement de caitrum, forteresse.

Si, du temps des Romains, l'histoire reste muette sur Meluu, elle en fait souvent mention sous le règne des Francs.

Cktvis, en l'an v.n, s'empara de Melun, et en confia la garde à Aurélien, son lieutenant, qu'il éleva à la dignité de duc du pays conquit.

Childéric, son fils, voulut, vers l'an &40, ériger à Melun un i épiscopal. Léon, évêque de Sens, s'y opposa avec succès. En 58S, Chilpéric et son frère Contran, étant en guerre, combattirent près de Melun, Chilpéric, après avoir mis à feu et à sang les environs de cette place, conclut un traité de paix avec son frère.

Ou ne sait à quelle époque le christianisme fut introduit a Melun ; mais on croit que le premier édifice destiné à ce culte fUt dédie à $aint Laurent ■: c'était une chapelJe qui , dans la suite, fut réunie à la chapelle de Notre-Dame, et établie dans l'enceinte du château. Klle devint celle d'une petite abuave du ulles.Charles-le-Simple, en 901, donna cette abbaye a un certain séculier nommé Tendrie, son fidèle . Le roi Robert, après les

' C. Julii Cawrii dê Mlo f*ltm>, Itb. vu, c. SS. > sebMUeu Bouillant, Hitloht d, j/w«« , la-*, v, if .

dévastations des Normands, fil reconstruire ce iuuu«5i«i, « qu'une église située pareillement dans l'enceinte du château, et y établit un chapitre de chanoines. Il y eut aussi l'église paroissiale de Saint -A 'i>àit, située dans l'Ile, et dont je parlerai, et une autre église paroissiale sous le titre de Saint-Etitnne. La plupart de ces églises furent pillées et en partie détruites par les Normands.

Il en fut de même de l'abbaye de Saint-Pierre ou Saint- Père, qui fut rétablie en 999, après avoir resté ruinée pendant cent soixante ans. Hugues Capet donna à cette abbaye le Martroi de Melun, lieu de supplice.

Le château de Melun, situé à l'extrémité occidentale de 111e, était une vieille forteresse gauloise, où résidaient les comtes ou vicomtes de cette ville. En 845, 848, 861, 868 et 983, les Normands le prirent, le ravagèrent et le brûlèrent. Au milieu de ces scènes de dévnstation, on voit queWenilon, archevêque de Sens, obtint, en 869 , du synode de Toul, des pierre» ou rochers pour la reconstruction des murs du château de Melun.

Sans doute, au x' siècle, ce château fut reconstruit, puisqu'il était souvent habité par Robert, qui y mourut en 1030, et pai son épouse Constance, qui, en lOSî, y finit ses jours et ses méchancetés.

Sous le règne de ce roi Robert, Melun fut envahi pâma comte de Troyes, nommé Eudes. Ce roi rassembla son armée et vint mettre le siège devant cette place : il y était, sans nen avancer, resté près de sept mois, lorsqu'il s'avisa de demander du secours à Geoffroi, comte d'Anjou. Comment prendre un château situé dans une tle et entouré demuraillesîC'élaient les réflexions que l'on faisait dans le camp du roi. Les Angevins arrivent ; et, ne trouvant aucun lieu pour se loger, ils s'arment, franchissent le bras de la Seine qui les séparait du château, montent à l'assaut et s'en emparent. Cet acte audacieux fut l'objet de l'admiration générale'.

Le vicomte Burchard, pendant son absence de Melun, avait laissé la garde de ce château à un homme de guerre, nommé Gautier, qui, déierminé par des présents, avait livré cette place au comte Eudes.

Suivant d'autres écrivains, le roi Robert appela, en l'an 999, à son secours Richard, duc de Normandie, qui prit Melun. Ce roi fil pendre le traître Gautier, ainsi que sa femme, sa complice, et rendit ce château à Rnrchard».

Ce fut aussi à Melun que mourut le roi Philippe l", en présence de son fils Louis. Il fut enterré dans l'église de Saint- Bcnott-sur- Loire.

En 1 1 10, il se tint à Melun un concile ou parlement, où assistèrent plusieurs archevêques, évêques, abbés et clercs. On v porta de* plaintes contre un puissant seigneur, Hugues du Plumet, rebelle au roi, comme ses aïeux l'avaient toujours été , et qui de plus exerçait un affreux brigandage contre les églises et les sujets, pillait les monastères, dépouillait les veuves et les orphelins, emprisonnait les moines et les évêques, s'emparait des propriétés des malheureux, et dévorait tout comme un loup enrage : on deniunda que le château du Puiset fût rasé. En M temps de féodalité, pour punir un brigand, il fallait que le roi levât une année, et que cette année fût plu» forte que celle qu'elle allait combattre : aussi, dit-on au roi, pour le déterminer à s'aimer centre le seignrur du Puiset, que les grandi seigneurs, qui jusqu'alors l'avaient soutenu dans ses brigandages, venaient de l'abandonner. Enfin on pleura, on se jeta aux pieds du roi. qui, louché de ces instances, déclara qu'il marcherait contre le noble brigand , et 1 assemblée de Melun lut dissoute.

Le roi parvint, non sans peine, à prendre le château du Puiset, et le fit raser. I.e seigneur fut conduit prisonnier àChateau-

Laudon '.

En me, le pape Calixte II, accompagné du roi Louis et da la reine Adélaïde, passa à Melun, en se rendant en Italie.

Ce fut aussi à Melun que le pape Alexandre III fit, par l'évéque de Beauvals, prononcer en pleine assemblée une sentence d'excommunication contre les moines de Cluni, coupable» de pluvieurs délits. Tous ces faits donnent de l'importance au château de I

t /i ••»,:) dtt Biitoriem d» Fnnet, u », p- i »••' ' < SOS. > Ht, uni i, , WafaWem it Fm*4, t. I, p. «s*, iso ai ss». 1 a«n«rf aW0i(lariiiitf it Franc; i. m, p. SS rt N

HISTOIRE DES ENVIRONS N PARIS

Abailard, célèbre par son savoir et sas malheurs, et qui pendant quelque temps tint mi écoles à Melun . purle d'un lieu illustré par la résidence des roi» | Ineigne mrludtnum mitrum el eedem îegiain1. Ce vieux chàieau était, dans les siècles barbares. If Versailles les souverains de la France.

On ne voit pas dans I histoire que Plnlnpe- Auguste ail souvent habité Melun ; il y convoqua cependant, en 1135, un concile où les evèques demandèrent nu roi une extension de juridiction ecclésiastique sur les hommes de leur seigneurie et ssjf leurs ineubies. Le roi s'y refusa; et l'assemblée, sans rien conclure, fut dissoute *.

En 1344 ''' n" l'0"'* ,x ou saint Louis rassembla dans le château de Melun un grand nombre de barons, de chevaliers et autres gens ; il fil chevalier son frère Charles, et lui donna les comtes d'Anjou et du Maine. En 136.'», il célébra le mariage de h tille Isa) elle avec Thibaud, roi de Navarre. « Les « noces, dit Joinville. furent gran* et pUnière*. »

Ce château qui servit de résidence & plusieurs rois, où se célébrèrent des conciles, des noces et des cérémonies, devait être vaste ; mais c'était un château semblable à tous ceux de la féodalité : il s'y trouvait des murailles à créneaux , des tours en toitures coniques, un donjon, des ponts-lcvis, et dans l'intérieur, une grande salle où les vassaux faisaient hommage au seigneur suzerain, salle toujours située au rez-de-chaussée, laquelle devait suffire aux fêles et aux grandes réunions; ajoutez des prisons et des cachots dans les souterrains : tels étaient les principaux objets qui composaient les manoirs des barons et des rois; tel devait être le château de Melun.

En 1361, le roi Jean donna le château et la ehàtcllenie de Melun à la reine Blanche de Navarre, veuve de Pbilippe-de- Valois. Elle n'en jouit pas longtemps : en I3tiu, elle ne les possédait plus*.

Le roi de Navarre, son frère, dit le Mourait, et qui méritait ce suit om, n ores avoir commis dans la Normandie des brigandages effroyables, attire à Meluu pur sa sœur, la reine Blanche, qui résidait dans le cbiteau, se présenta, en octobre iai8, devant cdte ville à la téte d'une armée de brigands. U s'empara d i château avec d'autant moine de diflieultés que sa sœur favons.ui son entreprise. Il le munit de gens de guerre el de vivres : et. de la, il arrêtait toute* les provisions qui passaient 'sur des bateaux pour alimenter Paris*.

Charles, régent de France, chercha a remédier i cet inconvénient qui réduisait les Parisiens à la famine. Par une ordonnance du i novembre de la même année, il établit un lingot sur toutes les marchandises qui arrivaient à Paris par la Seine, remède absurde, pire que le mal, et digne du temps'.

Ce prince, effraye de la prise de Melun, essaya de négocier la paix avec le roi de Navarre, mais l'essaya sans succès : il fallut faire le siège de Melun. Alors, ayant rassemble une armée, il crut qu'il était bienséant d'en>oyer auprès de la reine Blanche des seigneurs qui lui proposèrent de livrer Melun , qui allait être pris, avec promesse le lui donner d'autres domaines en échange. Celte princesse repoussa ces propositions avec dédain.

Le château, vivement attaqué, était défendu parle baron de Mareuil. On donna un premier el un second assauts, nui firent périr sans succès beaucoup de monde. Parmi les assaillants figurait l'intrépide Bertrand du Guesclin. qui, voyaul les efforts des Français mutiles, jura, dans son patois, que, par Dieu qui peina en croix et au Uert jour» remania , il irait <iu.r créneaux parler à 'a barettt du baron de Martuil. Il saisit une échelle; et, l'é^éc d'une luaiu ettuu ecu de I autre, il moule eu Lu avant et en insultant ce gouverneur- Celui-ci, le voyant aux plus hauts échelons, lui lance un baril plein de pierres. L'échelle se rompt ; et du Guesclin est, la léte première, renverse il a .s le fosse. Le récent, qui l'avait aperçu, ordonna aussitôt qu'il fût secouru. Sorti «le l'eau et revenu a lui , il demanda a ceux qui l'entouraient quel* diable* t'avaient apporte là, et »i l'attaut i était manqué? Il reprit son courage avec ses forces, tt voulut i encore monter à l'assaut ; mais on lui lit observer qu'il en

> Hcc in U Jtt Mtttrumt i* framn, U nv, p. 1TS.

■ Idem, la xi m, p. 109.

* Or-uV»niiN-ri du Louvrt, |*SM n, P->g<*> Ht rl \n 1 i m r.iujfi.i attira ekrun. Guill. de Njnsi«, Spiriltftnm, lomt» lit, pjge lit.

» OrJ ummaMi du [util, I. III, p. S~9 1.

avait fait assez, et qu'un nouvel assaut serait dooué le lendemain. Alors furieux il se présenta jusqu auprès des La ri ères des ennemis. Cépée à la main, et lit un grand carnage de ceux qui les défendaient. Son courage effraya lcsas>iég»s; la r-iue Blanche et le baron de Mareuil, redoutant le sort des habitant» .les places prises d'assaut, ne voulurent point atleu ire celui du lendemain, et demandèrent à capituler. Melun fut rendu au roi et au relent son lils '.

P.ir lettres du io octobre U60 , le régent déclare qu'il a donné à la reine Blanche le château de Nanteau , situé d.ms le (iatinais, à m ul heues de Melun, et règle les juridictions respectives de cas deux châteaux. Il déclare daus ces lit 1res, qu'il affectionne Meluu plus qu'aucune autre maivon royale, et qu'il s'y plaît beaucoup*. Ce fut évidemment peu après cette époque que ce prince Ut reconstruire le château de Melun, comme le dit Christine de Pisnn.

Le roi d' Vngleterre et le duc de Bourgogne, en 1-tIO, après avoir pris Montereau. marchèrent sur Melun. \xs armées combinées de ces deux puissance* entourèrent cette place. Le roi de France, Charles VI, sou épouse, Isa beau de Bavière, et Catherine, leur fille, qui tenait d'épouser le roi d'Ang.eterre , pour éviter les dangers du liège, se retirèrent a Corbeil.

L'armée du roi d' Angleterre était campée près de la rive gauche, du coté du < '•aimais: el celle du duc de Bourgogne sur la rive droite, du coté de la Brie. Ces deux armées, munies de toutes les machines de guerre alors eu usage, d'eudns vidants, de bombardes, de canons et autres instruments de mort , devaient attaquer, chacune de leur coté. Elles construisirent sur la Seine un pont en hou, afin d établir une commuiftralion entre elles. Tous les muyens que fournissaient alors les connaissances humaines, la force el l'art, furent employés pour accabler cette malheureuse ville.

Kl le était défendue pnr un guerrier qui jouissait d'une haute réputation décourage, parle seigneur de Barbasan, par quelques autres capitaines, et six à sept cents hommes de troupes résolues u la plus vigoureuse résistance. L'attaque commença v ers la lin de juin n an : cl la ville ne se rendit que le 1 7 octobre suivant. Les assiégés se défendirent avec un courage remarquable. Dus brèches étaient-elles faites aux murailles? ils les bouchaient avec des barils remplis de terre. Pratiquait-on des mines ? ils les éventaient et se battaient daus 1rs souterrains. Leurs traits atteignireni mm tellement plusieurs chefs notables. Anglais ou Bourguignons. Enfin, hi ntol les vivres manquèrent aux assiégés ; ils envuyerent plusieurs messages au d/mphin Charles, pour lui demander des secours; on ne leur répondait

Sas. Kntin ils adressèrent au dauphin le tableau de leur détresse : s étaient, disaient-ils, forcés de se nourrir de la chair des ehiens. des chats, des chevaux, etc. Ceux qui gouvernaient le dauphin répondirent alors que ce prince n'avait point assez de •orées pour combattre les armées assaillantes : que les assiégés pouvaient traiter avec leurs ennemis de la manière la plus avan-

lise

Alors les assiégés se virent forcés de parlementer ; ils subirent la loi des vainqueurs. Il fut convenu que la place serait rendue aux rois de France et d'Angleterre ; que les habitants et la garnison seraient livrés à la merci de ces rois ; que ceux qui seraient reconnus complices ou coupables de ( assassinat du duc de Bourgogne à Monieroau, serai» nt punis de mort; que les autres seraient prisonniers, que les bourgeois et les geus d'armes déposeraient dans le chàleau tous leurs meubles el leurs armes bieu conservés.

a La place fut livrée le 17 octobre. 1 130 ; el le scigueur de « Barbasan, messire Pierre de Bourbon de Préaux, dil Monslre- « Ici. et cinq à six cents nobles hommes et gcn'illc» femmes el I a grande partie des plus notables et plus puissants bourgeois | a de ladite ville, furent conduits à Paris et emprisonnés au UtA> « lelet, au temple, à lu Bastille et ailleurs. On poussa la bara bai ic jusqu'à les priver de uourriture. Plusieurs périrent de ' « faim. » *

Quand ils demandaient à manger et criaient à la faim, on leur baillait du foin, et on les appelait chiens, dit un historien du temps 5 •

! ■ Uêmnirti d§ Bertrtnd dm Guutlin, rb. nu.

> Orifunmincrt dtl rxil dl Irartre, 1. m, pjgc 4JT.

> filature Je lit! un. |>» Sri». Rotnllurd, p»(g 551 .

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Le roi d'Angleterre viola, h cet égard, la capitulation : Il était cruel. Il fit décapiter un gentilhomme de Guyenne, *on sujet et »on favori, nommé Bertrand de Caumont, accusé «l'avoir, devant Melun, favorisé l'évasion de quelques Français. I^duc de C arence, frère de ce roi, et le duc de Bourgogne, sollicitèrent vainement sa grâce. Ce roi fil décapiter plusieurs prisonniers, et notamment deux moines de Jouy-cn- Brie, jadis moines du Jard ; un d'eux, nommé Simon, habile dans l'art de tirer l'arbalète, en défendant la place, avait tué plus de cinquante assiégeants

Après ces sanglants exploits, le roi d'Angleterre, le duc de lioiirgogne et autres firent leur entrée triomphale à Paris, cérémonie dont les Parisiens, désolés par la famine, furent obti^

de p<yer la dépense. Vains triomphes ! L'année suivante, k. roi d'Angleterre et le pauvre roi de France, Charles VI, roou-i rurent. Le temps et le prestige qui environnait Jeanne d'Arc,' dite la PuctlU d'OrUatu, devinrent favorables au dauphin, qui', malgré son indolence et l'état de contrain e où le teuaienl quelques seigneurs, fut proclamé roi de France, sous le nom de Charles Vil, rt vit la fortune lui accorder des faveurs dont jusqu'alors elle s'était montrée fort avare.

Au commencement de l'année 1430, les habitants de Melun étaient dominés par une garnison composée d'Anglais et de Bourguignons l.a partie de cette garnison, qui occupait la ville, sortit pour aller» levre-en-Gâtlnois y enlever des vaches. P«ndnnl cette absence, ou commencement de l tao, un ancien trom-

Château de I* FcrU1 Miloo.

pet te de la ville parcourut les rues, en faisant retentir le sonde son instrument et criant cive le roi de France! Les habitants en furent émus; ils se réunirent, s'armèrent et fondirent sur les troupes de leurs ennemis qui, ne pouvant résister, se réfugièrent dms le château. Maîtres de la place, ils envoyèrent promptement demander du secours à deux chevaliers qui commandaient pour le roi dans le voisinage. L'un de ces chevaliers, nommé le commandeur de Glresme, l'autre Denis de Chailly. accompagnés des troupe* qu'ils rassemblèrent â la hâte, se rendent â Melun, et, réunis aux habitants, assiègent le château défendu par une centaine d'Anglais ou Bourguignons. On fut bientôt instruit à Paris de cette insurrection : le* Anglais de cette capitale et de Corbcll se réunirent et vinrent à Melun pour secourir ceux du château ; mais ils furent vivement repoussés. Après douze jours de siège, le château se rendit nu roi Charles VII, et les deux' chevaliers firent décapiter plusieurs bourgeois de Melun, qui s'y étaient retirés*. Chaque succès était alors souillé par des actes de cruauté. Des malheurs affreux, de* crimes bas et atroces signalèrent cette longue et déplorable guerre civile.

> t !,.,„,.,,.,, i, MtmtirtM, 1. 1. ch. n, p, UT, fie, «te.

* HiHeirt it Cknrltt ' !!, par Jean Ourlier, *oat fin t» 10, p*ge 4t.

La prise de Melun fut très-avantageuse pour Charles VII, et funeste pour les Parisiens. C'est, en grande partie, aux habitants de Melun que le roi fut redevable de cette conquête qui en amena plusieurs autres.

Le château de Melun fut encore longtemps fréquenté par les rois, les reines et princesses ; et ses prisons renfermèrent encore des prisonniers de diverses classes. Les habitants jouirent d'un peu de tranquillité.

Une partie des habitants de Melun adopta les opinions de Luther, et Introduisit dans cette ville un ou d-ux ministres protestants, qui y firent des prêches, tinrent des convrnticules, établirent des écoles. Le clergé s'en plaignit au parlement de Ports, qui, par arrêt du 7 mars 1(61. prohiba les prêches et assemblées avec port d'armes, et ordonna qu'il en serait informé1.

Le duc de Guise, en 1 588, après la journée des Barricades, fit une tentative pour prendre Melun, et somma le gouverueur, Tris'au de Ho-tning, de lui rendre la place. Ce gouverneur, propriétaire de plusieurs terres dans les environs de cette ville, refusa nettement; puis il repondit au dnc, qui lui faisait des menaces, qu'il était trop vieux pour trembler, et qu'il se

< Mtmmtrm 4» fmd/, \<mr m, p. 4BS.

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croyait heureux de sacrifier le peu «le jours qui lui restaient à sa patrie et à *oo roi. Le duc de Guise chargea le capitaine Saint- Paul de faire le siège de Melun ; mais le roi Henri 111 y envoya des forces qui obligèrent Saint-Paul à lever le siège.

Le gouverneur Rostaing, l'année suivante, trop faible, à cause de son grand àgc, pour contenir les malveillants du dedans et résister aux attaque* du dehors, ne se voyant point secouru , abandonna la pince , qui devint aussitôt la proie des ligueurs.

Ku 1590, Henri IV, étant a Corbeil, ordonna h ses troupes d'idler investir Melun. Il s'y rendit bientôt lui-même, cl attaqua la plus étendue des trois parties de cette ville : celle qui est située du côte de la Krie; elle était fortifiée de murailles de fosses et de tours. Des batteries furent établies en deux endroits ; onbottilun ouvrage récemment construit. Une brrr lie fut bientôt faite; elle n'était pan encore praticable et se trouvait à une hauteur de vingt pieds au-dessus du sol ; maie l'impétuosité française ue put attendre ; des soldats «Vlanceut vers lt brèche , grimpcnlà sa hauteur , et lussent avec des cordes les camarades qui les suivent. Tant d'intrépidité épouvanta les assiégés, qui, après une légère résistance où ils perdirent environ cinquante hommes , abandonnèrent cette partie de la ville. En rentrant dans file, les assiégés mirent le feu à une petite forteresse ou téle de pont, dans la»

quelle ils avaient déposé de la poix, afin que la fumée épaisse et puante arrêtât les assiégeants. Peu rassurés par cette ruse de guerre, ils parlèrent de capituler, et eurent le vani'é de drmau 'cr deux Jours de trêve, promettant de se rendre si, dans ce terme, ils n'étaient secourus par le duc de Mayenne, qui ne pouvait paraître dans cet Intervalle de temps, puisqu'il se trouvait à plus de quatre journées de Melun. Le terme écoulé, r'ouronne, qui commandait la place, le H avril 1690, la rendit après cinq jours de siège1.

L'abbé postiche de Saint-Pierre de Melun, Robert de Hérlsron. connu pour un prédicateur séditieux, un ligueur forcené, attira sur son monastère la haine que les royalistes portaient à ta personne. Les soldats de l'armée de Henri IV le ravagèrent

• f7f(i..ir* i» Dt Pi u t»n* xi, p. m,

. > fwrON nri

régli» de Pantin.

de manière qu'il n<> put être rétabli qu'en 1654. Le couvent des carmo< fut pareillement détruit.

Ces habitant» cl surtout ceux des campagnes environnantes curent encore a gémir des que relies des hommes puissants. La guerre civile, dite de la Fronde, dont l'origine était populaire, qui deviut la proie de l'aristocratie et une guerre des princes et seigneurs contre le roi et la reine, ou plutôt contre Mazarin, se lit cruellement sentir dans ce canton. Voici ce que rapporte un témoin oculaire: «La misè.e du peuple étoilépou\antable; et, dans tous t les lieux où la cour passoit, les pauvres paysans s'y jetoient

« pour y être en « sûreté,p:irceque « l'armée désoloit « la campagne. Ils « y amenoient a leurs bestiaux, « qui mouraient « de faim aussitôt, « n'osant sortir a pour les mener <t paître. Quand « leurs bestiaux éo toient morts, ila a mouraient eux- « mêmes inconli-

■ nent après, car « ilsn'avoientrien « que les charités « de la cour, qui

■ ttoient fort mé- « diocres ..Quand

• les mères etoiaut u mortes, les en- « f inis mouraient « bientôt après ; et € j'ai vu sur le « poutdeMeulin..

• trois enfants sur

• leur mère mor- « te, l'un desquels « la tétait encore.

• Toutes ces raise- « res touchoient « fort la reine ; et

• même, comme « on s'en eutrete- « noil à Saint- « Germain, elle en < soupirait, et di- € soit que ceux qui € eu étoienl cause a auraient un « grand compte à « rendre à Dieu, a sans songer que, « elle-même, eu « était la princia pale cause *j»

On parle avec emphase des exploits des hommes puissants ; et on «e tait sur les malbenrs qu'ils traînent a leur suite . les habitants des campagnes, toujours déplorables victimes des guerres, n'ont jamais eu d'historiens.

Pendant cette guerre désastreuse, le jeune roi Louis XIV et la cour séjourné ient quelquefois à Me'un. Ce fut Déniant un de ci s séjours, en juin 1 653, que le cardinal Mazarin commit sur la personne de ce prince, a peine adolescent, uu attentat que je ne raconterai pas Ici *.

En celte guerre, tout était au pillage. Un comte de... pilla les chevaux de la petite écurie du roi ; et le cardinal Mazarin

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enleva cent louis d'or que le jeune roi tuait dans sa poehc de puis peu de temps.

Malgré de si nombreuses cause» de ruine . Melnn put se maintenir pendant quinze siècles, mais non s'accroître, l a néeessilé de ses puni», le pacage fréquent des voyageurs, h li»c qui, en entravant la navigation, la faisait contribuer, etc., présers err nt cette ville d'une ruine totale.

Melun est divise en trois parties parle cours de la SdM; Tune est située sur la rive gauche de cette rivière, l'autre dans l'Ile de Melun, où était bail le château : la troisième, aujourd'hui la plus étendue, occupe la rive droite de la Seine, du cOté delà Rrie. Deux pnnts en pierre réunissent ces trois pat lies de la ville ; celui que l'on nomme le Pout-uu-Moulin est tèuttvi a la navigation.

La troisième partie de la ville, du côté de la Bri»>, a reçu un accroi-sement considérable. On y voit une place vaste et répullere, entourée de bâtiments modernes et traversée par la grande route de Paris à Mont>rcau. Sur un cote de cette place s'élève encore le clocher de l'antique abbaye de Saint-Pierre, dont je vais parler.

I.'abhaye de Saint-P!erre ou .S'oïnf Père, dont j'ai mentionné l'origine et les pr. miers temps, fondée sous la, première race des rois francs, fut, miiis la seconde race, ruinée, deux fois parles Normands, et sous la troisième par les Anglais et par les troupes de Henri IV.

Après celte dernière destruction, on nomma nbhé de Niint- Pierre un enfant de treize ans, appelé le Roi de la grange; son père, homme de guerre, administrait les biens de l'ahbavc de son lils, et s'en appropriait les revenus. A ce singulier abbé Miccé la, en tf>20, Jarque* C/iaucelin, conseiller-clerc au p.ir- Icnvnl. Ce conseiller-clerc visita l'abbaye du Lis, située prêt de Melun. et dont les religieuses jouissaient d'une solide icputalion de galanterie; il vit l'abbessc et l'épousa*. L'n des successeurs de cet abbé. François Mullier du llouss iy, lit, en l M i , rétablir les bâtiments ruinés de l'abb iyc «le Saint-Pierre, et y plaça des moiius de la congrégation de Saiut-Maur.

Il ne reste de l'cglUe de cette abbave que le clocher dont j'ai parlé et qu'on v oit sur la pince.

La collégiale de Sotie-Dame, située dans l'Ile de Melun, fut, dans l'origine, une abbaye de Mlles, dont les revenu» tombèrent en des mains séculières. Le roi Hobert-le-Dévot fit, en reconstruite l'église qui fut dea»"rvlc |>ar dei chanoines dont l'histoire, ainsi que le bâtiment de leur église, n'offre rien de remarquable.

L'église paroissiale de Saint-Jtpalt, saint très-peu connu, est pareillement située dans l'Ile; elle se recommande paria construction, et notamment par les peintures de tes vitraux, qui sont l'ouvrage d'un des plus habiles maîtres en ce genre.

Telles sont les ègllrtt qui existent aujourd'hui n MtTun. Cette ville autrefois en possédait un bien plus grand nombie . uc Saint Ambroite était l'église paroissiale du quartier situé sur In rive gauche. Il y eut aussi une église de Saint-Litsm, près de laquelle coulait une font line dont l'eau guérissait m IIcalement toute espèce de lièvres. Le bon Sebastien Itooillard attrihuc à saint l.lesne des miracles fort curieux. On y voyait de plus un couvent de earmtt, qui fut ruiné, en 1690, par l'armée de Henri IV. On y voyait des cajwcins, des reallett, des CHrdtt'mt, etc.

Sous le rapport littéraire, Melun mérite quelque considération. Pierre Abatlard, vers le commencement du XI l* tti établit à Melun son école, qu il nommait «on ramp; car il d** liait souvent ses leçons en plein air. Il y tomba malade I force de travail, et revint à Paris. Persécuté dans cette dernière ville, il revint à Melun, où il éprouva encore des persécutions, qui le firent de nouveau se réfugier h Paris.

Parmi les littérateurs du ÏVI* siècle, il en est trois dont le style charme encore les lecteurs du xixMiècle. On y trouve nn caractère de hardiesse do a l'absence de nos règles de goût. On y trouve surtout de la naïveté, parce que nous ne sommes pas ass<i familiarisés avec cette langue vieillie, et parce qu'a on cette langue était pauvre. Ces trois littérateurs sont Montaigne, Marot et Amyot.

Jacques Amyot naquit à Melun, le 30 octobre 1514, de parent* peu favorisés des dont de la fortuite : le talent n'a pas

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besoin d'une vaine illustration de naissance. Il dut son eduenii >n et son avancement a d'heureuses rencontres et à son application à l'étude; Il s'était fait une réputation à Paris, par son savoir. Kn 1544, François I", surnommé le protecteur du lettre», laissait persécuter, par les inquisiteurs, tous les cens de lettres, sous piétexte d'héiési**. Jacques Amyot, ainsi que plusieurs autres, pour éviter le bûcher, fut obligé de fuir de Paris et de se réfugier h Bourges, où il fat professeur de urec et de latin. Sa propre expérience lui fit un devoir de ne plus communiquer ses opinions a personne : on pourrait donner une qualification moins honorable a celte condui c prudente. Il devint précepteur des enfants de France, grand aumônier, évé.pie d Auxerre. Le roi Henri III le priva de la grande aumônrne, parce qu'il était du parti des ligueurs. Ses dienités, ses bénéfices, S 's titres ne sont pas ce qui l'honorent le plus : la mémoire d'Amyot serait dans l'oubli sans ses traductions de plusieurs ouvrages grecs, et notamment celle de Plutarqoc, encore estimée pour son vieux style, mais où se trouvent beaucoup d'inexaetitudes relevées par nos hellénistes modernes 11 mourut le 6 février i .. u à l'a^e de soixante-dix-neuf ans.

Le château de Melun, abandonné, sans réparations, menaçait ruine; les princes, au xvi* siècle, n'y logeaient plus; et, quand ils M rendaient à Melun, ils prenaient leur logement dans l'abbaye de Saint Pierre, l a cour de France, du temps de la Fronde, poursuivie par l'armée du prince de Coudé, se rendit à Melun, n'habita point le château, ma s se logea chez des habitants. Ce château fut entièrement démoli vers 1740. Aujourd'hui son emplacement est couvert de maisons particulières.

Mcluikest cbeMleu du département de Seine-et-Marne, et le siège de la préfecture. Ou y trouve une manufacture de verres à vitres, une filature de coton, une manufacture de toiles

f teintes. Il s'y fait un commerce de blé. de farines, de vin.de aines, de bestiaux, de fromages, etc. Cette ville s'honore d'établis-ements littéraires et scientifiques : elle contient une société libre d'agriculture, sciences et arts, un collège, une société d'encouragement, une école gratuite de dessin, une bibliothèque publique, composée de huit mille volumes, et une salle de spectacle C'est a Melun et dans l'Ile qu'est située lu maison centrale de détention nouvellement reconstruite.

Sous Louis XV, on comptât dan* cette ville S, 793 habitants, aujourd'hui la population s'élève a 6,993.

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